Vade-mecum antidopage pour les compétitions en sports équestres - Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024

Fiche

Juridique

Auteur(s) : Hélène BOURGUIGNON

Fonctions : Fédération nationale des courses hippiques Service de biologie équine 15 boulevard de Douaumont 75017 Paris

Seules certaines substances sont autorisées en compétition sous des conditions précises. Pour les autres molécules, une analyse de dépistage permet au concurrent de participer à son épreuve en étant certain que le traitement éventuellement administré a bien été éliminé.

Le cheval athlète, qu’il soit compétiteur de haut niveau ou plus modeste, peut avoir besoin d’un traitement en amont de la compétition. Le praticien doit s’assurer que les traitements prescrits ne risquent pas d’entraîner une positivité au contrôle antidopage, lequel peut être diligenté pour tout type d’épreuve (photo). Sauf dans quelques situations particulières, tous ces traitements doivent être éliminés de l’organisme le jour de la compétition.

RÈGLES ANTIDOPAGE EN COMPÉTITIONS SPORTIVES

La Fédération équestre internationale (FEI) édicte les règles qui régissent les compétitions internationales. Les différents textes, y compris ceux concernant la gestion des traitements, sont accessibles en ligne (1) [4, 5]. La FEI publie annuellement l’Equine prohibited substances list qui recense plus de 1 300 molécules interdites en compétition. Une base de données est accessible sur smartphone via l’application FEI Clean Sport. La FEI distingue trois catégories de substances. Les banned substances, considérées comme des dopants majeurs, sans aucune légitimité d’usage chez le cheval, sont interdites à tout moment. Les controlled medication substances, qui peuvent être utilisées en médecine équine, sont interdites en compétition car susceptibles d’affecter la performance ou de présenter un risque pour le bien-être équin. La détection de certaines de ces substances, dites “spécifiées”, qui proviennent potentiellement de contaminations, notamment alimentaires, peut entraîner des sanctions allégées.

Pour les compétitions encadrées par la Fédération française d’équitation (FFE), la Société hippique française (SHF) et la Fédération française de polo (FFP), c’est le Code du sport qui définit les règles encadrant la lutte contre le dopage animal (livre II, titre IV). La liste des substances interdites dans l’article L.241-2 est fixée par l’arrêté du 2 mai 2011 [1]. Une révision de ce dernier est fortement attendue, car la version en vigueur actuellement est progressivement en décalage avec les règles appliquées à l’échelle internationale. L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), l’autorité publique indépendante nationale qui définit et met en œuvre les actions de lutte contre le dopage en application du Code du sport, a sollicité la mise à jour de cet arrêté fixé conjointement par les ministres des Sports et de l’Agriculture.

SUBSTANCES AUTORISÉES EN COMPÉTITION

Contrairement aux courses hippiques, où toutes les substances sont interdites le jour de la compétition et au cours des jours précédents, l’organisme des chevaux de sport peut receler certaines molécules pendant la compétition et ils peuvent même recevoir certains traitements sous certaines conditions. En compétition internationale, toutes les substances non listées sont autorisées et ne sont pas contrôlées par les laboratoires antidopage sur les épreuves FEI. Il s’agit notamment de tous les antiulcéreux (oméprazole, ranitidine, cimétidine, sucralfate, misoprostol, etc.), de l’altrénogest chez la jument, de la ciclosporine en implant ou en application oculaire, des anti-infectieux et antiparasitaires, et des produits à base de menthol et de camphre. La vaccination anti-GnRH, qui permet une castration immunitaire, est également autorisée en compétition FEI. D’une manière générale, les substances dites contrôlées doivent être éliminées de l’organisme au début de la compétition. Elles ne doivent pas non plus être administrées à un cheval pendant ou à proximité d’un événement, à moins de respecter certaines règles précises édictées par la FEI. Si une situation d’urgence pendant la compétition impose l’administration d’une substance contrôlée, le vétérinaire traitant FEI doit demander l’autorisation au vétérinaire délégué en utilisant le “formulaire vétérinaire A” avant d’administrer tout médicament. Le vétérinaire délégué s’assurera que le cheval est apte à concourir et que l’équité sportive et le bien-être équin sont préservés. Si le formulaire A est transmis postérieurement à l’administration du traitement, par exemple si le cheval reçoit une médication pendant son transport, l’autorisation de concourir n’est pas garantie et reste à la discrétion du vétérinaire délégué et du président du jury. Pendant la compétition, il existe un “formulaire vétérinaire B” à utiliser avant tout traitement autre que par voie orale avec une substance non listée (par exemple, perfusion de réhydratant en respectant un délai minimal avant le début de l’épreuve, antibiotique injectable, nébulisation). Ce formulaire n’est pas requis pour certaines injections (vitamines, acides aminés, produits homéopathiques, etc.). Toutefois, les traitements injectables ne doivent pas être administrés avant la compétition le jour de l’épreuve. Seul un vétérinaire traitant FEI peut réaliser les injections dans un box réservé à cet effet. Pour les compétitions équestres nationales, même si l’avenir tend vers un rapprochement des règles internationales, les seules substances actuellement autorisées en compétition sont les anti-infectieux et les antiparasitaires, ainsi que, sur prescription vétérinaire, l’oméprazole et l’altrénogest pour la jument [1].

ÉVALUER LE TEMPS D’ATTENTE AVANT LA COMPÉTITION

À chaque traitement, le praticien doit évaluer le temps d’attente avant la compétition pour permettre l’élimination de la substance et conseiller au mieux son client. Il dispose pour cela des temps de détection publiés par la FEI pour 22 molécules thérapeutiques (à spécialité et posologie données) [3]. Ces temps sont obtenus expérimentalement. Afin de calculer un délai d’attente sécuritaire, il convient de multiplier le temps de détection par deux pour obtenir le délai nécessaire à l’élimination de la substance. Ce facteur de sécurité, qui prend en compte la variabilité biologique intrinsèque animale et celle liée à la substance et à son administration, permet de compenser le faible échantillon de population utilisé dans ces études (6 chevaux en moyenne) [6]. Pour le tiludronate, le temps de détection de 28 jours n’a pas besoin d’être multiplié par deux, car il s’appuie sur une étude de population plus vaste. Les temps de détection publiés pour les chevaux de course (absents de la liste FEI) pour le clodronate, l’hydroxyzine, le furosémide et l’ipratropium sont utilisables pour les chevaux de sport [2]. L’inverse n’est en revanche pas applicable, car chez les chevaux de course certaines molécules sont contrôlées plus sévèrement. Par ailleurs, l’ingestion de litière contaminée par des excreta peut augmenter significativement le délai d’élimination des substances administrées. Ainsi, le nettoyage intégral et régulier du box est indispensable au cours des jours qui suivent l’administration pour des substances comme la dipyrone, la flunixine ou le clenbutérol. Le praticien doit donc conseiller son client sur la gestion de l’environnement afin de prévenir les risques de contamination au sein de l’écurie.

S’ASSURER DE L’ÉLIMINATION D’UN TRAITEMENT

L’analyse de dépistage, ou elective testing dans le jargon FEI, permet de vérifier l’élimination des substances thérapeutiques prescrites. En France, le Laboratoire des courses hippiques (LCH) étant laboratoire de référence pour la FEI, la procédure peut être simplifiée en contactant directement le service de biologie équine (SBE) de la Fédération nationale des courses hippiques (FNCH) au numéro 01 42 68 87 83. Seules les substances prescrites sur l’ordonnance fournie, dans la limite de quatre, seront recherchées. Un prélèvement urinaire (50 ml) et/ou sanguin sur tubes héparinés (20 à 30 ml) est demandé selon les molécules à dépister. Le coût d’une analyse de dépistage est de 62 € HT (tarif 2024). Les résultats sont généralement transmis 48 à 72 heures après la réception par le LCH.

Références

Conflit d’intérêts

Aucun

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Antidopage de l’Association vétérinaire équine française.

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