HYPERTENSION PULMONAIRE CHEZ UN CHIEN CROISÉ - Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024
Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024

CARDIOLOGIE

Cardiologie

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : (DESV de médecine interne, option cardiologie)
Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

L’hypertension pulmonaire chez le chien peut être à l’origine de plusieurs anomalies détectables lors de l’auscultation. Une échocardiographie est recommandée pour établir un diagnostic.

Un chien croisé non stérilisé, pesant 8 kg et âgé de 10 ans, est présenté en consultation pour l’exploration d’une anomalie mise en évidence par le vétérinaire traitant au cours d’une visite vaccinale. Aucune polypnée ni fatigabilité n’est rapportée, mais des épisodes de toux se succèdent ponctuellement depuis quatre à six mois. L’examen radiographique du thorax réalisé montre une opacification bronchique modérée de l’ensemble du champ pulmonaire, sans modification associée de la silhouette cardiaque.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Examen clinique

Lors de l’examen clinique, l’animal apparaît en bon état général, avec un score corporel normal. Les muqueuses sont rose pâle, sans cyanose, et le temps de recoloration capillaire est dans les normes. L’examen respiratoire révèle une nette sensibilité lors de la palpation laryngo-trachéale et déclenche une toux forte, sèche, quinteuse et émétisante, sans anomalie à l’auscultation pulmonaire. Une arythmie sinusale respiratoire (rythme régulièrement irrégulier) est mise en évidence lors de l’auscultation cardiaque, avec un bruit de galop lié au dédoublement du deuxième bruit cardiaque (rythme en “boum-ta-ta”) associé à un léger souffle médiothoracique droit (intensité de 2 sur 6).

2. Examens complémentaires

L’examen échocardiographique réalisé à l’admission est de bonne qualité. L’animal, légèrement agité, est positionné debout. L’électrocardiogramme concomitant confirme l’existence d’une nette arythmie sinusale respiratoire. La coupe temps-mouvement transventriculaire, obtenue par voie parasternale droite, montre un ventricule gauche à la morphologie normale, sans aplatissement septal net, et un ventricule droit présentant une dilatation modérée, sans hypertrophie pariétale majeure. L’atrium gauche est dans les normes sur la coupe 2D transaortique obtenue par voie parasternale droite, tandis que l’aspect du tronc pulmonaire apparaît modifié par une nette dilatation (avec un rapport tronc pulmonaire sur aorte de 1,1) avec une distensibilité conservée de l’artère pulmonaire droite (photo 1) [4].

Le flux pulmonaire est laminaire et de vélocité normale, avec un profil symétrique. Les coupes 2D quatre et cinq cavités, obtenues par voie parasternale gauche, révèlent la présence d’une insuffisance tricuspidienne d’extension et de vitesse modérées, atteignant 3 m par seconde, en faveur d’une hypertension pulmonaire encore minime (photo 2).

3. Diagnostic

L’association d’une dilatation modérée du tronc pulmonaire et du ventricule droit et d’un reflux tricuspidien à la vélocité légèrement élevée évoque une hypertension pulmonaire modérée, qui peut expliquer les anomalies identifiées lors de l’auscultation. L’origine de cette hypertension pulmonaire reste indéterminée, mais elle peut être la conséquence de l’affection bronchique suspectée (bronchite chronique avec possible composante de trachéo-bronchomalacie). Un examen endoscopique est proposé, mais n’est pas souhaité à ce stade étant donné l’absence de symptôme majeur.

Les épisodes de toux restant très ponctuels, l’intérêt d’une prise en charge diagnostique et thérapeutique plus invasive n’est pas démontré, compte tenu du rapport bénéfice/risque d’effet indésirable lié au traitement antitussif central ou à base de corticoïdes. Une surveillance clinique, notamment de l’évolution de la fréquence de la toux, et une auscultation de contrôle sont recommandées a minima. Un suivi échocardiographique est conseillé en cas de majoration du souffle ou d’apparition d’une fatigabilité. Des mesures hygiéniques (qualité de l’air, limitation du surpoids) sont préconisées en complément.

DISCUSSION

1. Signes d’hypertension pulmonaire

L’hypertension artérielle pulmonaire est un syndrome observé dans de nombreuses affections, avec une présentation clinique variable et non spécifique.

Anomalies à l’auscultation

Des anomalies relativement spécifiques peuvent cependant être observées. L’existence d’un dédoublement du second bruit cardiaque correspond à la séparation temporelle de la fermeture des valves sigmoïdes aortiques et pulmonaires. La valve pulmonaire se ferme normalement juste après la valve aortique. Toutefois, lors d’hypertension pulmonaire, l’éjection pulmonaire est prolongée et le délai séparant la fermeture des deux valves augmente, ce qui le rend détectable par l’oreille humaine.

Souffle médiothoracique

La présence d’un souffle médiothoracique droit est également en faveur d’une hypertension pulmonaire, particulièrement lorsqu’il est de forte intensité [2]. En revanche, un souffle de forte intensité rend souvent le dédoublement du deuxième bruit cardiaque inaudible. Ce dernier n’est de surcroît pas systématiquement présent. Ainsi, cette anomalie n’a pas été retrouvée dans une étude portant sur plus de 200 chiens, dont près de 100 présentaient une hypertension pulmonaire [2].

2. Examens et diagnostic

La réalisation d’un examen échocardiographique est fortement recommandée dès qu’une de ces anomalies est identifiée lors de l’auscultation. Le diagnostic échographique de l’hypertension pulmonaire a récemment été précisé dans le cadre du consensus sur l’hypertension de l’American College of Veterinary Internal Medicine (Acvim). L’association d’un reflux tricuspidien de vélocité légèrement accélérée et de plusieurs modifications échographiques du cœur droit (dilatation du tronc pulmonaire et du ventricule droit) permet de confirmer l’hypothèse d’une hypertension pulmonaire [3]. La présence d’une dilatation diastolique du tronc pulmonaire (avec un rapport tronc pulmonaire sur aorte dépassant 1,0) est l’un des critères en faveur d’une hypertension pulmonaire [5]. Malgré l’absence de signe clinique majeur lié à l’hypertension pulmonaire, celle-ci doit être recherchée lorsqu’une affection trachéobronchique est identifiée, car elle est retrouvée chez 28 % des chiens atteints [1]. Face à une hypertension artérielle pulmonaire modérée à marquée (ce qui n’était pas le cas chez ce chien), une prise en charge de l’affection sous-jacente et/ou de l’hypertension pulmonaire associée doit être envisagée, notamment par des vasodilatateurs spécifiques comme le sildénafil.

Références

  • 1. Gamracy J, Wiggen K, Vientos-Plotts A et coll. Clinicopathologic features, comorbid diseases, and prevalence of pulmonary hypertension in dogs with bronchomalacia. J. Vet. Intern. Med. 2022;36(2):417-428.
  • 2. Ohad DG, Lenchner I, Bdolah-Abram T et coll. A loud right-apical systolic murmur is associated with the diagnosis of secondary pulmonary arterial hypertension: retrospective analysis of data from 201 consecutive client-owned dogs (2006-2007). Vet. J. 2013;198(3):690-695.
  • 3. Reinero C, Visser LC, Kellihan HB et coll. ACVIM consensus statement guidelines for the diagnosis, classification, treatment, and monitoring of pulmonary hypertension in dogs. J. Vet. Intern. Med. 2020;34(2):549-573.
  • 4. Serres F, Chetboul V, Gouni V et coll. Diagnostic value of echo-Doppler and tissue Doppler imaging in dogs with pulmonary arterial hypertension. J. Vet. Intern. Med. 2007;21(6):1280-1289.
  • 5. Visser LC, Im MK, Johnson LR et coll. Diagnostic value of right pulmonary artery distensibility index in dogs with pulmonary hypertension: comparison with Doppler echocardiographic estimates of pulmonary arterial pressure. J. Vet. Intern. Med. 2016;30(2):543-552.

Conflit d’intérêts : Aucun

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