ÉVOLUTION DE LA PRISE EN CHARGE MÉDICALE ET CHIRURGICALE DES NAC AU COURS DES 50 DERNIÈRES ANNÉES - Le Point Vétérinaire n° 447 du 01/11/2023
Le Point Vétérinaire n° 447 du 01/11/2023

MÉDECINE DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Didier Boussarie

Fonctions : (Membre titulaire
de l’Académie vétérinaire de France,
consultant exclusif NAC)
3 rue du Clos
02000 Monampteuil

Les nouveaux animaux de compagnie, en particulier les petits mammifères, font désormais partie intégrante de l’activité des vétérinaires et représentent une part croissante en termes de nombre de consultations, d’actes et de chiffre d’affaires.

Depuis quelques décennies, la communauté vétérinaire assiste à une explosion de la médicalisation des nouveaux animaux de compagnie (NAC) et cette tendance s’est accentuée au cours des vingt dernières années. Cette fréquentation nouvelle dans les cabinets et cliniques vétérinaires a concerné tous les types de structures. Les vétérinaires ont dû s’adapter à cette nouvelle clientèle et se former à la médecine et à la chirurgie de ces animaux, auxquels la plupart n’étaient pas habitués précédemment.

1. LES PIONNIERS DES NAC

La naissance d’un acronyme

L’acronyme NAC a été créé à l’initiative de notre confrère Michel Bellangeon en 1984 [4]. Si la locution “nouveaux animaux de compagnie” reste floue et évolutive, elle inclut une grande variété d’animaux autres que les chiens et les chats dont la fréquentation dans les cliniques vétérinaires va croissant, tout en restant très variable selon les groupes d’espèces. Cette fréquentation varie également suivant les clientèles, en fonction du niveau de motivation et de compétence des confrères.

Des vétérinaires d’abord spécialisés dans les oiseaux

Dès les années 50, des pionniers ont investi le domaine des NAC. Les premiers vétérinaires qui ont consacré leur activité à ces animaux étaient spécialisés dans les oiseaux. Philippe de Wailly, en publiant dès 1972 un ouvrage consacré aux maladies des oiseaux de cage et de volière, a été le véritable pionnier [32]. Les affections y sont décrites par appareil et selon l’étiologie (maladies parasitaires, virales, d’origine toxique, etc.). La chirurgie n’est pas abordée, excepté celle des fractures (pose de broches intramédullaires), et une large part est faite à l’homéopathie. D’autres confrères passionnés ont fait progresser les connaissances sur les oiseaux et leurs maladies, notamment Jean-Pierre André et Christian Bougerol qui dirigeaient chacun une clinique dédiée avant tout aux oiseaux de compagnie, avec un secteur pour leur hospitalisation [2, 24].

Des bienfaiteurs pour les reptiles et les amphibiens

Les reptiles avaient également leurs pionniers. En 1987, Jacques Brogard publie un livre très documenté sur les maladies des reptiles, fruit d’une expérience personnelle importante sur le sujet [17]. Outre des reptiles, Yves Firmin était quant à lui passionné et spécialisé dans les amphibiens, les arthropodes et autres « mal aimés » selon sa propre expression (crapauds, chauve-souris, scorpions, mygales, animaux venimeux) et il a livré de nombreuses publications sur ces animaux [25, 26, 27]. Le lecteur y apprend par exemple que les crapauds sont gauchers et que le ketchup était donné aux furets dans le but d’acidifier les urines et ainsi prévenir la survenue d’une urolithiase ! Par la suite, Lionel Schilliger a commencé son activité professionnelle ; il a rapidement acquis dans la médecine et la chirurgie des reptiles et des amphibiens une dimension nationale, puis européenne et mondiale (son premier ouvrage date de 2004) [16, 27, 47]. Brieuc Fertard et Christophe Arvy peuvent également être cités, car ils ont beaucoup œuvré pour les soins prodigués aux tortues terrestres méditerranéennes, dans le cadre du centre pour tortues de Gonfaron [3]. Franck Rival, Bruno Gattolin, Véronique Vienet et Régis Cavignaux ont aussi été pionniers dans le domaine des reptiles (photo 1) [26, 27].

Place aux petits mammifères dans les années 90

Dans les années 90, Pierre Guittin, non-praticien mais spécialisé en expérimentation animale, a été le premier à diffuser les connaissances sur les lapins et rongeurs de compagnie, à travers celles sur les animaux de laboratoire [10, 25]. Ses conseils étaient très appréciés des praticiens en matière de contention, de prélèvements, d’alimentation et d’entretien. Didier Boussarie, Samuel Boucher, puis Jean-François Quinton et Christophe Bulliot ont ensuite réalisé la majeure partie des articles et ouvrages consacrés aux petits mammifères dans les années 2000-2010 [8, 24, 27, 28, 29, 43].

2. LES NAC DANS LA LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE

Éditions Vigot Frères

En 1976, les éditions Vigot Frères ont publié un numéro spécial consacré aux animaux familiers autres que chiens et chats dans le Recueil de médecine vétérinaire [24]. Tous les articles insistent sur la zoologie, la physiologie, l’élevage, les conditions de maintenance et l’alimentation de ces animaux. Les NAC (selon leur définition actuelle), qui commençaient à être présentés en consultation, en font partie, ainsi que d’autres animaux qu’il ne serait pas concevable de retrouver aujourd’hui dans des publications consacrées aux NAC. Il s’agissait de quelques carnivores sauvages (fennec, coati, kinkajou, genette, ocelot, chat margay, puma, guépard) et de primates qui ont disparu de nos salles de consultation. Cet ouvrage collectif insiste sur les conditions d’élevage et les dominantes pathologiques, sans aborder la chirurgie. Les anesthésiques conseillés pour les oiseaux étaient la kétamine et l’association d’hydrate de chloral, de sulfate de magnésium et de pentobarbital (Equisethin®). Dix ans plus tard, un autre numéro spécial est paru, toujours dans la même revue [25]. Ce numéro traitait des poissons d’aquarium d’eau douce (systématique, aquariophilie, alimentation, traitements), des reptiles (élevage et consultation), des oiseaux de cage et de volière (zoologie, dominantes pathologiques, avec un chapitre chirurgical sur l’éjointage) et des mammifères (lapins, rongeurs de compagnie, carnivores sauvages, ruminants sauvages, primates). Un chapitre était consacré à l’anesthésie des animaux non domestiques, avec l’association de tilétamine et de zolazépam dont l’usage commençait, et un autre à la législation. Il était également question d’animaux familiers autres que les chiens et les chats, incluant les primates et d’autres espèces sauvages, mais pas encore des NAC. Quelques années plus tard, l’ouvrage de Berghoff sera en revanche ciblé sur les petits mammifères de compagnie, tels qu’ils existent actuellement [6].

Éditions du Point vétérinaire

Le numéro spécial sur les nouveaux animaux de compagnie paru en 1999 aux éditions du Point Vétérinaire signe le véritable essor des NAC [27]. Il montre une évolution rapide des connaissances sur les maladies spécifiques des différentes espèces et les techniques chirurgicales, qu’elles soient de convenance (stérilisations) ou de circonstance (chirurgie bucco-dentaire chez les lapins et les rongeurs de compagnie, par exemple). Les gestes de base sont détaillés (prélèvement de sang et d’urine, voies d’administration des médicaments, sexage, gavage) ainsi que les techniques de laboratoire et les examens complémentaires (radiographie, analyses, endoscopie, électrocardiographie). Cet ouvrage synthétique a longtemps été la référence pour les vétérinaires qui commençaient à recevoir des NAC en consultation de façon significative.

3. LA CRÉATION DU GENAC

La médecine et la chirurgie des NAC ont véritablement commencé en 1996 avec la création d’un groupe spécialisé au sein de la Conférence nationale des vétérinaires spécialisés en petits animaux (CNVSPA, actuellement Afvac) : le Groupe d’étude des nouveaux animaux de compagnie (Genac). Il a organisé ses premières journées de formation au Touquet cette année-là, lesquelles ont ensuite eu lieu chaque année, dans un lieu différent [26]. M. Bellangeon en a été le fondateur et le premier président.

4. L’ÉVOLUTION DES SOINS

Les soins bucco-dentaires

Les praticiens ont rapidement été confrontés au problème des affections bucco-dentaires chez les lapins et les rongeurs de compagnie dès que ceux-ci ont été présentés en consultation dans les cabinets vétérinaires. Malocclusions et abcès dits dento-alvéolaires représentaient des dominantes pathologiques et ils ont commencé à faire l’objet de publications dans les années 1985 [26]. Les abcès étaient considérés comme consécutifs à des infections des racines dentaires, sans préjuger de leur origine [26, 27]. Leur étiologie était alors mal connue. Par la suite, les praticiens ont compris que les abcès bucco-dentaires étaient consécutifs à une hyperélongation des racines dentaires chez le lapin et que l’alimentation sans apport de foin et à base de granulés favorisait les abcès en empêchant une mastication physiologique [12, 20, 30]. Concernant les rongeurs, les éleveurs ont tiré la sonnette d’alarme sur une prédisposition héréditaire de la malocclusion chez le cobaye et le chinchilla [25, 27, 37]. Puis, à partir des années 2000, l’abreuvement avec un biberon a été déconseillé à juste titre puisqu’il était considéré comme un facteur favorisant des abcès bucco-dentaires chez les rongeurs caviomorphes. Les dents jugales infectées étaient extraites en ouvrant la paroi jugale correspondante sur une grande partie de sa longueur. Cet acte serait impensable aujourd’hui, car de nombreuses complications peropératoires (hémorragie de l’artère maxillaire) et postopératoires (désunion des sutures de paroi, infection) étaient observées. L’avènement de la dentisterie dans les années 2000 a permis une amélioration spectaculaire du traitement des affections bucco-dentaires, grâce au matériel spécifique (écarteurs de joue, syndesmotome de Crossley) qui autorisait une extraction beaucoup plus aisée des incisives et des dents jugales [11, 12, 20]. Les tables de dentisterie ont apporté une amélioration supplémentaire en 2005 : elles permettaient une ouverture aisée de la cavité buccale en libérant les mains de l’opérateur (photo 2) [20]. Le diagnostic radiographique a longtemps été limité en raison de la superposition des arcades dentaires. Le problème a été résolu avec l’apport puis la banalisation de la tomodensitographie à partir des années 2010, ce qui a permis d’affiner le diagnostic et de réaliser un suivi efficace (photo 3) [12, 20].

L’anesthésie et la réanimation

Avant l’an 2000

L’anesthésie a longtemps été un facteur limitant pour les soins apportés aux NAC, car elle était mal maîtrisée. La kétamine a permis, comme chez le chien et le chat, une avancée considérable [25]. Dans les années 90, les ouvrages de Gabrisch et Schwartz puis de Hillyer et Quessenberry sont rapidement devenus des références en matière d’anesthésie et de réanimation des NAC [36, 37].

L’atropine y est conseillée systématiquement en prémédication chez le lapin et les rongeurs, alors que l’existence des atropinases chez le lapin était méconnue. Les anesthésiques indiqués sont uniquement injectables. Le pentobarbital est proposé ainsi que l’association kétamine-xylazine, le thalamonal (dropéridol et fentanyl) et l’hypnorm (fentanyl et fluanisone) [37]. L’anesthésie gazeuse à l’isoflurane est préconisée dès les années 90 chez les oiseaux, via une sonde endotrachéale ou au masque, ainsi que l’anesthésie injectable avec la kétamine [25]. Le pentobarbital, la kétamine et les anesthésiques gazeux (méthoxyflurane, bromochloro-trifluoroéthane) sont préconisés chez les reptiles [27]. L’association tilétamine-zolazépam a concurrencé la kétamine à partir des années 95 [25, 27]. Elle a été largement utilisée à partir de cette date chez les petits mammifères. Par la suite, la métédomidine a relancé l’intérêt de la kétamine en associant les deux produits, au détriment de la xylazine, beaucoup moins utilisée [11, 25]. Elle avait l’avantage d’avoir un antidote efficace avec l’atipamézole.

Après l’an 2000

À partir des années 2000, les barbituriques ont été abandonnés, ainsi que le thalamonal, et l’emploi des anesthésiques gazeux a eu tendance à se généraliser, aussi bien pour les anesthésies flash de courte durée (permettant les examens complémentaires de type radiographies, prélèvements de sang, etc.) que pour les interventions chirurgicales. L’halothane était le gaz le plus utilisé, mais il offrait une sécurité limitée. Le passage à l’isoflurane a permis une sécurité anesthésique bien plus importante, notamment chez les oiseaux. Alors que l’intubation endotrachéale s’est imposée chez les oiseaux de grande taille, l’anesthésie au masque a continué d’avoir les faveurs des vétérinaires pour les oiseaux de petite taille, les rongeurs et le lapin, une espèce pour laquelle l’intubation endotrachéale est difficile (ouverture buccale très limitée, mauvaise visualisation de l’épiglotte, orifice trachéal étroit) et nécessite une bonne expérience de la part du praticien.

Une solution alternative, représentée par un dispositif supra-glottique (sonde V-Gel), a commencé à se développer après les années 2010 [14].

Focus sur l’analgésie

Il y a une cinquantaine d’années, l’analgésie n’était pas une préoccupation lors des soins prodigués aux NAC comme aux autres espèces animales. L’objectif principal des vétérinaires à cette époque était de soigner les animaux malades et de les guérir. Dans l’ouvrage de Gabrisch et Zwart, l’anesthésie du lapin de compagnie et des autres petits mammifères, les mesures préanesthésiques, la tranquillisation et l’anesthésie générale sont envisagées sans qu’il soit fait mention d’analgésie [36]. Les analgésiques font leur apparition dans les années 90 [12, 20, 21]. Les premiers morphiniques vétérinaires étaient utilisés en médecine humaine (morphine, fentanyl, hydromorphone, nalbuphine, pentazocine, péthidine, tramadol). Puis des analgésiques vétérinaires ont été commercialisés (buprénorphine, butorphanol, tramadol) [14, 18]. Dans le même temps, les protocoles analgésiques se développaient également chez les autres espèces et l’analgésie est devenue une composante incontournable en anesthésiologie, mais aussi pour la prise en charge des affections médicales et chirurgicales quelles qu’elles soient. Il s’ensuivit une bien meilleure récupération postopératoire, combinée à une amélioration constante des protocoles anesthésiques.

L’hospitalisation

Durant de nombreuses années, l’hospitalisation des NAC a été très réduite. Les animaux hospitalisés étaient rendus le jour même ou gardés dans des cages pour chats, voire hospitalisés avec la caisse de transport fournie par le propriétaire [40]. L’arrivée sur le marché d’un matériel d’hospitalisation spécifique (boîtes, couveuses, tapis chauffants, cages pour oxygénothérapie et aérosolthérapie) et de terrariums a permis une bien meilleure prise en charge de ces animaux [18, 28]. La motivation et la formation des auxiliaires de santé animale à la médecine et à la chirurgie des NAC ont également fortement contribué à cette meilleure prise en charge. Ainsi, l’hospitalisation des NAC a fait l’objet d’améliorations constantes jusqu’à aujourd’hui, notamment en prenant en compte le bien-être animal(1) [40].

L’imagerie

La radiographie argentique a longtemps été la seule technique d’imagerie utilisée pour les NAC et les espèces exotiques, mais la qualité des clichés était très limitée du fait de la petite taille de ces animaux [25]. À partir des années 2000, la radiographie numérique a amélioré considérablement la qualité des images. C’est également à partir des années 2000, mais surtout après 2010, que les examens tomodensitométriques (scanner) se sont développés, notamment dans le domaine de la dentisterie et de la cancérologie des petits mammifères [12, 20]. Ils se généralisent pour la prise en charge des affections bucco-dentaires grâce au référencement et aux investissements de nombreuses structures [12, 13, 29]. Les examens par résonance magnétique (IRM) demeurent moins pratiqués.

La cardiologie des NAC s’est appuyée sur l’apport de la radiographie et de l’électrocardiographie jusqu’aux années 2000. Elle s’est ensuite développée grâce à l’apport de l’échocardiographie (y compris l’enregistrement temps/mouvement et l’effet Doppler), laquelle a permis par exemple la distinction entre les cardiomyopathies dilatées et les épanchements péricardiques chez le cobaye, les cardiomyopathies dilatées et hypertrophiques chez le furet [18].

L’échographie abdominale est restée longtemps d’un intérêt très imité chez le lapin et les rongeurs en raison de la présence de gaz. Elle a en revanche présenté un intérêt considérable chez le furet, que ce soit pour le diagnostic des affections surrénaliennes et pancréatiques que pour celui de certaines maladies systémiques (lymphome, coronavirose, etc.) [16, 18]. Plus récemment, elle a été d’une aide précieuse pour le diagnostic des appendicites du lapin [42].

Les examens de laboratoire

Dans les années 80, les examens de laboratoire se résumaient à la bactériologie et à la parasitologie, généralement pratiquées par les laboratoires vétérinaires départementaux. À partir des années 2000, les cliniques vétérinaires se sont dotées d’analyseurs permettant d’effectuer des analyses d’hématologie et de biochimie courantes chez les NAC. Par ailleurs, les laboratoires vétérinaires privés ont progressivement développé, en plus, une gamme complète d’examens (endocrinologie, enzymologie, histopathologie, immunohistochimie) alors même que les valeurs de référence pour les NAC étaient mieux connues. Les examens par réaction de polymérisation en chaîne (PCR) se sont imposés pour le diagnostic des affections bactériennes et virales, aussi bien chez les petits mammifères que chez les oiseaux, les reptiles ou les amphibiens, même si les sérologies restent la référence pour certaines maladies (encéphalitozoonose, toxoplasmose, etc.) [16].

La qualité des soins

Les examens complémentaires et les interventions chirurgicales sont devenus de plus en plus couramment pratiqués dans les cliniques vétérinaires, avec un niveau de qualité le plus souvent comparable à celui offert aux chiens et aux chats, associés à une amélioration constante des résultats. Les techniques d’anesthésie et de réanimation se sont considérablement améliorées, avec une diminution significative des incidents et accidents anesthésiques. Les vétérinaires spécialisés dans les NAC maîtrisent l’intubation endotrachéale chez le lapin, le furet, les oiseaux et les reptiles (photo 4). Les petits mammifères, mais aussi les oiseaux et les reptiles, bénéficient aujourd’hui de nombreux examens biologiques (hématologie, biochimie, endocrinologie) et d’imagerie médicale (radiographie, échographie abdominale et cardiaque, tomodensitographie, IRM, endoscopie). Les vétérinaires spécialisés assurent en outre des interventions chirurgicales de plus en plus délicates et sophistiquées(2) (photo 5) [16].

5. ÉVOLUTION DE LA PATHOLOGIE

Chez les petits mammifères

Le lapin

La médecine et la chirurgie du lapin de compagnie ont fait de réels progrès depuis une cinquantaine d’années. La stérilisation des mâles, mais aussi des femelles, s’est banalisée grâce à l’utilisation de l’anesthésie gazeuse et à l’amélioration des protocoles anesthésiques et analgésiques. Certaines maladies ont régressé (malocclusion dentaire, abcès bucco-dentaires, urolithiase) grâce à une meilleure maîtrise de l’alimentation et de l’hygiène de vie. Certaines interventions restent du domaine du spécialiste (torsion de lobe hépatique, thymome, hémimandibulectomie, etc.) [16]. En parallèle, d’autres maladies ont progressé ou émergé, notamment l’encéphalitozoonose et l’infection par le virus variant de la maladie hémorragique (RHDV) [16, 18].

Le cobaye et les autres rongeurs

La stérilisation des cobayes s’est également banalisée, avec l’émergence de nouvelles techniques (stérilisation des femelles par le flanc) [16]. Les affections prédominantes restent les malformations bucco-dentaires, les désordres digestifs (entéropathie, syndrome de dilatation-torsion de l’estomac) et les problèmes de lipidose. De surcroît, une sensibilité accrue aux antibiotiques est rapportée.

Les autres rongeurs voient leurs affections perdurer, dominées par les maladies respiratoires et tumorales. Le chien de prairie a disparu en tant que rongeur de compagnie, avec ses maladies spécifiques (odontome, carcinome hépatique) [15, 27].

Le furet

Chez le furet, la maladie surrénalienne et l’anémie œstrogénique ont pratiquement disparu avec la généralisation des implants analogues de la gonadolibérine (GnRH) [14, 18, 22]. Le lymphome, l’insulinome et les maladies virales (coronavirus dans sa forme classique ou exsudative, variant dans sa forme systémique, maladie aléoutienne, maladie de Carré) restent plus ou moins courants et de mauvais pronostic, alors que d’autres maladies ont émergé (myosite idiopathique disséminée) [16].

Chez les oiseaux

Les oiseaux sont moins présents en consultation depuis l’interdiction par la Commission européenne des importations commerciales (octobre 2005), afin d’éradiquer tout risque de diffusion de l’influenza aviaire [13, 15]. Le picage chez les perroquets reste un trouble majeur et son traitement demeure aléatoire [14]. Certaines maladies virales se sont développées (maladie de Pacheco, polyomavirose, maladie de dilatation du proventricule ou bornavirose) [16]. La chirurgie orthopédique a fait d’énormes progrès (notamment le traitement des fractures avec une broche centromédullaire associée à un hémifixateur ou procédé Tie-in), mais elle reste d’un domaine très spécialisé [16]. Les poules de compagnie sont largement médicalisées en raison de leur sensibilité à un certain nombre d’affections spécifiques (indigestion ingluviale par surcharge, ponte extra-utérine, pododermatite, etc.)(3) [31].

Chez les reptiles et les amphibiens

Le traitement des fractures de la carapace des tortues a beaucoup évolué : les bandes de tissu de verre colées avec une résine polyester ont tendance à être remplacées par des techniques de vissage-haubanage qui exigent une pratique spécialisée [16]. La dernière décennie a vu apparaître un certain nombre de maladies émergentes chez les ophidiens (nidovirose, ophidiomycose, reptarénavirose) et les sauriens (dévriéséose, nanniziomycose, ptérygosomose) [14]. La chytridiomycose est la dominante pathologique des amphibiens (notamment chez les axolotls), ainsi que la ranavirose (photo 6) [14]. De nombreuses publications sont consacrées aux affections zoonotiques dans le cadre du concept “One Health” [9, 12, 37].

6. UNE SPÉCIALITÉ RECONNUE ET EN CROISSANCE

Les vétérinaires sont de plus en plus sollicités par les propriétaires pour soigner leurs NAC, et cette évolution, qui a commencé vers 1990, est très nette depuis une dizaine d’années [1, 7, 44]. Cependant, la part des NAC dans les consultations vétérinaires est très variable selon les clientèles.

Enseignement dans les écoles vétérinaires

La part des NAC dans l’enseignement se résumait à peu de choses avant les années 2000 (quelques cours et consultations prodigués dans les écoles vétérinaires). Le premier service NAC a été créé à l’ENVA, avec le Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort (Chuva), assuré par Véronique Mentré et Christophe Bulliot, puis rapidement repris par Charly Pignon qui en a fait un service de pointe au niveau mondial. Des services NAC fonctionnent désormais dans les écoles vétérinaires de Toulouse et de Nantes, et un diplôme d’état a récemment été créé par Charly Pignon.

Une spécialisation reconnue

Les jeunes vétérinaires et les étudiants sont particulièrement motivés par les NAC. Ces derniers se montrent ainsi assidus aux cours magistraux, dans les cliniques des écoles, lors des stages de formation chez des vétérinaires spécialisés. Les internats dans les écoles nationales vétérinaires, les résidanats dans les cliniques ou les centres hospitaliers vétérinaires français et étrangers ou les places dans les collèges européens et nord-américains sont particulièrement convoités. Plusieurs confrères sont aujourd’hui diplômés de l’European College of Zoological Medicine. La France est en tête du nombre de spécialistes dans les trois domaines NAC en Europe. La Direction générale de l’enseignement et de la recherche a donné son accord, en décembre 2022, pour la création d’un internat NAC dont les premières promotions ont fait leur entrée à Oniris et Maisons-Alfort en septembre 2023. L’investissement en formation, en matériel et en équipements est surtout très net chez les jeunes vétérinaires nouvellement installés, ou encore chez les 30 à 50 ans.

Publications et études

Les NAC font l’objet de nombreuses publications dans la presse professionnelle, en France et à l’étranger. De multiples ouvrages et de nombreuses thèses leur ont été consacrés au cours des vingt dernières années [39]. Alors que les thèses les plus anciennes étaient surtout consacrées à la zoologie et à la pathologie des NAC, les plus récentes s’orientent davantage vers le bien-être animal, les affections zoonotiques, les questions plus techniques, les outils de communication ou le marketing [7, 13, 19, 23, 31, 33, 34, 35, 38, 39, 41, 45, 46]. Certains ouvrages sont consacrés à la dermatologie des NAC et des carnivores domestiques [5]. De nombreux sites internet dédiés aux nouveaux animaux de compagnie, mis en ligne par des vétérinaires, sont particulièrement consultés par la profession et les propriétaires de NAC [19, 23].

Formation de groupes d’étude

Les réunions ou les congrès sur le thème des NAC organisés par les laboratoires, les organismes professionnels, les sociétés scientifiques, les associations animalières ou professionnelles (comme le Groupe d’étude des nouveaux animaux de compagnie ou Yaboumba) connaissent toujours un vif succès auprès des confrères ou des particuliers passionnés.

Intérêt du grand public pour les vétérinaires spécialisés en NAC

Les confrères spécialisés sont souvent sollicités par les médias (presse, émissions radiophoniques ou télévisées) (photo 7). La profession vétérinaire a globalement une bonne image de marque auprès du public et des médias, et cette constatation est particulièrement vraie pour les NAC.

  • (1) Voir le dossier sur l’hospitalisation des NAC paru dans le n° 440 du Point vétérinaire en avril 2023.

  • (2) Voir le dossier sur les cancers du lapin de compagnie paru dans le n° 412 du Point vétérinaire en décembre 2020.

  • (3) Voir les dossiers « La poule de compagnie » paru dans le n° 428 en mars 2022 et « Les principales maladies chez la poule de compagnie » paru dans le n° 445 en septembre 2023.

Références

  • 1. Ahouissoussi M. Importance de l’activité NAC dans le département du Rhône. Thèse doct. vét. ENV de Lyon. 2003:87p.
  • 2. André JP. Guide pratique des maladies des oiseaux de cages et de volières. Med’Com. 2005:256p.
  • 3. Arvy C, Fertard B. Pathologie des tortues, étude synthétique. Bull. Soc. Herpétol. Fr. 2001;100:73.
  • 4. Bellangeon M. Médicalisation récente des nouveaux animaux de compagnie. Bull. Acad. Vét. France. 1995;68:309-312.
  • 5. Bensigor E. Dermatologie des NAC. Med’Com. 2009:210p.
  • 6. Berghoff PC. Les petits animaux familiers et leurs maladies. Maloine. 1990:132p.
  • 7. Bonnardel S. Guide pratique du postopératoire et du suivi des interventions sur les principales affections chirurgicales des NAC. Thèse doct. vét. ENV de Lyon. 2018:127p.
  • 8. Boucher S, Nouaille L. Maladies des lapins : manuel pratique, 1re édition. France Agricole. 1996:255p.
  • 9. Bourdeau P. Zoonoses directes et animaux d’espèces inhabituelles. Congrès Afvac spécial NAC, Belle-Ile. 2004:143-151.
  • 10. Boussarie D, Guittin P. Atelier Nouveaux animaux de compagnie. Proc. Ires journées CNVSPA-SNGTV reproduction animale, Joué-lès-Tours. 1994:69-86.
  • 11. Boussarie D. Consultation des petits mammifères de compagnie. Point Vétérinaire. 2003:220p.
  • 12. Boussarie D, Rival F. Atlas de dentisterie du lapin de compagnie. Vetnac. 2010:143p.
  • 13. Boussarie D. Nouveaux animaux de compagnie et risques zoonotiques. Bull. Acad. Vét. France. 2017;170(3):1-25.
  • 14. Boussarie D. Mémento thérapeutique des NAC, 2e édition. Med’Com. 2017:588p.
  • 15. Boussarie D. Le phénomène NAC et l’exercice vétérinaire libéral. Communication journée de la Société française d’ethnozootechnie. 2021.
  • 16. Boussarie D, Risi E, Schilliger L. 100 cas cliniques chez les NAC, 2e édition. Med’Com. 2023:438p.
  • 17. Brogard J. Les maladies des reptiles. Point Vétérinaire. 1987:333p.
  • 18. Bulliot C, Quinton JF. Guide pratique de médecine interne des NAC. Med’Com. 2020:576p.
  • 19. Calisti P. NAC-Info, le site d’information et de conseils dédié aux nouveaux animaux de compagnie. Thèse VetAgro Sup en ligne. 2019.
  • 20. Capello V, Gracis M. Rabbit and Rodent Dentistry Handbook. Wiley Blackwell. 2005:276p.
  • 21. Carpenter JW, Marion CJ. Exotic Animal Formulary, 4th edition. Elsevier Saunders. 2012:744p.
  • 22. Carpenter JW, Marion CJ. Exotic Animal Formulary, 5th edition. Elsevier Saunders. 2017:776p.
  • 23. Chovet C. Créer et valoriser la consultation NAC. Congrès Afvac, Lille 2009.
  • 24. Collectif. Animaux familiers autres que chien et chat. Numéro spécial. Recueil de médecine vétérinaire. Vigot Frères. 1976;152(11):701-788.
  • 25. Collectif. Animaux familiers autres que chien et chat : entretien et pathologie. Numéro spécial. Recueil de médecine vétérinaire. Vigot Frères. 1986;162(3):219-444.
  • 26. Collectif. Ier cours de base du Groupe d’étude des nouveaux animaux de compagnie (Genac-Afvac), Le Touquet. 1996:550p.
  • 27. Collectif. Nouveaux animaux de compagnie, numéro spécial. Point Vét. 1999;(vol. 10):240p.
  • 28. Collectif. Chirurgie des tissus mous et dentisterie des petits mammifères de compagnie. Point Vét. 2009;(40):123p.
  • 29. Collectif. Examens complémentaires chez les NAC. Point Vétérinaire. 2009:343p.
  • 30. Crossley D, Penman S. Manual of Small Animal Dentistry, 2nd edition. BSAVA. 1995:248p.
  • 31. Devaux L, Zoller G. Dossier “La poule de compagnie”. Point Vét. 2022;(428).
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Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• L’acronyme NAC est apparu en 1984.

• Les vétérinaires pionniers en matière de nouveaux animaux de compagnie étaient spécialisés dans les oiseaux.

• Les NAC présentés en consultation sont devenus beaucoup plus conventionnels.

• La médecine et la chirurgie des NAC ont explosé depuis une vingtaine d’années.

• De nombreuses structures vétérinaires dédiées aux NAC se sont créées en France.

CONCLUSION

Les NAC présentés aux vétérinaires aujourd’hui appartiennent, dans la plupart des cas, à une quinzaine d’espèces : lapin, cobaye, rat, hamster, chinchilla, furet, poule de compagnie, perroquet gris d’Afrique, perroquet amazone, perruche ondulée ou callopsitte, canari, tortue d’Hermann, tortue grecque, python royal, pogona (ou agame barbu). Ils font aujourd’hui partie intégrante de leur activité et représentent une part croissante en termes de nombre de consultations, d’actes vétérinaires et de chiffre d’affaires. Les techniques d’anesthésie, d’analgésie et de réanimation ont considérablement évolué. Les vétérinaires sont aujourd’hui mieux formés, mieux équipés. Les petits mammifères représentent de très loin la composante majeure de cette activité NAC, alors que les oiseaux, les reptiles et les animaux de terrariophilie et d’aquariophilie restent du domaine spécialisé.

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