UTILISATION DE LA BIOMODULATION PAR FLUORESCENCE POUR LA CICATRISATION D’UNE PLAIE CUTANÉE CHRONIQUE - Le Point Vétérinaire n° 452 du 01/04/2024
Le Point Vétérinaire n° 452 du 01/04/2024

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq
**(DipECVS)

Technique de stimulation cellulaire par l’application d’une lampe LED, la biomodulation par fluorescence diminue l’inflammation du derme et améliore la réépithélialisation permettant d’obtenir une peau cicatricielle de meilleure qualité.

Un chien teckel mâle castré, âgé de 4 ans, est référé en consultation pour la prise en charge d’une plaie située au niveau des coussinets digitaux.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Anamnèse et signes cliniques

L’animal a été adopté deux ans auparavant, au moment où il a présenté une ostéomyélite de la troisième phalange du doigt V du membre thoracique droit. Une amputation de ce doigt a alors été réalisée. Quelques semaines plus tard, probablement à la suite d’un changement de ses aplombs, une plaie est apparue caudalement aux coussinets de ses doigts III et IV.

Divers types de pansements ont été essayés sur cette plaie pendant deux ans, et associés à une antibiothérapie (amoxicilline et acide clavulanique, puis céfalexine) pendant plusieurs semaines. Des couches de contact à base de miel, à base d’hydrocolloïdes, ou de tulle gras ont été appliquées, sans amélioration durable. Les propriétaires ont également essayé de laisser la plaie à l’air libre en mettant une collerette à l’animal et en la désinfectant quotidiennement, mais aucune régression n’a été observée.

À l’admission, le chien présente une zone ulcérée peu profonde, abrasive et modérément suppurative, située sur la zone de jonction des coussinets plantaires des doigts III et IV du membre thoracique droit (photo 1).

2. Prise en charge

Une ponction à l’aiguille fine est réalisée en vue d’une analyse cytologique. Une lésion inflammatoire avec une composante pyogranulomateuse est mise en évidence, sans cellules tumorales ni surinfection. Deux stratégies sont proposées : la réalisation de biopsies de la lésion afin d’en préciser la nature ou la mise en place de séances de biomodulation par fluorescence (BMF), à l’aide d’une lampe LED(1), les biopsies n’étant alors programmées qu’en cas d’échec. Les propriétaires choisissent la seconde option.

Une première séance de BMF est réalisée le jour même chez le chien vigil. Une première couche de 2 mm de gel mélangé aux chromophores est appliquée sur la plaie, puis la lumière pendant deux minutes. Le gel est retiré à l’aide d’une compresse. La même procédure est réalisée une seconde fois. La bottine, qui depuis plusieurs mois protège la zone après une désinfection quotidienne de la plaie, est remise en place. Un contrôle local est réalisé une semaine plus tard (photo 2). Une réduction de la zone ulcérée est notée. Une deuxième et une troisième séances sont réalisées à J7 et à J14. La plaie a régressé jusqu’à environ un quart de sa taille initiale (photo 3). À J21, l’épithélialisation est complète (photo 4). Une dernière séance de BMF est réalisée à ce stade. Une solution tannante est ensuite appliquée deux fois par semaine pendant trois semaines, puis la bottine est progressivement retirée tout en allongeant le temps des promenades.

DISCUSSION

1. Options “classiques” de prise en charge d’une plaie

La cicatrisation d’une lésion cutanée, quelle que soit l’origine de la plaie, peut parfois représenter un défi. Plusieurs options sont envisageables lorsqu’une fermeture en première intention est impossible : la gestion de la plaie en seconde intention, des techniques de relâchement de tension et la réalisation de lambeaux locaux ou axiaux ou encore de greffes libres [1]. La fermeture d’une plaie en seconde intention est longue, coûteuse, et peut aboutir à une cicatrisation fragile, inesthétique et douloureuse. Les techniques fondées sur le relâchement de tension cutanée sont valables pour des plaies petites à moyennes et nécessitent parfois des pansements sur une longue période. Les lambeaux cutanés sont utiles pour des plaies moyennes à grandes, mais ils doivent être proches du site receveur et ne concernent pas toutes les régions du corps [1]. La réalisation d’une greffe cutanée est possible dans toutes les localisations, mais nécessite la présence d’un site receveur sain et une immobilisation parfaite de la zone pendant la première semaine, après laquelle la greffe possède son propre réseau vasculaire. Elle aboutit souvent à la formation d’une peau fragile, qui peut être source de complications dans une zone de tension ou de pression cutanée (zone d’articulation ou d’appui du membre). Dans le cas présenté, une greffe de coussinet aurait été une option envisageable en cas d’échec de la prise en charge choisie (moins invasive). Cette technique présente de bons résultats fonctionnels [1].

2. Options innovantes de prise en charge d’une plaie

De nouvelles techniques sont constamment étudiées dans la prise en charge des plaies. L’application d’acide hyaluronique ou de facteurs de croissance, la mise sous vide ou encore le caisson hyperbare en sont des exemples [2]. La BMF est une technique de stimulation cellulaire par l’application d’une lampe LED, dont le spectre de longueurs d’onde est élargi par des molécules appelées chromophores. La lampe n’émet pas de chaleur, mais induit des mécanismes cellulaires en activant des photorécepteurs. Chez l’humain, le BMF fait partie des traitements “de base” lors de cicatrisation difficile ou de patient à risque. Cette technique présente une grande sécurité d’utilisation. Des lunettes de protection doivent être portées par le praticien et/ou l’animal si le site est proche des yeux. Étudiée chez le chien dans le cadre des pyodermites interdigitées et des otites, elle semble diminuer la quantité d’antibiotiques nécessaire à leur prise en charge [3]. Lors de plaies chirurgicales, elle permet d’obtenir une matrice enrichie, diminue l’inflammation du derme et améliore la réépithélialisation. Une étude menée sur dix cas montre que la peau cicatricielle est de meilleure qualité par rapport à celle du groupe témoin [2]. Sur des zones de contact avec le sol, une récidive de l’ulcération est possible. Les plaies fermées peuvent ainsi être renforcées par l’action d’une solution tannante permettant l’épaississement de la couche cornée.

  • (1) Système Phovia®, Vetoquino

Conflit d’intérêts : Aucun

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Skin reconstruction. In: Veterinary Surgery: Small Animal. Elsevier Saunders. 2018:1396-1550.
  • 2. Salvaggio A, Magi GE, Rossi G et coll. Effect of the topical Klox fluorescence biomodulation system on the healing of canine surgical wounds. Vet. Surg. 2020;49 (4):719-727.
  • 3. Marchegiani A, Spaterna A, Cerquetella M et coll. Fluorescence biomodulation in the management of canine interdigital pyoderma cases: a prospective, single-blinded, randomized and controlled clinical study. Vet. Dermatol. 2019;30 (5):371-e109.
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