Surentraînement et douleur subclinique : intérêt des découvertes en éthologie dans le suivi du cheval de sport - Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024

COMPORTEMENT

Dossier

Comportement

Auteur(s) : Hélène ROCHE

Fonctions : Camboulan 12260 Ambeyrac

Le praticien dispose de plusieurs outils diagnostiques pour détecter une douleur même lorsqu’elle n’est pas évidente. Certaines modifications du comportement et les informations obtenues auprès des personnes qui côtoient le cheval au quotidien sont particulièrement utiles.

Les progrès techniques réalisés par la médecine vétérinaire équine permettent une prise en charge plus précise et efficace de l’animal. Parallèlement, le développement des recherches en éthologie chez le cheval, dans un contexte de vie domestique, offre de nouveaux indicateurs comportementaux susceptibles de révéler un état émotionnel dégradé qui est parfois associé à une douleur [4, 10]. Ces deux approches pourraient se révéler tout à fait complémentaires. L’observation attentive du comportement, lors de l’examen et en dehors du cadre où le trouble se manifeste et motive la consultation, pourra donner des pistes précieuses pour aiguiller le praticien dans sa démarche diagnostique. Cet article aborde les modifications comportementales évidentes, celles plus discrètes, et les sources d’information qui pourraient aider le praticien lors du recueil de l’anamnèse.

MODIFICATIONS COMPORTEMENTALES FLAGRANTES

Les modifications comportementales d’un cheval, à l’exercice ou en dehors des interactions humaines (au box, au paddock ou au pré), doivent attirer l’attention. Le cavalier de concours de saut d’obstacles Éric Vigeanel, ancien cavalier de complet, médaillé d’argent aux championnats d’Europe par équipe en 2007 et participant aux jeux Olympiques de 2008, a constaté un changement spectaculaire de comportement chez l’un de ses jeunes chevaux de 5 ans, au travail depuis un an. Ce dernier s’est brusquement mis debout à chaque montoir, puis en sauts-de-mouton sur place jusqu’à ce que le cavalier tombe. Considérant que ce changement de comportement n’était pas gratuit, vu la bonne volonté de ce cheval auparavant, et malgré l’absence de signe physique de douleur, le cavalier a demandé des examens approfondis à son vétérinaire. Aucune boiterie n’était présente, mais un kératome a été mis en évidence dans chaque pied antérieur. Une fois les lésions traitées, le cheval a repris le travail et la participation aux concours avec un comportement normal.

La rétivité, ou refus d’obtempérer qui se manifeste parfois avec violence, s’explique sur le plan éthologique par l’association créée par le cheval entre une gêne, une douleur, une incompréhension et un comportement qui lui permet de se soustraire plus ou moins longtemps à cette situation désagréable. Il s’agit de la part du cheval d’un apprentissage, parfois en un seul essai. Si son comportement lui a été profitable, il le reproduira avec davantage d’assurance, de force ou de durée tant que l’élément déclencheur ne sera pas identifié, écarté, et qu’un travail de réentraînement ne sera pas entrepris. Le déclencheur peut être la douleur ou l’absence de compréhension des demandes du cavalier. Tous les chevaux ne réagissent pas ainsi. Certains ne manifesteront pas de défaut de coopération avec le cavalier malgré la présence d’une douleur. Jean-Marie Clair, qui rééduque des chevaux “rétifs”, considère que dans 90 % des cas, le problème vient d’une cause physique non décelée et non traitée [communication personnelle]. La prise en charge en rééducation devrait donc passer au préalable par un bilan vétérinaire poussé, afin de pouvoir éthiquement accompagner le cheval. Ce constat est surprenant, d’autant plus qu’il est généralisé dans toute la sphère équestre d’après nos observations : si le cheval n’adopte pas le comportement attendu, sa volonté est mise en cause avant de questionner ou d’approfondir un bilan physique. Cela tient probablement aux frais induits, une investigation poussée chez ces animaux étant onéreuse, tandis que la perspective de confier le cheval à un “réparateur-éducateur” laisse espérer, parfois à tort, un coût réduit. La question reste ouverte, les hypothèses également, mais toujours est-il que le terme “rétif” laisse entendre l’existence d’un défaut chez le cheval plutôt qu’une éventuelle souffrance.

MAL-ÊTRE GÉNÉRÉ PAR LES APPRENTISSAGES

L’éducation du cheval n’est pas non plus à négliger. Étant donné le nombre important de professionnels installés depuis les années 2000 comme spécialistes du réentraînement comportemental des chevaux pour les rendre de nouveau aptes à l’usage de leur cavalier, il est probable que les chevaux qui pâtissent de difficultés d’apprentissage sont nombreux. L’International Society for Equitation Science (ISES) s’est constituée en 2007 pour promouvoir l’application des théories de l’apprentissage (c’est-à-dire l’ensemble des concepts et des mécanismes de la cognition animale en éthologie) en équitation, afin d’assurer le bien-être des chevaux quelle que soit leur discipline [14]. Créée par des spécialistes du comportement équin, vétérinaires et éthologistes, cette association attire l’attention des cavaliers sur les éléments visibles qui trahissent soit une incompréhension, soit une douleur, ce qui, dans les deux cas, est synonyme de mal-être, comme un basculement inhabituel de la nuque, des fouaillements de queue répétés lors de certains mouvements ou un refus d’exécuter un exercice qui jusque-là ne présentait aucune difficulté (figure 1). L’ISES liste également dix principes qui sont des recommandations pour entraîner les chevaux d’après les connaissances scientifiques sur le sujet [15]. Les bases de ces connaissances, notamment la manière dont un cheval apprend et comment le cavalier doit agir pour lui enseigner un exercice, sont incluses depuis 2012 dans les niveaux de progression de la Fédération française d’équitation. À en croire des cavaliers qui ont bien intégré ces principes d’apprentissage dans leurs techniques d’entraînement, la plupart des autres cavaliers ont encore des progrès à faire pour amener les chevaux à effectuer les mouvements voulus sans les fatiguer par l’inlassable répétition des exercices. En effet, cette répétition ne servirait qu’à rassurer le cavalier plus qu’elle ne développerait les compétences d’exécution du cheval.

Caroline Godin, cavalière de dressage, sort pour sa deuxième année en niveau Grand prix avec sa jument Quérida de Hus qu’elle a acquise après son débourrage. D’après elle, la jument âgée de 13 ans a compris ce qu’elle devait faire et a donc gagné en aisance dans les mouvements et leur exécution. Elle montre ainsi davantage « de brillant et d’énergie », et la « fraîcheur » de la jument lors des derniers mouvements de la reprise confirme que celle-ci n’est ni blasée ni épuisée physiquement. À l’entraînement, la cavalière privilégie les séances courtes (pas plus de 30 minutes après l’échauffement), la variété des séances de travail dans la semaine avec des sorties, et un cadre de vie au paddock par demi-journée avec un autre cheval. Au box, la jument est en contact direct avec deux autres congénères (ils peuvent se toiletter mutuellement). Maxime Collard, cavalière de dressage ayant participé aux jeux de Tokyo en 2021 avec l’étalon Cupido, voit aussi comme une évidence d’apporter de la variété dans le travail des chevaux. Ainsi, pour les reprises de Grand prix, son cheval est entraîné sur la piste de galop et en extérieur avec des dénivelés. Cette cavalière insiste aussi sur la nécessité de respecter les besoins fondamentaux des chevaux. Le mode d’hébergement est donc axé sur des sorties quotidiennes au paddock avec de l’herbe (encadré 1). Ces deux cavalières, tout comme Éric Vigeanel, considèrent que dès lors que leur cheval, quels que soient son âge et son niveau d’entraînement, exécute moins bien ce qu’il faisait correctement auparavant, une cause physique est sous-jacente. Tous les critères pragmatiques que ces cavaliers utilisent ne sont certes pas scientifiques, mais ils résultent d’une succession d’interactions qui, additionnées, constituent une relation et les éclairent sur les décisions qu’ils prennent [13]. Pour objectiver ces observations de terrain, l’apport du vétérinaire sera complémentaire (encadré 2).

MODIFICATIONS COMPORTEMENTALES DISCRÈTES

Avant d’en arriver à des signes majeurs comme les différents comportements désignés comme des “rétivités”, il existe des signes plus discrets. Un cas complexe de contre-performance fruste chez un cheval de CSO de haut niveau, présenté à Julie Dauvillier, médecin vétérinaire, a été résolu grâce à la description du comportement atypique du cheval au retour des séances de saut d’obstacles [communication personnelle]. Les nombreux examens réalisés avaient permis d’exclure les causes fréquentes de contre-performance et de révéler la présence d’un processus douloureux sans pouvoir en identifier l’origine. Sa groom, expérimentée et qui connaissait le cheval depuis plusieurs années, avait remarqué qu’il se plaçait face au mur sans bouger pendant 20 minutes au retour du travail, avant de reprendre une « vie de cheval normal » et de se mettre à manger son foin. Les conditions d’apparition de ce comportement ont été reproduites en présence de la vétérinaire qui, sensibilisée aux expressions faciales de douleur, a pu observer et reconnaître les signes d’une douleur aiguë (oreilles en arrière, menton proéminent, lèvres serrées, yeux mi-clos). Des antécédents d’écoulement nasal sur plusieurs mois, puis son arrêt inexpliqué, ont conduit à réaliser des radiographies de la tête qui ont mis en évidence un kyste sinusal. Une fois opéré, le cheval a retrouvé son niveau de performance antérieur et n’a plus présenté de phases de prostration après le travail.

Afin de disposer d’éléments partageables entre les observateurs, Gleerup et Lindegaard ont passé en revue toute une série de travaux et proposé une échelle pour détecter la douleur des chevaux sur la base de caractéristiques comportementales (tableau) [10]. Ils ont choisi de ne pas inclure de paramètre vital comme la fréquence respiratoire ou cardiaque car, selon le trouble de santé, ces paramètres peuvent être modifiés et ne sont pas toujours corrélés à la douleur. L’évaluation prend 2 minutes par cheval. Suivant son état, il sera parfois nécessaire de réévaluer la douleur plusieurs fois dans la journée, voire heure par heure. Cette notation inclut une échelle faciale de la douleur. L’agressivité, y compris en dehors du test d’approche, doit être considérée comme un signe de mal-être (par exemple morsures ou menaces de morsure au sanglage). Pour le cheval monté, Dyson et Pollard ont établi un répertoire comportemental susceptible de révéler une douleur musculosquelettique [7]. L’évaluation s’effectue à partir de 24 critères dont la moitié concerne les expressions faciales. Le matériel (selle, embouchure, etc.), le niveau du cavalier, son poids et son équilibre pourraient avoir une incidence sur ces expressions comportementales (par exemple, l’ouverture de la bouche, la position du chanfrein par rapport à la verticale). Or, en supprimant la douleur via une anesthésie, ces comportements disparaissent [8]. Cela laisse supposer que ces facteurs sont de moindre importance.

ÉCHELLE FACIALE DE LA DOULEUR (HORSE GRIMACE SCALE)

Le travail de Dalla Costa et ses collaborateurs s’est centré sur les expressions faciales [4]. Ces auteurs ont établi une échelle faciale de la douleur à partir de chevaux ayant subi une castration. La notation se fait en 6 points (figure 2). Chaque point est noté entre 0 (élément observable totalement absent) et 2 (totalement présent), le score 1 correspondant à un intermédiaire. La note maximale est de 12. Cette échelle est utilisable pour la chirurgie de castration, la fourbure aiguë, les troubles dentaires, ou les douleurs viscérales [2, 5, 17]. Dans une autre étude, où la douleur est induite par l’application d’une crème à effet chauffant sur la peau et d’une compression des muscles de l’antérieur avec un brassard comme pour prendre la tension artérielle, l’œil n’est pas mi-clos, contrairement à ce qui est relevé dans les publications précédentes portant sur des sources de douleur différentes. Dans cette étude, l’œil est au contraire bien ouvert et donne l’impression d’un regard fixe et “intense” (terme subjectif employé par les auteurs pour décrire une diminution des clignements des yeux, signe probable d’inquiétude, et un œil largement ouvert sans toutefois laisser apparaître la sclère) [11, 19]. L’expérience de terrain montre aussi que ces signes peuvent être observés pour d’autres types de douleur, comme celle ressentie par le cheval atteint d’un kyste sinusal évoquée précédemment. En revanche, pour des syndromes d’ulcère gastrique, l’expression faciale n’a pas révélé de façon significative une douleur, peut-être en raison de la chronicité de celle-ci [9]. Avec la grille d’évaluation globale de l’expression de la douleur chez les chevaux, et notamment dans l’étude de l’expression faciale, un cheval non douloureux n’aura pas nécessairement une note nulle, certains points pouvant être notés 1. Inversement, un cheval qui ressent une douleur ne manifestera pas tous les signes. Par ailleurs, l’un des points de l’échelle pris séparément ne signifie pas qu’une douleur est présente. Par exemple, la fermeture de l’œil est physiologique chez un cheval qui dort, ou l’attention vers une partie du corps est normale lorsque le cheval est en train de se gratter.

Les chevaux comme les humains ont des seuils de douleur individuels. Par exemple lors d’une colique, un cheval de race pur-sang anglais se montrera probablement très agité, se roulant ou se jetant au sol, tandis qu’un cheval au tempérament froid semblera abattu ou se couchera, pour la même gravité. Il est donc important que le praticien prête attention aux propos de celles et ceux qui connaissent chaque animal individuellement pour réagir en conséquence (encadré 3).

CONCLUSION

En l’état actuel des connaissances en éthologie et des progrès techniques de la médecine vétérinaire, le praticien dispose de nombreux éléments pour prendre en charge un cheval dès les premiers signes de méforme ou de changement de comportement suspect. En plus des outils diagnostiques dont il dispose, il pourra s’appuyer sur les personnes qui côtoient l’animal, tout en prenant un soin particulier à reformuler les descriptions de celles-ci afin d’en tirer une interprétation utile à son diagnostic. Sensibiliser les détenteurs à l’observation objective des comportements équins, afin qu’ils soient des alliés encore plus précieux dans la prise en charge d’un cheval, serait à encourager. De même, certaines personnes sont en demande de formation, à la fois pour mieux voir et pour mieux sentir, en particulier les cavaliers qui passent de nombreuses heures à cheval et manquent de repères pour déterminer ce qui va bien ou moins bien, et les grooms qui manipulent beaucoup les chevaux. La détection de la douleur plus en amont est possible grâce à l’observation comportementale. Cela nécessite une formation des praticiens comme des professionnels qui entourent le cheval.

Références

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  • 2. Coneglian MM, Borges TD, Weber SH et coll. Use of the Horse Grimace Scale to identify and quantify pain due to dental disorders in horses. Appl. Anim. Behav. Sci. 2020;225:104970.
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  • 16. ISES. Working on equine optimal welfare: 10 ethical guidelines and tools for practice and performance (case 2-7). https://usercontent.one/wp/www.horsewelfare.com/wp-content/uploads/2019/06/E-ISES-WOW-poster-100-USA.pdf (consulté le 8/01/2024).
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  • 19. Roche H. Mon cheval est-il heureux à l’écurie ? Belin. 2014:104p.
  • 20. Roche H. Préparer son cheval aux soins vétérinaires: medical training pour chevaux, poneys et ânes. Vigot. 2023:192p.
  • 21. Trindade PHE, Hartmann E, Keeling LJ et coll. Effect of work on body language of ranch horses in Brazil. PLoS One. 2020;15(1):e0228130.
  • 22. Tyler-McGowan CM, Golland LC, Evans DL et coll. Haematological and biochemical responses to training and overtraining. Equine Vet. J. Suppl. 1999;(30):621-625.

Conflit d’intérêts

Aucun

Remerciement

Les éditions Vigot ont autorisé l’utilisation de certains passages du livre Préparer son cheval aux soins vétérinaires : medical training pour chevaux, poneys et ânes (Roche H, 2023) pour les besoins du présent article.

ENCADRÉ 1
PRÉVENIR LES RISQUES D’APPARITION D’UNE SOUFFRANCE

Dans la perspective de prévenir les situations source de douleur, le vétérinaire essaie de s’assurer du bien-être de ses patients. L’Anses stipule que « le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal » [1]. Considérer le bien-être revient à observer soigneusement l’animal et à disposer de critères objectivables, ce que l’éthologie apporte aujourd’hui, y compris en ce qui concerne l’état émotionnel. L’observation des éléments de l’environnement est également pertinente, car ils contribuent au bien-être ou risquent de l’altérer. Ce pan de l’évaluation concerne plutôt la bientraitance, c’est-à-dire l’ensemble des moyens mis en œuvre pour satisfaire les besoins des animaux tout en permettant leurs interactions avec les humains. Ainsi, respecter le régime alimentaire, qui devrait être à base de fibres longues, et garantir la possibilité de se déplacer librement de façon régulière et d’avoir des contacts avec des congénères sont les trois points fondamentaux qui, s’ils font défaut, exposent davantage les chevaux au risque de développer des affections, comme des coliques ou des troubles du comportement [3, 12]. La qualité des surfaces des aires d’évolution, les sources de poussières, la disponibilité de l’eau et bien d’autres points sont à contrôler pour pouvoir apprécier globalement l’état de bientraitance d’un cheval [19]. La fréquentation régulière d’une écurie donne un aperçu assez précis au praticien. Tous ces éléments lui permettent de formuler des conseils au détenteur afin de prévenir les situations de mal-être.

ENCADRÉ 2
ENTRE SURENTRAÎNEMENT ET SOUS-ENTRAÎNEMENT

Le surentraînement est redouté par les cavaliers et les entraîneurs soucieux, à raison, de ne pas exposer leurs chevaux à des niveaux d’effort démesurés. L’excès de sollicitation physique ne se traduit pas toujours par une dégradation des paramètres vitaux que les vétérinaires savent interpréter. La modification comportementale se manifeste avant qu’aucun indicateur hémato-biochimique ne soit modifié [21, 22]. Le manque d’envie de se rendre sur le lieu de l’entraînement ou les tentatives de s’y soustraire sont des signes rapportés dans l’étude de Tyler-McGowan et ses collaborateurs [22]. Une expression inhabituelle au repos et des changements de points d’appui sur les antérieurs pourraient aussi caractériser les conséquences d’un travail fatigant [21]. Si à des signes similaires s’ajoutent des affections à répétition en compétition, un surentraînement est probablement en cause. Pourtant, à l’inverse, dans un suivi réalisé par Anne Couroucé, l’analyse de la phase d’entraînement de 4 chevaux a montré qu’ils étaient trop peu sollicités [communication personnelle]. Un fort décalage a été constaté avec les jours de compétition, en termes d’intensité et de type de travail fourni. Les lieux d’entraînement ont donc été diversifiés (par exemple, travail de fond en forêt) et les chevaux ont ensuite retrouvé le moral et n’ont plus présenté de myosite récidivante après les concours. Dans ce cas, le sous-entraînement et la monotonie de la préparation ont produit des effets similaires à ceux d’un surentraînement. Le conseil du vétérinaire en matière de préparation physique, pour toute discipline et tout niveau, peut contribuer à améliorer le bien-être des chevaux à l’exercice.

ENCADRÉ 3
ANTHROPOMORPHISME ET OBJECTIVITÉ DIAGNOSTIQUE

Les personnes qui côtoient les chevaux au quotidien (grooms, palefreniers, cavaliers) font souvent des remarques avisées sur l’évolution de l’état émotionnel et comportemental de ces animaux. Toutefois, ils emploient des termes subjectifs teintés de leur ressenti personnel, ce qui conduit parfois à se méfier de la pertinence de leurs propos. Pourtant, se priver de cette source d’information en raison de son caractère anthropomorphique serait dommage. Écouter ce qu’ont à dire ces personnes peut au contraire apporter des éléments clés sur ce que ressent un animal [6]. Ainsi, dire qu’un cheval est parfois « grincheux », « triste » ou qu’il « a perdu le moral » ne sera pas forcément une description sans intérêt diagnostique. Il reste à interpréter ces témoignages pour les rendre pertinents pour le diagnostic. Demander à la personne de préciser ce qu’elle entend par ces termes, en reformulant ses propos et en lui suggérant une sélection de comportements ou de postures possibles, aidera le praticien à dépasser cette subjectivité. Le recours à des grilles d’évaluation ou à des illustrations peut aussi guider ces professionnels pour qu’ils repèrent les signes de mal-être et parviennent à les nommer.

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