Bonnes pratiques et effets secondaires de la vaccination chez les équidés : quoi de neuf en 2020 ? - Pratique Vétérinaire Equine n° 205 du 01/01/2020
Pratique Vétérinaire Equine n° 205 du 01/01/2020

Immunologie

Dossier

Vaccination chez les équidés

Auteur(s) : Mélanie Mière*, Anne Couroucé**

Fonctions :
*Clinique vétérinaire
du Gabereau
82, route d’Orléans
45110 Châteauneuf-sur-Loire
**Oniris
Unité de nutrition,
physiopathologie
et pharmacologie (NP3)
Centre international de
santé du cheval d’Oniris
(Cisco)
101, route de Gachet
44300 Nantes
anne.courouce@ onirisnantes.fr

La vaccination assure une protection individuelle et collective. Rarement, un acte vaccinal peut être suivi d’effets secondaires. Avoir conscience de ces événements rares permet de mieux y réagir et d’anticiper les craintes des propriétaires.

La vaccination est un acte médical primordial pour lutter contre les épizooties. Les vétérinaires, comme les autres professionnels du secteur de la santé, sont de plus en plus souvent confrontés à des interrogations de la part des propriétaires d’animaux sur le bien-fondé de cette pratique et sur la balance bénéfice/risque. La prise en compte du mode de vie de l’animal, de son âge, de ses réactions éventuelles antérieures à des vaccins est indispensable pour obtenir le consentement du propriétaire et pour adapter le protocole de vaccination.

Cet article résume les principales recommandations en matière de vaccination chez les chevaux et la gestion de terrain des éventuels effets indésirables.

Bonnes pratiques de vaccination

Choix du protocole vaccinal

Respect du résumé des caractéristiques du produit (RCP)

Bien qu’en matière de vaccins chez les équidés, l’offre ait tendance à diminuer pour une maladie donnée, selon les disponibilités des fabricants, le vétérinaire peut être amené à utiliser des vaccins auxquels il n’est pas habitué. Il est alors indispensable de consulter les RCP, ainsi que les notices d’utilisation. C’est à l’intérieur de ces dernières que se trouvent les modalités d’utilisation ainsi que les effets secondaires et leur fréquence(1). De plus, il faut absolument respecter le protocole vaccinal sous peine d’échec ou d’effets indésirables. Pour le cheval qui participe à des compétitions, des obligations réglementaires s’appliquent alors en plus de ces RCP (tableau). Par exemple, la réglementation impose un délai obligatoire de 7 jours avant une épreuve ou de 4 jours avant une course après l’acte vaccinal.

Choix des valences

La valence est la partie d’un vaccin correspondant à la protection contre un agent pathogène unique. Un vaccin multivalent peut protéger contre plusieurs agents pathogènes (ou toxines produites par ces agents) occasionnant une même maladie ou contre différentes maladies (source vaccination info-services). En France, les vétérinaires disposent de vaccins avec une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les équidés contre le tétanos, la grippe, les herpèsviroses de type 1 et 4 (HPV ou rhinopneumonie), la gourme, la fièvre de West Nile, l’artérite virale et la rage. D’autres vaccins bénéficient d’une AMM pour les chevaux dans d’autres pays tels que ceux contre le rotavirus en Belgique et contre les encéphalites équines de l’Est (EEE), de l’Ouest (EEO), vénézuélienne (EEV) et japonaise (EEJ).

Le choix des valences dépend, bien entendu, de la prévalence des maladies et du mode de vie de l’animal. Pour les chevaux de sport, seule la vaccination contre la grippe est obligatoire pour la participation à des compétitions nationales et internationales.

Pour les chevaux de course, la vaccination est obligatoire contre la grippe mais également, depuis peu, contre la rhinopneumonie (course de galop et de trot).

Les protocoles de vaccination obligatoire diffèrent selon la filière (tableau).

De nombreuses études démontrent l’intérêt d’une vaccination collective (plus de 80 % de la population concernée) pour une meilleure efficacité de la protection contre les virus de la grippe et de la rhinopneumonie [1, 2, 3]. Mais le praticien équin rencontre souvent des difficultés pour vacciner tout un effectif : soit pour des raisons économiques, soit parce que les chevaux sont considérés comme “à l’abri” (ne sortent plus en compétition, restent à l’écart du reste de l’effectif, etc.). Dans ce cas, la décision des propriétaires est fréquemment de suspendre la vaccination de leurs chevaux contre les maladies contagieuses. Le vétérinaire doit alors expliquer que même si le cheval est à l’écart de ses congénères, les personnes qui le côtoient peuvent être vectrices d’agents pathogènes et que la vaccination reste indispensable pour limiter la propagation d’une maladie infectieuse.

En cas d’épizootie de grippe, la vaccination d’urgence a montré une réelle efficacité [4]. En revanche, pour la rhinopneumonie, peu d’études existent actuellement permettant de confirmer cette efficacité [1, 5].

La visite sanitaire obligatoire équine (VSOE), mise en place fin 2019, a pour thème “les outils de prévention contre les maladies contagieuses et vectorielles chez les équidés”. Gratuite pour les propriétaires et encadrée par les Directions départementales de la protection des populations (DDPP), elle représente une opportunité de discussion entre les vétérinaires et les détenteurs d’équidés hors d’un contexte d’urgence (informations disponibles sur les sites de l’Avef et de la SNGTV).

Pluralité des valences

Concernant les carnivores domestiques, l’incidence des effets indésirables augmente avec le nombre de valences administrées (publication chez le chien, étude en cours pour le chat) [6]. Pour les équidés, aucune étude, à l’heure actuelle, ne permet de conclure mais nous pouvons imaginer qu’il en va de même.

Pour les chevaux qui ont réagi lors de vaccinations antérieures, il serait, de ce fait, recommandé de ne pas vacciner contre la grippe et la rhinopneumonie le même jour.

Facteurs de risque

État général de l’animal à vacciner

L’examen clinique et les commémoratifs sont indispensables avant tout acte vaccinal. Un état pathologique avec déshydratation, insuffisance rénale ou autre est, bien entendu, une contre-indication à la vaccination. L’animal doit être en parfaite santé pour être vacciné afin que son système immunitaire réagisse de façon optimale.

Interférence avec les anticorps maternels

Les poulains issus de mères correctement immunisées conservent des anticorps colostraux pendant une durée d’environ 6 mois. Les vacciner avant 6 mois peut venir interférer avec ces anticorps maternels. Pour les poulains issus de mères non correctement immunisées ou dans le cadre d’une forte pression infectieuse, la vaccination avant 6 mois peut être réalisée mais le protocole de primovaccination devra être réinitialisé à partir de 6 mois, le système immunitaire n’étant pas complètement opérationnel avant [7].

Compatibilité avec la gestation

La gestation n’est pas une contre-indication à la vaccination même si, dans de très rares cas, des avortements peuvent survenir (non liés cependant à l’agent pathogène éventuellement présent dans le vaccin car celui-ci est toujours inactivé). Il est d’ailleurs recommandé dans les protocoles de vaccination contre l’herpèsvirose de type 1 (HVE1) de renouveler les injections tous les 2 à 6 mois durant la gestation (selon les RCP).

Influence de l’âge

L’âge modifie la sensibilité à certains types de produit. Par exemple, les poulains de moins de 30 jours et les chevaux âgés de plus de 20 ans présentent une sensibilité accrue aux antibiotiques [8]. En ce qui concerne les vaccins, la survenue d’effets indésirables ne semble pas corrélée à l’âge de l’animal.

Les chevaux les plus âgés ont cependant une fonction immunitaire plus faible, avec un taux de leucocytes plus bas [9, 10]. Un phénomène d’inflammation (inflam-aging) et d’immunosénescence est décrit chez le vieux cheval.

Une étude menée sur 34 chevaux de plus de 20 ans et 29 chevaux âgés de 4 à 12 ans démontre, par exemple, un besoin d’optimiser les protocoles de vaccination passé 20 ans pour conserver un taux d’anticorps antigrippal suffisant [11].

Par ailleurs, les chevaux atteints de dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse (maladie de Cushing) ont une réponse immunitaire semblable aux autres [15, 16]. McFarlane recommande cependant de ne pas négliger la vaccination contre l’HVE1 et la fièvre de West Nile chez les chevaux âgés atteints de cette maladie [10]. En effet, il a été observé aux États-Unis un taux plus important de mortalité vis-à-vis de ces affections chez les chevaux âgés et présentant une maladie de Cushing. Une autre étude montre un taux d’anticorps significativement plus faible après la vaccination contre la rhinopneumonie et la fièvre de West Nile chez des chevaux souffrant de la maladie de Cushing versus des chevaux sains [13].

Dans le pourtour méditerranéen où des épisodes de fièvre de West Nile sont survenus en 2018 (été et automne), 13 cas d’infection neurologique ont été identifiés chez les chevaux, 4 cas dans l’avifaune et 27 cas humains (European Centre for Disease Prevention and Control, 2018). Avec une circulation record recensée en France (Alpes-Maritimes, Corse, Bouches-du-Rhône et Gard) et dans toute l’Europe, la prévention par la vaccination est fortement recommandée et notamment pour les chevaux âgés des zones à risque.

Pour certains chevaux hyperimmunisés, une réaction inflammatoire locale, de type Arthus, peut survenir dans les heures qui suivent la vaccination via la formation de complexes immuns. Les vétérinaires ne disposent pas d’outils pour dépister ces chevaux, ni d’indication sur une tranche d’âge “à risque”.

Influence de l’alimentation

Des essais ont été menés pour déterminer l’impact d’une complémentation alimentaire (levures, vitamine E notamment) sur les taux d’anticorps après la vaccination, mais aucun consensus n’existe à l’heure actuelle sur cette supplémentation [9, 10]. En revanche, il est communément admis que les chevaux dénutris et soumis à des carences alimentaires montrent une sensibilité accrue aux infections et une réponse immunitaire moindre, car les leucocytes et les lymphocytes T sont très sensibles aux déficiences nutritionnelles [11, 14].

Compatibilité avec des affections immunitaires ophtalmologiques

Une réactivation immunitaire postvaccinale est toujours possible avec, en cascade, des phénomènes inflammatoires oculaires de type uvéite et kératite dysimmunitaire. De rares présentations évoquent ces réactions, et un consensus international sur le sujet se dessine (T. Launois, communication personnelle).

Influence de la génétique

Aucune étude, à notre connaissance, ne fait état d’une sensibilité particulière liée à la race ou à l’espèce.

Les informations font également défaut concernant les chevaux affectés par la myopathie à stockage de polysaccharide de type 1 (PSSM1) chez lesquels il pourrait être opportun de limiter les injections intramusculaires.

Réalisation pratique de l’acte

Information du propriétaire

Le vétérinaire est tenu d’informer les détenteurs sur les risques liés à son exercice (conditions générales de fonctionnement). Notices d’informations, consentements éclairés spécifiques et individuels, voire mentions spéciales sur les ordonnances sont en outre conseillés pour certains actes jugés plus à risque. Même si les effets indésirables graves sont moins fréquents avec les vaccins qu’avec d’autres substances comme les antibiotiques (Fresnay, 2017), et sans inquiéter les propriétaires, une mention générale sur la survenue d’effets secondaires, quels que soient les médicaments employés, est recommandée. Elle peut être notée sur le bilan sanitaire ou les protocoles de soins, par exemple.

Température de conservation et transport

À la clinique vétérinaire, les vaccins doivent être stockés dans un réfrigérateur, avec un suivi de la température à l’aide d’un thermomètre (disponible en centrale), à l’abri de la lumière, dès leur réception et jusqu’à leur utilisation. En voiture, ils doivent également être conservés au frais, mais il ne faut pas les placer directement sur les blocs réfrigérants, en raison d’un risque de congélation et de microcristallisation de l’adjuvant susceptible d’entraîner une perte d’efficacité du vaccin et des réactions vaccinales.

Préparation des doses

Conformément à leur notice d’utilisation, les vaccins doivent absolument être injectés à température ambiante (15 à 25 °C). Les réactions vaccinales semblent plus fréquentes lorsque l’injection a lieu à la sortie du froid.

Il convient d’utiliser une aiguille à usage unique par flacon, puis une nouvelle aiguille par cheval pour éviter les dépôts sous-cutanés de produit (réaction locale type Arthus). Les aiguilles doivent être suffisamment longues pour réaliser des injections intramusculaires profondes. Il est important d’adapter leur longueur à la conformation du cheval à vacciner.

Site d’injection et désinfection

Le “plat de l’encolure”, un triangle délimité par le ligament nucal, les vertèbres cervicales et l’épaule, est l’endroit le plus adapté pour la vaccination par voie intramusculaire.

À notre connaissance, aucune étude pharmacocinétique ne montre une meilleure biodisponibilité des vaccins injectés dans l’encolure par rapport au poitrail ou à la croupe. De nombreux confrères considèrent que de par la présence de nombreux fascias dans le poitrail, les risques de réaction locale sont plus importants sur ce site (aucune étude à notre connaissance ne le prouve), mais les éventuels abcès sont plus faciles à drainer par la suite.

Certains RCP de vaccins contre-indiquent la pratique de la vaccination dans la croupe, probablement en raison de la difficulté à drainer un éventuel abcès secondaire à l’injection.

La désinfection du site d’injection est un préalable indispensable à toute vaccination. Il est possible d’utiliser de l’alcool à 70 °C (et non à 90 °C), mais il est préférable d’avoir recours à de la chlorhexidine ou de la povidone iodée solution [18].

Enfin, il est impératif de vérifier l’absence de sang à l’injection pour réaliser une injection intramusculaire stricte et non pas une injection intraveineuse.

Prise en charge des effets indésirables

La vaccination entraîne chez l’animal une réaction immunogène qui peut s’exprimer plus ou moins fortement selon les individus.

Les effets indésirables sont répertoriés en :

– non graves (réactions locales au point d’injection notamment) ;

– graves (dont les symptômes permanents ou prolongés entraînent un handicap ou une incapacité importante mettant en jeu la vie de l’animal).

Les statistiques de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) sont exposées dans l’article “Événements indésirables postvaccinaux : étude rétrospective des données de pharmacovigilance” dans ce numéro.

Réactions secondaires

Les effets indésirables des vaccins peuvent être classés en deux catégories :

– réactions immunologiques ;

– réactions non immunologiques (locales).

Les premières surviennent lorsque le système immunitaire du cheval réagit au vaccin de façon anormale. Le purpura hémorragique, souvent associé à la vaccination contre la gourme, est un exemple de ce type de réaction immunologique. Lors de ce syndrome, les anticorps et les antigènes se combinent pour engendrer une réaction allergique résultant en une vasculite, un œdème de la tête, de l’abdomen et des membres ainsi que du scrotum (photos 1 et 2).

Un autre syndrome rare mais grave est le choc anaphylactique. Celui-ci peut survenir quelques secondes et jusqu’à 15 à 20 minutes après la vaccination. Ce choc entraîne une détresse respiratoire importante. En l’absence de traitement, les veines se dilatent, le sang afflue vers les intestins et le foie, ce qui occasionne des complications secondaires. Pour éviter des conséquences graves voire fatales, le choc anaphylactique doit être immédiatement traité avec de l’adrénaline par voie intra-veineuse (Adrénaline 1/1 000 à la dose de 0,01 à 0,02 mg/kg, soit 5 à 10 ml) qui agit comme stimulant cardiaque et relaxant musculaire. Les corticoïdes peuvent également être administrés sous une forme à action rapide (dexamethasone par exemple à la dose de 0,1 à 0,5 mg/kg par voie intraveineuse).

D’autres réactions à médiation immunitaire sont parfois observées dans les heures qui suivent la vaccination, comme une dépression, un appétit diminué, une sudation anormale, des coliques modérées et de la diarrhée. Leur gestion s’effectue au cas par cas.

Plus fréquentes, les réactions non immunologiques sont des effets secondaires à l’antigène ou à l’adjuvant, voire à une bactérie involontairement transmise lors de l’injection.

La plus commune est une douleur locale. Dans les cas modérés à sévères, notamment lors d’injection dans l’encolure, le cheval peut rechigner à se mouvoir et présenter une incoordination des membres. Une hyperthermie et un appétit diminué peuvent survenir, en général le jour suivant la vaccination. Ces réactions non spécifiques peuvent engendrer un gonflement et une douleur localement et, occasionnellement, la formation d’un abcès. Elles sont généralement localisées et leur impact sur la santé du cheval est plus faible qu’en cas de réactions immunologiques. L’ataxie, mentionnée lors des rapports de pharmacovigilance, semble être davantage une incoordination motrice liée à la douleur et à l’inflammation locale sur l’encolure plus qu’une ataxie au sens strictement neurologique du terme.

Il est important de prévenir le propriétaire de la possibilité de telles réactions afin qu’il surveille son cheval. Ces réactions surviennent rapidement, au cours des trois jours postvaccination, mais doivent avoir fortement diminué dans les 6 jours au maximum.

L’application de cataplasmes d’argile, de pommades émollientes ou de compresses alcoolisées peut aider à diminuer l’inflammation localement. Des anti-inflammatoires et antipyrétiques par voie intraveineuse ou par voie orale peuvent être administrés pour limiter l’hyperthermie et la douleur. Dans ce cas, l’injection intramusculaire d’AINS est déconseillée non seulement en raison de l’inflammation, mais surtout en l’absence d’AMM pour cet usage.

Une réaction locale peut entraîner des dommages très importants comme une myonécrose à clostridies ou gangrène.

Ceci survient lorsque la réaction locale crée une inflammation qui permet le développement de bactéries présentes au niveau du muscle. Cela peut engendrer un œdème massif et une perte importante de masse musculaire. Sans traitement médical, les chevaux peuvent mourir en 24 à 48 heures.

Toute réaction anormale doit faire l’objet d’une déclaration de pharmacovigilance auprès de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Cette procédure de signalement, qui peut être effectuée en ligne, est importante pour le suivi et la résolution des événements sanitaires indésirables (encadré).

La vaccination, un acte vétérinaire

L’acte vaccinal certifié ne doit en aucun cas être délégué au cavalier du cheval, au gérant du club, à l’entraîneur, à l’éleveur, au palefrenier, au propriétaire même si ce dernier appartient au corps médical. La certification appartient au vétérinaire et engage sa responsabilité pleine et entière. Le vétérinaire ne peut certifier que les actes qu’il a réalisé lui-même.

Précautions lors de revaccination

Pour les équidés n’ayant jamais présenté de réaction d’hypersensibilité, aucune précaution particulière n’est requise autre que celles définies dans les bonnes pratiques vaccinales vues plus haut. En revanche, des précautions sont à prendre lors d’une vaccination pour les animaux qui ont présenté :

– une réaction d’hypersensibilité : selon la gravité de la réaction, la question de revacciner se pose. A minima, il faut proposer de séparer les valences et de surveiller étroitement le cheval au cours des heures qui suivent l’injection ;

– une réaction au site d’injection : il est conseillé de changer de vaccin, donc d’excipient, s’il est en cause, et de respecter des mesures strictes d’asepsie.

Échecs vaccinaux

Un cheval vacciné peut être infecté si :

– la pression infectieuse est trop forte, et les autres équidés de l’écurie peu ou mal vaccinés ;

– la souche provoquant l’épizootie diffère de celle avec laquelle l’animal a été vacciné ;

– il est “faible répondeur” à la vaccination. Certains individus peuvent ne pas répondre favorablement à la vaccination, soit parce qu’ils sont des “faibles répondeurs constitutionnels”, c’est-à-dire intrinsèquement incapables de réagir à la vaccination (origine génétique probable), soit parce qu’ils sont des “faibles répondeurs contextuels” (pour lesquels la primovaccination n’a pas été réalisée correctement). Il est difficile de quantifier le pourcentage d’équidés vaccinés qui ne sont pas protégés efficacement après un protocole vaccinal standard, l’utilisation de dosages d’anticorps postvaccination pourrait permettre de les identifier (voir plus loin).

Discussion

La vaccination est indispensable pour protéger les populations contre de nombreuses maladies infectieuses.

Elle s’adresse à des individus en bonne santé dans un but préventif (c’est la “thérapie la moins intuitive alors que c’est celle qui a sauvé le plus de vies dans l’histoire de la médecine”, selon Hugo Mercier, psychologue cognitif à l’université de Neufchâtel, Suisse). Le vétérinaire doit (re) gagner la confiance des propriétaires d’équidés dans l’acte vaccinal.

La sécurité est un enjeu majeur auxquels les laboratoires sont extrêmement vigilants et qui justifie que près de 70 % du temps de production d’un vaccin soit consacré au contrôle qualité. En outre, en matière de vaccination, le bénéfice collectif est supérieur à la somme des bénéfices individuels. Pour lutter efficacement contre les affections contagieuses comme la grippe et la rhinopneumonie, il faut une couverture immunitaire supérieure à 80 %. L’absence d’épizootie de grippe équine en France, entre 2015 et 2018, est vraisemblablement liée à une protection supérieure à 88 % de la population équine [2].

L’épizootie de grippe de 2019 n’est pas encore totalement explicitée. La souche incriminée, pourtant proche antigéniquement de celles présentes dans les vaccins majoritairement utilisés en France, semble avoir un pouvoir réplicatif plus fort que celles connues à l’heure actuelle (les recherches se poursuivent pour en comprendre les mécanismes) [3]. La vaccination a diminué notablement la durée d’expression des signes cliniques et leur intensité [3].

L’épizootie de rhinopneumonie de 2018 peut être corrélée au faible niveau de protection. D’après les données du Réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine (Respe), la couverture vaccinale était inférieure à 30 %.

Enfin, s’il faut convaincre de nouveau les propriétaires de la balance bénéfice/risque de la vaccination contre les herpèsviroses, le Respe, lors de l’épizootie de 2018, a enregistré 5 chevaux morts d’herpèsvirose de type 1 (forme neurologique) sur 77 cas confirmés (6,5 %) en France. La mortalité recensée en France à la suite de la vaccination contre la rhinopneumonie est de 21 chevaux sur 250 000 (0,0084 %) chevaux vaccinés (vaccination rhinopneumonie seule ou en association avec d’autres valences) en 2017 selon le SIMV(2).

Nous avons les informations concernant le nombre d’équidés vaccinés en France, certains laboratoires d’analyse et de recherche développent des techniques pour vérifier le degré de protection acquise.

Le dosage d’anticorps présente de multiples intérêts, notamment en prévision d’un acte chirurgical, non seulement pour vérifier le niveau de protection contre la toxine tétanique, mais aussi pour se prémunir d’une éventuelle affection contagieuse (risques aggravés par le déplacement en milieu hospitalier).

L’American Association of Equine Practitioners (AAEP) préconise de refaire un rappel antitétanique avant chaque intervention chirurgicale si le dernier vaccin date de plus de 6 mois, mais ces rappels pourraient être plus adaptés si l’on pouvait estimer le niveau réel de protection (comme cela tend à être réalisé en médecine humaine).

Ainsi, le test Tetanotop® du laboratoire Alldiag, utilisé chez l’homme pour évaluer la protection contre le tétanos, est mentionné dans une thèse vétérinaire [13] et l’étude a confirmé un taux d’anticorps supérieur au seuil efficace de 0,1 UI/ml pour des chevaux vaccinés tous les deux ans comme cela est recommandé dans les AMM de certains vaccins antitétaniques. Les résultats semblent indiquer une teneur efficace dans les 3 à 5 ans, mais l’étude doit être réalisée avec plus de chevaux pour valider cette hypothèse. En ce qui concerne la grippe et les herpèsviroses, les protocoles ne peuvent pas, à l’heure actuelle, être allégés compte tenu, pour la grippe de la variabilité génétique de ce virus, et pour les herpèsvirus du manque d’études confirmant la corrélation entre le taux d’anticorps circulants et la protection clinique.

Il existe toutefois des tests sérologiques (singal radial hemolysis, SRH) qui permettent d’évaluer de manière fiable pour la grippe la qualité de la réponse immunitaire humorale (coût entre 20 et 50 € chez Labeo selon le nombre d’analyses demandées). Contrairement à la sérologie rage pour les carnivores domestiques dont le dosage est reconnu officiellement, ces résultats ne permettent pas, pour l’heure, de se dispenser des obligations réglementaires dans le cadre des concours et des courses.

Ces tests permettraient cependant pour des équidés de loisirs avec des propriétaires soucieux de raisonner la vaccination, d’optimiser celle-ci au cas par cas. Ils assureraient aussi le niveau de protection optimale à atteindre pour les athlètes de haut niveau en compétition ou en course.

Conclusion

La FVE(3) et l’OIE(4) rappellent que les vaccins sont la barrière la plus efficace contre les épizooties sans laquelle les populations animales ne pourraient suffisamment faire face aux maladies et qu’ils assurent la bonne santé des animaux d’élevage, de sport et de loisirs.

Un avis d’expert au niveau européen vient d’être adopté à ce sujet pour sensibiliser détenteurs et propriétaires et encourager la recherche indispensable en matière de vaccins.

Les vétérinaires sont les acteurs majeurs pour maintenir et promouvoir la vaccination dans les populations animales, même si cet acte comporte des risques.

Les laboratoires d’analyses et les réseaux d’épidémiosurveillance tels que le Respe sont des partenaires avec lesquels il convient d’échanger régulièrement pour optimiser les protocoles vaccinaux. Les laboratoires pharmaceutiques et la pharmacovigilance sont à notre écoute pour améliorer sans cesse les vaccins. Nous avons tous les outils pour lutter efficacement contre les épizooties, sachons nous en servir pour le bienêtre de nos équidés et informons de nos efforts les propriétaires pour garder leur confiance.

  • (1) Voir l’article “Événements indésirables postvaccinaux : étude rétrospective des données de pharmacovigilance” dans ce numéro.

  • (2) Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires, Observatoire national de la vaccination, à paraître prochainement sur : https://www.simv.org/

  • (3) Fédération vétérinaire européenne.

  • (4) Organisation mondiale de la santé animale.

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CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

Éléments à retenir

• Les effets secondaires consécutifs à une vaccination restent des événements très rares.

• Dans un contexte de “doutes” sur les vaccins, les vétérinaires se doivent de dialoguer avec les propriétaires d’animaux pour les rassurer tout en rappelant l’importance d’une couverture vaccinale.

ENCADRÉ : CLASSIFICATION DE LA FRÉQUENCE DES EFFETS INDÉSIRABLES

Les différentes catégories de fréquence sont définies à partir du calcul des valeurs d’incidence (nombre d’animaux affectés après l’administration du médicament/nombre d’animaux traités pendant la période) :

– très fréquent : si plus de 1 animal sur 10 traités est susceptible de présenter une réaction ;

– fréquent : si 1 à 10 animaux sur 100 traités sont susceptibles de présenter une réaction ;

– peu fréquent : si 1 à 10 animaux sur 1 000 traités sont susceptibles de présenter une réaction ;

– rare : si 1 à 10 animaux sur 10 000 traités sont susceptibles de présenter une réaction ;

– très rare : si moins de 1 animal sur 10 000 est susceptible de présenter une réaction.

Source : annexe 5 du rapport de pharmacovigilance vétérinaire de l’ANMV 2011.

Remerciements

Nous tenons à remercier Éric Fresnay, Thomas Launois, Loïc Legrand, Sandrine Rougier et Christel Marcillaud Pitel.

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