RALENTISSEMENT DU TRANSIT CHEZ UN LAPIN NAIN - Le Point Vétérinaire n° 453 du 01/05/2024
Le Point Vétérinaire n° 453 du 01/05/2024

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Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, Roxanne Boudin-Dussol**, Aurore Fouhety***

Fonctions :
*Clinique TouraineVet
12 rue des Internautes
37100 Rochecorbon

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un lapin nain bélier, âgé de 11 ans, est présenté en urgence pour l’exploration d’un ralentissement du transit. Il est à jour de ses vaccinations. Il vit en intérieur, avec une alimentation à base de foin de Crau et d’un mélange de légumes. L’animal présente une dysorexie et un abattement d’évolution progressive sur les deux derniers jours, associés à une réduction de la fréquence d’émission et de la quantité de fèces. L’examen clinique révèle un animal abattu avec un indice de condition corporelle évalué à 3 sur 5. Le reste de l’examen clinique est dans les normes. Un bilan sanguin biochimique est effectué et met en évidence une azotémie (urémie à 0,99 g/l, valeurs usuelles de 0,15 à 0,50 g/l ; créatininémie à 32,3 mg/l, valeurs usuelles de 5 à 26 mg/l) accompagnée d’une augmentation de la glycémie (1,61 g/l, valeurs usuelles de 0,75 à 1,50 g/l) et de la calcémie totale (16,1 mg/dl, valeurs usuelles de 5,6 à 12,5 mg/dl). Des radiographies et une échographie abdominales sont réalisées. Des images échographiques du rein droit et de la vessie sont présentées ci-dessus (photos 1 et 2).

Qualité et description des images échographiques

Les images sont de bonne qualité. La résolution et le gain permettent de distinguer les différentes structures. La jonction corticomédullaire rénale est effacée bilatéralement. La cavité pyélique du rein droit et ses récessus sont discrètement dilatés et contiennent dans leur partie déclive plusieurs éléments millimétriques hyperéchogènes. Une dilatation de l’uretère droit est observée jusqu’à une structure hyperéchogène de 2,6 mm de long et 1,3 mm de diamètre qui génère un cône d’ombre franc au niveau de l’uretère distal, juste en amont de la papille urétérale. De multiples particules hyperéchogènes sont présentes en suspension dans la vessie. Plusieurs éléments ovoïdes hyperéchogènes, avec des cônes d’ombre sous-jacents, sont également visibles au sein de la cavité pyélique rénale gauche, sans dilatation urétérale associée.

Interprétation des images

L’examen est en faveur d’une urétérolithiase distale droite subobstructive, d’une néphropathie chronique bilatérale associée à des calculs pyéliques bilatéraux et d’une sablose vésicale. La néphropathie chronique sous-jacente suspectée est possiblement secondaire aux épisodes d’obstruction lithiasique, et permet d’expliquer l’azotémie et l’état clinique de l’animal.

DISCUSSION

Les urolithiases sont fréquentes chez le lapin domestique [2]. Elles sont le plus souvent situées dans la vessie, et plus rarement dans les cavités pyéliques rénales, les uretères et/ou l’urètre [3]. La formation d’urolithiases est multifactorielle et incomplètement élucidée. Plusieurs facteurs aggravants sont rapportés (nutritionnels, anatomiques, plus rarement infectieux) [3]. Le calcium ingéré en excès dans l’alimentation est absorbé par les intestins, ce qui a pour conséquence des valeurs élevées de calcémie dans cette espèce [1]. Le métabolisme calcique chez le lapin est régulé principalement par les reins, avec une fraction de calcium excrété dans les urines de 45 à 60 % (versus moins de 2 % chez la plupart des autres mammifères) [1]. Les signes cliniques fréquents lors d’urolithiases varient selon la localisation des calculs et incluent un abattement, une anorexie, un amaigrissement, une strangurie et une hématurie [3].

La plupart des urolithiases chez le lapin étant constituées de sels de carbonate de calcium, l’examen radiographique de l’abdomen est souvent réalisé en première intention lors de la recherche d’urolithiases [2]. Cependant, cet examen peut manquer de sensibilité lorsque les calculs sont de petite taille ou quand la vessie contient une quantité importante de sablose [2]. L’échographie offre ainsi une sensibilité de détection supérieure des urolithiases. Cet examen permet de les localiser plus précisément et d’évaluer les lésions associées de l’appareil urinaire (dilatation pyélique et urétérale, épanchement périrénal, etc.), comme dans le cas décrit [2].

Lors d’obstruction urétérale chez un lapin, une prise en charge médicale doit être privilégiée en premier lieu [2]. Elle repose notamment sur l’association d’une analgésie (méthadone, buprénorphine), d’une fluidothérapie, d’une alimentation assistée lors de dysorexie, d’une antibiothérapie en cas d’infection concomitante du tractus urinaire, et d’un contrôle échographique régulier des lésions [2]. Une prise en charge chirurgicale doit cependant être considérée en l’absence de réponse satisfaisante à la gestion médicale (urétéro-néphrotomie, voire urétéro-néphrectomie) [2]. Des recommandations sur le long terme peuvent permettre de limiter les récidives : il convient notamment de favoriser la prise de boisson avec une eau à teneur réduite en calcium, d’encourager l’animal à pratiquer un exercice régulier, de limiter le surpoids et de réduire la teneur en calcium dans l’alimentation [3].

Références

  • 1. Kamphues J. Calcium metabolism of rabbits as an etiological factor for urolithiasis. J. Nutr. 1991;121(11 Suppl):S95-S96.
  • 2. Keeble E, Eatwell K, Longo M et coll. Medical management of a unilateral obstructive ureterolith in a pet rabbit (Oryctolagus cuniculus). Vet. Rec. Case Rep. 2020;8(2):e000973.
  • 3. Klaphake E, Paul-Murphy J. Disorders of the reproductive and urinary systems. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 3rd edition. Elsevier Saunders. 2011:217-231.

Conflit d’intérêts : aucun

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