Plan de rationnement du cheval senior - Pratique Vétérinaire Equine n° 0218 du 30/06/2023
Pratique Vétérinaire Equine n° 0218 du 30/06/2023

CAHIER PRATIQUE

Fiche nutrition

Auteur(s) : Cécile LINQUIER

Fonctions :
*Clinique Les Fourches
**83170 Brignoles

Des besoins spécifiques liés à la physiopathologie de l’animal sont à prendre en compte. En pratique, le calcul de la ration repose sur une méthodologie à appliquer à chaque cas.

La population équine compte un nombre croissant de chevaux âgés, dit seniors, une évolution observée au cours des dernières décennies. Si certains profitent d’une retraite anticipée, nombre d’entre eux continuent leur activité malgré un âge avancé. L’alimentation doit donc être adaptée au cas par cas (photo). Un exemple illustre la méthodologie à mettre en œuvre (encadré).

Principes clés

Les particularités physiopathologiques du cheval senior sont à prendre en compte lors de l’élaboration de la ration. De plus, la frontière est parfois ténue entre un cheval senior et un cheval gériatrique, ce qui nécessite de moduler le plan de rationnement selon les affections dont est atteint l’animal.

Il est avant tout indispensable d’évaluer la note d’état corporel (NEC) actuelle du cheval et de déterminer son poids de forme à atteindre, car une prise de poids (masse musculaire et graisseuse) se révèle souvent nécessaire. Ce constat permet d’établir les besoins énergétiques journaliers du cheval, soit le nombre d’unités fourragères cheval (UFC) à lui apporter quotidiennement.

Il est ensuite primordial de choisir la source de fibres et d’énergie la plus adaptée. Ainsi, un examen bucco-dentaire minutieux permet d’évaluer si le cheval est capable d’ingérer une quantité de fourrage suffisante et dans de bonnes conditions (de préhension et de mastication), ou si le fourrage doit être substitué par une autre source de fibres. Si l’apport de fourrage est maintenu, celui-ci doit être de bonne qualité (organoleptique et composition), fin, très digestible et appétent, car les chevaux seniors sont davantage exposés à la constipation et à la maldigestion [2]. Si la table dentaire altérée rend la mastication peu efficace, il convient de distribuer une autre source de fibres telle que la pulpe de betterave et les bouchons de foin ou de luzerne déshydratés [1].

Selon la qualité de la source de fibres choisie et l’activité du cheval, il est parfois nécessaire d’ajouter une source d’énergie supplémentaire. L’apport de lipides est à privilégier par rapport aux glucides afin de tempérer la réponse insulinique postprandiale et de maintenir une glycémie adéquate. En effet, de nombreux chevaux âgés sont atteints d’un dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse, l’usage de concentrés étant alors contre-indiqué. L’apport de lipides permet également de pallier la baisse de synthèse des prostaglandines de séries 1 et 3, bénéfiques pour l’organisme, et d’éviter d’accentuer un dysfonctionnement hépatique [2]. Néanmoins, si l’apport d’un concentré est maintenu, il devra être distribué sous la forme de plusieurs repas amylacés, de faible volume, répartis au cours de la journée. L’avoine conserve tout son intérêt chez le cheval senior, offrant une vraie sécurité digestive grâce à sa meilleure digestibilité de l’amidon, sa plus grande teneur en fibres et en matières grasses par rapport à l’orge.

Il est ensuite crucial de calculer précisément l’apport protéique de la ration, qui devra avoisiner 90 à 100 g de matières azotées digestibles cheval (MADC) par UFC. L’apport devra être suffisant pour maintenir un bon état musculaire et lutter ainsi contre le développement d’une amyotrophie. Cependant, il ne devra pas être excessif, afin d’un côté de ne pas surcharger les fonctions hépatique et rénale et de l’autre de limiter le phénomène de putréfaction dans le gros intestin, entraînant la formation de crottins anormaux, diarrhéiques et odorants. Les protéines doivent être de bonne qualité et hautement digestibles. Le tourteau de soja ou la luzerne déshydratée peuvent être utilisés. Une complémentation en acides aminés limitants, tels que la lysine et la méthionine, est conseillée sauf si la ration contient une quantité significative de tourteau de soja, qui en est déjà bien pourvu.

Une fois les sources alimentaires choisies, il est important d’évaluer et de corriger l’apport en minéraux, vitamines et oligoéléments, en s’assurant notamment d’un rapport phosphocalcique adéquat. Chez le cheval senior, il est d’autant plus important de complémenter en vitamines et minéraux aux vertus antioxydantes (vitamine E, zinc, cuivre, sélénium, iode), tout en limitant l’apport en sodium. En effet, l’augmentation de la production de radicaux libres avec l’âge a un impact non négligeable sur l’organisme [2].

Autres recommandations

Si la consommation de fourrage est insuffisante, l’ajout de prébiotiques et de probiotiques aurait un réel effet bénéfique en augmentant la digestibilité des aliments et en optimisant leur utilisation. Il est également possible, voire recommandé, de mouiller la ration, ce qui facilite la mastication et améliore la digestibilité. Les transitions alimentaires doivent être très progressives et réalisées sur une période minimale de 15 jours, le tube digestif pouvant mettre plusieurs mois à s’adapter totalement à un nouveau régime alimentaire.

Mise en pratique de la méthodologie

Ration pour une jument selle français à la retraite, âgée de 30 ans, vivant au box avec un accès à un paddock de terre battue.

Détermination du poids de forme
La note d’état corporel (NEC) actuelle est de 2 sur 5, pour un poids actuel de 450 kg. La NEC à atteindre est de 3 sur 5, avec un poids de forme souhaité de 500 kg. Donc, la prise de poids prévue de 50 kg, progressive, est à atteindre approximativement en 2 mois.

Choix de la source de fibres et d’énergie
À l’examen buccal, la table dentaire est lisse et ondulée et quelques dents sont manquantes. La jument recrache le foin en boulettes et est sujette aux bouchons œsophagiens. La source de fibres sélectionnée est donc des bouchons de foin incluant de la luzerne déshydratée.
La capacité d’ingestion de la jument est de 1,5 à 2 % du poids vif, soit 7,5 à 10 kg de matière sèche. Ses besoins énergétiques d’entretien sont de 0,85 unités fourragères cheval (UFC) pour 100 kg de poids vif, soit 4,5 UFC en moyenne, et les besoins énergétiques supplémentaires (dans l’objectif d’un gain de poids) de 2 UFC par jour. Les besoins énergétiques totaux sont donc de 6,5 UFC par jour, à moduler selon l’évolution du poids. Idéalement, il convient de prendre comme repère l’apport énergétique de sa ration actuelle, ce qui donne une quantité de bouchons de foin de 1,5 kg pour 100 kg de poids vif, soit un total de 7,5 kg à administrer en trois repas répartis dans la journée (tableau).

Choix de la source complémentaire d’énergie, et calcul de l’apport protéique et du rapport phosphocalcique
- Huile de colza : apport d’énergie sans amidon.
- Avoine aplatie : apport d’énergie, sous la forme d’amidon très digestible, et de fibres.
- Pulpe de betterave : apport d’énergie sous la forme de fibres solubles et correction du rapport Ca/P.
- Tourteaux de soja : correction de l’apport en protéines.

Bilan du plan de rationnement proposé
- Trois repas : le matin 2 kg de bouchons de foin + 1 kg (soit 2 litres) d’avoine aplatie + environ 200 ml d’huile de colza, le midi 2 kg de bouchons de foin + 1 kg de pulpe de betterave réhydratée dans trois fois son volume en eau, le soir 1,5 kg de bouchons de foin + 200 g de tourteau de soja. Les bouchons de foin sont de préférence à donner sous une forme humidifiée, après leur réhydratation dans de l’eau tiède. L’avoine, l’huile, ainsi que le tourteau de soja peuvent être inclus à la “purée” obtenue.
- Accès à un paddock ou à une pâture, avec de l’eau fraîche à volonté.
- Ajout possible à la ration de prébiotiques et de probiotiques, ainsi que d’un complément minéral vitaminé aux propriétés antioxydantes.

Références

1. National Research Council. Nutrient Requirements of Horses. 6th ed. 2007:236-237.

2. Wolter R, Barré C, Benoit P. L’alimentation du cheval. 3e éd. France agricole. 2014:228, 339-367.

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