Les actes qui peuvent ou non être réalisés chez la jument gestante - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

Gestion des affections

Auteur(s) : Charlotte Degien

Fonctions : Cabinet vétérinaire
des Cigognes,
rue de la Loire,
44360 Cordemais
clinvet.cigognes@gmail.com

Lors de la gestion d’une affection concomitante à la gestation, le stress fœtal doit être considéré et limité au minimum. Une évaluation fine du rapport bénéfice/risque de chaque acte est importante avant toute intervention.

La conduite à tenir lors du suivi médical d’une jument gestante tient compte de son état physiologique et amène le vétérinaire à se poser systématiquement la question suivante : « Que puis-je faire ou non chez cet animal ? » L’objectif in fine est de réaliser ce qui est nécessaire pour mener à bien cette gestation, c’est-à-dire garder la jument en bonne santé jusqu’au poulinage, et de préserver la vie du fœtus. Le stress de celui-ci étant une cause importante d’avortement et de prématurité, il est indispensable de le limiter le plus possible à chaque intervention.

Quelle conduite à tenir en fonction de l’affection diagnostiquée ? Quels outils d’aide au diagnostic est-il possible d’utiliser ? Quelles décisions prendre face à plusieurs choix thérapeutiques à disposition ? Cet article présente une analyse détaillée des actes réalisables, ou non, chez la jument gestante pour éclairer les praticiens (encadré 1).

En médecine

Consultation et confirmation de la gestation

L’examen clinique de la jument gestante est réalisé de la même façon que chez tout autre équidé : les gestes simples d’auscultation de chaque appareil sont effectués de manière identique.

La première étape qui suit l’examen clinique est la confirmation de la gestation. En effet, il est indispensable de pouvoir mettre en œuvre des examens de confirmation d’une gestation, quel que soit son stade. Et, à l’inverse, l’exclusion d’une gestation en cours peut modifier l’orientation des choix thérapeutiques.

L’acte de choix pour vérifier l’état gravide de la jument est la palpation transrectale (PTR) associée à l’examen échographique (encadré 2 et photo 1) [3]. L’examen du col de l’utérus, de l’utérus et des ovaires (moins facilement palpables au-delà du quatrième mois de gestation puisqu’ils sont déplacés ventralement), une évaluation échographique du contenu liquidien et le contrôle de la viabilité du fœtus sont réalisés.

L’inspection vaginale n’est pas une méthode appropriée de diagnostic de gestation, d’autant que la mise en place du spéculum peut se révéler difficile : les valves de l’instrument ne glissent pas facilement contre les parois vaginales [4].

L’échographie transabdominale est complémentaire, et peut affiner la vue d’ensemble de l’utérus (ce qui n’est pas le cas par voie transrectale) et de son contenu (fœtus, placenta).

L’importance diagnostique de l’examen échographique par voie transrectale est avérée en fin de gestation chez une jument qui a subi un stress ou qui présente des signes d’avortement [5]. Il permet, en effet, d’identifier une placentite ascendante (par l’évaluation de l’épaisseur combinée de l’utérus et du placenta), un urovagin, un œdème placentaire, une hydropisie des liquides fœtaux, etc. (photo 2).

Affections digestives : particularités des coliques

Le recueil de l’anamnèse et les particularités relevées à l’examen clinique sont essentiels [6].

• Concernant l’anamnèse, plusieurs informations doivent être récoltées :

- sur la jument : race, âge, date de saillie, primipare ou multipare, suitée ou non, éventuelles affections lors des gestations précédentes ou difficultés pendant le poulinage ;

- sur le mode de vie : nourriture, litière, logement ;

- sur le statut médical : médecine préventive (vaccinations, vermifuges, maréchalerie, dentisterie), éventuelles maladies récentes ou symptômes similaires.

• L’examen clinique préconise une auscultation abdominale complète.

• Plusieurs examens complémentaires sont à effectuer :

- la PTR : les modifications anatomiques liées à la gestation rendent plus difficile l’interprétation. Mis à part les cas de torsions utérines, l’utérus est rarement à l’origine de coliques(1). Cela reste l’examen de choix pour le diagnostic différentiel des coliques d’origine génito-urinaire (hydro-allantoïdes ou hydramnios), associé à l’échographie transrectale et transabdominale, ou d’une rupture de la vessie ;

- l’échographie transrectale ;

- le sondage naso-œsophagien ;

- le bilan sanguin ;

- la paracentèse abdominale : elle doit être réalisée sous contrôle échographique, en raison de la place que prend l’utérus et du risque inhérent de ponction des intestins ou de l’utérus. Il convient de vérifier attentivement la présence éventuelle de membranes placentaires à proximité. Cet examen est déconseillé chez la jument gravide en raison du risque de lésions des enveloppes fœtales et de la paroi utérine, particulièrement au-delà du septième mois de gestation. De plus, lorsque la gestation est avancée, l’utérus occupe une large partie de la région abdominale ventrale et il peut être difficile d’obtenir du liquide péritonéal [12]. La présence d’un œdème ventral (souvent physiologique 2 à 3 semaines avant le poulinage) compromet parfois l’acte [11] ;

- l’échographie transabdominale : elle permet plus facilement de diagnostiquer les autres affections telles que les hernies de la paroi abdominale ou une rupture du tendon prépubien, en appuyant la sonde plus particulièrement sur les régions déformées.

Lors de coliques digestives, la démarche diagnostique est la même qu’à l’accoutumée.

Des examens échographique et radiographique peuvent être nécessaires lors de suspicion d’une hernie diaphragmatique.

Tous ces actes sont indispensables pour déterminer les hypothèses diagnostiques, et ils sont d’autant plus importants chez une jument gestante, puisque le diagnostic définitif incite parfois à prévoir l’avortement de la jument.

Le choix des molécules à utiliser pour la gestion des coliques est également influencé par l’état gravide de la jument(2).

Affections respiratoires

Aucune prévalence n’est spécifiquement donnée pour la jument pleine concernant les affections respiratoires inflammatoires et/ou obstructives. Le diagnostic est fondé sur un examen clinique approfondi, tout comme chez un autre équidé. Des examens complémentaires, tels que les lavages transtrachéal et broncho-alvéolaire ainsi que la fibroscopie des voies respiratoires, peuvent également être réalisés chez une jument gestante.

Le traitement est essentiellement médicamenteux et le choix des molécules dépend du degré d’intensité des symptômes(2). Le traitement peut également être administré par nébulisation ou aérosolthérapie, sans aucun risque pour la gestation [10].

En ophtalmologie

Les affections liées à l’œil rendent parfois la démarche diagnostique difficile tant elle peut être spécifique. Lorsque le diagnostic est facile à établir, le type, l’intensité et la durée du traitement à mettre en place restent parfois des décisions délicates à prendre. Le choix du praticien est fondé sur des critères cliniques et sur la sévérité des symptômes secondaires associés. La difficulté du suivi de ces affections chez une jument gestante résulte plus du choix des molécules et de la douleur associée que des actes à réaliser(2). La pose d’un cathéter sous-palpébral peut être envisagée, afin d’optimiser l’observance et la réussite du traitement.

En dermatologie

Certaines affections dermatologiques requièrent un choix de molécules chez la jument gestante, plutôt qu’un acte spécifique(2).

Toutes les plaies sont gérées comme chez un autre équidé, en limitant le stress le plus possible, en traitant la douleur et en adaptant la sélection des molécules.

Les examens complémentaires tels que le raclage cutané, la cytoponction ou un prélèvement au biopsy punch peuvent également être réalisés pendant la gestation.

Maladies métaboliques et fourbure

Le bon diagnostic de la ou des maladies métaboliques concomitantes de la gestation est essentiel. S’ensuit alors l’orientation thérapeutique à envisager, qui a surtout trait au choix des molécules pouvant être utilisées(2).

Lors de fourbure, surélever les talons, favoriser un bon appui axial et renforcer la garniture sont des actes facilement réalisables chez une jument gestante, la gestion de la douleur et la limitation du stress étant toujours fondamentales.

Examens et actes complémentaires

Analyses

Les prélèvements sanguins ou cytologiques par écouvillonnage, même à proximité du col utérin (si le geste est rapide, sans stimulation exacerbée et plutôt réalisé pour confirmer, ou non, une suspicion de placentite, donc pas au plus près du terme, normalement), sont des actes facilement réalisables chez une jument gestante.

Examen échographique

Les examens échographiques transrectal et transabdominal sont réalisés à l’aide d’une sonde linéaire de 5 MHz. Pour la voie transabdominale, il est préférable d’utiliser une sonde de basse fréquence (3,5 ou 2,5 MHz) pour permettre une exploration profonde dans le dernier tiers de gestation et ainsi obtenir une meilleure définition.

En dehors du risque lié à la perforation rectale et des notions de consentement éclairé, aucune étude scientifique ne permet d’affirmer qu’un excès d’utilisation de cet examen est néfaste pour le fœtus. Cet acte peut donc être mis en œuvre autant de fois que nécessaire tout au long de la gestation. Néanmoins, en routine, aucun examen échographique n’est indispensable au cours de la gestation, à moins que la jument ne présente des signes cliniques inquiétants (écoulements vulvaires, vulve anormalement relâchée, œdème mammaire prématuré, écoulements mammaires, coliques, etc.).

Les examens échographiques de toute autre région anatomique sont sans contre-indication chez une jument gestante (thorax, tendons, masse, abcès, etc.).

Examen radiographique

Aucune contre-indication n’est connue concernant la réalisation de clichés radiographiques chez une jument gestante.

Fibroscopie

La fibroscopie est le seul examen permettant de caractériser et de donner une description précise des lésions gastriques (ulcères, par exemple) (photo 3). Elle est également nécessaire pour objectiver certaines affections respiratoires. Aucune contre-indication à son utilisation n’est donnée chez la jument gestante, en dehors des éventuelles molécules utilisées pour une sédation ou le stress généré par l’examen(2).

Thérapie au laser

La thérapie au laser utilise la lumière pour favoriser et accélérer les processus de guérison naturelle du corps (photo 4). Le faisceau laser est déplacé sur la peau pour que l’énergie lumineuse (photons) pénètre dans les tissus, où elle interagit avec diverses molécules (chromophores) qui provoquent des effets biologiques variés (photochimique, photothermique et photomécanique). Aucune étude connue chez des juments gestantes n’a été effectuée, permettant d’évaluer le risque pour le fœtus. Toutefois, le laser est généralement utilisé sur le dos et les membres, plutôt qu’en région ventrale. La longueur d’onde permet d’atteindre une profondeur maximale de 6 cm. Le fœtus se trouvant bien plus loin, a priori, aucun risque n’existe à utiliser le laser chez une jument gestante (à la différence de ce qui se passe chez la femme enceinte, par exemple, dont le fœtus est plus proche de la paroi abdominale)(3).

Ostéopathie

Aucune contre-indication n’existe à la pratique de l’ostéopathie chez une jument gestante. Cette thérapie est parfois même indiquée afin de soulager les tensions (ventrales et dorsales) liées aux modifications anatomiques du changement d’état physiologique.

Cas particuliers “à haut risque”

Une jument est dite “à risque” quand un danger vital pour elle-même ou son fœtus est avéré [14]. La détection de la complication en cause et le choix des interventions et des traitements pendant la période de gestation, sans compromettre la vie du poulain et tout en assurant le meilleur pronostic possible pour la mère, sont essentiels.

Plusieurs affections sont particulièrement à l’origine de risques pendant la gestation (encadré 3).

Les actes possibles et nécessaires à l’orientation diagnostique sont :

- la PTR ;

- l’examen vaginal ;

- l’échographie du fœtus et du placenta ;

- le suivi biométrique du fœtus ;

- les analyses biochimiques et hormonales, l’évaluation des fluides fœtaux et des glandes mammaires ;

- l’électrocardiogramme fœtal ;

- l’échographie Doppler de l’ombilic et des artères utérines.

L’objectif est d’établir le diagnostic et d’optimiser le choix de traitement.

Comme pour toute autre affection concomitante de la gestation, il est indispensable de recueillir les commémoratifs et l’anamnèse, et d’effecteur un examen clinique approfondi.

Le bilan de l’examen clinique oriente ensuite le choix thérapeutique, mais aussi la mise en place ou non d’un suivi approfondi. Par exemple, un examen échographique mensuel est effectué chez une jument à placentite ou à risque de placentite, avec une surveillance accrue des battements cardiaques du fœtus.

Si une complication médicale ou chirurgicale est diagnostiquée, il est primordial d’instaurer un traitement qui, lié à la guérison de ladite maladie, permet le maintien de la pression sanguine, une bonne perfusion utéroplacentaire et une oxygénation correcte afin de mieux prévenir tout stress fœtal.

L’identification des infections fœtales et/ou placentaires est réalisée uniquement par échographie transrectale ou transabdominale en association avec des tests hormonaux.

Ces examens échographiques spécifiques permettent de déterminer la localisation, l’intensité et la sévérité des lésions, et également la réponse au traitement.

L’examen de choix pour le diagnostic des affections péripartum (hernie, rupture du tendon prépubien, etc.) est l’échographie transabdominale, avec néanmoins une limite à sa réalisation si un œdème trop important est présent (photo 5).

Pour ce qui concerne l’hydropisie des enveloppes fœtales, l’examen échographique transrectal permet d’évaluer la quantité de liquide allantoïdien.

En cas d’hémorragie péripartum, il est difficile d’établir le diagnostic lorsque les signes cliniques ne sont pas spécifiques [8]. Le site lésionnel doit être identifié par échographie transrectale ou transabdominale. Un hématome peut être visible dans l’abdomen, ainsi que du liquide abdominal (le liquide est toujours anéchogène et d’apparence homogène). Une paracentèse abdominale peut être réalisée lors d’hémorragie péripartum pour confirmer l’hémo-abdomen macroscopiquement. Une cytologie concomitante est également possible. La PTR et la paracentèse abdominale, bien qu’il s’agisse d’examens invasifs, n’aggravent pas les symptômes et n’ont pas d’incidence sur la gestation (hormis le risque de perforation rectale lié à la PTR). Dans un cas récent, une paracentèse a permis de confirmer un hémo-abdomen chez une jument à 5 mois de gestation présentant une dilatation cæcocolique [13]. Une évaluation fine du rapport risque/bénéfice avant la réalisation de cet acte est indispensable.

Les affections diagnostiquées particulièrement à risque pendant la gestation nécessitent une prise en charge par des cliniques équines spécialisées pouvant hospitaliser la jument.

Anesthésie

Le risque d’une anesthésie générale est majoré lorsqu’il s’agit d’une jument gestante, tant pour la mère que pour le fœtus(4). Le danger est lié au coucher, au réveil, à l’hypotension et aux complications lors du décubitus prolongé [1, 15].

Par conséquent, l’anesthésie générale ne doit être pratiquée que si l’intervention est urgente et qu’elle ne peut pas être reportée, ou pour laquelle une anesthésie locale ne suffit pas. Il convient donc, dans un premier temps, d’évaluer la gravité et l’urgence de la situation, et de proposer un report de l’intervention chirurgicale après le poulinage, si l’affection identifiée le permet.

L’anesthésie locale ne présente aucun danger pour le fœtus.

Affections chirurgicales

Des interventions chirurgicales simples réalisées sur animal débout (par exemple, vulvoplasties, épisiotomies, etc.), ne présentant aucun risque pour la jument ni pour le fœtus quel que soit le stade de gestation, doivent être distinguées des opérations nécessitant une procédure complexe et/ou une anesthésie générale, donc plus à risque (photo 6). Il convient alors dans un premier temps, après un examen clinique complet et un bilan des symptômes permettant d’orienter le diagnostic, de vérifier si la chirurgie est urgente ou s’il est préférable de limiter les risques en la reportant après le poulinage.

L’objectif du bilan clinique est d’estimer au mieux la balance bénéfice/risque quant au choix de la chirurgie.

Les fractures par exemple, mettant en danger le pronostic vital de la jument, sont à résoudre en urgence, malgré tous les risques liés à la réalisation d’une anesthésie générale.

Concernant les chirurgies abdominales intestinales d’urgence :

- le taux de survie à court terme des juments gravides atteintes de coliques chirurgicales (61 %) est comparable au taux de survie des autres catégories de chevaux (65 %) ;

- le taux de pertes fœtales (12 %) est comparable quelle que soit la période de gestation [9]. Elles sont liées à une endotoxémie maternelle et à une hypoxémie et/ou à une hypotension de la jument, surtout à moins de 60 jours du terme. Certains auteurs rapportent un pourcentage plus élevé (30 %), reflétant probablement la sévérité des cas de coliques présentés dans leur étude [7] ; la manipulation utérine en début de gestation entraîne souvent une perte fœtale. Le stress engendré par ces interventions invasives peut être autant préjudiciable que l’anesthésie et la chirurgie en elles-mêmes [9].

En médecine préventive

Vaccinations

Les résumés des caractéristiques du produit de certains vaccins sur le marché indiquent d’« éviter le stress lors de la vaccination de juments en état de gestation avancée » (Equip® FT) ou de « ne pas vacciner les juments gestantes » (Equip® Artervac). Néanmoins, les protocoles de vaccination sont à respecter scrupuleusement chez la jument gestante, en vérifiant les indications du fabricant(5).

Maréchalerie

Le suivi par un maréchal-ferrant est important tout au long de la gestation, car la poulinière doit continuer à se déplacer correctement. Cela devient essentiel au stade avancé de la gestation, lorsque la jument prend davantage de poids. A minima, un parage quatre fois par an est à réaliser et une vigilance particulière doit être apportée 1 mois avant la date présumée de la mise bas, quitte à ferrer les membres antérieurs pour limiter la douleur liée à la surcharge pondérale (photo 7). Toutefois, il est préférable d’éviter de manipuler une jument trop proche du terme (8 jours avant la mise bas, d’après certains maréchaux-ferrants), sans qu’aucune étude n’ait cependant démontré cette donnée.

Vermifugation

De bonnes pratiques de vermifugation sont indispensables chez la jument gestante, et le choix des molécules à employer doit être raisonné et adapté à ce stade physiologique particulier(2).

Dentisterie

Aucune contre-indication ne semble exister quant aux soins dentaires chez une jument pleine, si ce n’est les risques liés à la sédation et au stress de l’intervention. Il s’agit même d’un acte faisant pleinement partie des mesures de prophylaxie chez la poulinière. Toutefois, afin de limiter les éventuelles complications d’une tranquillisation ou du stress généré, il est préférable d’effectuer le contrôle dentaire entre la mise bas et la remise à la saillie.

Conclusion

Les actes à orientation diagnostique sont de loin les plus importants pour décider de la viabilité de la jument et/ou de son poulain, conduisant parfois à la décision de déclencher un avortement, ou à l’obligation de choisir entre sauver la mère ou sauver le poulain. Grâce aux données scientifiques à sa disposition, le praticien agit en conséquence pour pouvoir prendre des décisions. Pour que la gestation se poursuive correctement, le fœtus doit évoluer dans un environnement calme et paisible, sans stress, et indemne d’inflammation et d’infection, avec un placenta qui apporte les nutriments nécessaires à son bon développement.

  • (1) Voir l’article « La torsion utérine chez la jument » de J.-M. Betsch, dans ce numéro.

  • (2) Voir les articles « Thérapeutique de la jument gestante » et « Mise en place des traitements chez la jument gestante » de C. Scicluna et coll., dans ce numéro.

  • (3) http://www.asaveterinary.com/en/mls-therapy

  • (4) Voir l’article « Anesthésie de la jument gestante » de C. Scicluna, dans ce numéro.

  • (5) Voir l’article « Les protocoles vaccinaux chez la jument à la reproduction » de S. Wittreck, dans ce numéro.

  • (1) Actes identifiés comme de prime abord nécessaires à la confirmation de la gestation.

  • (2) Particulièrement au-delà du 7e mois de gestation.

  • 1. Ardoin Saint Amand A. L’anesthésie générale de la jument en gestation. Thèse d’exercice, École nationale vétérinaire de Toulouse. 2004:105p.
  • 2. Blanchard TL, Varner DD, Schumacher J et coll. Examen échographique par voie transrectale d’une poulinière. Dans: Manuel de reproduction équine. Maloine. 2005:63-81.
  • 3. Bostedt H, Sieme H, Bartmann C-P et coll. Clinical relevant procedures for early pregnancy diagnosis in the mare. Tierärztliche Praxis Großtiere. 2014;2:112-120. https://tpg.schattauer.de/en/contents/archive/issue/1857/manuscript/21065.html
  • 4. Bruyas JF. Diagnostic de la gestation de plus de 120 jours chez la jument. Nouv. Prat. Vét. Equine. 2005;3:11-15.
  • 5. Buisson S. Imagerie médicale le suivi échographique de la fin de gestation par voie transrectale. Nouv. Prat. Vét. Equine. 2005;3:16-18.
  • 6. Bussy C. Gestion diagnostique et thérapeutique des coliques génitales et digestives pendant la gestation chez la jument. Nouv. Prat. Vét. Equine. 2005;3:35-41.
  • 7. Chenier TS, Whitehead AE. Foaling rates and risk factors for abortion in pregnant mares presented for medical or surgical treatment of colic: 153 cases (1993-2005). Can. Vet. J. 2009;50 (5):481-485. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2671869/#b4-cvj_05_481
  • 8. Desjardin I. Étude rétrospective sur les hémorragies péripartum chez la jument. Sem. Vét. 2009;1347:44.
  • 9. Donaldson L. Anesthesia and pregnancy. In: Manual of equine anesthesia and analgesia. Blackwell Publishing Ltd. 2006:244-252.
  • 10. Leblond A. Comment traiter des affections pulmonaires non infectieuses chez la jument gestante. Nouv. Prat. Vét. Équine. 2005;3:43-45.
  • 11. Leblond A. La paracentèse abdominale chez la jument gestante. Nouv. Prat. Vét. Équine. 2005;3:63-65.
  • 12. Martens KA, Govaere JLJ, Hoogewijs MK et coll. Uterine torsion in the mare: a review and three case reports. Vlaams Diergeneeskundig Tijdschrift. 2008;77. https://biblio.ugent.be/publication/671562/file/706856.pdf
  • 13. Palomar AR, Ordaz MS, Luna LC et coll. Hemoperitoneum secondary to cecocolic dilation in a pregnant mare. Intern. J. Vet. Sci. Med. 2017;5 (1):84-88 http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2314459916300850
  • 14. Robinson NE, Sprayberry KA. Current therapy in Equine medicine V6. 785-857.
  • 15. Taylor PM, Clarke KW. Anaesthesia in special situations. In: Handbook of Equine anaesthesia. 2nd ed. 2007:189.

CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

ENCADRÉ 1 : LES ACTES CHEZ LA JUMENT EN GESTATION : NIVEAU DE RISQUE

Actes sans risque supplémentaire

• Examens simples et complémentaires

Examen clinique et auscultation complète

Prise de sang, cytologie, écouvillons

Raclage cutané, cytoponction

Biopsy punch

Pose d’un cathéter intraveineux

• Examens complémentaires de technicité supérieure

Palpation transrectale(1)

Échographies transrectale et transabdominale(1)

Sondage naso-œsophagien

Radiographie

Lavages transtrachéal et broncho-alvéolaire

Fibroscopie

Pose d’un cathéter sous-palpébral

• Anesthésie et chirurgie

Anesthésie locale

Chirurgies simples (vulvoplasties, épisiotomie)

• Médecine préventive

Vaccinations

Vermifugation

• Autres actes

Thérapie laser

Ostéopathie

Maréchalerie

Actes à risques peu augmentés

Chirurgie cutanée simple

Dentisterie

Actes à risques augmentés

Chirurgie complexe (ne pouvant pas attendre la mise bas), pronostic vital engagé

Vermifugation, selon le choix de la molécule

Actes à proscrire

Paracentèse abdominale(2)

Inspection vaginale

Palpation du col

Chirurgie complexe non urgente

Éléments à retenir

• Peu d’actes sont à proscrire chez une jument gestante. Cependant, dans la mesure du possible, il convient d’en décaler certains pour les pratiquer après le poulinage.

• Les actes doivent être réalisés au bon moment et dans de bonnes conditions, et, pour certains, les modifications anatomiques dépendant de la gestation sont à considérer.

• Le stress fœtal est une cause importante d’avortement et de prématurité. Dans tous les cas, il doit être évité ou au moins limité le plus possible.

ENCADRÉ 2 : NOTIONS DE RESPONSABILITÉ POUR LES ACTES INVASIFS EFFECTUÉS CHEZ UNE JUMENT GESTANTE

Concernant la palpation transrectale (PTR) et/ou l’échographie par voie transrectale :

- les précautions lors de la contention de la jument et de l’examen échographique par voie transrectale sont les mêmes que celles à mettre en œuvre pour la PTR : une contention minimale et efficace pour réduire le risque d’induction de lésions chez la jument ou même de blessures pour le praticien (l’examen doit être pratiqué dans un travail approprié, idéalement avec une cage à poulain accolée pour les juments suitées) [2] ;

- il existe une obligation d’information et de conseil, et de consentement éclairé : il convient de s’assurer que l’examen est indispensable, et pas seulement utile. En cas de litige, le tribunal demande au vétérinaire de démontrer qu’il a bien obtenu le consentement éclairé de son client, et un écrit est alors préférable ;

- il convient de bien mentionner le risque de mort de la jument, même limité, avant d’effectuer un examen par voie transrectale. Les magistrats ont tendance à avancer l’argument selon lequel d’autres examens complémentaires moins invasifs sont tout aussi efficaces. Il est alors nécessaire de démontrer (par nos connaissances et l’actualisation des données scientifiques) que la PTR et l’examen échographique par voie transrectale sont les meilleurs moyens diagnostiques dans les circonstances données.

ENCADRÉ 3 : AFFECTIONS ET SIGNES CLINIQUES “À RISQUE” CHEZ UNE JUMENT GESTANTE

• Séparation placentaire prématurée.

• Écoulement vaginal.

• Placentite.

• Lactation prématurée.

• Hydropisie des enveloppes fœtales.

• Hernie abdominale.

• Rupture du tendon prépubien.

• Fracture pelvienne.

• Insuffisance respiratoire et asthme.

• Maladie systémique.

• Surpoids et maladie métabolique.

• Autres affections à risque fœto-toxique.

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