Influence de l’endométrite persistante postinsémination et de sa prise en charge sur la fertilité - Pratique Vétérinaire Equine n° 221 du 01/04/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 221 du 01/04/2024

REPRODUCTION

Cahier scientifique

Revue de presse

Auteur(s) : Vincent MEVEL

Fonctions : Oniris 101 route de Gachet 44300 Nantes

Les endométrites persistantes postinsémination surviennent lorsque l’utérus ne parvient pas à éliminer efficacement le sperme, les bactéries et l’inflammation physiologique induite par le sperme, en raison d’un défaut de drainage lymphatique, d’une diminution de la contractilité utérine, d’anomalies de la conformation anatomique ou d’une fibrose du col. Ces atteintes sont souvent définitives, et les juments prédisposées à ces endométrites persistantes nécessitent une prise en charge médicale qui comprend l’administration d’ocytocine ou la réalisation d’un lavage utérin afin d’éliminer les substances indésirables. Cette étude vise à explorer la corrélation entre les signes cliniques et le traitement mis en place d’un côté, et le taux de gestation de l’autre.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

Les données proviennent de 220 juments (soit 390 cycles au total) soumises à une insémination artificielle, d’un âge moyen de 12,9 ans, et présentant des profils différents (maiden, suitée, non mise à la reproduction, vide l’année précédente). La réalisation de prélèvements utérins, en vue d’une analyse cytologique et bactériologique, a permis d’écarter l’existence d’une endométrite infectieuse chronique. Des paramètres tels que le tonus cervical, le degré d’œdème utérin et l’accumulation de liquide intra-utérin sont évalués pour chaque cycle. Chez les juments inséminées avec du sperme réfrigéré, l’insémination est effectuée 24 à 36 heures après l’induction de l’ovulation (hCG), tandis que pour celles inséminées avec du sperme congelé, elle a toujours lieu 36 heures après. Dans 219 cycles (soit 56 %), l’insémination est pratiquée avant l’ovulation, tandis que dans 171 cycles (soit 44 %), elle a lieu après. Les juments sont examinées 12 heures postinsémination et, en présence d’une quantité de liquide intra-utérin inférieure à 2 cm, une dose de 20 UI d’ocytocine est administrée par voie intraveineuse deux à trois fois, à 12 heures d’intervalle. Lorsque la quantité est supérieure à 2 cm, un lavage utérin est réalisé en complément avec une solution saline à 0,9 % et répété jusqu’à ce que le liquide récupéré soit visuellement considéré comme propre. Le diagnostic de gestation est établi à 16,6 ± 2,6 jours après l’ovulation.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Le sperme congelé est associé à une réduction significative du taux de gestation par rapport au sperme réfrigéré, en raison des dommages potentiels aux membranes cellulaires et à la motilité des spermatozoïdes. Le moment de l’insémination a aussi un impact sur ce pourcentage, qui augmente lorsqu’elle est réalisée après l’ovulation avec du sperme congelé. Cependant, cette tendance dépend de l’âge, les juments plus âgées présentant un taux de gestation plus élevé lors d’une insémination avant l’ovulation. Un col de l’utérus plus flasque, en particulier après l’ovulation, semble induire de meilleures chances d’obtenir une gestation. Chez les juments restées vides l’année précédente, l’ocytocine entraîne une augmentation du taux de gestation. À l’inverse, il diminue pour les cas ayant nécessité un lavage utérin. Au final, le taux de gestation est de 30,1 % pour les cycles avec une quantité de liquide intra-utérin supérieure à 2 cm, et de 51,6 % pour le reste des cycles, bien que cela ne soit pas statistiquement significatif en raison du faible nombre de cas ayant nécessité un lavage. Les résultats soulignent l’importance de mener des études complémentaires, avec des lots témoins, pour mieux comprendre les effets respectifs de l’ocytocine et du lavage utérin sur la fertilité des juments.

PERTINENCE CLINIQUE

Le type de conservation du sperme et le moment de l’insémination influent sur la probabilité de conception chez les juments inséminées artificiellement, avec des variations selon leur âge. En pratique, cela pourrait avoir une incidence sur les protocoles d’insémination, notamment pour les juments âgées, lors d’utilisation de sperme congelé. En outre, dans cette étude, les juments ont été inséminées 36 heures après l’induction de l’ovulation, et le taux de gestation rapporté est comparable à celui obtenu via un suivi échographique toutes les 6 heures et une insémination au moment du constat de l’ovulation.

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Élevage, reproduction et génétique de l’Association vétérinaire équine française.

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