BOITERIE DU MEMBRE THORACIQUE GAUCHE CHEZ UNE CHIENNE - Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024
Le Point Vétérinaire n° 451 du 01/03/2024

ORTHOPÉDIE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, Guillaume Reinsch**, Jean-François Boursier***

Fonctions :
*Clinique TouraineVet
12 rue des Internautes
37210 Rochecorbon
**(DipECVS)

PRÉSENTATION CLINIQUE

Une chienne labrador stérilisée, âgée de 1 an, est référée pour l’exploration d’une boiterie du membre thoracique gauche qui évolue depuis deux mois. La boiterie est apparue au cours d’une promenade, sans traumatisme observé, et n’a pas rétrocédé à la suite d’un traitement anti-infl ammatoire non stéroïdien mis en place par le vétérinaire traitant (méloxicam, dose et durée non renseignées).

À l’examen clinique, l’animal apparaît en bon état général avec des constantes dans les valeurs usuelles. L’examen orthopédique à distance révèle une boiterie intermittente du membre thoracique gauche avec un report d’appui. L’examen orthopédique rapproché met en évidence une douleur lors de l’hyperextension et de l’hyperfl exion du coude gauche, ainsi que lors de la palpation des diaphyses ulnaire et radiale gauches. L’examen neurologique est normal. Des radiographies du coude gauche sont réalisées sous sédation (photos 1 et 2).

Qualité et description des images radiographiques

La densité, le contraste et la netteté des images radiographiques sont corrects. La qualité des clichés est suffisante pour l’interprétation.

Une augmentation diffuse et homogène de la densité médullaire est visible sur la moitié proximale de la diaphyse ulnaire. Une atténuation de la limite cortico-médullaire osseuse est notée en regard de cette lésion. La congruence articulaire radio-ulnaire, huméro-radiale et huméro-ulnaire est correcte. Le processus anconé et le processus coronoïde médial de l’ulna sont lisses et réguliers. Les tissus mous périphériques présentent un aspect normal.

Interprétation et diagnostic

Les lésions radiographiques observées sont compatibles avec une panostéite, localisée au niveau de la partie proximale de la diaphyse de l’ulna gauche.

DISCUSSION

La panostéite est une affection idiopathique autolimitante de la moelle osseuse des diaphyses des os longs, qui touche majoritairement les chiens de grande taille en croissance (dogue allemand, saint-bernard, bouvier bernois, terre-neuve, berger allemand, etc.). Elle est plus rarement rapportée chez des chiens de petit format (schnauzer miniature, scottish-terrier) [3]. La plupart des animaux atteints ont entre 5 et 12 mois, mais l’âge peut varier de 2 mois à 5 ans [3]. Le diagnostic repose sur l’association d’un contexte anamnestico-clinique et de lésions radiographiques évocatrices. La panostéite se manifeste le plus souvent par une boiterie d’un ou de plusieurs membres, de manière simultanée ou successive, associée à une douleur à la palpation-pression des diaphyses osseuses [1].

Les lésions radiographiques peuvent être uniques ou multifocales, et intéresser un ou plusieurs os (forme monostotique ou polyostotique, respectivement) [2]. Elles évoluent selon le stade de la maladie : en début d’évolution, des plages circonscrites d’une densité similaire à la corticale osseuse sont observées au sein de la cavité médullaire des os longs, le plus souvent à proximité d’un foramen nourricier [2]. Ces lésions peuvent ensuite s’étendre et former des plages diffuses et homogènes, comme dans le cas présenté [2]. Chez un tiers des chiens, des réactions périostées lisses se développent sur les diaphyses atteintes [2]. Plusieurs semaines ou mois plus tard, ces lésions d’augmentation de l’opacité médullaire se résolvent et laissent place à un aspect grossier de la trabéculation osseuse, qui peut à terme retrouver une apparence normale [2]. Un épaississement de la corticale osseuse peut néanmoins persister [1]. Lors d’atteinte multifocale, les lésions radiographiques ne sont pas nécessairement similaires à un instant donné, et la maladie peut évoluer sur plusieurs mois [2]. La sévérité et la localisation des lésions radiographiques ne sont pas toujours corrélées à l’intensité des signes cliniques [2]. La pathogénie de la panostéite est incomplètement élucidée. Sa prise en charge repose essentiellement sur un traitement symptomatique (mise au repos, administration d’analgésiques, etc.) [3].

Références

  • 1. Böhning RH, Suter PF, Hohn RB et coll. Clinical and radiologic survey of canine panosteitis. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1970;156 (7):870-883.
  • 2. Thrall DE. Textbook of Veterinary Diagnostic Radiology, 6th edition. Elsevier Saunders. 2012:271-273.
  • 3. Towle HA, Breur GJ. Miscellaneous orthopedic conditions. In: Veterinary Surgery: Small Animal, 1st edition. Elsevier Saunders. 2011:1118.

Conflit d’intérêts : Aucun

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