PRISE EN CHARGE D’UNE HERNIE DISCALE THORACO-LOMBAIRE PAR HÉMILAMINECTOMIE CHEZ UN TECKEL - Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024
Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

La hernie discale est la cause la plus fréquente de paraparésie ou de paraplégie chez les races chondrodystrophiques. Le pronostic est favorable tant que la nociception est conservée.

Un chien teckel, âgé de 3 ans, est référé à la suite de l’apparition brutale d’une paralysie des membres pelviens survenue la veille. Une injection d’anti-inflammatoires a été réalisée par le vétérinaire traitant sans apporter d’amélioration notable.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Examen clinique et démarche diagnostique

L’examen clinique général de l’animal ne montre pas d’anomalie significative. L’examen nerveux confirme l’existence d’une paralysie spastique des membres pelviens. Les réflexes de retrait et fémoro-patellaires sont normaux. La nociception est présente bilatéralement. Une myélopathie située sur le segment T3-L3 est suspectée. L’examen tomodensitométrique met en évidence la présence d’un matériel d’atténuation minérale comprimant la moelle spinale au niveau de sa portion ventro-latérale à gauche, dorsalement au disque L1-L2 (photos 1a et 1b). Ce matériel est responsable de l’occupation d’environ 60 % de la surface du canal médullaire en coupe transverse. Une décompression chirurgicale par hémilaminectomie est conseillée.

2. Traitement

Sous anesthésie générale, l’animal est placé en décubitus ventral. Un abord dorsal de la colonne est réalisé après la palpation de la dernière côte. Les apophyses articulaires gauches de T13, L1 et L2 sont libérées de leurs attaches musculaires. Une hémilaminectomie centrée sur l’apophyse articulaire L1-L2 est effectuée à la fraise chirurgicale. La fenêtre osseuse permet un accès au canal médullaire. Ainsi, du matériel compatible avec un mélange de noyau discal et d’hématome perimédullaire est cureté. Après la décompression complète de la moelle, une compresse résorbable stérile est mise en place sur le site d’ouverture osseuse, et le fascia musculaire est suturé. La plaie est ensuite refermée en trois plans.

3. Suivi

Le chien est hospitalisé afin de pouvoir prendre en charge la douleur postopératoire et vidanger la vessie par taxis toutes les six heures. Après quarante-huit heures, l’animal récupère une autonomie mictionnelle et est rendu à ses propriétaires.

Un suivi de la plaie est réalisé par le vétérinaire traitant. La mise en œuvre d’exercices de physiothérapie spécifiques est recommandée aux propriétaires afin de limiter les risques d’amyotrophie et d’ankylose articulaire. Un nouvel examen nerveux est réalisé un mois après l’intervention. L’animal est alors ambulatoire malgré la persistance d’une ataxie médullaire et d’une parésie des membres pelviens, associées à un discret retard proprioceptif. Au second contrôle, réalisé à deux mois postopératoires, la démarche apparaît normale. Un retard proprioceptif modéré est cependant toujours présent à droite.

DISCUSSION

1. Épidémiologie

Une hernie discale est caractérisée par le déplacement d’une partie d’un disque intervertébral hors de sa localisation habituelle. Elle peut être aiguë (extrusion discale, observée principalement chez les races chondrodystrophiques) ou chronique (protrusion discale, plus fréquente chez les chiens âgés de grande taille). Le teckel et le bouledogue français font partie des races chondrodystrophiques les plus fréquemment atteintes par ce type d’affection en France [1].

2. Diagnostic

La neurolocalisation est une étape importante avant les examens complémentaires, notamment lors de compressions multiples sur différents segments médullaires. Le diagnostic final est établi via des examens d’imagerie. L’examen radiographique de la colonne permet d’exclure certaines hypothèses telles qu’une fracture ou une luxation. [1]. La localisation d’une hernie discale est parfois suspectée lors d’un rétrécissement de l’espace intervertébral, mais cette technique est peu fiable et nécessite un positionnement rigoureux de l’animal [1]. La myélographie consiste en une radiographie réalisée après l’injection d’un produit de contraste iodé dans l’espace subarachnoïdien. Elle permet d’accroître la sensibilité diagnostique jusqu’à un taux de 74 à 98 % selon les études [1]. Cependant, une latéralisation de la lésion observée n’est pas toujours possible et le taux de complications n’est pas négligeable (convulsions, dégradation des signes nerveux, etc.) [1]. L’examen tomodensitométrique est rapide et sensible pour la détection des atteintes osseuses et/ou des lésions compressives médullaires, tout en évitant les risques liés à la myélographie. Néanmoins, certaines affections ne sont pas détectables, comme la méningomyélite, l’embolie fibrocartilagineuse, l’extrusion aiguë de noyau pulpeux hydraté, la tumeur intramédullaire ou le diverticule sous-arachnoïdien. De son côté, le myéloscanner permet d’augmenter la sensibilité de l’examen et de discriminer la hernie discale aiguë en cas de compressions multiples. La sensibilité de l’imagerie par résonance magnétique est encore supérieure pour la détection des hernies discales. Elle permet d’exclure l’existence d’affections intradurales concomitantes et d’affiner le pronostic de récupération fonctionnelle [1].

3. Pronostic et traitement

Un traitement médical, incluant du repos, des analgésiques et des anti-inflammatoires, peut être mis en place. La physiothérapie est un atout complémentaire qui contribue à maintenir la masse musculaire et l’amplitude articulaire [1]. Ce type de prise en charge est efficace chez les animaux ambulatoires et parétiques non ambulatoires (80 % de récupération). L’amélioration est toutefois généralement plus longue qu’après une décompression chirurgicale [1]. La réussite du traitement médical n’est que de 60 % chez les animaux qui sont incapables de se mouvoir, et de 21 % en l’absence de nociception [2].

L’hémilaminectomie est la technique de choix pour l’abord des hernies discales thoraco-lombaires. Des techniques mini-invasives sont à l’étude, mais aucune n’a jusqu’ici démontré sa supériorité [1]. Le critère pronostique le plus important dans le cadre d’une hernie discale est l’existence ou non de nociception. En effet, la présence d’une sensibilité douloureuse profonde, se manifestant par la plainte, le regard vers la pince, la tentative de morsure ou de fuite, constitue le signe d’intégration de l’information par le cerveau [1]. En l’absence de nociception, le pronostic après une décompression chirurgicale recule à 61 % [2]. D’après des études récentes, ce taux ne dépendrait pas du délai entre la paralysie et la décompression chirurgicale [1]. Toutefois, la chronicité d’une hernie complique souvent l’intervention. Les adhérences avec les méninges sont fréquentes et une dégradation neurologique postopératoire est possible [1]. Certains chiens dont la nociception n’est pas préservée peuvent présenter par la suite une myélomalacie (nécrose médullaire ascendante) susceptible d’engendrer la mort de l’animal par une paralysie respiratoire.

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Thoracolumbar vertebral column. In: Veterinary Surgery: Small Animal. Elsevier Saunders. 2018:2168-2184.
  • 2. Olby NJ, Moore SA, Brisson B et coll. ACVIM consensus statement on diagnosis and management of acute canine thoracolumbar intervertebral disc extrusion. J. Vet. Intern. Med. 2022;36(5):1570-1596.
  • 3. Rossi G, Stachel A, Lynch AM et coll. Intervertebral disc disease and aortic thromboembolism are the most common causes of acute paralysis in dogs and cats presenting to an emergency clinic. Vet. Rec. 2020;187(10):e81

Conflit d’intérêts : Aucun

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