ÉTAPE 9 : PRISE EN CHARGE DES AFFECTIONS PÉNIENNES - Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024
Le Point Vétérinaire n° 449 du 01/01/2024

Pathologie de la reproduction en 10 étapes

Auteur(s) : Agathe Lacout*, Françoise Lemoine**

Fonctions :
*École nationale vétérinaire
de Toulouse
23 chemin des Capelles
31300 Toulouse
**CHV Atlantia
22 rue Viviani
44200 Nantes
Anirepro
226 boulevard Pommery
51100 Reims

Un examen complet du pénis et du prépuce devrait être effectué chez tout chien mâle présenté en consultation, quel que soit son âge.

Afin de mettre en évidence d’éventuelles malformations congénitales, l’examen complet du pénis et du prépuce doit être systématique, tant pour les chiens reproducteurs que pour les chiots, à l’achat comme à la vente. Lors de cet examen à réaliser avec des gants propres, la partie distale (ou gland) est complètement extériorisée du prépuce dans lequel elle doit pouvoir bouger librement. La dévagination se fait facilement au-delà du bulbe érectile. Un léger écoulement mucopurulent, appelé smegma, est physiologique. Les muqueuses d’un blanc rosé, lisses et non douloureuses à la palpation, sont examinées pour rechercher d’éventuelles déformations, blessures ou néoformations (figure). L’examen du pénis du chat est plus anecdotique (encadré).

PRINCIPALES MALFORMATIONS CONGÉNITALES CHEZ LE CHIEN

1. Persistance du frein préputial

La persistance du frein préputial est due à l’absence de rupture du ligament fibreux, ventral, peu vascularisé et de taille variable, qui unit le gland au corps du pénis ou au prépuce. La rupture du frein a normalement lieu, sous dépendance androgénique, au cours des mois qui suivent la naissance. Si l’affection peut être asymptomatique, l’impossibilité d’extérioriser entièrement le pénis entraîne des difficultés mictionnelles, une rétention d’urine dans le fourreau susceptible de provoquer une balanoposthite, mais aussi des troubles de l’érection. Le diagnostic est simple et passe par la visualisation du frein en décalottant le pénis (photo 1).

Le traitement est alors chirurgical, via une section du frein.

2. Hypospadias

L’hypospadias désigne l’abouchement de l’urètre sur une portion ventrale quelconque du pénis : dans la région glandulaire (forme la moins sévère), pénienne, scrotale ou, le plus fréquemment, périnéale. La fusion complète de l’urètre s’effectue pendant le développement fœtal, sous l’influence de la dihydrotestostérone [12]. L’hypospadias serait associé à un déficit des récepteurs aux androgènes ou à l’administration à la mère de progestagènes ou d’œstrogènes durant la gestation. Il est fréquemment associé à d’autres anomalies urogénitales telles que la cryptorchidie, l’intersexualité ou encore l’aplasie rénale [10]. Les symptômes urinaires sont d’autant plus sévères que la lésion est proximale (incontinence, dysurie, hématurie). Le diagnostic est clinique et la prise en charge chirurgicale, selon la localisation (reconstruction de l’urètre, amputation avec urétrostomie).

DÉSORDRES FONCTIONNELS CHEZ LE CHIEN

1. Phimosis

Le phimosis correspond à une sténose de l’orifice préputial qui entraîne une incapacité d’extérioriser le pénis. Si ce phénomène est physiologique chez l’animal prépubère en raison de l’adhérence entre l’épithélium pénien et le prépuce, sa persistance doit être corrigée. Le phimosis congénital est décrit chez certaines races, notamment le berger allemand, le bouvier des flandres ou le golden retriever, mais il peut aussi survenir à la suite d’un traumatisme, d’une inflammation ou d’une néoplasie préputiale. L’intensité des signes cliniques dépend du diamètre de l’orifice préputial : ils vont de simples troubles mictionnels (rétention d’urine, écoulement goutte à goutte) jusqu’à une inaptitude à la saillie en raison d’une impossibilité d’érection. Le diagnostic repose sur l’examen clinique. Le traitement est chirurgical et consiste en l’augmentation du diamètre de l’orifice préputial.

2. Paraphimosis

Le paraphimosis désigne, au contraire, l’incapacité de rétracter entièrement le pénis au repos dans le prépuce. La pathogénie est variable et va des affections péniennes (balanoposthite, traumatisme, néoplasie, œdème du pénis) aux atteintes préputiales (corps étranger, anneau de poils) en passant par les troubles neurologiques (lésion du système nerveux parasympathique ou du nerf hypogastrique).

Chez les mâles entiers, un paraphimosis récurrent est parfois observé après des périodes d’excitation sexuelle. La striction de l’anneau préputial au niveau du sillon balanopréputial interrompt le retour veineux, pouvant entraîner une ischémie, voire une nécrose en l’absence de prise en charge [5]. Le diagnostic est également clinique. Lorsque les lésions ne sont pas trop importantes, un traitement conservateur suffit (réduction manuelle à l’aide de lubrifiant), associé à une castration préventive. En cas d’échec, un élargissement du prépuce peut être pratiqué. Enfin, les dommages les plus sévères peuvent entraîner la réalisation d’une amputation combinée à une urétrostomie.

AFFECTIONS ACQUISES CHEZ LE CHIEN

1. Priapisme

Le priapisme est une érection persistante pendant plus de quatre heures en l’absence de toute stimulation sexuelle. Le priapisme ischémique, qui est la forme majoritairement rencontrée, est caractérisé par un obstacle au retour veineux responsable d’une stase veineuse et d’une hypoxie tissulaire. Les causes sont multiples (tableau). Le priapisme non ischémique, plus rare et généralement indolore, est dû soit à une augmentation de l’afflux sanguin artériel dans les corps caverneux à la suite d’un traumatisme ayant entraîné la formation d’une fistule entre les artères caverneuses et les espaces sinusoïdaux, soit à la prise de substances vasoactives. À l’examen clinique, une extériorisation du pénis en érection est notée. Il convient tout d’abord de déterminer s’il est ischémique (érection rigide et douloureuse, associée à des lésions d’œdème, d’ischémie, voire de nécrose) ou non ischémique (érection partiellement rigide et indolore). Il est possible d’avoir recours à l’échographie Doppler pour visualiser une éventuelle fistule. La cause primaire est ensuite recherchée, et si possible traitée. L’importance des lésions installées nécessite le plus souvent une amputation du pénis. Des traitements médicaux (anticholinergiques, α2-agonistes et β-adrénergiques) ou des techniques de drainage des corps caverneux sont rapportés, mais ils montrent des résultats peu concluants [8].

2. Prolapsus urétral

Le prolapsus urétral est caractérisé par une éversion de quelques millimètres de la muqueuse urétrale au niveau de l’extrémité distale du gland. Cette anomalie affecte davantage les jeunes mâles non stérilisés. La prévalence de cette affection est significativement supérieure chez les races brachycéphales, qui représentent plus de 80 % des animaux atteints [3]. Différentes hypothèses sont avancées concernant l’étiologie de cette affection, notamment une composante héréditaire (par exemple chez le bulldog anglais), mais aussi une pression intra-abdominale anormalement élevée (efforts respiratoires marqués, vomissements chroniques, etc.), un contexte d’excitation sexuelle ou la conséquence d’un traumatisme ou d’une infection urinaire. Le diagnostic est clinique : une petite ampoule d’environ 1 à 5 mm, œdématiée et parfois tuméfiée, est visualisée à l’extrémité distale du pénis. Les propriétaires peuvent également décrire une hématurie ou des écoulements sanguinolents.

La prise en charge est chirurgicale, par réduction du prolapsus ou résection de la partie prolabée. Selon l’étiologie, une castration peut être proposée.

3. Balanoposthite

Étiologie

La balanoposthite désigne une inflammation du pénis (balanite) associée à une inflammation du prépuce (posthite). Trois origines sont décrites.

Un déséquilibre de la flore autochtone peut d’abord être suspecté, impliquant certaines bactéries dont Escherichia coli majoritairement, mais aussi Pseudomonas aeruginosa, Streptococcus pyogenes, Staphylococcus aureus, Klebsiella spp., ainsi que Ureaplasma spp. et certains mycoplasmes. L’herpèsvirus et le calicivirus sont aussi considérés comme des agents pathogènes potentiellement responsables de balanoposthite, avec une expression clinique plus marquée chez les animaux immunodéprimés ou stressés. Toute atteinte vésiculaire observée à la base des corps caverneux nécessite la recherche de ces virus (photo 2).

De petites lésions vasculaires (pétéchies, hémorragies, etc.) sont également souvent signalées. Enfin, une manifestation de dermatite atopique, associée à un érythème au niveau du fourreau, est la troisième possibilité [11]. Il existe des causes plus rares et souvent associées à d’autres manifestations cliniques, telles que la leishmaniose, la brucellose ou la blastomycose [4].

Examen clinique

Afin d’établir un diagnostic, il convient de différencier les pertes préputiales simples, qui peuvent avoir pour origine une affection urinaire ou un trouble de la coagulation, et les balanoposthites lors desquelles le pénis et le prépuce sont enflammés, avec des pertes purulentes observées au niveau de l’orifice préputial. Il est ensuite primordial de procéder à un examen attentif du pénis et du fourreau pour éliminer toute anomalie sous-jacente (malformation, blessure, tumeur, corps étranger, etc.).

Examens complémentaires

Le diagnostic clinique est combiné aux examens complémentaires qui incluent :

- un prélèvement pour l’isolement bactérien et l’antibiogramme, sachant qu’il convient d’interpréter les résultats des cultures bactériennes avec prudence car de nombreuses bactéries sont commensales. La recherche de mycoplasmes sera confiée à un laboratoire spécialisé ;

- un examen par réaction de polymérisation en chaîne (PCR) pour la recherche de l’herpèsvirus canin ;

- un test PCR ou sérologique pour la recherche de Brucella ;

- un examen histologique en dernier recours.

Traitement

Le traitement est instauré selon la gravité des lésions. Il consiste en des irrigations locales biquotidiennes à base de chlorhexidine ou de povidone iodée diluée durant quinze jours au minimum, associées à une antibiothérapie locale ou générale en cas d’atteinte de l’état général ou de mycoplasmose. Les récidives sont fréquentes et il convient de prévenir tout léchage excessif de la zone, lequel constituerait un facteur aggravant.

AFFECTIONS TUMORALES CHEZ LE CHIEN

1. Sarcome de Sticker

Dénommée transmissible venereal tumor chez les Anglo-Saxons, cette affection néoplasique de l’appareil génital externe, et plus généralement des muqueuses externes, est le type même de la tumeur transférable. La contamination a lieu le plus souvent lors du coït, mais elle est aussi possible via le léchage des lésions d’un animal malade, suivi d’une transplantation sur les muqueuses d’un animal sain. Les animaux atteints sont souvent pubères, et la prévalence est plus élevée dans les régions à forte population de chiens errants (Amérique du Sud, Asie, Europe de l’Est) [12, 13]. Sur le plan de la pathogénie, les cellules néoplasiques, probablement d’origine histiocytaire, sont aneuploïdes [6]. L’origine virale reste à prouver.

Le motif de consultation est souvent une déformation du pénis, du prépuce, ou la présence d’excroissances et d’un écoulement sérohémorragique au niveau de l’orifice préputial. Les lésions typiques, dites “en chou-fleur”, sont facilement friables. Certaines sont pédiculées ou forment des petits nodules (photo 3). Le développement des lésions est très rapide après la transmission (quinze jours à deux mois). Les métastases sont rares. Une analyse cytologique à partir de cellules prélevées sur les lésions permet d’établir le diagnostic : des cellules rondes sont mises en évidence, avec un rapport nucléocytoplasmique élevé. Une PCR est également réalisable. Une chimiothérapie à base de vincristine constitue le traitement de choix et offre de bons résultats [1]. La chirurgie est déconseillée.

2. Tumeurs non vénériennes

Les tumeurs non vénériennes sont rares, les principales étant les hémangiomes, les carcinomes de la muqueuse urétrale et les sarcomes de l’os pénien. Les papillomes du gland sont assez fréquents et leur aspect est variable, mais ils sont le plus souvent uniques. Tous les types de tumeurs cutanées peuvent être observés sur le prépuce : le papillome, l’hémangiome, le fibrome, l’adénome, le fibrosarcome et le carcinome à cellules épithéliales sont les plus courants. Les manifestations cliniques dépendent de la localisation de la lésion. Le diagnostic est fondé sur l’histologie et le traitement découle des résultats obtenus.

Références

  • 1. Antonov A. Successful treatment of canine transmissible venereal tumor using vincristine sulfate. Adv. Res. 2015;5(5):1-5.
  • 2. Carnicelli D, Akakpo W. Le priapisme : diagnostic et prise en charge. Prog. Urol. 2018;28(14):772-776.
  • 3. Carr JG, Tobias KM, Smith L. Urethral prolapse in dogs: a retrospective study. Vet. Surg. 2014;43(5):574-580.
  • 4. Diniz SA, Melo MS, Borges AM et coll. Genital lesions associated with visceral leishmaniasis and shedding of Leishmania sp. in the semen of naturally infected dogs. Vet. Pathol. 2005;42(5):650-658.
  • 5. Foster RA. Common lesions in the male reproductive tract of cats and dogs. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2012;42(3):527-545, vii.
  • 6. Ganguly B, Das U, Das AK. Canine transmissible venereal tumour: a review. Vet. Comp. Oncol. 2016;14(1):1-12.
  • 7. Lavely JA. Priapism in dogs. Top. Companion Anim. Med. 2009;24(2):49-54.
  • 8. Pavletic MM. Reconstruction of the urethra by use of an inverse tubed bipedicled flap in a dog with hypospadias. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2007;231(1):71-73.
  • 9. Root Kustritz MV. Disorders of the canine penis. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2001;31(2):247-258, vi.
  • 10. Root Kustritz MV. Small Animal Theriogenology. Elsevier Science. 2003:672p.
  • 11. Strakova A, Murchison EP. The changing global distribution and prevalence of canine transmissible venereal tumour. BMC Vet. Res. 2014;10:168.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré
LES AFFECTIONS DU PÉNIS CHEZ LE CHAT

Les affections canines sont également observées chez le chat mâle, mais il s’agit davantage de cas isolés que de lésions communes, notamment concernant les maladies congénitales [5, 7]. Dans l’espèce féline, des cas de pseudohermaphrodisme sont décrits chez certaines races (persan, himalayen). Parmi les affections acquises, si les balanoposthites sont rares, des anneaux de poils peuvent se former autour du pénis des chats à poil long, à l’origine de phimosis et de paraphimosis [7]. Les processus néoplasiques qui affectent le pénis et le prépuce du chat sont extrêmement rares, bien que la littérature recense des cas de mastocytome préputial chez le siamois [9].

Points clés

• Un examen clinique rigoureux et exhaustif est le principal outil diagnostique des affections péniennes.

• Il est important de prendre en compte l’âge de l’animal pour distinguer un état physiologique d’une véritable anomalie.

• La prise en charge thérapeutique est à adapter à la sévérité des lésions et au handicap qu’elles représentent pour l’animal.

• Chez l’animal entier, la castration doit être envisagée dans un certain nombre d’affections afin de prévenir les récidives.

• Le sarcome de Sticker est une maladie dont la prévalence augmente. Il convient d’y penser en cas de lésions évocatrices chez des animaux importés de régions à risque.

CONCLUSION

Les affections du pénis sont très nombreuses et leur prévalence est variable. L’âge et la race de l’animal sont des critères qui peuvent aider le praticien à établir le diagnostic. De plus, la différenciation, dans un premier temps, des affections congénitales et des anomalies acquises est nécessaire. La prise en charge de la maladie est souvent chirurgicale, à nuancer toutefois selon le tableau clinique propre à chaque cas.

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