Alimentation de la jument gestante : “maux et sentences” - Ma revue n° 017 du 01/01/2017 - Le Point Vétérinaire.fr
Ma revue n° 017 du 01/01/2017

Nutrition et reproduction

Auteur(s) : Géraldine Blanchard

Fonctions : 33, avenue de l’Île-
de-France
92160 Antony

Le suivi nutritionnel de la jument gestante est essentiel. La bonne santé de la mère et la croissance correcte du poulain sont en jeu.

Mettre en évidence une malnutrition est toujours une gageure. Une jument est trop maigre si elle ne reçoit pas assez d’énergie, donc d’aliment (ou si elle est spoliée, par des parasites par exemple). Une jument trop grasse est trop nourrie, souvent en raison d’un apport de concentré énergétique inutile couplé à un manque d’exercice.

L’énergie consommée détermine le poids et les réserves adipeuses de l’équidé. Elle doit être apportée très majoritairement par le fourrage et de manière marginale par le concentré.

La santé globale, la composition corporelle et la performance reposent sur la teneur des aliments en nutriments. Une carence de protéines entraîne une diminution de la masse musculaire, de l’immunité, de l’appétit et des sécrétions digestives, à l’origine d’une moins bonne utilisation des aliments, d’une performance de reproduction diminuée, etc. [10].

A contrario, un excès de protéines (au-delà de 200 % du besoin) augmente la sudation nécessaire pour éliminer les déchets azotés et génère une fatigue précoce par déshydratation [2, 7]. La conséquence peut être grave en course puisque quelques secondes perdues peuvent faire s’envoler la première place.

Au-delà de l’énergie et des protéines, les apports en micronutriments (minéraux, oligo-éléments et vitamines) à la jument influencent l’immunité, et la santé musculaire et ostéo-articulaire du poulain, avec des risques d’excès et de carences (Encadré 1). Cela est d’autant plus essentiel chez le poulain précoce et destiné à une carrière d’athlète.

Portrait robot de la jument gestante

Concernant la jument gestante, deux types de situation se profilent selon qu’elle est un animal “de compagnie” ou qu’elle se trouve dans un élevage professionnel.

Chez la jument de compagnie, le risque est souvent l’excès : trop de concentrés (céréales, graines, granulés et floconnés dits complets au lieu de complémentaires de fourrage, ajouts divers), alors que le fourrage manque parfois en quantité.

Chez la jument d’élevage, la contrainte économique est plus forte. Partout où c’est possible, l’herbe est valorisée au maximum : c’est un fourrage qui coûte peu. Mais la grande disponibilité de l’herbe au printemps, qui rend les juments bien grasses, ne doit pas faire oublier qu’elle manque d’oligo-éléments (Encadré 2 et photo 1).

Mise à la reproduction

Pour mettre une jument à la reproduction la première fois, il est préférable que son état corporel soit suffisant, mais pas excessif (photo 2). Trop maigre, elle est peu fertile, c’est-à-dire que la saillie donne difficilement lieu à une gestation. Trop grasse, le poulinage peut être associé à davantage de difficultés et paradoxalement la production de lait pendant la lactation peut être insuffisante. Les besoins sont toujours estimés à partir du poids optimal hors reproduction, tout en sachant que la jument va prendre environ 15 % de ce poids durant la gestation (Encadré 3).

En gestation

Le développement pondéral du fœtus est réalisé pour 90 % pendant les 4 derniers mois de gestation.

Durant la gestation, la jument doit disposer d’un fourrage de qualité à volonté, c’est-à-dire distribué en quantité suffisante pour qu’elle en ait toujours à disposition (tableau 1). Deux distributions par jour sont à prévoir s’il s’agit de foin ou d’enrubanné.

La fin de gestation se situant souvent en hiver, l’herbe est rare, et le foin ou l’enrubanné à disposition doit être de bonne qualité. La mise à disposition de 2 à 3 kg de matière sèche par 100 kg de poids est requise, soit environ 10 à 15 kg/j de foin pour une jument de 500 kg avant reproduction. Lorsque le choix de l’éleveur s’est porté sur un (vrai) foin de Crau, la première coupe est à préférer, car les suivantes sont trop riches en protéines et en calcium (Ca), au point d’entraîner des troubles par excès chez la jument et le poulain.

La paille ne doit jamais constituer le seul fourrage d’une jument (photo 3).

Si le foin est de mauvaise qualité (pauvre en protéines et en Ca, peu digestible, très fibreux, “pailleux”), il est possible d’ajouter 1 kg/j de foin de luzerne ou 100 à 200 g/j de tourteau de soja, ou bien d’augmenter la richesse en protéines du concentré (plus de 1 unité fourragère cheval [UFc]/kg ; 12 à 15 % de fibres ou de cellulose brute ; protéines brutes > 16 %).

Au cours de la gestation, la jument voit son appétit augmenter, d’abord pour le fourrage.

En fin de gestation, les besoins en énergie augmentent de 10 % vers le huitième mois et progressivement jusqu’à + 30 % au cours du onzième mois.

En parallèle, les besoins de la jument augmentent plus intensément en protéines (+ 30 à 40 %), et encore davantage en Ca et en phosphore (P) (+ 90 %). Le fourrage n’est donc pas suffisant. L’alimentation doit être plus concentrée en protéines et en minéraux en fin de gestation, au moment où les tissus du fœtus se développent quantitativement.

Ainsi, le simple apport de céréales, comme de l’orge seul en plus du fourrage, peut procurer de l’énergie, mais ne constitue pas un concentré intéressant et augmente le risque de troubles cartilagineux chez le poulain [12].

Lorsque l’herbe représente la base de l’alimentation, l’énergie et les protéines sont généralement suffisantes, mais le concentré doit contenir du Ca et du P, des vitamines et des oligo-éléments, car même l’herbe peut ne pas suffire (photos 4 et 5).

En revanche, si le foin est l’aliment principal, le concentré doit être particulièrement adapté, et contenir environ 16 % de protéines, 0,8 % de Ca et 0,4 % de P. La quantité de concentré suit toujours l’état corporel de la jument. Dès le début, voire avant la gestation, une petite quantité de concentré est souhaitable pour garantir les apports en micronutriments. Par la suite, la quantité est augmentée pour maintenir un état corporel optimal (Encadré 4).

Par exemple, à un apport de concentré de 1 kg/j en routine, s’ajoute 0,5 kg/j le huitième mois, pour atteindre 3 kg/j de concentré le onzième mois, ce qui revient à 4 à 6 l/j de granulé ou de floconné pour une jument de 500 kg (tableau 2). Cela s’ajoute aux 10 à 15 kg de foin (ou d’équivalent en matière d’herbe) consommés par la jument.

Minéraux et oligo-éléments

L’alimentation de la jument influence la santé du poulain, et notamment sur le plan ostéo-articulaire, d’autant plus pour les races à croissance rapide (chevaux de selle, de sport, de course) [3, 11-13]. L’alimentation minérale a une place particulière.

Minéraux

Ajouts indispensables

La consommation de minéraux majeurs (Ca, P, sodium [Na], clore [Cl], magnésium [Mg], potassium [K]) doit être de quelques dizaines de grammes par jour.

Le rôle du sel dans l’homéostasie, la bonne digestion et l’appétit, et le goût spécifique du cheval pour le sel rendent nécessaire la mise à disposition d’une pierre à sel en permanence, au pré comme au box (photo 6).

Si le fourrage est distribué à volonté, le besoin en K et en Mg est couvert.

Quant au Ca et au P, l’apport est généralement nécessaire, en raison de la relative pauvreté en P des légumineuses. Avec des fourrages riches en protéines et en Ca, la présence de P dans la pierre à sel est justifiée quand celle-ci est le seul complément au fourrage. De plus, Ca et P doivent être ajoutés dans la ration en raison du besoin élevé de la jument en fin de gestation.

Risque d’excès ?

Les apports d’électrolytes en excès sont à éviter, mais ils ne posent pas de réelles complications si l’accès à l’eau est illimité.

Les excès de Ca diminuent l’absorption intestinale des oligo-éléments (cuivre [Cu] et zinc [Zn] en particulier), pouvant créer des carences secondaires en ces éléments avec tous les signes associés, en particulier ostéo-articulaires, alors que la ration semble normalement pourvue [4, 5]. Cette situation est possible en cas de distribution d’un fourrage extrêmement riche, comme du foin de Crau de deuxième ou troisième coupe, ou des foins de légumineuses en fourrage quasi exclusif. Le fourrage doit alors être changé.

Oligo-éléments

La consommation quotidienne d’oligo-éléments (Zn, Cu, sélénium [Se], iode [I], fer [Fe], manganèse [Mn]) par une jument est de l’ordre de quelques milligrammes à 1 g.

La composition des sols en région Normandie rend les fourrages trop pauvres en oligo-éléments, notamment en Zn, en Cu et en Se, et il est nécessaire d’en ajouter dans toutes les rations (figure). Ce constat est le même dans les autres régions de France, à l’exception des zones contaminés par du Cu. Le plus souvent, il s’agit d’anciens vignobles, qui ont reçu des quantités de sulfate de Cu, et une analyse de sol est parfois nécessaire pour établir une concentration excessive de cet oligo-élément.

Les pâturages peuvent être considérés comme riches par les éleveurs, car les chevaux qui y pâturent sont en bon état corporel, mais cela ne permet pas de présumer de la teneur en oligo-éléments. Il est alors nécessaire d’apporter un complément minéral aux juments reproductrices et aux poulains en croissance pour couvrir leurs besoins, même s’ils disposent de fourrage à volonté et qu’ils présentent un bon état corporel.

Grâce à l’étude Esoap (Élevage, statut ostéo-articulaire et performances) réalisée en Basse-Normandie et en considérant les apports nutritionnels à préconiser en plus du fourrage, nous avons pu établir quelques indications relatives à l’alimentation de la jument gestante et qui permettraient de minimiser l’incidence des affections ostéo-articulaires juvéniles du poulain [8] :

1. apporter un complément au fourrage chez la jument en gestation (au moins 0,5 à 1 kg/j) et adapter la quantité de concentré pour maintenir un état corporel optimal (et non excessif). Une faible quantité de concentré peut suffire s’il est riche en protéines, en minéraux, en oligo-éléments et en vitamines ;

2. respecter des ratios précis dans un concentré donné en plus du fourrage (herbe de prairie naturelle ou foin de pré). Si plusieurs aliments sont apportés, par exemple un mélange (granulé ou avoine + foin de luzerne ou tourteau de soja + aliment minéral et vitaminé), ces ratios s’appliquent à l’ensemble des nutriments, et pas seulement au granulé (Encadré 5 et photos 7 à 9).

En lactation et pour le poulain en croissance avant et après le sevrage, l’apport de concentré reste utile.

Préparer la naissance et la gestation suivante

L’alimentation de la jument peut jouer sur le déroulement du poulinage, la qualité de la lactation, mais aussi sur sa capacité de reproduction ultérieure.

En effet, le maintien d’un état corporel optimal est un facteur favorable pour le retour en chaleur et la fertilité. Les nutriments qui jouent un rôle direct sur la fertilité sont l’énergie, les protéines et les vitamines (en particulier, la vitamine A).

Des faiblesses musculaires, observées en cas de carence en vitamine E et en sélénium (dont le besoin est estimé à 1 mg/j), peuvent entraîner des complications lors de la délivrance et de l’involution utérine, en relation avec la santé de la musculature lisse.

L’apport global doit encore une fois être considéré.

Conclusion

Le suivi nutritionnel des juments durant la gestation devrait faire partie intégrante du suivi sanitaire et médical, tant il influence la santé de la mère et du poulain sur le long terme.

Le vétérinaire doit veiller à ce que les bons apports soient administrés, tout en respectant les différents équilibres, sans oublier que des indications simples, précises et écrites sont plus efficaces que de longs discours.

  • 1. Blanchard G. Minéraux et vitamines dans la croissance et le développement du squelette chez le cheval. Conséquences pratiques. Thèse de doctorat vétérinaire, Créteil. 1994:196p.
  • 2. Connysson M, Muhonen S, Lindberg JE et coll. Effects on exercise response, fluid and acid-base balance of protein intake from forage-only diets in standardbred horses. Equine Vet. J. 2006;Suppl(36):648-653.
  • 3. Coverdale JA, Hammer CJ, Walter KW. Horse species symposium: nutritional programming and the impact on mare and foal performance. J. Anim. Sci. 2015;93(7):3261-3267.
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  • 5. Dintzis FR, Laszlo JA. Trace metal interactions involving the intestinal absorption mechanisms of iron and zinc. In: Mineral absorption in the monogastric GI Tract. Ed. FR Dintzis & JA Laszlo. Plenum Press, New York. 1989:35-44.
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  • 7. Glade MJ. Nutrition and performance of racing thoroughbreds. Equine Vet. J. 1983;15:31-36.
  • 8. Lepeule J, Bareille N, Robert C et coll. Association of growth, feeding practices and exercise conditions with the prevalence of developmental orthopaedic disease in limbs of French foals at weaning. Preventive Vet. Med. 2009;89:167-177.
  • 9. Normandin L. Pratiques alimentaires et couverture des besoins nutritionnels chez les poulinières des élevages bas-normands. Thèse de doctorat vétérinaire, Créteil. 2006.
  • 10. NRC, National Research Council. Nutrient requirements of horses. 6th revised ed. National Academies Press, Washington, DC. 2007:341p.
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  • 12. Peugnet P, Robles M, Mendoza L et coll. Effects of moderate amounts of barley in late pregnancy on growth, glucose metabolism and osteoarticular status of pre-weaning horses. PLoS One. 2015;10(4):e0122596. doi: 10.1371/journal.pone.0122596. eCollection 2015.
  • 13. Thorson JF, Karren BJ, Bauer ML et coll. Effect of selenium supplementation and plane of nutrition on mares and their foals: foaling data. J. Anim. Sci. 2010;88(3):982-990.
  • 14. Valette JP, Paragon BM, Blanchard G et coll. Feeding practices and prevention from development related diseases. In: V Julliand, W Martin-Rosset. The growing horse: nutrition and prevention of growth disorders. Wageningen (NLD): Wageningen Academic Publishers (EAAP publication, n° 114). 2005:291-301.

CONFLIT D’INTÉRÊTS : AUCUN

ENCADRÉ 1 : VITAMINES INTERVENANT DANS LA REPRODUCTION ET LA SANTÉ DU POULAIN : À QUELLES DOSES POUR LA JUMENT GESTANTE ?

Vitamines A, D et E : indispensables, mais toxiques en excès

• La vitamine A est essentielle pour la vision nocturne, mais aussi pour la croissance et la différenciation des épithéliums, et joue un rôle fondamental dans la reproduction et l’embryogenèse. La jument utilise le bêtacarotène (provitamine A, 400 UI de vitamine A/mg de bêtacarotène) présent dans les végétaux frais. L’herbe en est riche, mais pas le foin. Et 1 kg/j de carottes ne suffit pas.

• La vitamine D est indispensable pour la régulation de l’homéostasie calcique, mais aussi pour la croissance et la différenciation, en particulier cartilagineuse et osseuse. La jument peut biosynthétiser de la vitamine D grâce aux rayons solaires ultraviolets, si elle passe toute la journée à l’extérieur et que le climat est assez ensoleillé.

L’apport de vitamines A et D est souhaitable au quotidien chez la jument reproductrice, soit par l’aliment concentré (granulé ou floconné complémentaire de fourrage), soit avec un complément vitaminé (éventuellement minéral et vitaminé).

• La vitamine E est un antioxydant. Les carences en antioxydants (vitamine E et sélénium) sont à l’origine de dystrophie neuromusculaire (maladie du muscle blanc), notamment chez le poulain de la naissance à l’âge de 11 mois.

Durant la gestation, un apport quotidien de 30 000 UI de vitamine A (au maximum 160 000 UI/j sous forme de rétinol ou de rétinyl), de 3 000 UI de vitamine D (au maximum 22 000 UI/j) et de 800 UI de vitamine E pour une jument de selle d’environ 500 kg est nécessaire [10].

Si la ration est riche en lipides, la quantité de vitamine E doit être augmentée de 1 UI/g de matière grasse.

Vitamines du groupe B

Certaines vitamines du groupe B sont biosynthétisées par la microflore digestive du cheval et les carences cliniques sont rarement décrites. Mais l’ajout de ces vitamines reste recommandé. La levure de bière les contient toutes, hormis la vitamine B12. Les valeurs recommandées pour la jument en reproduction sont quantifiées uniquement pour la vitamine B1 (30 mg/j de thiamine) et la vitamine B2 (20 mg/j de riboflavine). De plus, la biotine (à 10 à 20 mg/j) améliore la santé des phanères, en particulier des sabots [1].

Éléments à retenir

• La quantité d’aliment consommé conditionne le poids corporel, mais de la composition des aliments en nutriments dépend la santé de la jument.

• L’alimentation de la jument gestante influence le développement du fœtus, le déroulement du poulinage, la santé générale du poulain et la santé ostéo-articulaire jusqu’à l’âge de 18 mois.

• L’évaluation de l’alimentation concerne à la fois la qualité et la quantité du fourrage, des concentrés et de tous les compléments consommés.

• La jument doit recevoir un fourrage qualitatif à volonté et une quantité de concentré minimale dès le début de gestation, puis juste assez pour maintenir un bon état corporel.

ENCADRÉ 2 : L’HERBE DE PRINTEMPS EST LA PLUS RICHE. VRAI OU FAUX ?

• Faux. En revanche, c’est la plus abondante et la jument est capable d’en ingérer une quantité extrêmement élevée. Cette forte consommation induit une prise de poids importante, ce qui explique que l’herbe soit considérée comme riche, mais ce n’est pas la plus riche en énergie par rapport à la matière sèche. De plus, sa teneur en oligo-éléments reste faible [14].

• La teneur en énergie diminue dans l’herbe de l’hiver à l’été, avant de remonter de l’été à l’hiver.

• La tendance est exactement inverse pour la teneur en calcium.

• La teneur en phosphore de l’herbe varie peu au cours de l’année.

• Quant aux protéines, la teneur se modifie moins avec la saison, bien que l’herbe d’été apparaisse comme la plus pauvre.

• Enfin, même si la jument va pouliner tard dans la saison, un complément est nécessaire pour lui apporter les minéraux et les oligo-éléments que le fourrage ne fournit pas.

ENCADRÉ 3 : CONDUITE À TENIR LORS DE LA MISE À LA REPRODUCTION

• Si la jument est trop maigre, sa bonne santé et le programme antiparasitaire doivent être vérifiés, ainsi que l’alimentation pour s’assurer qu’elle est suffisante et équilibrée.

La mise en place d’un flushing est recommandée : une portion de concentré est ajoutée à la ration progressivement sur 1 à 2 semaines (généralement 1 à 2 kg/j de concentré) dans le mois qui précède la mise à la reproduction, afin de favoriser l’ovulation.

Néanmoins, et notamment si l’amaigrissement est survenu à la suite d’un événement particulier (affection ou accident), il est préférable d’attendre que la jument ait récupéré un état corporel suffisant, pour une meilleure garantie d’un poulain vigoureux.

Ce flushing n’est pas nécessaire chez une jument suitée et/ou qui reçoit déjà une quantité de concentré élevée.

• Si la jument est trop grasse, une restriction énergétique couplée à une augmentation de l’exercice (en durée plus qu’en intensité) est recommandée, pour que son poids et son état corporel soient compatibles avec une gestation, un poulinage et une lactation réussis. La jument peut rester en bel état, mais ne doit pas être suiffarde. Pour cela, une étroite collaboration avec le vétérinaire est essentielle. Pour réduire l’adiposité, un fourrage est proposé avec un apport de protéines (1 kg de foin de luzerne ou 100 à 200 g de tourteau de soja pour une jument de selle, éventuellement complété d’un cocktail d’acides aminés), de minéraux, d’oligo-éléments et de vitamines.

• Si la jument est en bon état corporel, et correctement nourrie (fourrage + concentré apportant protéines, minéraux et vitamines), la mise à la reproduction ne requiert pas une modification de la ration spécifique jusqu’à environ 7 mois de gestation.

• Si la jument avait une activité importante avant sa mise à la reproduction, sa ration de concentré est diminuée dans le cas où cet exercice diminue. Néanmoins, il est souhaitable de conserver un apport minimal ou d’introduire progressivement l’aliment concentré qu’elle va recevoir à la fin de la gestation.

• Si la jument reçoit une alimentation traditionnelle simple (fourrage + céréales), il convient de lui apporter un aliment minéral (avec calcium et phosphore, électrolytes et oligo-éléments) et vitaminé, et, selon le fourrage, un supplément de protéines (1 kg de foin de luzerne ou 100 à 200 g de tourteau de soja pour une jument de selle).

ENCADRÉ 4 : MIEUX VAUT TROP GRASSE OU TROP MAIGRE ?

La jument présente une particularité chez les mammifères : si elle est mal nourrie durant la gestation, elle puise fortement dans ses réserves pour assurer celle-ci. Cependant, le poulain issu d’une mère en souffrance nutritionnelle durant la gestation est plus léger et sa croissance plus faible durant les premières semaines de lactation, en partie en raison d’une production de lait médiocre. Toutefois, il ne souffre pas autant que l’état de la mère pourrait le laisser supposer [6]. En revanche, l’impact à long terme est bien réel chez la jument.

ENCADRÉ 5 : ÉQUILIBRES MINÉRAUX À RESPECTER CHEZ LA JUMENT GESTANTE

Les oligo-éléments sont souvent des cofacteurs d’enzymes : le zinc (Zn) intervient dans la synthèse des protéines, le cuivre (Cu) dans celle du collagène et des pigments, etc. Leur absorption digestive n’est pas indépendante et impose un équilibre optimal entre oligo-éléments et minéraux dans la ration. Ainsi, un excès de calcium (Ca) diminue l’absorption du Zn et du Cu, et un excès de Zn réduit aussi l’absorption du Cu. C’est la raison pour laquelle un ratio est à respecter. Des contraintes quantitatives et relatives s’imposent :

– ratio Zn/énergie : 156 à 165 mg Zn/unité fourragère cheval (UFc) ;

– ratio matière azotée digestive cheval (MADc)/Ca : 16 à 23 ;

– ratio Ca/phosphore (P) : 1,4 à 2,4 ;

– ratio Zn/Cu : 3,6 à 4,6.

L’apport exogène, par les aliments ou les compléments, est possible sous différentes formes. Pour les oligo-éléments, les chélates peuvent être mieux absorbés et mieux tolérés, mais il convient d’en demander la preuve au fabricant, pour justifier un prix parfois très différent.

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