Le suivi locomoteur du cheval de sport de CSO - Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024

PATHOLOGIE LOCOMOTRICE

Dossier

Pathologie locomotrice

Auteur(s) : Philippe BENOIT

Fonctions : Cardiff by the Sea CA 92007 Californie (États-Unis)

Le cheval athlète de saut d’obstacles nécessite une prise en charge spécifique et adaptée aux contraintes physiques liées à ce sport. Le vétérinaire doit suivre le cheval en réalisant des examens répétés et coordonner l’intervention des autres professionnels de santé.

Le cheval de concours de saut d’obstacles (CSO) est un athlète partagé entre une activité de sprint et de course de fond. À haut niveau, il s’agit aussi d’un voyageur au long cours soumis à différents stress, en particulier liés au changement d’environnement fréquent, qui peuvent affecter sa condition physique et son gainage musculaire axial. Les épreuves sportives s’enchaînent désormais à un rythme soutenu toute l’année. Ces particularités du cheval de CSO moderne obligent les praticiens impliqués dans le suivi sportif à bien maîtriser la notion de suivi longitudinal et à réaliser des examens locomoteurs fréquents, dans une perspective préventive qui est également associée à une meilleure éthique des soins.

CARACTÉRISTIQUES DU CHEVAL DE SAUT D’OBSTACLES

Le concours hippique consiste, pour le cavalier et sa monture, à effectuer un parcours constitué d’obstacles droits étroits (un seul plan vertical de barres) ou larges (oxer et spa composés de plusieurs plans verticaux de barres parallèles). Les obstacles rapprochés, séparés par une ou deux foulées seulement, sont appelés des doubles ou des triples. Le modèle du cheval de saut d’obstacles correspond à une subtile combinaison de puissance, de respect, d’agilité et de vitesse. La saison annuelle des compétitions est de plus en plus longue (9 à 11 mois) en raison du développement des épreuves indoor depuis une trentaine d’années. Le cheval peut effectuer jusqu’à 3 week-ends de compétitions par mois, même s’il ne participe pas à toutes les épreuves d’un même concours. Le règlement actuel de la Fédération équestre internationale (FEI) ne fixe pas de limites. Une autre particularité du cheval de CSO est la durée de sa carrière sportive, qui commence généralement à l’âge de 4 ans, est optimale vers 12 ans, et se poursuit en moyenne jusqu’à 17 ans en l’absence de maladie ou de blessure.

Le cheval athlète de CSO présente des caractéristiques spécifiques sur le plan physiologique et biomécanique. Tout d’abord, la race et le type ont évolué vers un modèle plus petit, plus athlétique et “électrique” qu’au siècle précédent. Les parcours sont devenus plus techniques, ils se déroulent sur des surfaces rapides (souvent du sable avec une faible pénétration) et des terrains de taille plus réduite. Les grands espaces, avec éventuellement un sol en herbe, ont été maintenus pour quelques concours mythiques, mais représentent une faible proportion des compétitions. Les mouvements générés par ce type d’exercice, à l’entraînement comme en compétition, supposent des efforts intenses avec des traumatismes répétés sur la partie distale des membres, autant au moment de l’appel qu’à la réception du saut. Les virages et les sauts en courbe, associés à la vitesse du cheval, vont favoriser des phénomènes de torsion et d’hyperextension, affectant les articulations distales, interphalangiennes et métacarpo-phalangiennes des antérieurs. La qualité des sols équestres est mieux prise en compte. Ces derniers sont de plus en plus homogènes, avec des propriétés mécaniques qui visent à réduire l’enfoncement du pied dans le sol et à faciliter la trajectoire et la poussée pour le cheval au cours de la propulsion postérieure. Il sera bientôt possible de noter et de qualifier un sol par rapport à ses divers paramètres physiques [2, 3, 14].

PRINCIPE DE SUIVI SPORTIF

Les chevaux de sport, et notamment de CSO, sont des athlètes complets qui exigent à tous les niveaux une gestion adaptée aux contraintes physiques liées à ce sport. L’examen locomoteur du cheval de sport est également spécifique. Il intègre un suivi sportif plutôt qu’un examen isolé lors de boiterie, au cours duquel le praticien anticipe et prend en charge les affections sous-jacentes souvent subcliniques. Cela permet une évaluation continue en vue d’une échéance majeure (compétition) plutôt que de localiser a posteriori le site douloureux responsable d’une lésion de l’appareil locomoteur (boiterie). Une bonne connaissance de la biomécanique du saut est nécessaire à la réalisation d’un examen efficace et adapté (encadré 1 et figure). La sollicitation du squelette axial lors du saut est très différente de celle du cheval de course [4, 7-9]. Les notions de biomécanique appliquées au saut d’obstacles laissent clairement entrevoir l’importance des structures ostéoarticulaires et tendineuses, et l’impact des traumatismes répétés sur ces dernières à l’origine d’affections secondaires (pieds antérieurs, tendons fléchisseurs et bride carpienne dans la phase antérieure, muscles glutéaux, région lombo-sacrée et sacro-iliaque pour la propulsion, pieds, appareil suspenseur et jonction cervico-thoracique lors de la réception).

SUIVI MÉDICO-SPORTIF CIBLÉ SUR L’APPAREIL LOCOMOTEUR

Le suivi médico-sportif du cheval de saut d’obstacles ne peut pas se focaliser uniquement sur l’appareil locomoteur, même si c’est souvent le motif principal de consultation. Le praticien doit toujours évaluer l’appareil cardio-respiratoire et prendre en compte l’état corporel, la nutrition, la santé de l’appareil digestif, la notion de résistance à l’effort ainsi que la récupération. Tous ces éléments réunis apportent des indices sur des affections liées ou non à l’appareil locomoteur. Ces informations permettent une approche plus globale du cheval et aident à affiner au mieux l’examen. Le suivi longitudinal en médecine sportive peut être appliqué au cheval de CSO qui est régulièrement engagé en compétition. Même s’il n’existe pas de seuil dans le règlement de la FEI concernant le nombre annuel d’engagements, il est néanmoins constaté qu’un cheval de haut niveau participe à environ 22 compétitions par an et effectue une moyenne de 45 parcours, soit environ 800 sauts en comptant l’échauffement [5, 12, Tim Worden, communication personnelle].

ORGANISATION DU SUIVI

Consultation initiale

Lors de la visite initiale de début de saison, le vétérinaire recueille l’historique médical du cheval, les antécédents locomoteurs et médicaux, vérifie les vaccinations et réalise en examen médical et locomoteur complet dans lequel il note toutes les “anomalies cliniques” qui l’amèneront à la réalisation d’examens complémentaires et d’imagerie afin d’établir un diagnostic et surtout un pronostic, souvent associés à une période de réadaptation ou de récupération (encadré 2 en ligne). Cette phase est capitale puisqu’elle conditionne la décision de reprise des compétitions avec l’entraîneur, l’ajustement de la ferrure et de la nutrition, ainsi que la prise en charge par des spécialistes en physiothérapie et médecines complémentaires.

Suivi au cours de la saison

Tous les mois

Le suivi mensuel inclut un bilan sanguin hémato-biochimique, la pesée du cheval et l’adaptation du suivi nutritionnel si nécessaire, un examen clinique complet, et un examen locomoteur comprenant tous les tests passifs et dynamiques. Le cheval est examiné monté également et, selon les remarques du cavalier, les vidéos prises au cours des compétitions sont étudiées (encadré 3, tableaux 1 et 2 en ligne). L’examen monté est standardisé, avec une phase essentiellement au trot sur des cercles aux deux mains, en demandant au cavalier de changer de pied d’appui au trot enlevé. Ce type de test permet tour à tour d’apprécier les charges sur le diagonal intérieur puis extérieur, et de mettre en évidence certaines anomalies discrètes, telles qu’une desmite du ligament suspenseur ou une arthropathie débutante du grasset. Des examens d’imagerie de suivi des atteintes chroniques, surtout ligamentaires ou tendineuses, sont également réalisés.

Tous les 3 mois

Les traitements des affections chroniques suivies sont réévalués. La consultation se déroule en présence du maréchal-ferrant. Chaque pied est examiné de façon approfondie, un examen radiographique de contrôle peut être envisagé pour le parage si nécessaire.

Tous les 6 mois

L’intervention du dentiste est à prévoir deux fois par an, idéalement pour un examen complet en hiver et un contrôle en juin ou juillet. Un test d’effort est souvent intégré à la visite à ce moment de l’année, selon l’état physique et la capacité de récupération du cheval. Pour mémoire, l’effort sur un parcours de CSO est de type anaérobie-aérobie. Des lactates sont produits en petite quantité, et toute élévation au-delà de 6 mmol/l à la sortie de piste est considérée comme anormale. La fréquence cardiaque lors de la détente augmente progressivement jusqu’à 140 ou 150 battements par minute (bpm) et peut monter à 200 ou 210 bpm lors de l’effort sur le parcours [1, 3].

Tous les ans

Une exploration des lésions connues ou apparues durant la saison est effectuée via l’imagerie de base ou avancée. Au-delà du suivi médico-sportif proprement dit, cette étape permet au propriétaire qui envisage de revendre son cheval d’obtenir un bilan complet.

Mise en œuvre des soins

Les soins, lorsqu’ils sont nécessaires, sont mis en œuvre dans des “fenêtres” thérapeutiques discutées et décidées avec le cavalier et le propriétaire. Très souvent et dans le cadre d’une échéance importante, le vétérinaire doit reprendre avec le cavalier le calendrier de la saison pour organiser les traitements, les entraînements, les concours de préparation, et le ferrage. Dans la mesure du possible, le vétérinaire traitant doit être le pivot des examens et des soins au cheval athlète. Il doit coordonner les interventions du confrère spécialiste, de l’ostéopathe, du physiothérapeute, du maréchal-ferrant, du dentiste, etc. [4, 7]. Le groom, élément essentiel de cette équipe, est interrogé à chaque examen pour rapporter toute information utile relative à la vie quotidienne de l’animal et aux éventuelles anomalies survenues.

AFFECTIONS DOMINANTES DU CHEVAL DE CSO

Douleurs podales

D’une manière générale, plus de 65 % du poids du cheval au repos est supporté par les pieds. Cette charge est fortement augmentée au moment du saut, lors de la phase d’appel devant l’obstacle, et plus encore à la réception où elle peut excéder une tonne. À cette charge s’ajoute la grande variabilité des contraintes mécaniques observées selon les différents sols (sol souple à l’entraînement, sol ferme pour le saut, sol dur lors des trottings en extérieur). Ces excès de charge et cycles d’impacts se traduisent par l’apparition d’hématomes, de contusions, d’œdèmes osseux responsables de boiteries. Un simple inconfort est également possible. Chez le cheval de sport, il se manifeste alors par des allures étriquées, une réception préférentielle sur un antérieur, ou un refus de sauter de manière inhabituelle ou injustifiée. Le praticien doit conduire un examen rigoureux, effectuer une palpation complète du membre, utiliser la pince à sonder et le test de la planche d’hyperextension du doigt, et surveiller le pouls digité afin de mettre en évidence certaines anomalies quelquefois discrètes. En situation dynamique, un inconfort plus marqué est généralement observé sur les petits cercles sur un sol dur, et le test de la pince dynamique est positif. Les résultats des tests de flexion sont inconstants et ne sont pas toujours spécifiques [4, 5, 7, 10, 11].

La conformation du pied avec des talons fuyants ou faibles augmente les contraintes sur la région palmaire du pied. La gestion de l’aplomb du pied via le parage et le choix de différents matériaux en maréchalerie parviennent à limiter ces douleurs. Des fers couverts sont désormais disponibles, en aluminium pour limiter le poids, ainsi que des plaques et du silicone amortissant destinés à combler la sole pour la protéger, ou mieux répartir les forces de charge selon le type d’anomalie. La radiographie offre une bonne visualisation de l’aplomb longitudinal, latéro-médial et de l’épaisseur de la sole, mais l’imagerie par résonance magnétique (IRM), lorsqu’elle est accessible, permet de visualiser plus précisément les structures ou les lésions osseuses et ainsi de choisir le traitement orthopédique adapté.

Plus récemment, de nombreux cavaliers ont fait le choix de déferrer leurs chevaux. La gestion est plus complexe et suppose un environnement favorable, notamment l’absence de cailloux ou graviers, ainsi que de bons sols d’entraînement. D’une manière générale, le parage doit être plus régulier, tous les 15 jours, et nécessite une sole et des arcs-boutants de bonne qualité. Comme tous les chevaux ne répondent pas de façon similaire à cette pratique, il convient de ne pas en faire une généralité ou une mode.

Syndrome podotrochléaire

Le syndrome podotrochléaire comprend l’ensemble des lésions et sources de douleur associées à l’os naviculaire et à ses annexes articulaires, thécales, ligamentaires et tendineuses. L’évolution vers des atteintes osseuses sclérotiques, kystiques et des œdèmes osseux n’est pas rare, facilement diagnostiqués à l’aide des techniques d’imagerie comme l’IRM, mais souvent responsables de contre-performances, même si la manifestation clinique observée chez le cheval n’est pas toujours une boiterie franche [4, 5, 7, 10, 11]. À ces formes osseuses s’ajoutent les affections du tendon fléchisseur profond, les bursites podotrochléaires et les entorses des ligaments de l’os naviculaire dont le diagnostic échographique peut être envisagé (examen du creux du paturon et par un abord transfurcal). Néanmoins, compte tenu de la difficulté technique et d’interprétation, l’IRM reste l’examen de choix pour cette région.

La présentation clinique, proche d’une douleur de pied classique, est caractérisée par un défaut marqué de la phase postérieure de la foulée (test d’hyperextension positif lors de forme aiguë). La prise en charge de ces cas passe par un ferrage adapté qui vise à limiter les contraintes sur la partie postérieure du pied (biseau de la rive externe du fer reculé, soutien en talons avec oignons, fer en forme d’œuf).

L’utilisation des biphosphonates est intéressante sur l’évolution des formes osseuses. Des soins articulaires interphalangiens distaux ou de la bourse de l’os naviculaire sont à envisager en cas de boiterie associée. Il est possible d’utiliser des stéroïdes à dose chondroprotectrice, ou des produits orthobiologiques. Des gels à base de polyacrylamide, d’un coût plus élevé, trouvent aussi leur place dans les soins articulaires ou intrathécaux. Le recours aux ondes de choc par un abord transfurcal ou dans le creux du paturon, ainsi qu’au laser de classe 4, est décrit en cas de desmite ou d’entésopathie palmaire. La non-réponse au traitement entraîne généralement la retraite sportive du cheval, une névrectotomie n’étant pas compatible avec une utilisation sportive et le respect de l’animal.

Arthropathie interphalangienne distale

Les contraintes en torsion des parties distales des membres sont probablement à l’origine des lésions des tissus périarticulaires et de la potentielle instabilité associée aux affections de l’articulation interphalangienne distale du cheval de sport. L’excès de longueur en pince, les défauts de parage latéro-médial et le travail sur un sol relativement dur ou hétérogène représentent des facteurs prédisposants. Les signes cliniques associés sont généralement un inconfort plus marqué sur le cercle sur un sol dur à la main correspondante, une éventuelle distension articulaire, et un test de flexion dynamique pas toujours significatif. L’examen radiographique met en évidence des remaniements articulaires, l’échographie permet éventuellement d’objectiver la distension articulaire, mais également d’évaluer la partie proximale des ligaments collatéraux du pied parfois à l’origine d’une instabilité articulaire. En l’absence d’images lésionnelles significatives, l’IRM reste l’examen de choix de cette région, après avoir préalablement confirmé l’origine de l’inconfort via une anesthésie articulaire ou tronculaire en prêtant attention aux différentes structures impliquées [18]. Des soins articulaires peuvent être indiqués en l’absence de signes cliniques d’instabilité. La maréchalerie, fondamentale dans ce suivi, permet de diminuer la longueur de pince, de reculer le fer et de biseauter toute sa rive externe pour favoriser le roulement du pied. Toute suspicion d’instabilité doit mener à un examen d’imagerie plus poussé (souvent l’IRM pour les articulations distales) et orienter vers une thérapeutique adaptée (soins des ligaments ou des autres structures impliquées) suivie d’une rééducation progressive incluant le recours à la physiothérapie (laser, ondes de choc extracorporelles) [4, 7]. La ferrure participe à l’amélioration du confort et à la stabilisation de ces lésions collatérales : lors d’une desmite du ligament collatéral, par exemple, un fer asymétrique avec une branche plus couverte du côté lésé est indiqué.

Arthropathie du jarret

L’importance des contraintes en torsion sur les articulations distales du tarse durant le parcours de CSO est certainement à l’origine de l’ostéoarthrose fréquemment observée. Chez le cheval de sport, l’affection se traduit par des allures plus étriquées, un défaut d’engagement et de propulsion des postérieurs, une perte d’impulsion, un saut dévié (du côté lésé en raison du manque de propulsion) ou un galop désuni. Le cavalier a l’impression que le cheval “force” anormalement. Les signes cliniques observés par le praticien sont très variables, souvent plus marqués sur un sol dur à la main correspondante : un défaut de dissociation des postérieurs au galop, un test de flexion dynamique généralement positif, et parfois une lombalgie secondaire liée au soulagement chronique associé. La tolérance de ces lésions varie d’un cheval à l’autre et la gêne n’est pas toujours proportionnelle à leur sévérité. L’emploi de biphosphonates (tiludronate) constitue une option intéressante, par rapport aux soins articulaires, en cas d’affection ostéolytique des os du tarse. Les soins articulaires à base de corticostéroïdes (triamcinolone, bétaméthasone à dose chondroprotectrice), associés à de l’acide hyaluronique, constituent le traitement principal de ces affections. En outre, les soins à l’aide de produits orthobiologiques, tels que l’interleukin-1 receptor antagonist protein (Irap) et le platelet-rich plasma (PRP), sont de plus en plus utilisés sur les articulations à plus fort débattement articulaire (articulation tibio-talienne) ou sur les gaines synoviales du jarret [16, 17].

Desmite du ligament suspenseur du boulet

Le ligament suspenseur est très sollicité et les contraintes supportées sont énormes durant la réception du saut, notamment sur les membres antérieurs. Les lésions sont souvent localisées au niveau de l’insertion proximale sur l’aspect palmaire du métacarpien principal ou plantaire du métatarsien principal, ou au niveau des branches du ligament, plus rarement au niveau du corps, et sont généralement dues à une surcharge chronique plutôt qu’à une origine traumatique. Le traitement dépend de la sévérité des lésions observées et nécessite dans le meilleur des cas une réduction de l’activité qui peut aller jusqu’à un repos de plusieurs mois. Parallèlement au repos, l’utilisation d’ondes de choc focalisées est intéressante, l’injection intralésionnelle de cellules souches ou de PRP étant plutôt réservée aux lésions centrales. La ferrure indiquée varie selon le site lésionnel : branches en talon plus étroites en cas de lésion d’insertion proximale, fer asymétrique avec une branche couverte du côté lésé lors de desmite de branche ou d’atteinte du ligament sésamoïdien oblique. Les lésions du ligament suspenseur étant fréquemment liées à une surcharge du boulet, il est nécessaire de pratiquer un examen clinique poussé et d’évaluer les structures associées [4, 5, 7] :

- les pieds et les boulets pour les suspenseurs des membres thoraciques douloureux, éventuellement la jonction cervico-thoracique en région proximale ;

- la région dorso-lombaire et les articulations sacro-iliaques lors de desmite du suspenseur, sur le membre pelvien en priorité, et les structures plus distales ensuite.

Dorso-lombalgies

Le saut nécessite la conversion de l’énergie horizontale en énergie verticale, et cette conversion est permise par la mobilité du dos dans le plan sagittal, en flexion et en extension (jonctions thoraco-lombaire et lombo-sacrée). Cette mobilité étant “extra-physiologique”, les douleurs dorsales et lombaires d’origine musculaire sont fréquentes chez le cheval de CSO. En outre, des affections osseuses (conflits de processus épineux de différents grades) et articulaires (arthropathies des articulations épi-axiales) sont également observées [6, 8, 9]. Si l’examen radiographique du dos dans la région thoracique est assez facile à réaliser en pratique ambulatoire, il reste délicat dans la région lombaire en raison de la musculature et nécessite un générateur plus puissant (utilisation en clinique dans le respect des mesures de radioprotection). L’échographie de la région dorsale et lombaire est relativement aisée et permet une évaluation rapide des articulations épi-axiales, des processus épineux, du ligament supra-épineux, ainsi que des principaux muscles épi-axiaux [6, 8]. Des soins du dos peuvent être nécessaires selon les lésions identifiées (infiltration péri-épineuses lombaires, des processus épineux, ou des articulations épi-axiales lombaires). La prise en charge thérapeutique consiste essentiellement en la mise en œuvre de soins locaux échoguidés à base de corticostéroïdes ou de produits orthobiologiques. La résolution des spasmes des muscles épi-axiaux par le biais de la mésothérapie et le recours à des techniques de mobilisation, mais aussi l’utilisation de la physiothérapie et de la chiropractie sont fortement indiquées pour les formes chroniques [6, 10, 11, 16]. Face à une douleur aiguë, l’origine musculaire doit être investiguée via le dosage des enzymes musculaires [1, 13]. Du repos et une thérapie anti-inflammatoire sont mis en place rapidement, suivis par une réhabilitation musculaire progressive sur plusieurs semaines, en favorisant le travail en longe enrêné (utilisation d’un gogue ou d’un enrênement Pessoa) et les transitions galop/pas ou pas/galop pour solliciter et remuscler les muscles dorsaux et psoas. Les douleurs uniquement d’origine musculaire, souvent associées à des affections plus profondes et pas toujours faciles à diagnostiquer, bénéficient également de l’administration de myorelaxants par voie générale, de soins de mésothérapie, ainsi que de techniques complémentaires telles que les massages, l’ostéopathie, l’électrothérapie ou les ondes de choc extracorporelles.

Affections sacro-iliaques

Les douleurs de l’articulation sacro-iliaque sont fréquentes en raison de l’importante sollicitation du bassin lors du saut. Le cavalier rapporte, comme lors de dorsalgies, des difficultés à couvrir les obstacles larges, aggravées dans les combinaisons. Les performances du cheval “sacralgique” tendent à se dégrader d’une épreuve ou d’un concours à l’autre. Les tests de mobilisation du bassin deviennent douloureux lors de l’examen statique, et la mobilisation est faible lors de l’évaluation dynamique. Sur le parcours, le cheval peut avoir tendance à se coucher dans les virages serrés et manquer de propulsion lors des efforts répétés [4, 7, 9]. L’imagerie de la région est délicate compte tenu des masses musculaires présentes, mais l’examen échographique par voie transrectale permet une appréciation des articulations intertransversaires, du disque lombo-sacral, des émergences nerveuses sciatiques et de l’articulation sacro-iliaque proprement dite [8]. L’injection échoguidée de corticostéroïdes reste un traitement de choix, bien que les produits orthobiologiques tels que le PRP donnent de très bons résultats cliniques et restent indiqués dans les cas chroniques. La phase de reprise musculaire et de mobilisation des muscles glutéaux est capitale pour ce type de douleur, afin d’en limiter la récurrence sur le long terme [16, 17].

Ostéoarthrose et synovite tendineuse du boulet

L’affection dégénérative du boulet, relativement fréquente chez le cheval de CSO qui commence à prendre de l’âge, est secondaire aux contraintes importantes, notamment en hyperextension lors de la réception et en torsion lors des virages serrés. À l’examen clinique, le test de flexion digitale est souvent positif et parfois associé à une synovite plus ou moins marquée de l’articulation métacarpo/métatarso-phalangienne, et à une diminution de l’amplitude de flexion. L’examen radiographique met en évidence d’éventuels ostéophytes périarticulaires, ainsi qu’une sclérose de l’extrémité distale du métacarpe ou métatarse, impliquant souvent la phalange proximale, avec une diminution potentielle de l’interligne articulaire lors des affections les plus avancées. L’examen échographique permet d’apprécier l’épaisseur de la capsule articulaire (diagnostic de capsulite) ainsi que l’épaisseur du cartilage en région dorsale.

Les corticostéroïdes et l’acide hyaluronique sont indiqués pour la prise en charge du cheval de sport, mais de plus en plus souvent remplacés par des produits orthobiologiques tels que l’Irap ou le PRP. Les gels dérivés du polyacrylamide ont fait leur apparition il y a plus de 10 ans et représentent une bonne solution alternative aux stéroïdes. L’utilisation d’une ferrure légère en aluminium, avec pince couverte et branches étroites, est conseillée pour limiter les contraintes sur l’articulation en extension. Les lésions d’ostéochondrose, avec la présence d’un fragment dorsal ou palmaire/plantaire, sont généralement bien tolérées en CSO et n’ont que très rarement de répercussion clinique nécessitant leur exérèse. Des entorses des ligaments collatéraux du boulet peuvent également être observées à la suite d’un traumatisme lors de la réception [11]. Enfin, la gaine digitale est fortement sollicitée et se distend souvent occasionnant des lésions des fléchisseurs ou de la manica flexoria dans la partie palmaire ou plantaire. Les chevaux ne sont pas toujours cliniquement affectés, mais le défaut de diagnostic et de soins, en l’absence d’exercice contrôlé, peut nuire à une bonne cicatrisation et provoquer des adhérences difficiles à traiter par la suite.

Affections articulaires du grasset

Le grasset est relativement souvent atteint en raison de son implication dans la propulsion. Le motif de consultation est généralement lié au fait que le cheval se déporte sur le saut du côté lésé, ou présente un défaut de propulsion asymétrique. Les synovites fémoro-tibiales médiales sont cliniquement significatives. Des inflammations fémoro-patellaires ne sont pas toujours présentes. Un défaut de phase craniale de la foulée et un placer du postérieur en adduction du pied sont observés. Le test de flexion dynamique global des postérieurs est inconstant, la flexion du jarret avec le grasset en extension peut aider à différencier une douleur jarret/grasset, mais reste aléatoire. Les affections principalement rencontrées sont une ostéoarthrose fémoro-tibiale, des kystes osseux sous-chondraux du condyle fémoral médial, des lésions méniscales (attaches ligamentaires comprises) ou des ligaments croisés. L’anesthésie intra-articulaire permet la confirmation de la suspicion clinique, et l’échographie le diagnostic de la plupart des affections. Plus récemment, le développement de la tomographie et de l’arthroscopie à l’aide de needle scopes (arthroscopes de petite taille) a représenté un progrès important dans l’imagerie du grasset, en outre pratiquée sur un cheval debout. D’une manière générale, les affections articulaires seules ne sont pas si fréquentes et le praticien doit conserver une approche globale de l’articulation, surtout lors de récidives de boiterie dans la même région. Les soins articulaires sont privilégiés en limitant l’usage de stéroïdes et en favorisant celui des produits orthobiologiques tels que l’Irap, le PRP ou l’autologous concentrated serum (ACS) [16]. En cas d’affection ligamentaire avancée ou d’instabilité articulaire, la rééducation est très délicate et le pronostic réservé. Un renforcement musculaire local sur tapis roulant immergé (Aquatred) a été proposé [15].

Cervicalgies

L’ostéoarthrose des processus articulaires cervicaux constitue une entité pathologique assez commune chez le cheval de CSO, mais le diagnostic clinique est plutôt subtil. Le cavalier rapporte une raideur plus marquée à une main, éventuellement des trébuchements répétés, des fautes d’antérieur liées à un retard de montée des membres lors de la battue d’appel. Le praticien peut constater une sensibilité ou une amyotrophie localisée de la région cervicale, un défaut de mobilité lors de tests provoqués de l’encolure, une phase antérieure de la foulée diminuée, des signes discrets d’ataxie. L’examen radiographique participe au diagnostic, mais reste limité. L’échographie moderne permet d’apprécier les contours osseux et les tissus mous autour des processus articulaires, des processus transverses, des rameaux nerveux émergents et de la région cervico-thoracique, ainsi que la présence d’une distension synoviale avec ou sans capsulite. La tomographie avec contraste constitue l’examen d’imagerie le plus adapté, surtout combinée à l’échographie. Les soins locaux sont souvent ciblés sur les processus articulaires, et désormais sur les émergences nerveuses, ou plus rarement sur les articulations costo-vertébrales [5, 8, 9].

CONCLUSION

La discipline du CSO sollicite énormément l’appareil locomoteur du cheval de sport. En particulier, des affections des pieds antérieurs, des ligaments suspenseurs du boulet, des jarrets et du dos sont observées. Du fait d’un programme chargé, les compétitions étant de plus en plus rapprochées, il est capital que le vétérinaire et le cavalier s’entendent sur des phases de repos et de soins appropriés pour prévenir la survenue de lésions au niveau de ces structures. Ainsi, le calendrier des épreuves et les moments forts de la saison doivent être planifiés en amont, en tenant compte des dates de ferrage, des examens de contrôle et des soins réalisés par le groom, indispensable partenaire de la santé du cheval de haut niveau. Le praticien doit donc aller au-delà de son rôle de “pompier” pour mettre en place un suivi longitudinal individualisé visant à accroître la surveillance clinique via des examens répétés, et encadrer les autres acteurs de la santé du cheval que sont le physiothérapeute, l’ostéopathe, et le maréchal-ferrant.

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  • 16. Mayet A, Zablotski Y, Roth SP et coll. Systematic review and meta-analysis of positive long-term effects after intra-articular administration of orthobiologic therapeutics in horses with naturally occurring osteoarthritis. Front. Vet. Sci. 2023;10:1125695.
  • 17. McIlwraith CW. The use of intra-articular corticosteroids in the horse: what is known on a scientific basis? Equine Vet. J. 2010;42(6):563-571.
  • 18. Schumacher J, Schumacher J, Schramme MC et coll. Diagnostic analgesia of the equine forefoot. Equine Vet. Educ. 2004;16(3):159-165.

Conflit d’intérêts

Aucun

ENCADRÉ 1
ASPECTS BIOMÉCANIQUES DU SAUT

Durant les dernières foulées d’appel qui précèdent l’obstacle, le cheval baisse l’encolure, le thorax et la tête de manière à pouvoir étendre les antérieurs. La détente commence par le redressement de l’encolure, puis l’antérieur d’appel décolle à la suite de l’extension des épaules et des coudes, via le muscle triceps brachial principalement, mais une part importante de l’extension du boulet est liée à l’énergie élastique emmagasinée de manière passive par les fléchisseurs et la bride carpienne lors de la descente du boulet, restituée lors de la flexion au moment de l’appel [9]. Au cours de la seconde partie de la phase d’appel, les fessiers effectuent une contraction excentrique pour permettre la poussée des membres postérieurs, ces derniers étant côte à côte, à proximité de l’empreinte du pied antérieur quittant le sol au moment de l’appel. Ensuite, une extension du bassin est observée, via l’articulation lombo-sacrée et sacro-iliaque (muscles biceps fémoral, semi-membraneux et semi-tendineux), du grasset (muscles quadriceps fémoral et gastrocnémien), du jarret et du boulet, correspondant à la phase de poussée postérieure qui va déterminer la trajectoire du saut [4, 5, 9]. Le planer constitue la phase intermédiaire “passive” durant laquelle les contraintes sur l’appareil locomoteur sont les plus réduites : flexion des articulations des postérieurs, extension des articulations des antérieurs, et rotation du centre de gravité (le cheval “passe le dos”). Préalablement à la réception, durant la phase descendante, le cheval redresse son encolure et recule son centre de gravité. La réception s’effectue sur un antérieur, rapidement suivi par son controlatéral qui se place devant pour augmenter le soutien (photo). Il est évident que durant cette phase les contraintes sont maximales sur le pied, la boîte cornée et son articulation, ainsi que sur l’articulation du boulet en hyperextension (descente) et son appareil suspenseur, avec une charge qui peut excéder une tonne sur ces ligaments. S’ensuit la reprise du galop caractérisée par une flexion marquée des lombaires et de la jonction lombo-sacrée, avec l’engagement des membres postérieurs et la forte sollicitation des muscles ilio-psoas.

ENCADRÉ 3
SPÉCIFICITÉS DE L’EXAMEN MONTÉ EN SITUATION

L’examen du cheval à l’obstacle est certainement le plus spécifique et le plus sensible. Grâce à la mise en situation, il met en évidence certaines anomalies non perceptibles lors de l’examen statique ou dynamique classique. Il permet également d’échanger avec le cavalier concernant son ressenti sur la locomotion de son cheval. Il est préférable de réaliser cet examen aux écuries de manière à pouvoir évaluer les anomalies de geste entre les obstacles ou au cours du saut. L’étude des vidéos enregistrées durant les parcours constitue aussi un examen spécifique souvent riche d’enseignements. L’objectif est de détecter des anomalies couramment observées lors de certaines affections associées. L’examen monté en situation sert notamment à contrôler l’amplitude et la régularité de l’allure, à juger de la mobilité des différents segments dorsaux en flexion-extension et latéro-flexion, et à apprécier la mobilité du bassin lors du travail sur le plat. Sur le parcours, il convient d’observer la qualité du galop, son amplitude, sa régularité et toutes les anomalies de type perte d’équilibre, défense, changement de pied, désobéissance. L’examen du cheval de face permet la détection d’une asymétrie du geste, d’une réception préférentielle, du retard d’un membre antérieur, de la rotation des postérieurs sur le côté, d’un décalage spontané et répété du cheval d’un côté, ou de changements de pied. Une appréciation de la récupération pourra être effectuée en fin de séance [1, 4, 6, 7, 12, 13].

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