Échographie transabdominale chez les petits équidés : valeurs usuelles et comparaison avec le cheval - Pratique Vétérinaire Equine n° 205 du 01/01/2020
Pratique Vétérinaire Equine n° 205 du 01/01/2020

IMAGERIE MÉDICALE

Cahier scientifique

Article original

Auteur(s) : Noémie Paille*, Tanguy Hermange**, Anne Couroucé***

Fonctions :
*Centre international de santé
du cheval d’Oniris (Cisco)
**Centre international de santé
du cheval d’Oniris (Cisco)
***Unité de nutrition,
physiopathologie et
pharmacologie (NP3)
Université Bretagne Loire (UBL)
Oniris
101, route de Gachet
44300 Nantes

Bien que l’échographie transabdominale soit un examen fréquent, peu de données échographiques existent sur les espèces d’équidés de petite taille. La mise en parallèle des informations entre individus de grande et de petite taille représentent une piste pour l’élaboration de normes et d’outils de comparaison.

L’échographie transabdominale est un examen complémentaire de routine, facilement réalisable et non invasif. Ses indications sont nombreuses, comme l’exploration de coliques aiguës, chroniques, d’un amaigrissement ou encore d’une diarrhée [6]. Cet examen permet d’évaluer une grande partie de la cavité abdominale et de récolter de nombreuses informations comme l’aspect, la taille et la position des organes, ou encore des paramètres propres à chaque organe. L’interprétation de cet examen repose sur des images et des valeurs de référence. Néanmoins, il existe peu d’informations sur les images échographiques abdominales normales chez les petites espèces d’équidés.

Cette étude, menée dans le cadre d’une thèse de doctorat vétérinaire, vise donc à réaliser une banque de données et d’images échographiques abdominales normales chez les petites espèces d’équidés et à comparer les images et les données obtenues avec celles du cheval [2, 4, 5, 9]. Seuls les principaux résultats sont présentés ici.

Matériels et méthodes

Un examen échographique est réalisé chez 46 équidés adultes sains (commémoratifs, examen clinique, bilan hématobiochimique complet) et non sédatés, répartis en cinq groupes : dix chevaux trotteur français, huit poneys A mesurant moins de 107 cm au garrot (shetlands), neuf poneys B/C mesurant entre 108 et 140 cm, neuf ânes et dix chevaux miniatures (tableau 1). Chaque animal est préparé de la même manière, avec une tonte abdominale complète (photo 1). Toutes les échographies sont effectuées avec le même matériel (échographe Logiq V2, sonde convexe basse fréquence 2,5 à 5 MHz) et par le même opérateur.

Le côlon, le cæcum, l’intestin grêle, l’estomac, la rate, le foie ainsi que les reins sont examinés. La position, la taille, l’aspect, le contenu et l’épaisseur de la paroi des organes sont évalués. La position est mesurée à l’aide de repères fixes comme un espace intercostal (EIC) ou la ligne horizontale passant par la pointe de la fesse (tuber ischiadicum) ou la pointe de l’épaule par exemple. Un test statistique Anova (analysis of variance) à un facteur avec comparaison multiple de chaque moyenne obtenue deux à deux est appliqué à chaque donnée. Avec un risque d’erreur inférieur à 5 % (p < 0,05), les résultats sont considérés comme significatifs.

Résultats

La répartition des âges et des genres dans les différents groupes sont semblables. Seule la note d’état corporel moyenne est plus élevée chez les ânes (3,9 sur 5) et les poneys A (3,5 sur 5) que dans les trois autres groupes (2,9 à 3,2 sur 5).

Évaluation de l’estomac

L’estomac est visible chez tous les animaux au niveau du côté gauche, médialement à la rate. Chez le cheval, il est visualisable en moyenne entre le 7,9 ± 0,7e et le 12,6 ± 1,7e espace intercostal, et sur 5,7 ± 1,8 espaces intercostaux.

L’estomac de l’âne et du poney A est significativement plus caudal que chez le cheval. Chez l’âne, il est visible en moyenne entre le 8,9 ± 1,5e et le 14,9 ± 1,5e espace intercostal et sur 7,0 ± 2,2 espaces intercostaux. Chez le poney A, il est visible entre le 7,6 ± 0,5e et le 14,8 ± 1,3e espace intercostal et sur 8,1 ± 1,5 espaces intercostaux. La limite dorsale de l’estomac du cheval se situe en moyenne sur la ligne horizontale qui passe par la tubérosité ischiatique. Chez l’âne, le cheval miniature et le poney A, l’estomac a une situation significativement plus dorsale que chez le cheval. En effet, pour chacun d’entre eux, la limite moyenne dorsale se situe sur la ligne horizontale passant par le centre du tuber coxae.

L’aire de projection échographique moyenne de l’estomac de l’âne, du poney A et du cheval miniature est donc plus large que chez le cheval (figure 1).

La paroi de l’estomac présente une épaisseur moyenne de 0,65 ± 0,20 cm chez le cheval, 0,46 ± 0,11 cm chez l’âne, 0,47 ± 0,12 cm chez le poney A, 0,39 ± 0,09 cm chez le cheval miniature et 0,50 ± 0,05 cm chez le poney B/C (photo 2). La paroi stomacale est significativement plus épaisse chez le cheval que chez l’âne, le poney A et le cheval miniature. Il existe donc un “effet taille” de l’animal sur l’épaisseur de la paroi de l’estomac.

Évaluation du duodénum

Dans cette étude, le duodénum est visualisable à droite chez tous les animaux. Chez l’âne, il est en situation significativement plus ventrale que dans tous les autres groupes. Les aires de projection échographique moyennes du duodénum du cheval, de l’âne et du poney A sont comparées (figure 2).

Concernant le diamètre duodénal maximal visualisable, il est significativement plus important chez le cheval (3,2 ± 0,5 cm) et le poney B/C (3,3 ± 0,5 cm) que chez l’âne (2,6 ± 0,3 cm), le poney A (2,7 ± 0,3 cm) et le cheval miniature (2,3 ± 0,3 cm). Il existe là encore un effet de la taille de l’animal sur le diamètre duodénal maximal visualisable.

Évaluation du jéjuno-iléon

La répartition topographique du jéjunoiléon est comparable entre les différents groupes (tableau 2). Le diamètre maximal visualisable diffère significativement uniquement entre le cheval (3,4 ± 0,8 cm) et le cheval miniature (2,2 ± 0,4 cm), et il n’existe pas de différence dans les autres groupes. Il n’existe pas non plus de différence significative quant à l’épaisseur de la paroi du jéjuno-iléon entre les cinq groupes (0,16 ± 0,08 cm chez le cheval, 0,13 ± 0,04 cm chez l’âne, 0,17 ± 0,06 cm chez le poney A, 0,19 ± 0,08 cm chez le poney B/C et 0,13 ± 0,05 cm chez le cheval miniature).

Évaluation du gros intestin

La bande charnue latérale du cæcum (ou bande cæco-colique), avec ses deux petits vaisseaux, est visible chez tous les animaux (photo 3). Une bande supplémentaire, située plus caudalement, est visible dans 33,3 % des cas chez l’âne et dans 22,2 % des cas chez les poneys B/C. Le diamètre moyen de la veine cæcocolique (le plus gros des deux vaisseaux) est significativement plus important chez le cheval (0,7 ± 0,1 cm) par rapport à l’âne (0,6 ± 0,1 cm), au poney A (0,5 ± 0,1 cm) et au cheval miniature (0,4 ± 0,1 cm).

La paroi du côlon dorsal droit est significativement plus épaisse chez le cheval (0,24 ± 0,05 cm) comparé au poney A (0,14 ± 0,06 cm), au poney B/C (0,15 ± 0,08 cm) et au cheval miniature (0,12 ± 0,03 cm). La paroi du côlon ascendant ventral droit est, elle, significativement plus épaisse chez l’âne (0,31 ± 0,09 cm) que chez le cheval (0,20 ± 0,10 cm) et le cheval miniature (0,20 ± 0,02 cm). Aucune différence n’est mise en évidence entre les différents groupes quant aux parois cæcales (ventralement à la bande charnue) et à celles du côlon gauche (tableau 3).

Évaluation des reins

Chez le cheval, les poneys A et B/C, ainsi que chez le cheval miniature, les reins sont toujours visibles à la hauteur du tuber coxae, au niveau des 16e et 17e espaces intercostaux pour le rein droit et au niveau du 17e espace intercostal et de la fosse paralombaire pour le rein gauche. Chez l’âne, dans près de la moitié des cas (44,4 %), il est possible de voir le rein droit plus caudalement dans la fosse paralombaire (photo 4).

Les dimensions des reins diffèrent significativement entre les groupes, sauf entre le poney A et l’âne (tableaux 4 et 5). L’étude a donc permis de mettre en évidence une corrélation entre la taille de l’animal et les dimensions rénales.

Évaluation du foie

Chez le cheval, le foie à droite est visible sur 5,70 ± 1,83 espaces intercostaux, du 10,20 ± 1,93e au 14,90 ± 0,32e espace intercostal.

Chez l’âne, le foie à droite est visible significativement plus cranialement (8,22 ± 0,83e EIC) et plus caudalement (15,44 ± 0,53e EIC). Il se projette alors sur un nombre d’espaces intercostaux significativement plus élevé (8,22 ± 0,97 EIC). Le foie de l’âne à droite a donc une aire de projection échographique significativement plus large que chez le cheval (figure 3).

Évaluation de la rate

Chez le cheval, la limite craniale de la rate se situe en moyenne au niveau du 5,80 ± 0,63e espace intercostal et sa limite caudale au niveau de la ligne verticale qui passe par le tuber coxae. Elle s’étend alors, chez le cheval, en position significativement plus craniale que chez l’âne (7,67 ± 1,50 EIC) et le cheval miniature (7,30 ± 0,82 EIC), et en position plus caudale que chez l’âne (ligne verticale de la dernière cote) et le poney A (ligne verticale passant au milieu du creux du flanc). La rate de l’âne, du cheval miniature et du poney A présente donc une aire de projection échographique moyenne moins large que celle du cheval.

Que ce soit au niveau du hile de la rate ou du creux du flanc, l’épaisseur de rate maximale mesurée est significativement plus importante chez le cheval (8,97 ± 1,40 et 9,08 ± 1,45 cm) comparé aux autres groupes (5,80 ± 1,04 et 4,57 ± 1,31 cm chez l’âne, 5,20 ± 0,54 et 4,31 ± 1,15 cm chez le shetland, 7,44 ± 1,05 et 6,76 ± 1,05 cm chez le poney B/C, 4,21 ± 1,02 et 3,09 ± 0,46 cm chez le cheval miniature). Il existe ainsi un effet taille de l’animal sur l’épaisseur maximale de la rate.

Discussion

À notre connaissance, très peu d’études sont publiées sur l’échographie abdominale des petites espèces d’équidés. Seules quelques rares données post-mortem existent sur les différences anatomiques entre le cheval et les petites espèces d’équidés [1, 6].

Concernant l’échographie abdominale, deux études seulement fournissent quelques données sur les petites espèces [3, 8]. Dans la première, un groupe de poneys adultes est étudié, mais le nombre d’animaux est relativement peu élevé (9 poneys), la taille au garrot n’est pas précisée (poids entre 108 et 216 kg correspondant à notre groupe de poneys A), les données recueillies sont non exhaustives et aucun groupe contrôle ne permet une comparaison directe avec le cheval. Comme dans notre étude, une aire de projection de l’estomac plus grande et plus caudale que celle classiquement observée chez le cheval est mise en évidence. Cette différence semble un peu plus marquée dans notre étude, avec une limite caudale moyenne plus élevée (14,75 ± 1,28e versus 13,71 ± 0,95e EIC) et un nombre d’espaces intercostaux moyens plus important (8,13 ± 1,46 versus 5,14 ± 0,90 EIC). Des valeurs d’épaisseur de la paroi intestinale similaires à celles de notre étude sont relevées, mais là encore sans qu’aucune comparaison directe puisse être effectuée avec le cheval. Dans la deuxième étude, un groupe contrôle permet cette fois-ci une comparaison directe avec le cheval. Cependant, le groupe étudié est constitué de 23 poneys et chevaux miniatures non distincts, mesurant de 70 à 130 cm au garrot, ce qui équivaut respectivement à nos groupes de chevaux miniatures, poneys A et poneys B/C. Comme dans notre étude, la paroi du côlon dorsal droit apparaît significativement plus épaisse chez le cheval (0,37 ± 0,03 cm) que chez les poneys (0,27 ± 0,03 cm). Toutefois, les valeurs obtenues dans cette étude sont plus importantes que dans la nôtre. Notons que dans ces deux publications, les données sont limitées en termes de paramètres étudiés, portent sur des populations réduites ou mélangées, sans groupe témoin pour la première, ce qui valorise d’autant plus les résultats présentés ici. Notre étude est en effet la première à établir une banque de données et d’images échographiques abdominales transcutanées normales exhaustives chez les petites espèces d’équidés, avec une comparaison directe possible avec le cheval. Elle a notamment permis de mettre en évidence des différences significatives d’aires de projection, en particulier pour l’estomac, le foie et la rate (figure 4). Une corrélation entre le gabarit de l’animal et certaines données (effet taille) est notée (épaisseurs de la paroi de l’estomac, de la rate, de la paroi du côlon dorsal droit, diamètre duodénal maximal et dimensions rénales, entre autres). Par ailleurs, un effet taille de l’animal sur l’épaisseur de la paroi de l’estomac est également rapporté chez le chien [7].

La principale limite de notre étude, outre le relatif faible nombre d’individus dans chaque lot (une dizaine), était la difficulté de standardisation de l’alimentation, de l’hébergement, de l’activité ou encore de l’état corporel entre chaque groupe. Pour pallier ces possibles biais, les écuries choisies ont offert à chaque équidé un accès libre à du fourrage (foin +/- herbe) et seuls les chevaux miniatures et quelques poneys B/C (pas tous) ont reçu un complément sous la forme de concentrés. À notre connaissance, la présence ou la quantité de concentrés n’est pas considérée comme un facteur influençant la taille de l’estomac, et est donc peu susceptible d’influer sur les résultats dans les proportions observées ici. Étant donné ce régime alimentaire à volonté, peu importait le moment de la journée choisi pour réaliser l’échographie. Au sein de chaque groupe, les examens ont donc été effectués à différentes heures au cours de la journée. Concernant l’activité, les chevaux, les ânes, les chevaux miniatures étaient tous sédentaires. Seuls quelques poneys B/C et shetlands (pas tous) avaient une petite activité en club, peu susceptible d’interférer avec les résultats. En ce qui concerne le poids, il était certes variable, mais représente bien les différentes populations étudiées en pratique courante. De même, le statut de vermifugation n’était pas identique, avec des administrations moins fréquentes chez les ânes, notamment susceptibles d’influencer la différence d’épaisseur de la paroi du côlon ventral droit chez ce groupe. Enfin, bien qu’un seul opérateur ait été choisi pour limiter les biais, la répétabilité et la reproductibilité n’ont pu être évaluées faute de temps et de disponibilité des animaux.

Conclusion

Cette étude a permis de réaliser une banque de données et d’images échographiques transabdominales normales chez les petites espèces d’équidés. De plus, des différences significatives ont pu être mises en évidence dans la topographie échographique abdominale entre le cheval et les petites espèces d’équidés, ainsi que des corrélations entre la taille des animaux et certains paramètres. Ces différences, d’autant plus marquées chez les ânes et les poneys A (shetlands), doivent être prises en compte lors de l’examen échographique abdominal chez les petites espèces d’équidés, afin de ne pas induire d’erreurs d’interprétation, par exemple face à une aire de projection étendue de l’estomac ou du foie, ou à l’inverse devant une aire de projection réduite de la rate.

1. Barone R. Appareil digestif. In: Vigot, ed. Anatomie comparée des mammifères domestiques, tome 3 : Splanchnologie I. 3e édition, Paris. 2009:291-559.2. Bithell S, Habershon-Butcher JL, Bowen IM et coll. Repeatability and reproducibility of transabdominal ultrasonographic intestinal wall thickness measurements in Thoroughbred horses. Vet. Radiol. Ultrasound. 2010;51 (6):647-651.3. Epstein K, Short D, Parente E et coll. Gastrointestinal ultrasonography in normal adult ponies. Vet. Radiol. Ultrasound. 2008;49 (3):282-286.4. Jerbi H, Rejeb A, Erdogan S et coll. Anatomical and morphometric study of gastrointestinal tract of donkey (Equus africanus asinus). J. Morphol. Sci. 2014;31 (1):18-22.5. Paille N. Étude comparative d’images échographiques abdominales transcutanées normales chez les petites espèces d’équidés et le cheval. Thèse vét. Oniris, 2018.6. Le Jeune S, Whitcomb MB. Ultrasound of the equine acute abdomen. Vet. Clin. North Am. Equine Pract. 2014;30 (2):353-381.7. Penninck DG, Nyland TG, Fischer PE et coll. Ultrasonography of the normal canine gastrointestinal tract. Vet. Radiol. 1989;30:272-276.8. Siwinska N, Zak A, Baron M et coll. Right dorsal colon ultrasonography in normal adult ponies and miniature horses. PloS One. 2017;12 (10):e0186825.9. Williams S, Cooper J, Freeman S. Evaluation of normal findings using a detailed and focused technique for transcutaneous abdominal ultrasonography in the horse. BMC Vet. Res. 2014;10 (Suppl. 1):S1-S5.

CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

ÉLÉMENTS À RETENIR

• L’aire de projection échographique moyenne de l’estomac de l’âne, du shetland et du cheval miniature est plus importante que chez le cheval.

• L’aire de projection échographique moyenne de la rate chez l’âne, le shetland et le cheval miniature est moins étendue que chez le cheval.

• L’aire de projection échographique moyenne du foie à droite de l’âne est supérieure à celle des autres espèces.

• Il existe un “effet taille de l’animal” pour l’épaisseur de la paroi de l’estomac et du côlon dorsal droit, les dimensions rénales, l’épaisseur de la rate et le diamètre duodénal.

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