Boiterie antérieure gauche chez une jument de loisir - Pratique Vétérinaire Equine n° 0217 du 15/03/2023
Pratique Vétérinaire Equine n° 0217 du 15/03/2023

Pathologie locomotrice

CAHIER PRATIQUE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Alexandre CHARLES  *, Maxime VANDERSMISSEN **, Michael DANCOT***, Valeria BUSONI ****, Laurence EVRARD *****

Fonctions :
*Service d’imagerie médicale, département clinique des équidés, faculté de médecine vétérinaire, université de Liège
**3 avenue de Cureghem, Bât. B41
***4000 Liège (Belgique)

Fracture incomplète du processus palmaire latéral de la phalange distale

Présentation clinique

Une jument de sport belge, âgée de 5 ans et utilisée pour une activité de loisir, est présentée en consultation pour l’exploration d’une boiterie qui évolue depuis plusieurs mois. L’examen dynamique révèle une boiterie antérieure gauche de grade 2 sur 5, plus marquée au trot en cercle à la main correspondante, sur un sol dur. Le test de flexion digitale est positif. L’anesthésie tronculaire digitale moyenne supprimant la boiterie, un examen radiographique du pied antérieur gauche est réalisé, avec notamment une incidence dorso60° proximale palmarodistale oblique (photo 1).

Diagnostic par imagerie

Les radiographies du pied antérieur gauche montrent un trait de fracture radiotransparent d’environ 1,5 cm de long, d’orientation parasagittale au bord palmaire de la phalange distale et impliquant le processus palmaire latéral. Une sclérose osseuse incluant la fosse collatérale latérale entoure le trait de fracture. Ces éléments sont compatibles avec une fracture incomplète chronique du processus palmaire à la base du cartilage ungulaire latéral ossifié. En plus d’une ossification modérée des cartilages ungulaires, une fragmentation du bord distolatéral de l’os sésamoïde distal est visible. L’examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM) précise la conformation du trait de fracture, jouxtant la marge articulaire latérale de la phalange distale et pénétrant la fosse collatérale adjacente. L’IRM met en évidence des anomalies osseuses mixtes du processus palmaire en périphérie du trait de fracture, combinant une sclérose osseuse marquée et un signal de type œdème osseux (photos 2a à 2c). Les ligaments collatéral et chondro-sésamoïdien latéraux sont épaissis et hétérogènes, ce qui suggère l’association d’une desmopathie chronique. Par ailleurs, l’IRM permet d’exclure l’existence de lésions additionnelles au niveau de l’appareil podotrochléaire, outre le fragment distolatéral de l’os sésamoïde distal, radiographiquement visibles.

Traitement et suivi

Un fer fermé à quatre pinçons est posé et la jument est mise au repos au box. Une boiterie modérée persiste à l’examen de contrôle 4 mois plus tard.

Discussion

La fracture non articulaire impliquant le processus palmaire (type I) est l’une des configurations les plus fréquentes lors de fracture de la phalange distale chez le cheval, le processus palmaire médial étant plus souvent impliqué chez les chevaux de sport [1, 2]. En plus de permettre la détection de fractures aiguës radiographiquement non visibles, l’IRM apporte des précisions quant à la configuration et à la localisation précise de la fracture, ainsi que sur la sévérité des anomalies osseuses associées, comme la présence d’un signal de type œdème osseux suggérant un processus évolutif. Les fractures qui impliquent le processus palmaire et la fosse collatérale adjacente, telles que celle diagnostiquée chez cette jument, sont généralement associées à une sclérose et à une ossification du cartilage ungulaire correspondant [3]. La sclérose peut résulter d’une surcharge osseuse chronique, qui augmente le risque de survenue d’une fracture de fatigue. Ce type de fracture peut impliquer le ligament collatéral ipsilatéral et le complexe ligamentaire qui prend attache sur le cartilage ungulaire [3]. L’IRM permet d’évaluer la sévérité de ces lésions ligamentaires.

Bien que le pronostic des fractures de type I soit généralement favorable, l’impact de l’association de lésions ligamentaires et de l’ossification des cartilages ungulaires sur le pronostic n’est pas documenté [2, 3]. L’union osseuse est inconstante et peut prendre jusqu’à un an [1, 3, 4].

Références

1. Butler JA, Colles CM, Dyson SJ et coll. Clinical Radiology of the Horse, 4th ed. Wiley Blackwell. 2017:92-95.

2. Rijkenhuizen AB, de Graaf K, Hak A et coll. Management and outcome of fractures of the distal phalanx: a retrospective study of 285 horses with a long term outcome in 223 cases. Vet. J. 2012;192(2):176-182.

3. Selberg K, Werpy N. Fractures of the distal phalanx and associated soft tissue and osseous abnormalities in 22 horses with ossified sclerotic ungual cartilages diagnosed with magnetic resonance imaging. Vet. Radiol. Ultrasound. 2011;52(4):394-401.

4. Yovich JV. Fractures of the distal phalanx in the horse. Vet. Clin. North Am. Equine Pract. 1989;5(1):145-160.

  • Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Imagerie de l'Association vétérinaire équine française.
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