Évaluer le risque d’exposition aux rayons X diffusés lors de radiographie des membres et de la colonne vertébrale - Pratique Vétérinaire Equine n° 219 du 01/10/2023
Pratique Vétérinaire Equine n° 219 du 01/10/2023

RADIOPROTECTION

Cahier scientifique

Revue de presse

Auteur(s) : Catherine ROY

Fonctions : Alara Risk 8 les allées du Garlaban 13400 Aubagne

La nature des examens radiographiques réalisés chez le cheval impose la présence de plusieurs personnes près de l’animal pour assurer sa contention, le maintien du support d’imagerie et celui du générateur. Ces personnes peuvent être des professionnels de l’équipe vétérinaire ou du centre équin, mais aussi les propriétaires du cheval assimilés à du public. Le développement de bilans standardisés entraîne la multiplication du nombre de clichés. Dans ce cadre, les principes de radioprotection s’appliquent : il convient de réduire l’exposition au minimum, d’augmenter la distance à la source des rayonnements diffusés (le cheval), d’interposer des écrans. Il est donc recommandé d’utiliser une potence, un porte-cassettes et des protections individuelles plombées. Les nombreuses études dosimétriques déjà réalisées ne reflètent pas la réalité de terrain, avec le générateur et le support d’imagerie généralement tenus à la main sans protection plombée. La principale raison évoquée est la difficulté de réaliser l’examen avec une préhension réduite par le port des moufles plombées. Cette étude a pour objet d’objectiver le risque réel encouru pour les extrémités des intervenants au poste générateur et au poste cassette-capteur, afin de mieux les sensibiliser au danger des radiations.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Les doses aux extrémités ont été mesurées pour le poste cassette-capteur, mais aussi pour le poste de l’intervenant au générateur pour 6 types de bilan radiographique menés sur un cadavre de cheval positionné physiologiquement grâce à un harnais support d’Anderson, avec des données statistiques validées (30 mesures). Des moufles de protection plombées ou sans plomb (baryum-bismuth) ont été utilisées ou non. Un générateur portable classique léger (6,4 kg) avec une filtration de 2,7 mm Al a été employé. Les bilans types étudiés étaient : pied (2 vues), boulet (5 vues), jarret (4 vues), grasset (3 vues), vertèbres cervicales (1 vue), vertèbres lombaires (1 vue). Les constantes appliquées étaient de 80 kV et 1 mA pour les extrémités distales, de 80 kV et 2 mA pour les extrémités proximales et la colonne thoracique, et de 90 kV et 2,04 mA pour la colonne lombaire avec une distance focale de 0,60 cm.

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Les doses reçues aux extrémités par le poste cassette-capteur vont de 0,26 à 2,64 µGy et celles pour le poste générateur de 0,84 à 12,09 µGy. Lors des bilans du boulet et du jarret, le poste générateur est apparu comme le moins exposé, alors que pour les bilans du pied et des vertèbres thoraciques et lombaires, il était le plus exposé. Aucune différence notable n’a été observée pour le grasset en raison de la modification du positionnement de l’intervenant qui est moins proche de l’animal ou protégé derrière lui, voire à une angulation plus favorable. Les constantes utilisées et les rayons diffusés augmentent selon l’épaisseur radiographiée. Les moufles de protection ont induit une atténuation de 99,58 % pour le plomb et de 98,90 % pour le composite sans plomb. Les auteurs en recommandent l’emploi non seulement pour le poste cassette-capteur, mais également au poste générateur. Néanmoins, l’adaptation des constantes utilisées (réduction du kilovoltage) permettrait de réduire les radiations diffusées. De plus, le temps d’acquisition n’est pas précisé et la distance focale utilisée est plus courte que celle généralement employée, ce qui influe sur les expositions.

PERTINENCE CLINIQUE

Les doses limites annuelles sont souvent largement dépassées avec la multiplication des bilans complets qui incluent des clichés pénalisants comme ceux du grasset et des vertèbres. La présence régulière de parties du corps protégées ou non sur les clichés majore les doses d’exposition. Bien que cette étude soit axée sur l’évaluation de la dose et la radioprotection des mains, il convient de considérer d’autres parties du corps, comme le cristallin (non protégé et exposé au rayonnement diffusé). S’il est impossible de s’éloigner du cheval, le port de protections plombées (extrémités), malléables et nettoyables, est essentiel notamment pour le poste cassette-capteur.

Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Imagerie médicale et radioprotection de l’Association vétérinaire équine française.

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