Boiterie postérieure d’apparition brutale chez une jument pur-sang - Pratique Vétérinaire Equine n° 0218 du 30/06/2023
Pratique Vétérinaire Equine n° 0218 du 30/06/2023

Pathologie locomotrice

CAHIER PRATIQUE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Virginie COUDRY **, Julie GATTI****, Guillaume DELARUE*****, Fabrice AUDIGIÉ *****

Fonctions :
** École nationale vétérinaire d’Alfort, Cirale, Inrae 957 BPLC, 94700 Maisons-Alfort
**** Clinique de la Côte Fleurie
***371 route de Pont-l’Évêque
****14800 Bonneville-sur-Touques

Fracture de fatigue du tibia chez une jument pur-sang

Présentation clinique

Une jument pur-sang âgée de 3 ans, dont l’activité est la course de plat, est présentée en consultation afin d’explorer une boiterie postérieure droite de grade 4 sur 5, apparue brutalement 1 mois auparavant lors d’un entraînement à la piste. Un dépistage radiographique complet du membre postérieur droit, réalisé au cours des jours suivant l’apparition de la boiterie, ne met en évidence aucune anomalie significative. Comme la boiterie persiste malgré la mise au repos strict, un examen scintigraphique est préconisé.

Lors de la consultation, la jument présente fréquemment une attitude de soulagement du membre postérieur droit, une amyotrophie fessière droite et une boiterie postérieure droite de grade 1 sur 5, plus marquée en cercle à main gauche, avec un test de flexion globale de ce membre positif de grade 2 sur 5. Un examen scintigraphique du bassin et des membres postérieurs est réalisé, puis le lendemain un examen radiographique du grasset (photos 1 et 2).

Diagnostic par imagerie

L’examen scintigraphique montre une augmentation focale de l’activité osseuse captée en regard de la partie caudo-latérale du tiers proximal du tibia, correspondant sur le cliché radiographique à une zone de remaniements osseux substantiels, avec une ligne radiotransparente verticale et des remodelages osseux de la corticale caudo-latérale du tibia. Les anomalies décelées à la scintigraphie et à la radiographie, ainsi que leur localisation, sont typiques d’une fracture de fatigue du tibia.

Prise en charge et suivi

La jument est mise au repos strict au box pendant 1 mois supplémentaire, puis elle reprend très progressivement l’entraînement sur 2 mois, sans aucune boiterie détectée par l’entraîneur. Elle est réexaminée 7 mois plus tard en raison d’une boiterie due à une contusion osseuse du condyle métatarsien droit. Les examens de contrôle du tibia droit permettent de constater la disparition complète de l’augmentation de captation osseuse à la scintigraphie et des anomalies radiographiques en regard de l’ancienne fracture de fatigue (photos 3a et 3b).

Discussion

La prévalence rapportée des fractures de fatigue du tibia chez les chevaux de course varie de 9 à 14,2 % selon la population étudiée (Australie, Angleterre). Elles représentent jusqu’à 29,4 % des fractures de fatigue proximales et du bassin [1, 2]. Le tibia se place donc généralement comme le troisième site de fracture de fatigue chez les chevaux de course après l’os métacarpal ou métatarsal III et le bassin [1]. Les études épidémiologiques décrivent plusieurs facteurs de risque : le jeune âge (2 ou 3 ans), un niveau d’entraînement submaximal et l’existence de lésions préexistantes [1, 2].

Compte tenu de l’apparition brutale de la boiterie chez une jument de course et de l’absence de signe radiographique évident au cours des premiers jours, une fracture de fatigue a été suspectée par le vétérinaire traitant et a motivé la réalisation d’un examen scintigraphique. Ce dernier est considéré aujourd’hui comme l’examen d’imagerie de choix pour identifier les fractures de fatigue, particulièrement chez les chevaux de course [1, 3]. Dans certains cas, l’augmentation de la captation osseuse précède les anomalies radiographiques, démontrant l’intérêt de la scintigraphie pour une détection précoce de ces lésions.

Trois sites de fractures de fatigue du tibia sont rapportés : région proximo-caudo-latérale, mi-diaphysaire et du tiers distal. Même si la zone mi-diaphysaire est souvent reconnue comme le site le plus fréquent dans les publications, les auteurs observent plus souvent une atteinte du site proximo-caudo-latéral du tibia dans leur centre de référence [1, 2].

Une bonne évolution cicatricielle est observée chez la jument du cas présenté via les deux modalités d’imagerie utilisées, avec la mise en évidence d’un lissage complet des remaniements osseux sur les radiographies. Le pronostic sportif est favorable après la mise en place d’un traitement conservateur (repos strict puis reprise progressive de l’entraînement), avec un taux de retour en course rapporté autour de 80 % et une médiane de 136 jours de convalescence [1, 2].

Références

1. Bowers K, Weinhandl JT, Anderson DE. A review of equine tibial fractures. Equine Vet. J. 2023;55(2):171-181.

2. McGlinchey L, Hurley MJ, Riggs CM et coll. Description of the incidence, clinical presentation and outcome of proximal limb and pelvic fractures in Hong Kong racehorses during 2003-2014. Equine Vet. J. 2017;49(6):789-794.

3. Ramzan PHL, Newton JR, Shepherd MC et coll. The application of a scintigraphic grading system to equine tibial stress fractures: 42 cases. Equine Vet. J. 2003;35(4):382-388.

  • Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Imagerie de l’Association vétérinaire équine française.
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