PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR CHEZ LES BOVINS ACCIDENTÉS DESTINÉS À L’ABATTOIR - Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024
Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024

ANALGÉSIE BOVINE

Thérapeutique

Auteur(s) : Solène Toussaint*, Yassine Mallem**

Fonctions :
*Unité de pharmacologie
et toxicologie d’Oniris
101 route de Gachet
44300 Nantes

Des solutions existent pour soulager la douleur chez un bovin accidenté transportable à l’abattoir, permettant ainsi de respecter, dans la mesure du possible, le bien-être animal.

Parmi les bovins qui sont destinés à l’abattoir, les vétérinaires peuvent être confrontés à des cas particuliers. La situation la plus délicate est celle des bovins qui n’entrent pas dans la catégorie des animaux malades et sont considérés comme aptes à être transportés, mais qui présentent des signes de douleur. Il convient de trouver des solutions thérapeutiques adaptées, utilisables dans le respect du bien-être animal et de la sécurité sanitaire des aliments.

DÉFINITION D’UN ANIMAL TRANSPORTABLE

L’aptitude d’un animal à voyager est définie par le règlement CE n° 1/2005 relatif à la protection des animaux pendant le transport et les opérations annexes. Ce texte précise qu’un animal est considéré comme transportable lorsque les conditions de son transport n’aggravent pas son état et n’engendrent ni blessure ni souffrance supplémentaire [1]. Un animal considéré comme apte au transport et accidenté depuis moins de 48 heures peut donc être envoyé d’urgence à l’abattoir, accompagné d’un certificat vétérinaire d’information rédigé par le vétérinaire sanitaire, qui réalise un examen clinique et liste les substances thérapeutiques utilisées, le cas échéant [3].

Pour le bien-être de l’animal, un traitement antidouleur est recommandé au moment où le vétérinaire procède à l’examen. Les règles d’aptitude au transport à l’abattoir d’un animal douloureux doivent être respectées. Toute prescription d’un médicament antidouleur pour rendre le transport envisageable doit être évitée chez les animaux accidentés jugés inaptes à voyager.

ARSENAL THÉRAPEUTIQUE

1. Molécules disponibles

Plusieurs molécules permettent de soulager la douleur aiguë chez les bovins (tableau) [2, 4, 5]. Néanmoins, dans le cas d’animaux qui doivent partir à l’abattoir dans la limite des 48 heures, la plupart ne sont pas utilisables en raison de temps d’attente trop longs. Parmi les anti-infl ammatoires non stéroïdiens (AINS), seul le kétoprofrène administré par voie intraveineuse, avec un temps d’attente d’un jour, est recommandé. En effet, la prescription d’un antidouleur pour un animal accidenté et transportable doit tenir compte du temps d’attente pour la viande, dans la limite des 48 heures. C’est pourquoi, parmi les AINS autorisés chez les bovins, le kétoprofène (Ketodolore®, Kelaprofen®) en administration intraveineuse est l’option la plus appropriée, car il confère une analgésie longue avec un temps d’attente très court.

La xylazine est généralement considérée comme une solution intéressante, en raison de son temps d’attente dans la viande d’un jour également, mais son bénéfice est limité par une courte durée d’action antalgique.

L’injection de procaïne (Pronestesic®) peut aussi être envisagée chez l’animal accidenté, au niveau de la zone douloureuse, au moins deux fois par jour car, si son temps d’attente dans la viande est nul, sa durée d’action est courte.

2. Autres solutions de soutien

Il existe des solutions complémentaires et/ou alternatives à l’utilisation d’AINS pour prendre en charge la douleur des animaux destinés à l’abattoir :

- une plaie peut être lavée, désinfectée et parée avant le départ : une suture de la zone lésée est réalisée si nécessaire pour permettre le transport de l’animal dans de bonnes conditions et son acceptation par les services vétérinaires à l’abattoir, mais dans ce cas elle doit dater d’au moins 48 heures au moment de l’inspection ante mortem de l’animal ;

- un soutien locomoteur peut être mis en place : un parage curatif, accompagné si besoin de la pose d’une talonnette, permet de soulager un animal modérément boiteux, mais toujours transportable ;

- des antispasmodiques peuvent théoriquement être utilisés : certaines molécules, telles que la scopolamine (Spasmipur®), sont à envisager pour traiter les manifestations spasmodiques et douloureuses associées à certains accidents.

Cette molécule possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les bovins et s’utilise à la dose de 0,2 à 0,4 mg/kg de poids vif par voie intraveineuse. Cependant, un temps d’attente pour la viande et les abats de 48 heures limite son intérêt.

Références

  • 1. Eurogroup for animals, UECBV, Animal’s Angels, FVE, IRU, ELT. Guide pratique pour évaluer l’aptitude au transport des gros bovins. 2012:52p.
  • 2. Flower FC, Sedlbauer M, Carter E et coll. Analgesics improve the gait of lame dairy cattle. J. Dairy Sci. 2008;91 (8):3010-3014.
  • 3. Helle B. Prise en charge des bovins accidentés en France de 2018 à 2019 : réglementation, gestion de la fin de vie, évolutions récentes des pratiques et perspectives. Thèse doctorat vétérinaire, ENV d’Alfort. 2021:136p.
  • 4. Ley S, Waterman A, Livingston A. The influence of chronic pain on the analgesic effects of the alpha 2-adrenoceptor agonist, xylazine, in sheep. J. Vet. Pharmacol. Ther. 1991;14 (2):141-144.
  • 5. Rialland P, Holopherne D, Gogny M et coll. Pharmantidouleuri-douleur chez les animaux d’élevage. Bull. GTV. 2008;(44):27-34

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

L’arsenal thérapeutique disponible pour la prise en charge de la douleur aiguë chez les bovins accidentés et aptes au transport vers un abattoir est très limité, ce qui est problématique pour le bien-être animal. De nombreux animaux sont envoyés à l’abattoir sans que leur douleur ne soit prise en charge, notamment pour la durée du transport. Le protocole antalgique dépend moins du palier ou de l’intensité de la douleur que de la durée d’action et du temps d’attente pour la viande de la molécule choisie. Le kétoprofène par voie intraveineuse, seul ou associé à la procaïne, peut être utilisé pour réduire la douleur chez l’animal accidenté. L’analgésie des bovins accidentés envoyés à l’abattoir reste malgré tout un sujet de recherche qui mériterait d’être développé durant les années à venir.

Les auteurs adressent leurs remerciements au Professeur Jean-Michel Cappelier pour sa relecture et sa participation à la rédaction de cet article. Ils remercient également le Docteur Eric Vandaele pour ses conseils et pour les documents transmis pour la préparation de cet article.
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