Comment gérer une laxité congénitale chez le poulain ? - Pratique Vétérinaire Equine n° 206 du 01/04/2020
Pratique Vétérinaire Equine n° 206 du 01/04/2020

ARTICULATIONS

Cahier pratique

Fiche pratique

Auteur(s) : Matthieu Cousty*, Luc Leroy**

Fonctions :
*(Dipl. ECVS)
**CHV équin de Livet,
Cour Samson
14140 Saint-Michel de Livet

Les causes de la laxité congénitale ne sont pas véritablement connues [1]. De nombreux poulains naissent avec une discrète hyperextension du doigt qui disparaît spontanément au cours des premiers jours de vie.

Diagnostic

La localisation des laxités congénitales est variée et elles sont souvent symétriques :

- l’hyperextension du doigt, la plus fréquente, est associée à une descente du boulet. Dans les cas les plus sévères, un relèvement de la pince est observé ;

- l’hyperextension du carpe, aussi appelée “genoux creux” ;

- la faiblesse postérieure, qui affecte les membres postérieurs lors de la phase d’appui, est plus facile à identifier en se plaçant derrière le poulain (photo 1).

Il est rarement nécessaire d’envisager des examens complémentaires d’imagerie. Toutefois, si un défaut d’ossification du carpe est suspecté, en raison d’une dysmaturité, un examen radiographique peut être réalisé.

Plus rarement, une rupture du muscle gastrocnémien est parfois rencontrée. Dans les cas les plus sévères, le membre peut devenir plantigrade. L’arrachement se fait plus fréquemment au niveau de l’attache proximale sur le fémur. La disruption musculaire est visible sur la face caudale du fémur à l’échographie. Plus tardivement, une réaction osseuse peut être observée radiographiquement. L’arrachement peut se compliquer d’une hémorragie significative ou d’une abcédation locale. La rupture du muscle gastrocnémien est fréquemment associée à une maladie systémique concomitante.

Traitement

Le traitement de cette affection est conservateur, il n’existe pas de traitement chirurgical de la laxité.

Activité

La principale mesure à prendre concerne l’activité, qui doit être considérablement réduite. Les cas les plus sévères nécessitent une immobilisation stricte au box. Quelques sorties en main peuvent être envisagées sur un sol souple.

Maréchalerie

L’hyperextension du doigt peut être traitée avec la pose d’une extension en talon lorsque la pince est relevée. Deux techniques existent :

- une extension maintenue à l’aide d’un adhésif : facile à mettre en place, elle peut néanmoins céder facilement (photo 2) ;

- une extension collée avec de la résine : la tenue est meilleure, mais la résine peut brûler la corne chez un jeune poulain (photo 3).

Protection locale

En cas de présence d’une descente sévère du boulet avec un contact au sol lors d’hyperextension du doigt, il est nécessaire de protéger la peau pour limiter l’apparition d’escarre. Le pansement doit être le plus fin possible, car un bandage trop épais contribue à accentuer la laxité. Si une extension en talon est placée, il est possible de coller dessus de la mousse pour amortir le boulet.

Traitement des ruptures du muscle gastrocnémien

Le principal traitement est l’immobilisation au box et le soutien du jarret pour les cas les plus sévères. Il peut être réalisé soit avec un bandage Robert-Jones et des attelles, soit avec un plâtre qui s’étend du tibia proximal au métatarsien. Le plâtre est à changer tous les 15 jours.

Dans une série de 28 cas de rupture du muscle gastrocnémien chez des poulains pur-sang [2], 61 % présentaient une maladie systémique concomitante. Le taux de survie est de 80 % à la sortie de l’hospitalisation, et 81 % des poulains survivants ont pu sortir en courses. La probabilité de concourir est significativement plus faible pour les poulains atteints d’une maladie systémique concomitante.

Conclusion

Le pronostic est favorable pour la grande majorité des hyperextensions digitales. Il est plus réservé lors de rupture du muscle gastrocnémien, en particulier si une maladie systémique est présente simultanément.

CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

  • 1. Kidd JA. Flexural limb deformities. In : Auer JA, Stick JA : Equine surgery. 4 th edition. 2012:1221-1239.
  • 2. Tull TM, Woodie JB, Ruggles AJ et coll. Management and assessment of prognosis after gastrocnemius disruption in Thoroughbred foals : 28 cases (1993-2007). Equine Vet. J. 2009;41 (6):541-546.
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