Préparation et prise en charge du cheval accidenté lors d’un événement équestre - Pratique Vétérinaire Equine n° 207 du 01/07/2020
Pratique Vétérinaire Equine n° 207 du 01/07/2020

Conduite à tenir

Dossier

Gestion du cheval accidenté

Auteur(s) : Aurélien Léonard*, Thierry Grisard**

Fonctions :
*Clinique équine Champ
du Périer
39, rue Porte du Grand Lyon
01700 Neyron

Lors d’une manifestation sportive, la gestion d’un accident impliquant un cheval passe par plusieurs étapes dont les plus importantes sont la préparation, la prise en charge et la gestion de l’animal accidenté.

Les attentes du grand public à l’égard du bien-être animal ont évolué et la société exige désormais une réponse rapide et adaptée en cas d’incident ou d’accident impliquant des animaux. Les organisateurs de compétitions équestres doivent prendre en compte cette exigence. Il n’est pas rare, lors de ces manifestations sportives, d’être confronté à un accident sur la piste ou au paddock. Il convient de distinguer les incidents légers, qui incluent des traitements de premiers soins mineurs sans caractère d’urgence, des incidents graves qui nécessitent l’intervention d’un ou de plusieurs vétérinaires et d’une équipe soignante, de manière immédiate et appropriée. Ces accidents nécessitent parfois le recours à une évacuation médicalisée.

Préparation et anticipation

De façon à réaliser une préparation optimale, il est recommandé de prendre contact avec l’organisateur et son équipe, avant la manifestation, et de réaliser au préalable de l’événement une réunion, idéalement sur le site. La mise en situation permet de mieux appréhender les éléments techniques, de prendre connaissance des lieux et dynamise l’implication du personnel.

Au cours de celle-ci, il est ainsi possible de lister les moyens humains et matériels à disposition. Il est important de clarifier les compétences qui existent dans le groupe pour gérer efficacement un incident et déterminer, via une série de scénarios, quand les services d’urgence doivent être appelés. C’est aussi le moment de répartir les responsabilités, connaître les décisionnaires, définir un protocole d’intervention (qui fait quoi ?) et d’envisager différents scénarios possibles. Le pire scénario, avec plusieurs victimes et des lésions multiples, doit faire impérativement partie de la préparation.

Lister les moyens matériels à disposition ou à prévoir fait partie intégrante de la préparation. Il ne faut absolument pas négliger le moyen de transport et d’évacuation, à la fois pour pouvoir évacuer le cheval de la piste dans différentes situations (debout, décubitus, coincé dans un obstacle de cross par exemple), mais également pour pouvoir l’acheminer de manière sécurisée vers le centre de référence le plus proche (photo 1).

Il peut être pertinent et judicieux d’organiser une ou plusieurs répétitions avant l’événement, mais aussi de réaliser une démonstration du matériel à disposition, surtout s’il exige une certaine pratique ou une procédure de mise en place comme une ambulance avec un portique autonome ou une luge notamment (photo 2).

Le vétérinaire du concours prendra soin d’identifier les structures de référence adaptées à proximité du lieu de l’événement et les avertira à l’avance de la date de la compétition, afin de s’assurer de leur accord pour prendre en charge les urgences référées.

Un plan de communication devra être établi et préparé. Il définira qui est le porte-parole de l’organisation et de l’événement, ainsi que les moyens qui seront utilisés pour fournir des informations aux médias et au public si nécessaire.

Chaque discipline comporte des risques spécifiques et les accidents induits dans des disciplines particulières telles que le horseball, les courses hippiques de plat et d’obstacle, le complet, l’endurance ou encore le cutting ne sont pas à négliger (photo 3).

Certains événements, notamment ceux pratiqués sur une piste, devront probablement être interrompus pour intervenir auprès de l’animal accidenté. D’autres, une course d’endurance par exemple, peuvent se poursuivre en cas d’incident.

Il incombe au vétérinaire ou à l’équipe soignante de lister les différents médicaments et euthanasiques nécessaires, ainsi que le matériel permettant de réaliser sutures et hémostase. Du matériel de contention et d’immobilisation, de type attelles, est également indispensable. Le recours à une trousse de secours mobile, sous la forme d’un sac à dos, se révèle d’un usage très pratique.

Du matériel médical avec une trousse d’urgence(1) est également à prévoir, incluant de quoi poser une voie veineuse, de quoi immobiliser (plâtre, attelles, Robert-Jones, etc.) ou encore de quoi réaliser une trachéotomie. La trousse contiendra notamment des sédatifs, des analgésiques, des anesthésiques et des drogues d’urgence (adrénaline, atropine, doxapram, corticoïdes, etc.). Du matériel de désinfection et de suture doit aussi être à disposition.

Il est en outre intéressant de disposer à proximité de matériel d’imagerie portable, tel qu’un appareil de radiographie numérique ou d’un échographe sur batterie équipé de plusieurs sondes.

L’intervention

Le vétérinaire du concours a souvent pour mission de coordonner et de guider l’intervention.

Lors de l’accident, il faut établir de manière rapide sa localisation exacte, le nombre de chevaux impliqués, la nature approximative des lésions, les moyens humains mobilisés et l’accès le plus rapide pour le personnel, mais également pour l’ambulance. Il conviendra d’identifier le propriétaire ou la personne responsable présente ou joignable. Le mot d’ordre doit alors être d’intervenir rapidement et calmement (tableau).

Identification et isolement

Par étapes, il faut procéder à l’identification des victimes, à la fois humaines et animales, mais également avoir conscience des autres soignants et des personnels aidants.

Afin d’isoler le cheval du public, des paravents seront installés par des personnes préalablement missionnées. L’utilisation d’écrans améliore le bien-être de l’animal accidenté en réduisant les stimuli visuels, ce qui contribue à l’apaiser, minimisant ainsi le risque de blessures supplémentaires. De même, le personnel au chevet du cheval doit disposer d’un niveau d’intimité lui permettant de planifier et d’entreprendre des tâches sans photographies intrusives, sans instructions verbales inappropriées de la part des spectateurs ou sans ingérence de personnes non autorisées. De plus, les écrans sont un outil utile pour réduire l’éventuel stress psychologique du public. Leur utilisation est particulièrement pertinente s’ils sont érigés le plus rapidement possible après la survenue de l’incident. Certaines disciplines hippiques, comme l’endurance ou le complet, se déroulent sur plusieurs hectares, ce qui crée des défis logistiques importants lors du déploiement de volontaires et d’équipements pour assurer une réponse rapide. En phase de préparation et de répétition, les équipes d’intervention doivent s’entraîner à se rendre à chaque point du parcours en un temps opportun et en toute sécurité. Le déplacement de certaines clôtures, la coupe de branches d’arbres basses sont des exemples de modifications à apporter au site pour améliorer le temps de réaction. Tous les endroits accessibles aux chevaux, sur le site et sur le parcours, doivent être inclus dans la planification de l’accident, afin de déterminer un temps de réponse acceptable couvrant toutes les parties du lieu de l’événement.

Prise en charge et premiers soins

Délimitation de la zone d’accident

Une manière de contribuer à la fluidité de l’action et à la sécurité des différents opérateurs est de définir des zones (figure 1) :

- la “hot zone” est celle à proximité du cheval, impliquant uniquement le personnel soignant indispensable (vétérinaire, assistants, homme à la tête, personne assurant la contention, etc.) ;

- la “warm zone”, moins dangereuse, rassemble à distance convenable le responsable du cheval, le cavalier, les assistants potentiels, les porteurs d’écrans occultants, etc. ;

- la “cold zone” contient à distance le public, les photographes éventuels, les autres chevaux.

Des bénévoles peuvent être nommés le jour même pour aider un agent de sécurité à contrôler la foule et à identifier les limites des zones d’incident à respecter si nécessaire.

Mise en sécurité

Dans un premier temps, il convient de mettre en sécurité les personnes et la ou les victimes. Pour cela, il est primordial de rester calme et de ne pas s’exposer inutilement. Toujours garder en tête que la sécurité des personnes prime sur celle des équidés si des choix sont à faire. Immédiatement après un incident, le vétérinaire s’efforcera d’évaluer la situation, d’identifier les risques, de sécuriser la zone et de nommer un responsable pour chaque cheval impliqué. Le praticien conseillera également à l’organisateur d’interrompre l’événement équestre dans son ensemble ou une seule section en particulier, selon le type et le lieu de l’incident.

Début des soins

Dans un second temps, l’équipe soignante intervient. L’objectif est de réaliser un état des lieux, d’établir ainsi un premier bilan et de pratiquer un triage, tâche souvent compliquée par l’environnement et le stress. Ce bilan inclut une évaluation des appareils respiratoire, cardiovasculaire et neurologique, et passe par l’appréciation d’une éventuelle déshydratation ou encore l’identification d’une hémorragie, de plaies ou de fractures. Il convient de déterminer si le cheval est apte à se relever, à marcher, nécessite le recours à un portique ou s’il peut être traité sur place, quels soins peuvent et doivent être réalisés avant son évacuation.

Pour que la démarche soit la plus coordonnée et efficace possible, il est impératif d’expliquer les actes à effectuer, dans quel ordre, et de définir le rôle de chacun. Pour cela, il est nécessaire qu’une seule personne (très fréquemment le vétérinaire) prenne la direction des opérations et donne les ordres, en prenant en considération les suggestions de chacun. Il devra ainsi coordonner l’action des soignants et des aidants en prenant garde à ce que chacun respecte et se tienne à son rôle. Toute décision ou intervention devra être réfléchie en évaluant le rapport bénéfice/risque. Une personne sera chargée de noter la chronologie et les horaires de chaque acte et médication réalisés.

L’étape suivante consiste à faire une évaluation complète et à médicaliser l’animal. Pour cela, l’état de stress et de douleur du cheval doit être appréhendé au cours d’un examen clinique attentif. Il s’agira ensuite de stabiliser, de protéger et de minimiser les complications, via l’usage de drogues et de médicaments, la pratique d’une hémostase ou encore l’immobilisation de différentes lésions en ayant recours à des bandages, attelles ou plâtres, afin de préparer au mieux l’évacuation.

Au final, il convient de ne pas juger trop rapidement, de ne pas prendre de décisions hâtives et de toujours laisser sa chance au cheval.

Évacuation

Lorsque le cheval accidenté est en décubitus latéral, le vétérinaire s’efforcera de travailler en grande partie du côté dorsal, pour s’assurer une position plus sécurisée si l’animal vient à se débattre et permettant aussi de mieux l’immobiliser en cas de tentative inappropriée de se relever. Il est fortement recommandé, avant de déplacer le cheval, de réaliser une évaluation complète avec sédation avant l’application de techniques de manipulation manuelle (figure 2).

Ensuite, pour réaliser la mise en condition pour l’évacuation, du matériel non médical sera nécessaire, préalablement listé et à disposition, tel que :

- une bâche souple la plus résistante possible (d’environ 3 m sur 1,5 m) disposant d’un système d’accrochage ou d’attaches solides. Une ambulance avec un portique autonome et/ou une luge d’évacuation est une solution alternative intéressante pour évacuer et relever un cheval en décubitus (photos 4 et 5) ;

- un véhicule puissant capable de tracter ou un tracteur dédié exclusivement à cette tâche à proximité, avec un conducteur retenu à l’avance ;

- une longue rallonge électrique pour permettre d’amener l’électricité au chevet de l’animal ;

- un licol avec une grande longe (notamment si le cheval perd son harnachement dans une chute), ainsi que des plates-longes, des cordes ou des entraves, voire un harnais avec un appareil de levage ;

- un bidon d’eau avec un seau pour permettre de rincer rapidement une plaie.

Relation avec le propriétaire

Un bilan synthétique de la situation devra alors être présenté au propriétaire, incluant les traitements à envisager, les risques, la convalescence, le pronostic et les coûts des différentes options thérapeutiques. Il faut également conseiller au propriétaire de contacter son assurance (si le cheval est assuré), particulièrement si une euthanasie est envisagée, et obtenir son accord. Si le cas exige une prise en charge par une clinique de référés, le vétérinaire du concours devra se mettre en relation avec la structure pour communiquer sur les thérapies déjà entreprises et celles à mettre en place.

Conclusion

La préparation avant l’événement est une étape capitale pour le bon déroulement d’une prise en charge efficace et permet de diminuer significativement le stress lors de l’intervention. Une action calme et coordonnée reposant sur une équipe entraînée et préparée, associée à des moyens matériels adaptés, est la clé de la réussite de la gestion du cheval accidenté. Chaque incident est un défi à relever qui enrichit l’expérience de chacun pour de futures interventions.

  • (1) Voir l’article “La trousse d’urgence du vétérinaire” dans ce dossier.

  • 1. Gimenez R, Gimenez T, May KA. Technical large animal emergency rescue. Wiley-Blackwell. 2008:440p.
  • 2. Leighton M, Staples M. Equine emergency rescue: a guide to large rescue animal. Velvet Visions Press. 2010:129p.
  • 3. Gimenez R. The role of the veterinary team in technical large animal rescue emergency response. International Veterinary Emergency & Critical Care symposium (IVECCS) 2009.
  • 4. Hamilton J, Baker J, Gimenez T et coll. Emergency and disaster preparedness guidelines. American Association of Equine Practitioners (AAEP), 2003.
  • 5. Equine Rescue Fund, Safer Horse Rescues, Emergency Services Protocol. British Equine Veterinary Association (BEVA), 2009.

CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

Éléments à retenir

→ Un accident est imprévisible et soudain. S’y préparer permet toutefois une prise en charge rapide et dans le calme.

→ À chaque accident, il convient d’identifier la situation et les risques associés avant la prise en charge de l’animal pour prévenir un suraccident.

→ Une bonne anticipation permet aussi de disposer du matériel et de l’aide nécessaires.

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