AGILITÉ ET RÉSILIENCE, LES POINTS FORTS DE NOTRE PROFESSION - Le Point Vétérinaire n° 447 du 01/11/2023
Le Point Vétérinaire n° 447 du 01/11/2023

TÉMOIGNAGE

Dossier

Auteur(s) : Philippe Verdoolaege*, Lorenza Richard**

Fonctions :
*Vétérinaire conseil
ZI Tirpen
56140 Malestroit
**Rédactrice cahier rural

Bases scientifiques solides, structuration en réseau ou développement de l’offre de services font partie de l’évolution du métier de vétérinaire rural, qui a encore un bel avenir devant lui.

Philippe Verdoolaege, diplômé de l’université de Liège en 1998, s’installe en Bretagne en 2000 où il rejoint une équipe de cinq vétérinaires. Ils sont actuellement trente-quatre, avec une implication dans la plupart des filières. Leur structure a par ailleurs fait partie de la genèse de l’aventure du Réseau Cristal. Philippe Verdoolaege exerce essentiellement en production laitière avec une activité de suivi de troupeau et de prestations pour des industriels du monde de la nutrition animale, des robots de traite, etc. Il nous fait part de son expérience et de l’évolution de sa pratique ces dernières années.

QUELLES ÉVOLUTIONS MAJEURES AVEZ-VOUS CONSTATÉES ?

Tout au long de ces années, nous avons dû faire face à des changements de contexte. Par exemple, la prophylaxie a fortement diminué, alors que c’était l’une des activités principales quand je suis sorti de l’école vétérinaire. L’approche collective, à l’échelle d’une région ou d’un département, a été essentiellement prise en charge par les Groupements de défense sanitaire (GDS). De même, l’offre de suivi de la reproduction par les centres d’insémination s’est beaucoup développée, leurs services se sont étoffés et sont devenus plus qualitatifs au fil du temps, à des tarifs moins élevés, ou plutôt moins lisibles. Enfin, l’évolution de la réglementation régissant le commerce des médicaments et les contraintes imposées par le plan Écoantibio ont contribué à réduire l’intérêt de la vente de médicaments. Malgré l’ensemble de ces éléments, notre profession a réussi à s’adapter et à se développer, en générant de la croissance. Par exemple, notre activité de suivi de la reproduction, que nous avons mise en place dès 2005, a été peu impactée ; nous avons pu résister sur le terrain, notamment parce que nous avons su y associer notre approche de la zootechnie, de la nutrition, etc. Les vétérinaires ont une réelle carte à jouer en regroupant l’ensemble des enjeux qui concernent les élevages aujourd’hui pour se développer, car cela fonctionne. D’ailleurs, l’engouement des investisseurs pour notre secteur d’activité ne trompe pas.

QUELLES SONT LES CLÉS DE CE SUCCÈS ?

Elles sont pour moi de nature variée. D’abord, notre socle de connaissances est un élément essentiel. Nos années d’études nous ont en effet permis de constituer une base solide sur la quasi-totalité des sujets qui concernent l’élevage : le volet sanitaire, la zootechnie, la nutrition, la gestion des données, etc. Cela constitue un point de différenciation fort et nous assure une vraie pertinence sur le terrain. De plus, la structuration en réseau est également un facteur de réussite à mes yeux. Elle permet en effet une mutualisation des moyens, des compétences, des stratégies, des réflexions. Enfin, le côté libéral de notre activité et l’envie d’entreprendre qui le caractérise sont un autre atout fort de notre profession.

L’AVENIR DU VÉTÉRINAIRE RURAL EST-IL DE TRAVAILLER EN RÉSEAU ?

C’est une évolution qui me semble intéressante, voire nécessaire actuellement. Il n’est plus possible d’être un vétérinaire rural seul, qui tire ses prix vers le bas pour exister. Le Réseau Cristal, dans lequel j’exerce, est constitué d’environ 470 vétérinaires aujourd’hui, toutes filières confondues. L’implication dans cette structure a été, pour moi, un outil majeur d’épanouissement personnel et d’enrichissement professionnel. Cela m’a permis d’avoir accès à des formations, des groupes de réflexion, à la mise en commun des compétences, des techniques, des savoirs, etc. Cette mutualisation des énergies, des stratégies et des prospections est l’un des enjeux pour le monde vétérinaire rural de demain, car travailler ensemble permet de proposer une offre variée, de se démarquer et de prospérer.

QUEL EST L’IMPACT SUR L’ÉVOLUTION DE VOTRE ACTIVITÉ ?

Cela nous a permis de conforter la place du vétérinaire en élevage qui, en évoluant progressivement, est passé du pompier perçu comme un “mal nécessaire” à un rôle de coach ayant une main sur le gouvernail en partenariat avec l’éleveur. C’est ainsi qu’en 20 ans, à côté de l’activité de vétérinaire traitant, nous avons développé une offre de services qui s’est progressivement étoffée de manière à couvrir les principaux enjeux rencontrés en élevage. La porte d’entrée, au départ, c’était le suivi de la reproduction (photo 1). Ce service a été rapidement accompagné d’une recherche de solutions alternatives au contrôle de performances en production laitière, d’un suivi de la nutrition et de la santé du pied, d’une gestion des données. Ces évolutions ont été associées à une offre de produits différenciante pour sortir du lot.

POUVEZ-VOUS PRÉCISER CES DERNIERS POINTS ?

Le contrôle de performances est une offre parallèle au contrôle laitier, interdisciplinaire, qui a le même caractère officiel. Cette activité est confiée à une ingénieure agronome au sein du cabinet, mais nous lui donnons du sens en l’incluant dans des aspects qui sont vétérinaires (sanitaire, zootechnie, nutrition, reproduction, etc.). C’est un moyen d’avoir une vision globale de l’élevage, avec une vraie complémentarité interdisciplinaire, où vétérinaires et ingénieurs profitent des compétences des autres.

Concernant la gestion des données, nous pouvons désormais faire parler les chiffres, récupérés grâce à l’informatique ou à certains outils connectés (performances issues des robots de traite, des colliers de détection des chaleurs et de rumination, etc.). C’est un vrai levier d’efficacité en élevage, de positionnement de nos services et de vente, et un élément essentiel de notre activité de suivi des vaches laitières (photo 2). Nous avons là aussi su développer une vraie compétence. Enfin, notre offre différenciante est une approche appelée “alterbiotique”, dont le but est de réduire la médicalisation en élevage. Elle repose sur trois piliers : la prévention et le bien-être animal pour réduire la morbidité, la formation des éleveurs pour qu’ils soient le relais de cette approche préventive, et la recherche de produits alternatifs aux antibiotiques. Cela s’inscrit dans un objectif de performances économiques pour l’éleveur, mais aussi de valorisation de son métier afin de lui rendre toute sa noblesse.

COMMENT VOYEZ-VOUS L’ÉVOLUTION DE LA PROFESSION DANS L’AVENIR ?

Le monde vétérinaire va sans doute se segmenter, avec les corporates qui vont prendre une place de plus en plus importante. À court terme, disons que la moitié des vétérinaires sera regroupée dans ces structures et l’autre moitié restera “indépendante”. Je pense que cela répond aussi à certains besoins ou attentes du monde vétérinaire. De jeunes confrères et consœurs veulent juste exercer leur métier, sans se préoccuper de gérer une activité de cabinet, et ils auront leur place au sein de ces entreprises. Les autres auront envie de gérer leur boutique eux-mêmes et répondront aux points que j’ai cités précédemment avec un esprit entrepreneurial. Demain, il y aura encore de la place pour tous. Nous collaborons avec les fabricants d’aliments, les techniciens, etc. Si eux aussi se développent et changent, ils ont encore besoin de nous, et de notre vision en tant que vétérinaires. Je suis convaincu que la pratique vétérinaire rurale a encore de beaux jours devant elle.

Conflit d’intérêts : Aucun

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