BÉNÉFICES/RISQUES DE L’IMPLANT DE DESLORÉLINE POUR LA PRÉVENTION DES CHALEURS CHEZ LA CHIENNE PRÉPUBÈRE - Le Point Vétérinaire n° 453 du 01/05/2024
Le Point Vétérinaire n° 453 du 01/05/2024

REPRODUCTION

Thérapeutique

Auteur(s) : Anne Gogny*, Mouna Chakchouk**, Yassine Mallem***

Fonctions :
*Service de reproduction
des animaux de compagnie
d’Oniris, VetAgroBio
101 route de Gachet
44300 Nantes
**Unité de pharmacologie
et toxicologie d’Oniris,
VetAgroBio

Injecté entre 12 et 16 semaines d’âge, l’implant de desloréline permet de différer l’apparition des premières chaleurs chez la chienne prépubère.

Fin 2022, Suprelorin® 4,7 mg a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne pour l’indication du report des premières chaleurs chez la chienne prépubère. Selon l’AMM, l’implant permet « l’induction d’une infertilité temporaire pour retarder le premier œstrus et les premiers signes de chaleurs et pour éviter une gestation à un jeune âge chez les chiennes immatures sexuellement, non stérilisées et en bonne santé » [2].

PROPRIÉTÉS ET MODE D’ACTION

La desloréline est un agoniste plein des récepteurs de la gonadolibérine (GnRH), qui contrôle la sécrétion d’hormone lutéinisante (LH) et d’hormone folliculo-stimulante (FSH). Administrée sous la forme d’un implant sous-cutané (Suprelorin® 4,7 mg ou 9,4 mg), elle est libérée en continu et à dose faible pendant quelques mois. Au cours des jours qui suivent la pose de l’implant, la desloréline stimule la libération de LH et de FSH, ce qui augmente la sécrétion des hormones gonadiques. Dans un second temps, le traitement provoque une inhibition de la production d’ARN codant les sous-unités bêta des gonatrophines LH et FSH [7]. Il en résulte une inhibition progressive de la production des hormones gonadotropes et gonadiques, qui dure quelques mois à plusieurs années selon l’espèce et le dosage utilisé (figure).

REPORT DES CHALEURS

Administré dans les conditions préconisées par l’AMM, c’est-à-dire injecté entre 12 et 16 semaines d’âge chez une chienne impubère en bonne santé, l’implant de desloréline dosé 4,7 mg provoque un report des chaleurs de l’ordre de cinq mois, soit 160 jours : chez les chiennes traitées, les premières chaleurs apparaissent après un délai médian de 377 jours après la pose de l’implant au lieu de 217 jours chez les chiennes non traitées [3]. Entre 5,5 et 24 mois après l’administration du produit, 98,2 % des chiennes traitées présentent un œstrus : 44,6 % entre 5,5 et 12 mois après l’injection et 53,6 % entre 12 et 24 mois après l’injection [3]. Toutefois, le délai de report des chaleurs peut être supérieur à 24 mois [5].

EFFETS INDÉSIRABLES LORS D’UNE ADMINISTRATION APRÈS 16 SEMAINES

Une stimulation initiale de l’axe hypothalamo-hypophysaire (effet flare-up) est observée chez les animaux traités, avec une expression qui varie selon les individus. Ainsi, quel que soit l’âge au moment de la pose de l’implant, une augmentation du pourcentage de cellules vaginales kératinisées est notée au cours des huit à dix jours qui suivent l’injection chez toutes les chiennes traitées [3, 4, 6]. De même, une augmentation transitoire de l’œstradiolémie peut être mesurée [6, 5]. Par ailleurs, injecté après l’âge de 16 semaines, c’est-à-dire hors AMM, le traitement peut provoquer l’induction d’un œstrus clinique [3, 4, 1]. Ainsi, sur 34 chiennes traitées entre 16 et 18 semaines, trois ont présenté des chaleurs induites [3]. De même, 37,5 % des chiennes traitées vers l’âge de 7 à 8 mois (6 femelles sur 16) ont montré des signes cliniques d’œstrus huit jours après l’injection [4, 6]. Un traitement répété à 4,5 mois d’intervalle à partir de l’âge de 4,5 mois se traduit, à 18 mois, par une absence d’évolution de l’appareil génital qui reste à un stade immature, sur le plan macroscopique comme sur le plan histologique ; il n’existe pas d’étude sur l’évolution de l’appareil génital après l’arrêt du traitement [6].

ABSENCE PROBABLE D’EFFETS INDÉSIRABLES SUR LA FERTILITÉ ULTÉRIEURE

Un traitement unique avec un implant de desloréline dosé à 4,7 mg ne semble pas avoir d’impact sur la périodicité des cycles ultérieurs [3]. Les données ne sont pas suffisamment nombreuses à ce jour pour que les effets du traitement sur la fertilité soient cernés avec certitude. Néanmoins, les quelques tentatives de mise à la reproduction (n = 9 chiennes), effectuées dans les deux ans après le traitement, n’ont pas montré d’anomalie sur la fertilité et ont permis d’obtenir des gestations et des portées normales [3].

ABSENCE DE DÉVELOPPEMENT DE L’APPAREIL GÉNITAL ET RETARD DE FERMETURE DES CARTILAGES DE CROISSANCE

L’absence de développement de la vulve peut favoriser l’apparition de vaginites ou de cystites [5]. Cet élément est par conséquent à prendre en compte dans la décision thérapeutique, surtout chez les chiennes déjà prédisposées à ces affections en raison d’un repli cutané périnéal important (par exemple mastiff, sharpei). Un traitement unique ne semble pas avoir d’effet sur le poids, la hauteur au garrot et la longueur de l’humérus. Cependant, la fermeture des cartilages de croissance est retardée de quelques semaines chez les chiennes traitées. Aucune fracture de type Salter-Harris en lien avec le traitement n’est toutefois rapportée [5]. Les effets indésirables décrits chez la chienne adulte (incontinence urinaire, métropathies, affections ovariennes) après la répétition du traitement ne sont à ce jour pas signalés chez la chienne impubère.

Références

  • 1. Brändli S, Palm J, Kowalewski MP et coll. Long-term effect of repeated deslorelin acetate treatment in bitches for reproduction control. Theriogenology 2021;173:73-82.
  • 2. CVMP. Post-authorisation summary of positive opinion for Suprelorin. Committee for Veterinary Medicinal Products. 2022. https://www.ema.europa.eu/en/medicines/veterinary/summaries-opinion/suprelorin
  • 3. Gontier A, Youala M, Fontaine C et coll. Efficacy and safety of 4.7 mg deslorelin acetate implants in suppressing oestrus cycle in prepubertal female dogs. Animals (Basel). 2022;12(24):3504.
  • 4. Karadag MA, Schäfer-Somi S, Demir MC et coll. Short-term clinical and hormonal effects of a deslorelin implant on late-prepubertal bitches, based on flare-up signs. Theriogenology. 2023;209:162-169.
  • 5. Kaya D, Schäfer-Somi S, Kurt B et coll. Clinical use of deslorelin implants for the long-term contraception in prepubertal bitches: effects on epiphyseal closure, body development, and time to puberty. Theriogenology. 2015;83(7):1147-1153.
  • 6. Marino G, Rizzo S, Quartuccio M et coll. Deslorelin implants in pre-pubertal female dogs: short- and long-term effects on the genital tract. Reprod. Domest. Anim. 2014;49(2):297-301.
  • 7. Navarro C, Schober PA. Pharmacodynamics and pharmacokinetics of a sustained-release implant of deslorelin in companion animals. Proc. 7th International Symposium on Canine and Feline Reproduction (ISCFR), Whistler, Canada. IVIS. 2012.

Conflit d’intérêts : aucun

CONCLUSION

Chez la chienne prépubère en bonne santé, l’implant de desloréline permet de différer la puberté de quelques mois. Les effets indésirables rapportés sont mineurs et le traitement ne semble pas avoir d’effet délétère sur la fertilité ultérieure. Cependant, tous les effets potentiels du traitement ne sont pas encore documentés. Administré après l’âge de 16 semaines, l’implant de desloréline peut provoquer l’induction d’un œstrus. Pour obtenir le report des chaleurs souhaité, il est donc important de respecter les conditions préconisées par l’AMM, c’est-à-dire d’injecter le traitement entre 12 et 16 semaines d’âge.

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