Avancée du poulinage par stimulation lumineuse via le port d’un masque - Pratique Vétérinaire Equine n° 0217 du 15/03/2023
Pratique Vétérinaire Equine n° 0217 du 15/03/2023

Reproduction

CAHIER SCIENTIFIQUE

Revue de presse

Auteur(s) : Charlotte DEGIEN

Fonctions :
*MB VET, clinique équine de Méheudin
**61150 Écouché-les-Vallées

La reproduction de la jument est saisonnière, en lien avec la luminosité et la durée du jour. Les effets de la photostimulation sur la cyclicité ovarienne via une réduction de la sécrétion de mélatonine sont déjà démontrés et permettent une avancée de l’induction des ovulations au début de la saison de reproduction. Une lumière monochromatique bleue de faible intensité (à courte longueur d’onde) est particulièrement efficace, tout autant que l’éclairage dans l’écurie. La photopériode influe également sur la durée de gestation et sur la taille des poulains nouveau-nés : la première diminue à mesure que la durée du jour augmente et les produits nés en début de saison sont plus petits. Plusieurs études ont testé l’application de programmes d’éclairage à des juments gestantes afin d’optimiser le développement du poulain malgré une gestation plus courte. Néanmoins, les résultats obtenus sont ambigus, non significatifs ou insuffisants, motivant de nouvelles recherches.

Matériel et méthode

L’étude est menée sur deux années successives chez 20 juments de sport allemandes, âgées de 4 à 9 ans, toutes issues de la même écurie et confirmées gravides d’un seul embryon. Les juments ont été inséminées par différents étalons de sport allemands entre mars et juin afin de limiter la saison de poulinage l’année suivante. Elles sont hébergées, nourries et entretenues dans les mêmes conditions strictes et rentrées au box la nuit 14 jours avant la date présumée du poulinage, calculée à partir de la date d’ovulation. À la naissance, pour chaque poulain, les heures du lever et de la première tétée sont notées. Au cours de la première année, les juments sont exposées à une photopériode plus longue via un masque Equilume délivrant 50 lux de lumière bleue LED (468 nm) dirigée vers un seul œil, de 8 h à 23 h à partir de la mi-décembre. L’année suivante, elles constituent leur propre témoin en ne recevant aucune luminothérapie durant leur gestation, mais en étant maintenues sous des photopériodes naturelles.

Résultats et discussion

La stimulation lumineuse a permis de diminuer significativement la durée de gestation, la hauteur au garrot et la taille du poil, ainsi que l’heure de lever des nouveau-nés. En revanche, aucune différence significative n’a été observée entre les deux années concernant la taille du placenta, la circonférence du canon et le poids du poulain ainsi que l’heure de sa première tétée. La diminution du temps de gestation est sans effet négatif sur la maturité des poulains à naître. Les nouveau-nés sont légèrement plus petits, mais la taille redevient significativement comparable au lot témoin au bout d’un an et même deux ans plus tard. Aucun effet n’est noté sur le développement de l’appareil génital, indépendamment du sexe. Le poids du poulain à la naissance a une influence sur le poids corporel de l’animal tout au long de sa vie et sur ses performances dans certaines disciplines. Ainsi, le constat d’un poids de naissance similaire chez les poulains issus de gestations avec ou sans lumière suggère que le traitement n’a aucun impact sur les performances futures. La date et la durée de mise sous lumière ont un effet sur la taille des poils qui incite à commencer le traitement au plus près du solstice d’hiver. Néanmoins, une série d’études sur ce même lot de juments révèle que les différences disparaissent dès 2 mois d’âge.

Pertinence clinique

La luminothérapie chez les juments gestantes, à l’aide d’une lumière bleue de faible intensité dirigée sur un seul œil pendant 15 heures par jour, ne montre aucun effet néfaste sur le développement et la croissance postnatale du poulain. Ainsi, ce traitement peut être mis en place pour réduire le temps de gestation et optimiser la production à un poulain par an. Cela permet notamment de cibler de façon individuelle les juments connues pour avoir des gestations longues ou celles qui ont conçu relativement tard au cours de la saison de reproduction les années précédentes.

  • Cette rubrique est réalisée en partenariat avec la commission Élevage, reproduction et génétique de l’Association vétérinaire équine française.
  • Référence : Lutzer A, Nagel C, Murphy BA et coll. Effects of blue monochromatic light directed at one eye of pregnant horse mares on gestation, parturition and foal maturity. Domest. Anim. Endocrinol. 2022;78:106675.
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