Effet de la gentamicine sur la prolifération des lymphocytes T CD3+ lors d’uvéite récidivante chez le cheval - Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024
Pratique Vétérinaire Equine n° 220 du 01/01/2024

OPHTALMOLOGIE

Cahier scientifique

Revue de presse

Auteur(s) : Tanguy HERMANGE

Fonctions : (dipEceim)
CHVE Livet, cour Samson
14140 Livarot-Pays-d’Auge

L’injection intravitréenne microdosée de gentamicine, une nouvelle tech­nique de contrôle de l’uvéite récidivante équine employée en Europe et aux États-Unis, s’est révélée très efficace pour stopper les crises inflammatoires. Lors de vitrectomie, la gentamicine est aussi utilisée dans les solutions d’irrigation pour maintenir la pression intraoculaire, avec des dilutions rapportées de 80 à 200 µg/ml. Néanmoins, des effets indésirables tels qu’une cataracte et une dégénérescence de la rétine sont notés. L’injection intravitréenne de 4 mg de gentamicine produit une concentration de 150 µg/ml (volume vitréal de 26,15 ml). Chez le lapin, une concentration de 66 µg/ml n’a pas montré de risque toxique pour la rétine, et chez l’homme des doses de 100 µg/ml sont utilisées lors d’endophtalmie bactérienne sans toxicité apparente. En revanche, des effets toxiques marqués pour la rétine sont mis en évidence chez les primates et les lapins à des doses supérieures à 250 µg/ml. La concentration de gentamicine utilisée chez le cheval lors d’injection intravitréenne microdosée semble donc être dans la « zone grise » du potentiel toxique. Par ailleurs, le mécanisme d’action précis de ce traitement reste inconnu et sujet à controverse : effet immunitaire ou antibiotique ? L’objectif de cette étude consiste à tester différentes concentrations de gentamicine sur la prolifération des lymphocytes T afin d’explorer l’hypothèse d’un effet de la gentamicine sur la réponse immunitaire adaptative.

MATÉRIELS ET MÉTHODES

Du sang est prélevé sur 3 chevaux sains indemnes de maladies oculaires. Après séparation, cultures et comptages, des aliquotes de 20?millions de lymphocytes sont obtenus. Les cellules sont ensuite incubées avec des dilutions croissantes de gentamicine (37,5 µg/ml, 112,5 µg/ml, 187,5 µg/ml, 375 µg/ml, 750 µg/ml) ­pendant 5 jours avec un stimulant de la prolifération cellulaire (concanavalin A). Du 4’,6-diamidino-2-phénylindole (Dapi) est utilisé comme marqueur de la viabilité cellulaire, et de l’ester succinimidylique de carboxyfluorescéine (CFSE) comme marqueur de la prolifération cellulaire. À l’issue des 5 jours, un comptage cellulaire et une mesure de la fluorescence du CFSE sont effectués via un automate de cytométrie de flux. L’analyse est réalisée une première fois avec de la gentamicine sans conservateur, puis avec une spécialité en contenant. Des analyses statistiques de la variance (analysis of variance, Anova) à deux entrées sont réalisées.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Aucune différence de viabilité, exprimée en pourcentage de cellules CD3+ (les lymphocytes T) vivantes sur le comptage total de cellules CD3+, n’est observée entre le contrôle positif et les différentes concentrations de gentamicine avec ou sans conservateur. L’évaluation parallèle de la prolifération cellulaire des lymphocytes T n’a pas non plus montré de différence significative. Les résultats de cette étude ne soutiennent donc pas l’hypothèse émise récemment selon laquelle l’injection intravitréenne de gentamicine pourrait exercer un effet inhibiteur sur les lymphocytes T et l’immunité acquise dans le cadre de l’uvéite récidivante équine. D’autres hypothèses doivent être donc considérées. Les biofilms de leptospires récemment observés dans le vitré de chevaux atteints rouvrent le débat sur un effet bactéricide. La piste d’une altération des auto-antigènes rétiniens (protéines IRBP et CRALBP) par la gentamicine doit aussi être explorée.

Référence

  • Smith HL, Berglund AK, Robertson JB et coll. Effect of gentamicin on CD3+ T-lymphocyte proliferation for treatment of equine recurrent uveitis: an in vitro study. Vet. Ophthalmol. 2023;26 (4):347-354.

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Ophtalmologie de l’Association vétérinaire équine française.

PERTINENCE CLINIQUE

La compréhension du mécanisme ­d’action de l’injection intravitréenne microdosée de gentamicine est indispensable pour maîtriser au mieux ses effets secondaires et élucider davantage la physiopathologie de l’uvéite récidivante chez le cheval. Sans apporter de réponse définitive, cette étude, en suggérant que la gentamicine pourrait inter­agir avec une composante différente de la réponse immunitaire ou exercer une action bactéricide directe, représente une contribution importante et ouvre de nouvelles perspectives de recherche.

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