La récupération chez le cheval athlète - Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024

PHYSIOLOGIE

Dossier

Récupération

Auteur(s) : Irene TOSI*, Tatiana ART**

Fonctions :
*Service de médecine sportive, département des sciences fonctionnelles
**Faculté de médecine vétérinaire, université de Liège (Belgique)

La phase de récupération après un effort est cruciale pour l’organisme du cheval afin de restaurer les paramètres physiologiques, métaboliques et immunitaires. Cela permet d’atteindre un haut niveau de performances tout en préservant la santé et le bien-être de l’athlète.

La réalisation d’un exercice régulier induit des adaptations physiologiques visant à renforcer et à optimiser les fonctions cardio-vasculaire, musculosquelettique et thermorégulatrice afin d’améliorer la performance. En conséquence, les performances sportives dépendent en grande partie d’un entraînement efficace, mais pas seulement. En effet, il convient aussi de respecter un équilibre optimal entre l’entraînement et la phase de récupération pour éviter une réponse inappropriée ou inadéquate face aux stress mécanique, hormonal et métabolique induits par l’activité physique. Il est important de faire une distinction entre la récupération immédiatement après l’effort ou à court terme et la récupération sur le long terme, car elles impliquent des processus et des adaptations physiologiques différents, à l’origine d’affections ou de dysfonctions distinctes. Le présent article passe en revue ces quelques points, sans toutefois aborder les anomalies ostéo-articulaires.

RÉCUPÉRATION À COURT TERME

Paramètres cardio-respiratoires et sanguins

Des paramètres de base comme les fréquences cardiaque et respiratoire sont utilisés pour évaluer la récupération du cheval durant la période posteffort immédiate. La fréquence respiratoire devrait revenir à sa valeur normale (inférieure à 25 mouvements par minute) dans l’heure qui suit l’exercice [8]. Il est important de surveiller la présence d’un éventuel jetage nasal ou de sang qui pourrait être le signe d’une hémorragie pulmonaire induite par l’exercice (HPIE) (photo 1). La fréquence cardiaque décline dans les 10 minutes après l’effort, d’abord d’une manière abrupte et rapide, puis plus lentement jusqu’à sa normalisation. Plus précisément, lors d’un effort sous-maximal, elle devrait être inférieure à 100 battements par minute (bpm) dans les 10 secondes, inférieure à 85 bpm après 5 minutes et inférieure à 60 bpm 10 minutes après l’exercice [8]. La mesure de la fréquence cardiaque en phase de récupération représente un indicateur très utile de l’aptitude physique, de la capacité aérobie et de la santé du cheval, et permet en conséquence la détection précoce d’une éventuelle baisse de performance [3]. Étant donné sa diminution rapide au cours des minutes qui suivent l’effort, il est conseillé d’attendre 10 minutes avant de mesurer cette fréquence de manière fiable [25]. Du sang peut être prélevé après l’exercice pour doser l’activité des enzymes musculaires, comme la créatine kinase (CK), idéalement lors de son pic sérique qui se situe entre 2 et 6 heures après l’effort, afin de déceler si l’activité physique a été trop intense par rapport à l’état d’entraînement de l’animal, ou une éventuelle prédisposition aux myopathies à l’exercice. Si c’est le cas, le taux de CK sera plus que doublé par rapport à la valeur au repos. L’enzyme CK est un marqueur spécifique et précoce en cas de souffrance musculaire. L’enzyme aspartate aminotransférase (AST) peut également être utilisée à cette fin, mais son pic, plus tardif, a lieu environ 24 heures après un épisode de myopathie. L’AST est également moins spécifique du muscle squelettique que la CK, puisqu’une souffrance hépatocellulaire ou l’hémolyse peuvent aussi provoquer son augmentation [26]. Le dosage du lactate sanguin, bien qu’il soit un très bon indicateur de la capacité aérobie et de l’aptitude physique du cheval, est peu utile et non corrélé à la performance s’il est mesuré durant la phase de récupération [10]. Le lactate produit pendant l’exercice est principalement consommé par oxydation dans les fibres musculaires striées pendant cette phase. Il est démontré qu’après un effort intense, ce processus de récaptation et de réutilisation des lactates par les muscles squelettiques est favorisé par une récupération active (trotter et/ou marcher), ce qui accélère le métabolisme oxydatif et par conséquent la récupération dans l’heure qui suit l’effort tout en minimisant l’acidose sanguine [15].

Dissipation de la chaleur

La conversion des substrats énergétiques du travail musculaire est un processus relativement inefficace, étant donné qu’approximativement 70 à 80 % de l’énergie obtenue à partir de ces substrats est transformée en chaleur et seulement 20 à 30 % en travail mécanique [18]. Par conséquent, l’augmentation du métabolisme lors de l’effort (de 40 à 60 fois le taux au repos) est accompagnée par une hausse de la température musculaire, donc corporelle. Le maintien d’un équilibre entre la production et la perte de chaleur est fortement influencé par les conditions environnementales, l’état d’hydratation de l’animal, l’entraînement et par un éventuel processus d’acclimatation préalable. L’humain et le cheval sont les deux seules espèces chez lesquelles la thermorégulation repose majoritairement sur les pertes évaporatives par la sueur, qui dissipe approximativement 65 % de la chaleur totale produite, et dans une moindre mesure sur l’évaporation de liquide au niveau des muqueuses respiratoires (15 à 25 % de la chaleur totale produite). Ce processus ne se vérifie que lorsque les conditions environnementales sont favorables (air frais et sec). En revanche, si les conditions ambiantes lors de l’effort sont chaudes et humides, ces mécanismes de thermorégulation peuvent être rapidement compromis et le cheval nécessite alors une intervention active, via des mesures de refroidissement, de la part de son cavalier ou du groom. En effet, lorsque la température extérieure excède celle de la peau (supérieure à 35-36 °C), l’organisme emmagasine de la chaleur plutôt que de la perdre. De plus, si l’humidité est élevée, le gradient entre le point de saturation en vapeur d’eau de la peau et de l’air ambiant se réduit et la sueur devient plus liquide qu’évaporative (photo 2). Les pertes de fluides organiques seront donc plus abondantes et moins efficaces : 5 à 8 litres par heure dans des conditions fraîches, 10 à 12 litres dans des conditions chaudes et humides, pour un cheval de 500 kg. Il est aussi important de tenir compte du type d’effort. Si l’exercice est intense et de courte durée (course de trot ou galop), la chaleur produite dépasse la capacité de l’organisme à la dissiper et la température corporelle augmente jusqu’à l’arrêt de l’exercice. C’est par conséquent surtout en phase de récupération que la chaleur se dissipe. En revanche, lors d’un effort prolongé mais d’intensité modérée (endurance), la mise en route des mécanismes de thermorégulation atténue l’augmentation de la chaleur corporelle jusqu’à l’équilibre. Si les conditions climatiques sont chaudes et humides et que l’effort est intense et prolongé (comme pendant le cross lors du concours complet), les capacités de dissipation de la chaleur peuvent être compromises, provoquant alors un “coup de chaleur”.

Méthodes de refroidissement

L’effort induit généralement une augmentation de la température rectale de 2 °C par rapport à la valeur au repos. Lorsque la capacité thermorégulatrice est dépassée, des conséquences sévères et pathologiques, comme le coup de chaleur (heat-stroke), le syndrome d’épuisement (exhaustion syndrome) et, dans les cas extrêmes, une dysfonction du système nerveux central peuvent en découler [5]. Pour prévenir ces complications, des stratégies de refroidissement précoces et efficaces doivent être mises en place. Un travail récent a comparé différentes méthodes chez des pur-sang de course ayant couru dans des conditions chaudes et humides : l’utilisation de ventilateurs, l’application intermittente d’eau froide (10 °C) avec ou sans raclage, l’arrosage continu avec de l’eau à température ambiante (26 °C) sans raclage [29]. La méthode la plus efficace pour abaisser la température rectale était l’application continue d’eau à 26 °C sur un cheval à l’arrêt. Cela indique qu’il est plus important de maintenir un contact constant avec de l’eau (sans raclage) plutôt que d’en maîtriser la température, pour autant qu’elle soit inférieure à celle du corps. Néanmoins, si la température de l’eau utilisée est trop basse et contraste avec celle du sang circulant, des informations contradictoires peuvent être envoyées au centre de thermorégulation (hypothalamus), ce qui rend la réponse thermorégulatrice suboptimale et moins efficace. Il est également important de cibler les principaux vaisseaux sanguins et de couvrir la plus grande surface corporelle possible avec un volume d’eau adéquat. Une autre astuce consiste à utiliser un collier de refroidissement (cooling collar) autour des artères carotides [6]. Selon une autre étude, l’emploi de ventilateurs pour dissiper la chaleur en phase posteffort n’entraîne pas de différence significative par rapport à l’utilisation d’eau. Cependant, les ventilateurs sont plus efficaces si l’air est soufflé derrière le cheval vers l’avant plutôt que latéralement [20]. Une température rectale supérieure à 39 °C est considérée comme à risque chez le cheval qui peut développer un “coup de chaleur”, de sorte que le refroidissement de l’animal doit être poursuivi jusqu’à obtenir une température rectale inférieure à cette valeur. Il est aussi important de mettre le cheval à l’abri du soleil pour prévenir une prise de calories par irradiation, de retirer la selle et les autres accessoires et d’éviter l’utilisation d’une couverture. Dans les cas plus sévères, une intervention immédiate du vétérinaire est nécessaire pour mettre en place un traitement médicamenteux et une fluidothérapie [5].

Cryothérapie

L’application de froid, localisée ou généralisée, est une technique largement employée chez l’humain pour la récupération physique, mais aussi pour le traitement de blessures en phase aiguë grâce à son effet analgésique, anti-inflammatoire et antiœdémateux. La cryothérapie est aussi fréquemment utilisée chez le cheval après l’effort, en partie à cause de la haute incidence des affections musculosquelettiques des parties inférieures des membres (tendinites, par exemple). Lorsqu’un tendon est soumis à une charge cyclique, l’énergie élastique générée n’est pas entièrement récupérée, mais partiellement perdue (5 %) sous la forme de chaleur (phénomène d’hystérésis). Pendant l’exercice, la température au centre d’un tendon peut augmenter jusqu’à atteindre 46 °C, ce qui induit une réponse inflammatoire et diminue la viabilité des ténocytes [2]. Le refroidissement, obtenu en réduisant le métabolisme cellulaire aurait donc l’intérêt d’estomper cette réaction inflammatoire, avec un effet protecteur sur les tissus [16]. Plusieurs techniques, commerciales ou non, sont disponibles chez le cheval, dont certaines sont fortement employées dans le milieu équestre, telles que les guêtres refroidissantes. Différents types de guêtres existent : celles qui contiennent du gel à effet froid, celles qui stockent rapidement l’eau et la relâchent par évaporation (technique Hyperkewl), celles qui contiennent des pains de glace à congeler préalablement. Une étude récente a comparé, en matière de capacité à dissiper la chaleur, l’immersion en eau froide avec des glaçons, les pains de glace, l’arrosage avec de l’eau froide (15 °C), les différents types de guêtres refroidissantes, le gel à effet froid et l’argile (15 °C) sur des membres isolés [16]. La technique de refroidissement la plus efficace était l’immersion en eau froide avec des glaçons (0 °C), suivie par l’arrosage avec de l’eau à 15 °C puis par les guêtres refroidissantes. L’argile (15 °C) est apparue comme le procédé le moins efficace, car le film imperméable créé agit comme une couche isolante qui empêche la dissipation de la chaleur. L’efficacité des guêtres refroidissantes dépend de leur surface de contact avec la peau et de la température du gel ou du pain de glace (photo 3). Les guêtres évaporatives (Hyperkewl) subissent l’influence de l’humidité ambiante qui limite l’évaporation de l’eau qu’elles contiennent.

Hydratation et électrolytes

L’hydratation du cheval et le maintien de l’équilibre électrolytique sont essentiels à la fois pour la préparation à l’exercice et la récupération après l’effort. Comme déjà mentionné, une attention particulière est requise lors d’un exercice en conditions chaudes et humides, lorsque les pertes de fluides, et par conséquent d’électrolytes, sont plus importantes. La déshydratation pendant l’effort peut rendre inefficaces les mécanismes de thermorégulation et, associée à la perte d’électrolytes, entraîner des conséquences sur la fonction cardiaque (arythmies), neuromusculaire (myopathies à l’exercice) ou gastro-intestinale (coliques), ainsi que des troubles systémiques (fourbure, insuffisance rénale et hépatique, signes neurologiques, etc.). L’évaluation du degré de déshydratation posteffort est primordiale pour établir les mesures de réhydratation à mettre en place. La voie entérale est à privilégier pour les cas discrets à modérés, tandis qu’en cas de déshydratation sévère et d’hypovolémie, une approche plus invasive doit être adoptée : le cheval doit alors recevoir entre 60 et 80 litres par voie intraveineuse (de type Ringer lactate ou solution saline lors d’alcalose métabolique) pendant 6 à 12 heures.

Contrairement à la transpiration humaine, la sueur du cheval est légèrement hypertonique par rapport au plasma. Elle contient en majorité du sodium et du chlore, en moindre quantité du calcium et du magnésium, et une protéine, la lathérine, qui facilite son évaporation. Lors d’un effort intense et prolongé ou par temps chaud et humide, les pertes en électrolytes par la sueur entraînent principalement une perte de sodium, qui peut être deux à trois fois plus élevée que celle observée dans des conditions normales, soit 30 % supérieure à l’apport journalier de sodium [19]. Dans la phase de récupération immédiate après l’effort, il est donc conseillé d’administrer de l’eau avec des électrolytes plutôt que de l’eau seule, car il existe un risque d’induire une hyponatrémie [18]. Un accès libre à l’eau et l’administration d’une pâte d’électrolytes semblent être une option plus pratique que de faire boire au cheval de l’eau salée ou d’administrer des fluides complémentés par une sonde nasogastrique. Néanmoins, l’administration répétée de pâtes électrolytiques est associée au risque d’entraîner ou d’aggraver des ulcères gastriques et/ou d’exacerber l’état de déshydratation de l’animal à cause de l’appel de fluides induit par les électrolytes dans la lumière intestinale [11, 12]. La fréquence de leur administration joue un rôle important, car le risque d’ulcère gastrique n’est pas rapporté si l’administration d’électrolytes est limitée à deux fois dans la journée [1]. Chez les humains, l’ajout de glucose dans les solutions électrolytiques faciliterait l’absorption de sodium au niveau intestinal, mais cela ne semble pas être le cas chez le cheval [22]. En prévention et pour limiter les pertes liées à l’effort, la supplémentation en sel dans la ration est importante pour les chevaux qui s’entraînent régulièrement et de manière intense, l’apport en sodium par les aliments étant faible (encadré 1). L’administration de sel manuellement ajouté à la ration semble une meilleure solution que les blocs à lécher, car la prise volontaire est souvent insuffisante pour couvrir les besoins et très variable d’un cheval à l’autre. En revanche, la supplémentation en potassium a moins d’importance, car les pertes par la sueur sont moindres et les fourrages en contiennent en général suffisamment, de même que du calcium et du magnésium (sauf rations riches en concentrés et pauvres en fourrages). L’hydratation après l’effort n’est pas seulement importante pour corriger les pertes en eau et en électrolytes, mais aussi pour restaurer les réserves de glycogène. En effet, l’administration d’électrolytes après un exercice prolongé (par exemple, endurance ou cross) aide à restaurer la balance hydrique et électrolytique et garantit la présence de potassium et d’eau nécessaires pour l’absorption du glucose, et dès lors la resynthèse de glycogène intramusculaire. Il est essentiel de compenser les pertes électrolytiques après l’effort, mais inutile de les surdoser avant l’exercice, car un “stockage” des électrolytes n’a pas lieu. Ils ne doivent pas être administrés au cours des 2 heures qui précèdent l’effort, ou seulement aux chevaux totalement hydratés.

Alimentation

La déplétion des réserves de glycogène musculaire est l’un des mécanismes à l’origine de la fatigue chez le cheval, voire d’une baisse de performance, surtout lors des efforts de longue durée. Chez l’humain, le réapprovisionnement en glycogène musculaire après l’exercice nécessite approximativement 24 heures, tandis que chez le cheval ce processus est plus lent et demande au minimum 48 à 72 heures [14]. Chez l’humain, il existe une phase rapide de resynthèse du glycogène posteffort qui dure 30 à 60 minutes et n’est pas influencée par des facteurs externes, suivie par une phase de synthèse plus lente qui est fortement dépendante de la disponibilité systémique de glucose et du taux d’insuline dans le sang. Contrairement à l’humain, chez le cheval le processus de resynthèse du glycogène musculaire après l’effort est beaucoup plus lent et moins sensible à l’approvisionnement de glucose ou au taux d’insuline, ce qui explique pourquoi les stratégies nutritionnelles utilisées chez l’humain pour augmenter l’insulinémie et la glycémie n’accélèrent pas de manière significative la resynthèse du glycogène chez le cheval (encadré 2) [14, 27]. Chez l’humain, la prise d’un repas riche en sucre ou hydrates de carbone contenant certains amino-acides essentiels (branched chain amino-acids ou BCAA) augmente la réponse insulinémique et le réapprovisionnement en glycogène par rapport à un repas sucré mais sans amino-acides. En revanche, une étude menée chez le cheval n’a montré aucune différence au niveau de la synthèse du glycogène après l’effort lorsque la ration est complémentée avec de la leucine et du glucose [4]. Cependant, même si l’administration d’amino-acides après l’exercice n’accélère pas directement la resynthèse du glycogène, la consommation d’un fourrage plus riche en protéines est liée à une teneur musculaire en glycogène plus importante que lors de la consommation d’un fourrage plus pauvre, susceptible d’accélérer la resynthèse du glycogène après l’effort [9]. Enfin, le facteur temps entre les compétitions joue un rôle crucial. Un intervalle suffisant entre les efforts intenses doit être respecté pour permettre un réapprovisionnement de glycogène musculaire optimal et maintenir une balance hormonale anabolique positive.

RÉCUPÉRATION À LONG TERME

Immunité

Il est globalement reconnu que l’exercice représente un facteur de stress physiologique qui influence la réponse immunitaire. Le fait que cet effet soit plutôt positif (immunostimulant) ou négatif (immunosuppresseur) dépend de plusieurs facteurs, comme l’intensité de l’effort et sa durée, mais aussi de l’état inflammatoire ou immunitaire de base de l’animal, son état de stress, la présence de maladies concomitantes, etc. Chez l’humain, il a été observé que, au cours de la période qui suit un effort intense et/ou prolongé, la réponse immunitaire, en particulier au niveau des voies respiratoires supérieures, est modifiée pendant 24 à 72 heures approximativement. Cette phase est qualifiée de période de “fenêtre ouverte” (open window period), durant laquelle l’athlète serait plus sensible aux infections respiratoires opportunistes (virales ou bactériennes) [28]. Pendant cette période, certaines fonctions immunitaires (taux de lymphocytes circulants, de cellules natural killer, production d’anticorps) diminuent de manière transitoire à un niveau inférieur à celui avant l’effort (figure 1). Au cours de cette phase d’immunodépression, des micro-organismes, surtout des virus, peuvent alors envahir l’organisme ou réactiver une infection latente. Si une période de récupération suffisante n’est pas respectée et si les séances d’exercice intense sont répétées de manière trop rapprochée, la fonction immunitaire ne peut pas être remise à niveau. La période d’immunodépression qui va suivre l’effort suivant sera plus sévère, et si cette même erreur est renouvelée en continu, cela peut mener à un état d’immunosuppression chronique sur le long terme (figure 2 et encadré 3 en ligne). Chez le cheval, les publications à ce sujet ne sont pas nombreuses, mais certains travaux montrent une similarité avec l’humain, chez lequel un exercice intense et prolongé mène à un risque accru de morbidité respiratoire dans les heures qui suivent l’effort. En outre, d’autres facteurs sous-jacents et prédisposants peuvent aussi contribuer à cette susceptibilité accrue aux infections. Par exemple, les voyages en avion, les changements de température ambiante, la perturbation du sommeil, la fatigue musculaire, une diète inadéquate, la déshydratation et le stress psychologique jouent un rôle important chez l’humain [7]. Il est donc essentiel de garantir l’hygiène et la biosécurité dans l’environnement du cheval et de lui laisser le temps de repos indispensable pour rétablir une fonction immunitaire adéquate. Il est difficile de définir exactement combien de temps est nécessaire pour que la fonction immunitaire soit entièrement rétablie, étant donné que cela dépend du statut immunitaire ou inflammatoire propre à chaque animal, ainsi que du paramètre immunitaire spécifique qui est examiné, local ou systémique (taux de lymphocytes circulants, immunoglobulines salivaires, macrophages alvéolaires, etc.). Néanmoins, en règle générale, il est possible de se fonder sur la durée de la période de “fenêtre ouverte” qui est de 24 à 72 heures, en retenant aussi que la dépression de la fonction immunitaire des macrophages alvéolaires chez le cheval perdure jusqu’à 3 jours après un effort intense [23].

Syndrome de surentraînement

Une fatigue induite par la répétition d’efforts (entraînements et engagements en compétition) peut survenir à la suite de la continuité de l’activité physique sans période de récupération adaptée. Un athlète humain qui s’entraîne intensément pendant 12 semaines peut entrer dans un état de “dépassement” fonctionnel (overreaching) à l’origine d’une baisse de performance temporaire, suivie généralement par une surcompensation (amélioration de la performance). L’entraînement intense sur une période prolongée sans le respect d’une balance adéquate entre l’exercice et la récupération peut mener à un “dépassement non fonctionnel” : il s’agit d’une maladaptation à l’augmentation de l’intensité de l’activité, qui se caractérise par une fatigue persistante, une contre-performance, une raideur musculaire, des troubles psychologiques et hormonaux qui peuvent durer des semaines ou des mois [25]. Si cette situation est ignorée et non prise en charge, cela va mener à un état de fatigue chronique appelé surentraînement (overtraining). Ce phénomène est décrit aussi chez l’athlète équin [21]. Dans le cas d’un simple overreaching, généralement une mise au repos pendant une période de 2 semaines permet d’observer une amélioration clinique. Si malgré les 2 semaines de repos aucune amélioration n’est constatée et qu’aucune autre cause médicale précise n’est décelée, un diagnostic (par exclusion généralement) de surentraînement est probable. Ce syndrome peut nécessiter des semaines ou des mois avant de régresser et, dans certains cas, marquer la fin de la carrière sportive. Chez l’humain, l’indicateur le plus sensible de surentraînement est le suivi psychologique des athlètes via les questionnaires POMS (profile of mood states) qui permettent d’évaluer l’état d’esprit (tension, colère, fatigue, dépression, confusion, vigueur entre autres) des athlètes pendant la saison sportive. Chez le cheval, l’identification du syndrome peut se révéler délicate, car les signes cliniques sont peu spécifiques. En outre, aucun biomarqueur fiable n’existe à l’heure actuelle, ni chez l’athlète humain ni chez le cheval. Les signes précoces de surentraînement se résument souvent à une baisse des performances accompagnée par des signes cliniques et comportementaux tels qu’une perte de poids, une augmentation de la fréquence cardiaque à l’exercice, un état d’apathie et un manque d’interaction sociale, et/ou par des anomalies sanguines, dont une variation du leucogramme, une élévation discrète à modérée des enzymes musculaires et une augmentation des gamma glutamil-transférases (GGT) (tableau en ligne). Seuls des indicateurs qui ne s’appliquent pas à toutes les conditions (réelles ou expérimentales) peuvent être proposés. La connaissance du comportement habituel du cheval et de ses paramètres physiologiques en réponse à l’effort et l’exclusion de toute autre affection potentielle permettent d’inclure le surentraînement dans le diagnostic différentiel d’une baisse de la performance.

CONCLUSION

Si les stratégies, les méthodes et les schémas d’entraînement sont actuellement bien développés et maîtrisés pour la plupart des disciplines équestres, la connaissance des phénomènes d’adaptation de l’organisme durant la période de récupération demeure nettement plus lacunaire. Cet aspect de la préparation du cheval devrait continuer à être étudié, car il semble évident que le respect d’une période de récupération suffisante pour permettre à l’organisme de restaurer les paramètres physiologiques, métaboliques et immunitaires est essentiel pour mener les chevaux athlètes à de hauts niveaux de performance tout en respectant leur santé et leur bien-être.

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Conflit d’intérêts

Aucun

ENCADRÉ 1
PRÉVENIR ET COMPENSER LES PERTES ÉLECTROLYTIQUES LORS D’EFFORTS INTENSES ET PROLONGÉS

La composition des produits commerciaux est très variable et doit être attentivement étudiée avant d’en choisir un. La perte corporelle en fluides qui a lieu pendant l’effort peut être facilement estimée par la formule : déficit (en litres) = % de déshydratation* x kilo de poids vif (par exemple, 5 % de déshydratation chez un cheval de 500 kg = 25 litres de déficit). Lors d’un effort en conditions tempérées, une stratégie consiste à ajouter 1,2 g de sodium par kilo de pertes corporelles (en fluides). Cette supplémentation représente 30 à 40 % des pertes estimées. Lors d’un effort en conditions chaudes et humides, il est généralement recommandé d’ajouter 50 à 75 g de sel de table à la ration. Mieux vaut privilégier une pierre à sel pure et non un bloc multiminéraux, et ne pas utiliser des blocs à sel conçus pour d’autres espèces.

* Mesurée selon le pourcentage de poids corporel perdu après l’effort ou estimée approximativement sur la base des signes cliniques (fréquence cardiaque, couleur des muqueuses, temps de remplissage capillaire).

ENCADRÉ 2
LES FACTEURS QUI INFLUENCENT LA RESYNTHÈSE DU GLYCOGÈNE MUSCULAIRE

- La resynthèse du glycogène musculaire est plus lente chez le cheval (72 heures) que chez l’humain (24 heures).

- La supplémentation en électrolytes accélère la vitesse de réapprovisionnement du glycogène intramusculaire après l’effort.

- L’alimentation après l’exercice doit ressembler à la ration de base, et le fourrage doit être privilégié après l’effort par rapport aux concentrés.

- Les régimes très riches en amidon augmentent de manière limitée la rapidité de resynthèse du glycogène musculaire après l’effort (absence de surcompensation) et présentent un risque pour le système gastro-intestinal (coliques et fourbure).

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