Les nouveautés relatives à la vaccination contre la gourme - Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024

Cahier pratique

Fiche thérapeutique

Auteur(s) : Séverine BOULLIER

Fonctions : Professeur d’immunologie
InTheRes UMR1436
Université de Toulouse, Inrae-ENVT
23 chemin des Capelles
31300 Toulouse

Bien qu’il n’empêche pas l’infection, le nouveau vaccin disponible confère une protection clinique qui serait intéressante au moins chez les jeunes chevaux participant à des rassemblements.

La gourme, due à Stretococcus equi ssp. equi, est une infection fréquente, présente dans le monde entier, qui a un impact économique et sanitaire élevé pour la filière équine. En France, le Réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine (Respe) reçoit en moyenne 65 déclarations de foyers de gourme par an(1). La maladie se caractérise par une atteinte de l’appareil respiratoire supérieur des équidés. L’infection à S. equi est très contagieuse et l’introduction d’un cheval infecté dans un effectif se traduit souvent par la contamination de tous les équidés présents. Pour limiter l’intensité des signes cliniques, la vaccination est dans certaines situations une stratégie pertinente.

Cet article présente les données disponibles sur le vaccin le plus récent.

PHYSIOPATHOLOGIE : MODE DE TRANSMISSION ET RÉPONSE IMMUNITAIRE

S. equi est une bactérie Gram positif qui a un spectre d’hôte étroit, restreint aux équidés [1]. Elle possède de nombreux facteurs d’adhésion et de virulence qui lui permettent de coloniser la muqueuse respiratoire et d’échapper à la réponse immunitaire. Elle induit en parallèle une forte réponse inflammatoire, responsable des principaux signes cliniques (hyperthermie, jetage mucopurulent et abcédation des nœuds lymphatiques). Dans la majorité des cas, l’infection est auto-résolutive et sans gravité, même si le cheval malade doit être mis au repos pendant plusieurs semaines. Dans 2 % des cas environ, la maladie peut évoluer vers une forme systémique, avec des complications susceptibles d’entraîner la mort de l’animal. Les chevaux excrètent la bactérie jusqu’à 6 semaines après la guérison clinique et environ 10 % d’entre eux deviennent des porteurs chroniques asymptomatiques et participent à la dissémination bactérienne.

La contamination se fait principalement de manière directe, par voie aéroportée, à partir des chevaux excréteurs (malades, en incubation ou en phase de convalescence, mais aussi porteurs chroniques). Il convient donc de mettre en place des mesures strictes d’isolement des chevaux à risque. La bactérie peut aussi se transmettre de façon indirecte via des supports souillés (litière, mangeoire, matériel d’écurie, etc.). Des mesures sanitaires de nettoyage et de désinfection sont donc également nécessaires, même si leur mise en œuvre est souvent complexe en pratique.

La gourme peut toucher n’importe quel équidé, mais les jeunes de moins de 5 ans semblent les plus sensibles à l’infection (photo). Après la guérison, 75 % des animaux acquièrent une immunité solide et de longue durée et sont protégés contre une réinfection. Il existe peu de données sur la nature de la réponse protectrice contre S. equi. Il est seulement montré qu’une réponse humorale polyclonale, dirigée contre les adhésines et les facteurs de virulence, est indispensable pour induire une protection clinique. En revanche, aucune étude sur le rôle de la réponse à médiation cellulaire dans cette protection n’est publiée.

DONNÉES DISPONIBLES SUR LES VACCINS CONTRE LA GOURME

En France, un vaccin vivant atténué est sur le marché depuis 2004. Ce vaccin est administré dans la muqueuse labiale et génère une réponse polyclonale au niveau de la muqueuse respiratoire en une seule injection. Il induit une réponse protectrice de courte durée, il est donc recommandé de vacciner les chevaux à risque tous les 3 mois. En plus de la difficulté d’utilisation liée à la voie d’administration, ce vaccin entraîne des réactions vaccinales fréquentes, ce qui rend son emploi anecdotique en France. Depuis janvier 2023, un nouveau vaccin, Strangvac, est disponible en France (autorisation de mise sur le marché obtenue en 2021). Il s’agit d’un vaccin sous-unité, contenant 7 antigènes de S. equi, adjuvé avec du QS21, un dérivé de saponine. Parmi les antigènes choisis, 5 sont des facteurs d’adhésion et 2 des facteurs de virulence. Ils sont présentés sous la forme de protéines recombinantes. Une étude montre que ces antigènes sont immunogènes chez le cheval et génèrent une forte réponse humorale [2].

Le protocole de primovaccination nécessite 2 injections par voie intramusculaire, à 1 mois d’intervalle, à partir de l’âge de 8 mois (figure). Selon les données d’innocuité publiées, le vaccin induit fréquemment des effets indésirables, caractérisés par une hyperthermie assez marquée (plus de 2 °C), des réactions inflammatoires au point d’injection, des écoulements oculaires et une baisse de l’appétit. Ces signes cliniques disparaissent spontanément en quelques jours. Le vaccin étant très récent, il existe peu de données sur son efficacité [3]. Les principaux critères retenus pour estimer cette efficacité sont l’hyperthermie et l’apparition d’abcès au niveau des nœuds lymphatiques. Pour évaluer l’inflammation, la mesure du fibrinogène et du taux de neutrophiles dans le sang est préconisée. L’état général des animaux vaccinés a également été pris en compte. Lors d’infections expérimentales, il est montré que le vaccin génère une protection clinique partielle, 2 semaines après la primovaccination (tableau). La protection est de meilleure qualité 2 mois après la primovaccination, et est encore améliorée après une troisième injection réalisée 3 mois après la première. Les résultats obtenus indiquent que le vaccin ne protège pas contre l’infection.

POPULATIONS À VACCINER

Compte tenu des données disponibles concernant l’innocuité et l’efficacité de ce vaccin, et en attendant des études de terrain complémentaires, il semble intéressant de l’utiliser pour des animaux à haut risque (a minima jeunes chevaux participant à des rassemblements) et avant que la gourme soit détectée dans l’effectif concerné. Ce n’est pas un vaccin adapté à une situation d’urgence, les données de protection montrant qu’il est nécessaire de réaliser 2 injections à 1 mois d’intervalle pour générer une réponse protectrice. En revanche, chez les chevaux ayant bénéficié d’un protocole vaccinal complet au cours de l’année, une revaccination en urgence est justifiée s’ils sont hébergés dans un environnement à haut risque (détection d’un cas positif dans l’écurie). En l’absence de données sur la durée de la réponse mémoire après 12 mois, s’il apparaît nécessaire de revacciner un cheval n’ayant pas reçu de dose depuis plus d’un an, il convient de revenir au protocole complet en 2 injections. Il est également important de garder en tête que le vaccin ne protège pas contre l’infection et que la vaccination ne permet pas de s’affranchir des mesures sanitaires à mettre en place en cas de détection de cas de gourme. Si les données expérimentales sur ce vaccin sont prometteuses, il reste cependant nécessaire de mener des études de terrain pour confirmer son efficacité.

Références

  • 1. Boyle AG, Timoney JF, Newton JR et coll. Streptococcus equi infections in horses:guidelines for treatment, control, and preventionof strangles-revised consensus statement.J. Vet. Intern. Med. 2018;32 (2):633-647.
  • 2. Guss B, Flock M, Frykberg L et coll. Getting to grips with strangles: an effective multi-component recombinant vaccine for the protection of horses from Streptococcus equi infection. PLoS Pathog. 2009;5 (9):e1000584.
  • 3. Robinson C, Waller AS, Frykberg L et coll. Intramuscular vaccination with Strangvacis safe and induces protection against equine strangles caused by Streptococcus equi. Vaccine. 2020;38 (31):4861-4868.

Conflit d’intérêts

Aucun

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Thérapeutique de l’Association vétérinaire équine française.

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