Étape 10 : PRISE EN CHARGE D’UNE FEMELLE INFERTILE - Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024
Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024

Pathologie de la reproduction en 10 étapes

Auteur(s) : Camille Langlade

Fonctions : (DipECAR)Centre d’étude et de recherche en reproduction
et élevage des carnivores (Cerrec)
VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat
69280 Marcy l’Étoile

Les causes d’infertilité chez la femelle sont très nombreuses et diffèrent selon l’espèce, d’où la nécessité d’adopter une démarche rigoureuse.

L’infertilité désigne la difficulté à concevoir et à produire des chiots ou des chatons viables après une mise à la reproduction (absence ou portée de petite taille). Il s’agit d’un motif de consultation non spécifique qui englobe de nombreuses causes : l’infertilité peut provenir de la femelle, du mâle, des deux partenaires ou parfois d’aucun (mise à la reproduction au mauvais moment). Chez la femelle, l’absence de chiots ou de chatons (infertilité) ou une portée de petite taille (hypofertilité ou subfertilité) sont dues soit à un défaut de conception, soit à un arrêt au cours de la gestation. Cet article aborde les principales causes d’infertilité chez la chienne et la chatte et la conduite à tenir (encadrés 1 et 2).

L’INFERTILITÉ CHEZ LA CHIENNE

Il n’existe pas de définition précise de l’infertilité canine. Au Centre d’étude et de recherche en reproduction et élevage des carnivores (Cerrec), une femelle est considérée comme infertile lorsqu’elle n’a produit aucun chiot après une mise à la reproduction avec un suivi des chaleurs effectué en amont. En l’absence de suivi de chaleurs, l’infertilité est classiquement définie comme l’absence de chiots produits après deux tentatives de mise à la reproduction.

1. Recueil des commémoratifs et de l’anamnèse

La prise en charge de la chienne infertile commence par un recueil complet des commémoratifs et de l’anamnèse : l’environnement, l’alimentation, les antécédents médicaux (de la chienne mais aussi de la lignée et de l’élevage), les traitements reçus (en particulier hormonaux) et l’historique reproductif. Le recueil des dates des chaleurs permet de mettre en évidence une anomalie de la cyclicité et de la prendre en charge(1). Lorsque la chienne a déjà été mise à la reproduction, il est important de savoir si des suivis de chaleurs ont été réalisés, le type de mise à la reproduction choisi (saillie ou insémination, déroulement de la saillie), la semence utilisée (fraîche, réfrigérée ou congelée), si un spermogramme a été réalisé en amont, si des diagnostics et des suivis de gestation ont été mis en place, et le nombre de chiots nés vivants.

2. Suivi des chaleurs

La cause la plus fréquente d’infertilité dans l’espèce canine est une mise à la reproduction au mauvais moment [14]. Il s’agit dans ce cas d’une infertilité dite apparente. La plupart des chiennes ovulent entre dix et quatorze jours après le début des chaleurs, mais certaines peuvent ovuler très tôt (dès le cinquième jour), voire très tard (au trentième jour) [2]. Une mauvaise détection du début des chaleurs est parfois en cause, mais ce n’est pas toujours le cas. La prise en charge consiste à effectuer un suivi de chaleurs rigoureux, jusqu’à la confirmation de l’ovulation(2). Le suivi de chaleurs comprend des dosages de progestérone, des frottis vaginaux et des échographies ovariennes (photos 1a et 1b). Ce suivi permet de confirmer l’ovulation - ce qui écarte l’hypothèse d’un cycle anovulatoire - et de présenter la femelle au mâle au bon moment. Il existe une grande variabilité entre les chiennes et, pour une même chienne, entre les cycles. Par exemple, une femelle qui a ovulé une première fois à J13 après le début des chaleurs ne va pas forcément rester constante tout au long de sa vie et toujours ovuler à J13. Aussi, un suivi des chaleurs est nécessaire à chaque mise à la reproduction.

3. Infertilité liée au mâle

L’infertilité liée au mâle est également une cause fréquente de défaut de conception chez la femelle et doit être prise en compte (3]. Elle peut être due à l’âge, à un trouble prostatique(3), à une affection pénienne(4), à une tumeur testiculaire, à une orchite auto-immune, à un traitement ou à toute affection entraînant une élévation de température globale ou locale. Cependant, dans plus de la moitié des cas, la cause d’infertilité acquise chez le chien n’est pas connue [1]. Un spermogramme réalisé au moment de l’insémination, ou quelques jours avant, permet de vérifier la qualité de la semence.

4. Examen clinique général et de l’appareil génital

Dans la plupart des cas, les chiennes infertiles sont asymptomatiques. Néanmoins, l’examen clinique permet d’évaluer la conformation vulvaire (vulve barrée, ptose vaginale) et le toucher vaginal de détecter une bride ou un septum vaginal. Ces anomalies de conformation peuvent empêcher la saillie et ainsi compromettre la reproduction. Pour compléter l’examen de l’appareil reproducteur, une échographie des ovaires et de l’utérus est requise.

5. Prise en charge médicochirurgicale

Les anomalies ovariennes (kystes ovariens hormono-sécrétants, tumeur) ou utérines (hyperplasie glandulokystique, pyomètre, mucomètre, endométrite) compromettent la fertilité. La prise en charge d’un kyste hormono-sécrétant chez la chienne reproductrice passe par une ponction du kyste, une kystectomie ou une hémi-ovariectomie, mais les récidives ne sont pas exclues. Dans le cas d’une tumeur ovarienne, une ovario- hystérectomie est indiquée, ce qui exclut la chienne de la reproduction (photo 2). Pour le pyomètre, il existe un traitement médical réservé aux jeunes chiennes reproductrices, stables et ne présentant pas d’autres affections ovariennes(5). Les infections de l’appareil génital, telles que la vaginite ou l’endométrite, peuvent nuire à la fertilité en créant un environnement hostile aux spermatozoïdes et/ou aux embryons.

Le diagnostic des vaginites est établi sur la base de signes cliniques et/ou cytologiques. Dans ce cas, un examen bactériologique du vagin profond peut être réalisé, associé à un antibiogramme. Comme le vagin de la chienne n’est pas stérile, le fait d’y détecter des bactéries n’est pas suffisant pour conclure à une infection et mettre en place une antibiothérapie [14]. En particulier, les mycoplasmes font partie de la flore vaginale commensale [9, 10]. Il est plus précis d’effectuer une culture bactérienne directement dans l’utérus au moment du diagnostic ou pendant l’oestrus. Une quantification bactérienne est indispensable pour pouvoir interpréter les résultats. L’antibiothérapie systématique au moment de la mise à la reproduction est à proscrire. En outre, tout arrêt de la gestation aboutit à une infertilité (photo 3) [6, 13]. Le diagnostic de gestation par échographie dès 21 jours postovulation doit être systématiquement réalisé afin d’orienter la suspicion vers une anomalie de conception ou un défaut de maintien de la gestation. Pour les chiennes à risque, un suivi hebdomadaire de la gestation, par échographie et dosage de la progestéronémie, est recommandé(6).

L’INFERTILITÉ CHEZ LA CHATTE

Une chatte est considérée comme infertile lorsque aucun chaton n’est produit après deux mises à la reproduction consécutives. Dans une étude récente portant sur les performances reproductives de chattes de race en France, le taux de gestation s’élevait à 85 % et, parmi les chattes gestantes, 8 % n’avaient pas mené leur gestation à terme [7].

1. Déroulement de l’accouplement

Vérifier le déroulement de l’accouplement est primordial dans l’espèce féline, l’ovulation étant déclenchée par le coït. Les conditions de la saillie (âge et expérience des deux partenaires, au domicile du mâle puisque le chat est une espèce territoriale), le moment, le nombre et la fréquence des accouplements sont importants. Une seule saillie ne déclenche l’ovulation que dans la moitié des cas. Une saillie le premier jour de l’oestrus peut déclencher une ovulation, mais les ovocytes libérés sont de moindre qualité [4, 5]. Par conséquent, plusieurs accouplements sont recommandés chez la chatte, le deuxième puis le troisième jour des chaleurs, à raison de trois à quatre saillies pendant l’oestrus idéalement. L’observation d’un chevauchement ne suffit pas à affirmer que l’accouplement a eu lieu.

Pendant l’intromission du pénis (très brève, d’une durée de dix à quinze secondes), la chatte émet un miaulement particulier (grognement ou cri coïtal). Immédiatement après la saillie, la femelle devient agressive envers le mâle, se roule et se lèche frénétiquement la vulve (réaction postcoïtale). Ces comportements typiques, en particulier les roulades, permettent de confirmer que la saillie a bien eu lieu [11].

2. Anomalies du cycle

Un cycle anovulatoire est également une cause d’infertilité. Pour confirmer l’ovulation, un dosage de la progestérone doit être effectué une semaine après la dernière saillie. Une concentration en progestérone supérieure à 5 ng/ml confirme l’ovulation. À l’inverse, des ovulations spontanées peuvent aussi se produire, surtout chez les chattes vivant en collectivité. Pour éviter de présenter au mâle une femelle qui a déjà ovulé (dioestrus) ou pour s’assurer que celle-ci est bien en oestrus, un frottis vaginal, une échographie ovarienne et un dosage de la progestérone peuvent être effectués avant la rencontre.

3. Affections utérines

Dans une étude récente portant sur neuf chattes infertiles, six présentaient des lésions histologiques d’hyperplasie endométriale [12]. Les affections utérines (endométrite, hyperplasie glandulokystique, mucomètre, hydromètre et pyomètre) semblent être des causes importantes d’infertilité chez la chatte (photo 4) [4]. L’échographie et surtout l’histologie sur une biopsie sont nécessaires à l’établissement du diagnostic.

4. Infertilité due au mâle

De même que dans l’espèce canine, l’infertilité peut aussi être liée au mâle. Un examen clinique général (en particulier de la gueule et de l’appareil orthopédique), génital (échographie des testicules) et un spermogramme peuvent être proposés pour explorer cette hypothèse [8]. Lors de l’accouplement, le mâle immobilise la femelle en la mordant au niveau du garrot. Une stomatite, une gingivite ou autre affection buccale peut être responsable d’une douleur et ainsi gêner l’accouplement.

5. Arrêt de la gestation

L’infertilité est parfois due à une interruption de la gestation. Cet arrêt peut être ojectivé au moyen d’un diagnostic de gestation précoce, dès dix à quinze jours après la dernière saillie [4]. L’insuffisance lutéale n’est pas décrite chez la chatte.

  • (1) Voir l’article « Prendre en charge les anomalies du cycle chez la chienne » dans Le Point vétérinaire n° 440, avril 2023.

  • (2) Voir l’article « Prendre en charge la mise à la reproduction d’une femelle » dans Le Point vétérinaire n° 428, avril 2022.

  • (3) Voir l’article « Prise en charge des affections prostatiques » dans Le Point vétérinaire n° 447, novembre 2023.

  • (4) Voir l’article « Prise en charge des affections péniennes » dans Le Point vétérinaire n° 449/450, janvier-février 2024.

  • (5) Voir l’article « Prise en charge du pyomètre chez la chienne et chez la chatte » dans Le Point vétérinaire n° 445, septembre 2023.

  • (6) Voir l’article « Prendre en charge une gestation chez la chienne » dans Le Point vétérinaire n° 433, septembre 2022.

Références

  • 1. Domoslawska A, Zdunczyk S. Clinical and spermatological findings in male dogs with acquired infertility: a retrospective analysis. Andrologia. 2020;52 (11):e13802.
  • 2. England GCW. Infertility in the bitch and queen. In: V eterinary Reproduction and Obstetrics, 10th edition. Elsevier Saunders. 2019:593.612.
  • 3. Fontbonne A. Infertility in bitches and queens: recent advances. Rev. Bras. Reprod. Anim. 2011;35 (2):202.209.
  • 4. Fontbonne A, Prochowska S, Niewiadomska Z. Infertility in purebred cats: a review of the potential causes. Theriogenology. 2020;158:339.345.
  • 5. Fontbonne A. Infertility in queens: clinical approach, experiences and challenges. J. Feline Med. Surg. 2022;24 (9):825.836.
  • 6. Fontbonne A. Causes of pregnancy arrest in the canine species. Reprod. Domest. Anim. 2023;58 (Suppl 2):72.83.
  • 7. Fournier A, Masson M, Corbière F et coll. Epidemiological analysis of reproductive performances and kitten mortality rates in 5,303 purebred queens of 45 different breeds and 28,065 kittens in France. Reprod. Domest. Anim. 2017;52 (Suppl 2):153.157.
  • 8. Johnson AK. Normal feline reproduction: the tom. J. Feline Med. Surg. 2022;24 (3):212.220.
  • 9. Konter G. Infection vaginale à mycoplasmes chez la chienne : étude de l’intérêt d’un traitement antibiotique pendant la gestation. Thèse de doctorat vétérinaire, VetAgro Sup. 2021:118p.
  • 10. Kustritz MVR. Microbiology. In: The Dog Breeder’s Guide to Successful Breeding and Health Management. Elsevier Saunders. 2006:47.58.
  • 11. Kustritz MVR. Clinical Canine and Feline Reproduction: Evidence-Based Answers. Wiley-Blackwell. 2009:332p.
  • 12. Niewiadomska Z, Adib-Lesaux A, Reyes-Gomez E et coll. Uterine issues in infertile queens: nine cases. Anim. Reprod. Sci. 2023;251:107225.
  • 13. Verstegen J, Dhaliwal G, Verstegen-Onclin K. Canine and feline pregnancy loss due to viral and non-infectious causes: a review. Theriogenology. 2008;70 (3):304.319.
  • 14. Wilborn RR, Maxwell HS. Clinical approaches to infertility in the bitch. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2012;42 (3):457.468.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Chez la chienne comme chez la chatte, l’infertilité est souvent apparente, liée à une mise à la reproduction au mauvais moment ou à un déroulé de la saillie inapproprié. L’infertilité du mâle doit également être considérée avant de conclure à l’existence d’une affection chez la femelle.

Encadré 1 : CONDUITE À TENIR FACE À UNE CHIENNE INFERTILE

• Réaliser un examen clinique et échographique préalable à la mise à la reproduction afin de déceler les anomalies de conformation de l’appareil génital.

• Effectuer un suivi de chaleurs jusqu’à l’ovulation.

• Contrôler le mâle via la réalisation d’un spermogramme.

• Faire une insémination intra-utérine, indiquée en cas d’infertilité*.

• Établir un diagnostic de gestation par échographie.

- Mettre en place un suivi de gestation (échographie et dosage de la progestérone).

* Voir l’article « L’insémination chez le chien » dans Le Point vétérinaire n° 431/432, juillet-août 2022.

Encadré 2 : CONDUITE À TENIR FACE À UNE CHATTE INFERTILE

• Vérifier les conditions de la mise à la reproduction (âge, expérience des reproducteurs).

• Exclure d’éventuelles affections utérines et ovariennes au moyen d’une échographie.

• Vérifier que la femelle est en chaleurs avant de la présenter au mâle (frottis vaginal, échographie et/ou dosage de la progestérone).

• Observer et quantifier les saillies.

• Vérifier que l’ovulation a bien eu lieu (dosage de la progestérone une semaine après les saillies).

• Établir un diagnostic de gestation dès dix à quinze jours après la dernière saillie.

Points clés

• Chez la chienne, la plupart des cas d’infertilité sont dus au choix inadapté du moment de la mise à la reproduction (infertilité apparente).

• Chez la chatte, l’accouplement est souvent en cause lors d’infertilité (date de la saillie, nombre et fréquence des coïts).

• L’infertilité peut être due à l’absence de fécondation (saillie inexistante ou au mauvais moment, cycle anovulatoire, etc.).

• L’infertilité peut être secondaire à un arrêt de la gestation (résorption, affection utérine, infection, insuffisance lutéale chez la chienne, etc.).

• Face à une infertilité, les deux reproducteurs sont concernés. La gestion de la mise à la reproduction doit prendre en considération la femelle et le mâle.

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr