Gonflement du chanfrein d’origine indéterminée chez un pur-sang arabe - Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024

PATHOLOGIE DE LA TÊTE

Cahier pratique

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Aurélie THOMAS-CANCIAN*, Émilie SÉGARD-WEISSE**

Fonctions :
*(dipECVDI-LA)
**(dipECVDI)
Service d’imagerie
Département des sciences cliniques
de VetAgro Sup
Université de Lyon
1 avenue Bourgelat
69380 Marcy-l’Étoile

PRÉSENTATION CLINIQUE

Une jument pur-sang arabe âgée de 5 ans est référée pour une déformation du chanfrein qui évolue depuis 3 semaines, associée à un léger jetage séreux bilatéral. Un traitement à base d’antibiotiques à large spectre et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens a été mis en place par le vétérinaire traitant mais n’a pas permis d’amélioration notable. L’examen clinique révèle un gonflement dur bilatéral en regard des sinus frontaux, rostralement à la ligne inférieure des yeux, non douloureux à la palpation. Un examen radiographique de la tête est alors réalisé, comprenant les 4 incidences classiques (vues latéro-latérale gauche, dorso-ventrale, et obliques dorso-latérale droite/ventro-latérale gauche et dorso-latérale gauche/ventro-latérale droite, photo).

DIAGNOSTIC RADIOGRAPHIQUE

Les clichés radiographiques, de bonne qualité, montrent une ligne radiotransparente irrégulière le long de l’emplacement de la ligne de suture naso-frontale. De part et d’autre de cette ligne, des productions osseuses lisses et d’opacité homogène sont visibles. Ces images sont caractéristiques d’une exostose de la suture naso-frontale. Aucun fragment minéralisé évoquant un séquestre osseux n’est observé dans cette zone.

TRAITEMENT ET SUIVI

En l’absence de signes cliniques en faveur d’une surinfection de l’exostose et d’indice d’agressivité sur les images radiographiques, aucun traitement n’est entrepris, cette affection étant connue pour être auto-résolutive. Le contrôle clinique réalisé 8 mois plus tard confirme la résolution spontanée complète du gonflement.

DISCUSSION

Les sutures cranio-faciales sont des bandes de tissu fibreux connectif riches en collagène qui, recouvertes sur les faces interne et externe d’un périoste continu, assurent la connexion et la stabilité des os du crâne [1, 5]. Chez le cheval, l’inflammation des sutures cranio-faciales touche plus particulièrement la suture naso-frontale, qui unit les os nasaux et frontaux et forme une ligne horizontale juste rostralement aux orbites. Si la fermeture radiographique de la suture est observée à environ 1 an, elle peut rester macroscopiquement visible chez des chevaux âgés de plus de 16 ans. La fermeture histologique étant encore plus tardive, l’inflammation de la suture naso-frontale peut être observée même chez des chevaux d’âge mûr [1]. Les exostoses de la suture naso-frontale peuvent être secondaires à des traumatismes, avec parfois des fractures associées des os adjacents [1, 4, 5]. D’autres cas, consécutifs à des actes de chirurgie naso-sinusale, sont également décrits [1, 5]. Enfin, comme chez cette jument, l’exostose est dite “idiopathique” quand aucune cause sous-jacente n’est identifiée [1, 3, 5]. Un risque de sur­infection et de formation de séquestres osseux existe, notamment lorsque la suture est exposée [1, 5]. Ces exostoses provoquent généralement des gonflements fermes et non douloureux à l’emplacement des sutures [1-3, 5]. Une douleur à la palpation est néanmoins parfois identifiée en phase aiguë [1, 5]. Un épiphora peut être observé dans les cas où l’atteinte implique l’une des sutures de l’os lacrymal [1-4]. Dans les cas de surinfection, le gonflement devient douloureux et des trajets fistulaires peuvent se développer [1, 5].

Le diagnostic est généralement établi à la radiographie [1-5]. Des productions osseuses lisses et d’opacité homogène sont visualisées de part et d’autre d’une ligne radiotransparente qui suit le trajet de la ligne de suture [1-3, 5]. Un gonflement des tissus mous en regard peut être observé durant la phase aiguë. Lors de la présence de petites fractures adjacentes, la détermination exacte des sutures atteintes se révèle parfois difficile avec cette modalité, mais ces informations n’influencent généralement pas la prise en charge du cas [1]. Une dacryocystorhinographie peut confirmer l’obstruction du conduit nasolacrymal [1, 4]. L’échographie peut aussi mettre en évidence le remodelage osseux en périphérie de la ligne de suture élargie et, en cas de surinfection, d’éventuelles collections liquidiennes, séquestres et trajets fistulaires [1, 5]. L’examen tomodensitométrique est la technique d’imagerie optimale pour un bilan lésionnel complet [1, 3-5]. Néanmoins, l’examen radiographique étant diagnostique et suffisant pour la prise en charge dans la majorité des cas simples, son utilisation est plutôt réservée aux traumatismes complexes, ouverts, et lorsqu’une sur­infection est suspectée [1, 5].

Les exostoses qui ne présentent pas de complication de surinfection se résolvent généralement spontanément en 3 à 18 mois [1, 2, 4, 5]. La présence de fractures associées, fermées et non déplacées, ne modifie pas la prise en charge [1, 4]. Les cas compliqués d’une surinfection peuvent nécessiter un débridement chirurgical, le retrait d’éventuels séquestres et une thérapie antimicrobienne [1, 5]. Rarement, probablement en raison des contraintes appliquées lors de la mastication, la résolution des exostoses est retardée. Une stabilisation chirurgicale peut alors être envisagée [1, 3, 4].

Références

  • 1. Dixon P. Diagnosis and management of facial bone suturitis (suture exostosis) in horses. In Pract. 2023;45 (5):282-290.
  • 2. Esselman AM, Wefel S, Trumble TN. Visual evidence of progression and eventual resolution of nasofrontal suture exostosis over 27 months in a gelding. Equine Vet. Educ. 2021;33 (6):327-331.
  • 3. Klein L, Sacks M, Fürst AE et coll. Fixation of chronic suture exostosis in a mature horse. Equine Vet. Educ. 2014;26 (4):171-175.
  • 4. Poore LA, Le Roux C, Carstens A. Trauma-induced exostosis of multiple suture lines causing partial bilateral nasolacrimal duct obstruction in a 7-year-old Thoroughbred mare. J. S. Afr. Vet. Assoc. 2019;90 (0):e1-e7.
  • 5. Verwilghen D, Easley J, Zwick T et coll. Equine suture exostosis: a review of cases from a multicenter retrospective study. Vet. Sci. 2022;9 (7):365.

Conflit d’intérêts

Aucun

Cette rubrique est réaliséeen partenariat avec la commission Imagerie de l’Association vétérinaire équine française.

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