Aides nutritionnelles et phytothérapeutiques pour la gestion du stress du cheval de sport en compétition - Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 222 du 01/07/2024

Fiche

Thérapeutique

Auteur(s) : Thibault FRIPPIAT

Fonctions : Sportpaardenarts Equine Sports Medicine Laren (Pays-Bas)

La complémentation alimentaire et la vaporisation d’huiles essentielles peuvent apporter un soutien lors de la prise en charge du stress. Toutefois, toutes les molécules utilisées n’ont pas d’efficacité scientifiquement démontrée chez le cheval et/ou ne sont pas autorisées pendant la période de compétition.

En raison de ses caractéristiques physiques et physiologiques, le cheval possède une prédisposition naturelle à la performance. Cependant, c’est un animal émotif qui peut être facilement confronté à des défis isolés à l’origine d’un stress, notamment dans le cadre des compétitions (encadré). Des approches non pharmacologiques, telles qu’une attention particulière portée à l’environnement (semblable à l’écurie familière du cheval, personnel habituel), la présence d’un compagnon de voyage routinier, une gestion stable de l’alimentation et un apprentissage comportemental, peuvent être incluses dans la prise en charge du stress chez le cheval de sport à l’approche ou pendant les compétitions. Une étude montre que 69 % des propriétaires administrent des produits nutritionnels calmants à leurs chevaux [5]. D’après eux, l’effet calmant proviendrait principalement du magnésium. Néanmoins, seulement 40 % d’entre eux ressentent un effet positif du complément alimentaire sur le comportement de leur cheval.

CANNABIDIOL

Le cannabidiol (CBD) est l’un des nombreux composés chimiques présents dans la plante de cannabis (Cannabis sativa, photo 1). Contrairement au delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), un autre cannabinoïde bien connu du cannabis, le CBD n’a pas d’effet psychotrope significatif, et ne provoque pas d’altération majeure de la cognition ou de l’euphorie communément associée à la consommation de cannabis chez l’humain. Les produits à base de CBD sont souvent extraits du chanvre industriel, une variété de cannabis qui contient naturellement des niveaux plus élevés de CBD et des niveaux très faibles de THC.

Le CBD a suscité un intérêt considérable chez l’humain en raison de ses propriétés potentiellement anti-inflammatoires, analgésiques, anxiolytiques et antiépileptiques, bien que son mécanisme d’action ne soit pas encore entièrement élucidé. Chez le cheval, une administration quotidienne de 150 mg de CBD pendant 56 jours n’entraîne aucune modification de la cognition, de la démarche ou d’autres paramètres de santé, et aucun signe clinique indésirable. Une administration biquotidienne de 3 mg/kg de CBD pendant 15 jours n’apporte pas de changement significatif au niveau de différents paramètres du stress [2]. Bien que le CBD soit considéré comme une substance contrôlée par la Fédération équestre internationale (FEI), il ne semble donc pas avoir d’intérêt pour la gestion du stress chez le cheval.

MAGNÉSIUM, TRYPTOPHANE ET CALCIUM

Le magnésium est souvent utilisé pour ses propriétés apaisantes, et pour aider à détendre les muscles et à réduire l’excitabilité nerveuse. L’augmentation de la fréquence cardiaque est atténuée par l’administration d’un complément alimentaire contenant du magnésium 30 minutes avant une série d’activités, dont le transport en van [4]. D’autre part, la vitesse de réaction est fortement diminuée après 7 jours d’administration orale de 10 g de magnésium : elle a atteint le même niveau qu’une sédation à l’acépromazine chez 6 trotteurs.

Le tryptophane est l’acide aminé précurseur de la sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la sédation, l’inhibition de l’agressivité, de la peur et du stress. La supplémentation en tryptophane diminue l’agressivité chez l’humain et quelques espèces animales, et réduit la peur et le stress chez d’autres. Cependant, son administration n’induit pas de changement comportemental chez le cheval [3]. Au contraire, de faibles doses de tryptophane (0,1 mg/kg) administrées à des chevaux provoquent une légère excitation, tandis que des doses élevées (100 mg/kg) limitent la capacité d’endurance et engendrent une anémie hémolytique aiguë.

Des effets anecdotiques de l’administration de calcium sont rapportés par les utilisateurs, mais non démontrés scientifiquement. Il est peu probable qu’un trouble comportemental soit lié à une carence en calcium, car l’alimentation d’un cheval contient généralement des niveaux adéquats de ce minéral.

VALÉRIANE, LAVANDE ET CAMOMILLE

L’extrait de racine de valériane a été utilisé chez le cheval à la dose de 15 g par jour, visant un soulagement de la nervosité, de l’agitation, du stress et de la peur sans affecter les performances. La valériane provoquerait un effet sédatif, en agissant principalement comme un dépresseur sur le système nerveux, suivi d’un effet relaxant musculaire. L’extrait de valériane réduit la période de latence du sommeil chez l’humain et le rat, mais aucune étude n’a montré une telle action chez le cheval. La valériane est une substance contrôlée selon les règlements de la FEI. La vaporisation d’huile essentielle de lavande (Lavandula angustifolia) à une distance de 3 à 5 cm des naseaux du cheval entraîne une augmentation de la variabilité de la fréquence cardiaque (photo 2a). Ce paramètre de la composante parasympathique du système nerveux autonome diminue lors de stress et augmente lorsque l’état de stress est bas [1]. En revanche, aucun effet sur ce paramètre n’est observé après la vaporisation d’huile essentielle de camomille (Matricaria recutita, photo 2b).

Références

  • 1. Baldwin AL, Chea I. Effect of aromatherapy on equine heart rate variability. J. Equine Vet. Sci. 2018;68:46-50.
  • 2. Eichler F, Ehrle A, Machnik M et coll. Behavioral observations, heart rate and cortisol monitoring in horses following multiple oral administrations of cannabidiol containing paste (part 2/2). Front. Vet. Sci. 2023;10:1305873.
  • 3. Noble GK, Brockwell YM, Munn KJ et coll. Effects of a commercial dose of L-tryptophan on plasma tryptophan concentrations and behaviour in horses. Equine Vet. J. 2008;40(1):51-56.
  • 4. Pearson W, MacNicol J. Acute effects of a single-dose nutritional product on stress response and task completion in horses. J. Equine Vet. Sci. 2017;51:86-91.
  • 5. Ross DJ, Roberts JL. Equine calming products: a short survey into their use, effect, and knowledge using a small sample of horse owners in the North of Scotland, UK. J. Equine Vet. Sci. 2018;68:63-67.

Conflit d’intérêts

Aucun

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Thérapeutique de l’Association vétérinaire équine française.

SOURCES DE STRESS POUR LE CHEVAL EN COMPÉTITION

• Nouvel environnement : écurie (temporaire) étrangère au cheval, nouveaux compagnons, terrain de concours inconnu avec des lumières vives, des bruits intenses et de nombreuses personnes.

• Transports fréquents : les déplacements, courts ou longs, peuvent avoir un impact physique et émotionnel sur le cheval.

• Schéma quotidien perturbé : en plus d’un environnement instable, le cheval est confronté à une gestion différente, avec un impact sur la routine d’entraînement et d’alimentation.

• Charge de travail accrue, afin d’optimiser les performances.

• Troubles gastro-intestinaux : le stress peut favoriser la survenue d’affections gastro-intestinales, qui elles-mêmes peuvent augmenter l’état de stress.

• Stress du cavalier et du groom : en tant qu’animal émotif, le cheval peut ressentir le stress des personnes qui l’entourent et qui participe à son propre état anxieux.

Abonné à Pratique Vétérinaire Equine, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr