Caractéristiques et précautions d’emploi des matières premières : les céréales - Pratique Vétérinaire Equine n° 0215 du 09/09/2022
Pratique Vétérinaire Equine n° 0215 du 09/09/2022

FICHE NUTRITION

CAHIER PRATIQUE

Fiche nutrition

Auteur(s) : Charles BARRÉ

Fonctions :
*1 place de l’Église
**72360 Verneil-le-Chétif

Le choix parmi les céréales disponibles est guidé à la fois par leur intérêt spécifique, la facilité d’approvisionnement et le coût engendré. Leur richesse en glucides ne doit pas être pénalisante, mais exige simplement d’être maîtrisée.

Il est tout à fait possible et souvent intéressant (économiquement et intellectuellement) de mettre au point une ration pour cheval avec des matières premières (encadré). Que celles-ci soient utilisées à côté d’aliments industriels ou seules, il est impératif pour le praticien d’en connaître les caractéristiques principales, les intérêts, les inconvénients et les précautions d’emploi. Cette fiche sur les céréales ouvre une petite série ciblant les matières premières.

Évaluation de l’apport en glucides, phosphore et calcium

L’utilisation d’une céréale en alimentation équine n’a de sens que si le but recherché est de profiter des glucides qu’elle contient (tableau). Il convient donc de ne pas redouter inutilement cette richesse en glucides (amidon essentiellement), mais de contrôler et de réfléchir les quantités distribuées selon les objectifs. De façon générale, la fourniture d’un concentré, donc la réduction de la capacité d’ingestion de fourrage qui en résulte, n’est pertinente que si l’apport énergétique du fourrage à volonté n’est pas suffisant pour satisfaire le besoin énergétique du cheval. Les céréales étant toutes riches en phosphore et pauvres en calcium, une utilisation importante doit impliquer un contrôle approfondi du rapport phosphocalcique de la ration, et par conséquent une connaissance précise des apports en calcium du foin fourni [2].

Intérêts et inconvénients spécifiques

Avoine

Très populaire dans l’alimentation équine, l’avoine est un grain tendre qui présente l’avantage de pouvoir être distribué tel quel ou traité mécaniquement et hydriquement. Le litre d’avoine entière affiche un poids spécifique compris entre 500 et 600 g, tandis que le litre d’avoine aplatie pèse entre 200 et 300 g. Il est ainsi possible d’obtenir, avec la même céréale, des volumes de ration convenables tout en maîtrisant l’apport énergétique. L’avoine est relativement bien pourvue en lipides (5 à 6 %), notamment en acide linoléique de la série oméga 6, et en cellulose (11 %) [1].

Ses intérêts sont multiples : une très bonne appétence, une grande plasticité, un stockage simple, un approvisionnement relativement aisé en France et une connaissance assez développée de son utilisation chez les professionnels. En revanche, son prix d’achat est toujours plus élevé que celui de l’orge, sa qualité assez variable (poids spécifique fluctuant selon les saisons et les récoltes) et sa culture plutôt contraignante. Du fait de la fragilité du grain, une avoine aplatie doit être consommée rapidement (2 jours) après le traitement mécanique.

Orge

Largement utilisée à travers le monde, l’orge est un grain dur qui doit obligatoirement être traité (traitement mécanique, thermique et/ou hydrique) avant sa distribution. Le poids d’un litre d’orge concassée ou floconnée est proche de 450 g. Dans le cas d’un aplatissage efficace, ces valeurs peuvent atteindre 350 à 400 g. Sa teneur en cellulose est moyenne, plus élevée que celle du maïs, mais moins importante que celle de l’avoine [1].

L’orge présente l’avantage d’un prix d’achat raisonnable pour une excellente valeur énergétique, sa culture est relativement aisée et développée, sa qualité assez constante, son stockage facile et elle est très bien consommée par les chevaux. Du fait de la dureté du grain, une orge concassée peut être conservée assez longtemps (plusieurs semaines) après le traitement mécanique. En revanche, elle souffre encore parfois d’une mauvaise réputation auprès de certains professionnels, car considérée comme moins noble et “échauffante” que l’avoine pour les chevaux de course, et permet peu de moduler la densité énergétique des rations.

Maïs

Très utilisé outre-Atlantique, en raison de choix politiques agricoles favorables, le maïs est un grain dur qui doit aussi être traité mécaniquement, thermiquement et/ou hydriquement pour être consommé par le cheval. Il est moins riche en cellulose que l’avoine, donc plus riche en amidon, ce qui en fait un aliment potentiellement intéressant, mais plus à même de mener à une suralimentation glucidique si son utilisation est trop libérale [1]. Il est, comme l’avoine, relativement bien pourvu en lipides (environ 4 %).

Les intérêts et les inconvénients du maïs se confondent : une grande richesse en amidon et un risque plus important de suralimentation glucidique, un tarif élevé en Europe, une culture nécessitant beaucoup d’eau et une obligation de traitement hydrique et/ou mécanique pour être distribué. Il peut donc être considéré a priori comme moyennement intéressant en alimentation équine en France.

Blé et triticale

D’emploi plus anecdotique, le blé risque de former des pâtons dans le tube digestif en raison de sa richesse en gluten. Il contient un amidon très fermentescible qui peut facilement être une cause de coliques graves [1]. Sa distribution tel quel, en alimentation équine, n’est donc pas conseillée.

Le triticale est le fruit de l’hybridation entre le seigle et le blé. Sa culture est aisée et les rendements sont intéressants, mais sa fermentescibilité est proche de celle du blé et, comme le seigle, il est sensible à l’ergot, un champignon vénéneux qui parasite ces céréales. Son utilisation est, là encore, non conseillée [1].

Riz

Marginalement utilisé en alimentation animale, le riz intéresse de plus en plus les partisans d’un régime sans gluten pour les chevaux. Très peu cultivé en Europe, son prix d’achat est élevé, mais sa richesse en amidon peut se révéler intéressante d’un point de vue nutritionnel. Il présente une faible teneur en protéines [2]. Pour des raisons économiques, l’utilisation du riz en alimentation équine n’est donc pas à conseiller, mais son intérêt dans les années à venir n’est pas exclu.

Principes de base

Avant toute chose, le fourrage utilisé comme base de rationnement doit idéalement être analysé, stable, de bonne qualité et distribué à volonté. La quantité de concentrés doit être limitée afin de garantir une ingestion de foin conséquente et de garder un rapport fourrages/concentrés au minimum égal à 2 (en prenant en considération la masse en kilos, deux tiers de fourrages pour un tiers de concentrés). Le choix se portera ensuite sur l’utilisation ou non d’une ou de plusieurs céréales, et d’une source de fibres pour garantir la cohérence des volumes distribués, puis sur l’ajustement du rapport phosphocalcique et des apports protéiques. Enfin, une réflexion pourra être menée sur la pertinence d’un apport de lipides selon les objectifs ou les éventuelles affections présentes.

Références

1. Wolter R, Barré C, Benoit P. L’alimentation du cheval. 3e éd. France Agricole. 2014:401p.

2. Lewis LD. Equine Clinical Nutrition : Feeding and Care. Wiley-Blackwell. 1995:588p.

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