HERNIE SCROTALE CHEZ UN JEUNE MÂLE SHARPEÏ ENTIER - Le Point Vétérinaire n° 446 du 01/10/2023
Le Point Vétérinaire n° 446 du 01/10/2023

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Claire Dubois*, Ludivine Ecoutin**

Fonctions :
*VPlus Beaulieu Poitiers
15 rue des Frères Lumière
86000 Poitiers
**VPlus Saint-André-de-Cubzac
25 chemin de Bellegrappe
33240 Saint-André-de-Cubzac

La hernie scrotale, une variante de la hernie inguinale, survient lorsqu’une partie du contenu abdominal passe via l’anneau inguinal en direction du scrotum. Cette affection rare, congénitale ou acquise, bénéficie d’un bon pronostic si la prise en charge chirurgicale est précoce.

Lors de hernie scrotale chez le mâle, un gonflement apparaît le long du pénis en raison du passage d’organes dans le scrotum via un canal inguinal élargi. La hernie des organes abdominaux peut aller jusqu’à leur incarcération scrotale.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Commémoratifs et anamnèse

Un chien sharpeï mâle entier, âgé de 1,5 an, est référé après l’apparition d’un abattement associé à des vomissements évoluant depuis cinq jours. Il est correctement vacciné et ne présente pas d’antécédents médicaux. Il vit en maison avec jardin et est traité régulièrement contre les parasites internes et externes.

2. Examen clinique et hypothèse diagnostique

À l’examen général, le chien présente une vigilance normale, mais un abattement marqué. L’auscultation cardiovasculaire révèle une légère tachycardie évaluée à 120 battements par minute. La palpation abdominale met en évidence un inconfort marqué dans la région caudale. Une masse de 10 cm sur 3 cm, indurée, est présente latéralement, à gauche du pénis (figure 1). Des vomissements aigus associés à un inconfort abdominal peuvent avoir différentes causes. L’origine est soit digestive, soit extradigestive (tableau).

3. Examens complémentaires

Analyse sanguine

Afin d’investiguer les causes extradigestives, un bilan biochimique, un ionogramme et une numération de la formule sanguine sont effectués. Ces examens ne montrent pas d’anomalie, ce qui permet d’exclure, à ce stade, une cause extradigestive.

Imagerie médicale

L’échographie abdominale réalisée met en évidence un épanchement modéré en regard du pôle cranial de la vessie. Des signes de péristaltisme intense sont notés, sans progression du bolus intestinal dans la région jéjunale, en amont d’une hernie scrotale où un engagement intestinal est constaté. L’examen échographique du sac herniaire révèle un épanchement en quantité importante. À la palpation, la hernie scrotale apparaît non réductible.

4. Chirurgie

À la suite d’une réanimation médicale associant une fluidothérapie et l’injection de citrate de maropitant (à la dose de 2 mg/kg par voie intraveineuse), une réduction chirurgicale de la hernie est rapidement planifiée. Après une prémédication avec de la morphine (à raison de 0,2 mg/kg par voie intraveineuse), l’induction anesthésique est assurée à l’aide de diazépam (à la dose de 0,2 mg/kg) et de propofol (à la dose de 3 mg/kg), puis à la demande par voie intraveineuse. Un relais par anesthésie gazeuse (isoflurane et oxygène) est mis en place après l’intubation oro trachéale. Une antibiothérapie à base d’amoxicilline et d’acide clavulanique est instaurée avant l’intervention chirurgicale (à raison de 20 mg/kg par voie intraveineuse).

Une incision cutanée est réalisée sur le sac herniaire (photo 1). Des anses de l’intestin et de l’omentum sont engagées dans la hernie (photo 2). Ces dernières, ainsi que le testicule gauche, montrent des signes de souffrance avec une coloration violacée et un oedème. Le sac herniaire est visualisé et agrandi. Après plusieurs minutes, le péristaltisme reprend et la coloration des anses intestinales se normalise. Les anses sont réintroduites dans la cavité abdominale via le canal inguinal élargi. Comme aucun signe d’amélioration n’est observé au niveau des tissus du testicule gauche, son retrait intervient après la réalisation d’une ligature autour du cordon spermatique avec du fil chirurgical PDS 2/0 (photo 3).

Malgré le caractère héréditaire de cette affection et les recommandations, le testicule droit est conservé à la demande des propriétaires pour préserver la capacité reproductrice de leur animal. Une fermeture du sac herniaire est effectuée par une ligature transfixante avec du fil chirurgical PDS 2/0. La paroi abdominale et la partie craniale de l’anneau herniaire sont fermées par des points simples. Les tissus sous-cutanés et cutanés sont refermés de manière conventionnelle.

Le chien est gardé en hospitalisation pendant 48 heures jusqu’à la reprise de l’alimentation et du transit. Une antibiothérapie à base d’amoxicilline-acide clavulanique est prescrite à la posologie de 12,5 mg/kg par voie orale pendant cinq jours et une alimentation humide est préconisée durant cinq jours. Lors du contrôle, quinze jours après l’intervention, l’état général du chien est bon.

DISCUSSION

1. Description

La hernie scrotale est qualifiée de hernie indirecte car il s’agit d’une protrusion du contenu abdominal au travers de l’anneau inguinal dans le canal inguinal, lieu de passage du cordon spermatique jusqu’au scrotum. Pour être considérée comme une hernie scrotale, il n’est pas nécessaire que les organes herniés soient déplacés jusqu’au scrotum, ils peuvent uniquement être présents au niveau du canal inguinal chez le mâle, le long du cordon spermatique. Avec une incidence inférieure à 0,02 %, les hernies scrotales sont rares [4]. Elles sont le plus souvent unilatérales, comme dans le cas présenté, et augmentent le risque d’apparition d’une tumeur testiculaire [1, 6].

2. Origine

L’origine de cette affection peut être congénitale. Les hernies scrotales sont surtout rapportées chez le sharpeï et les races chondrodystrophiques [3]. Des cas de hernie scrotale acquise sont décrits à la suite d’un traumatisme. Les hernies scrotales congénitales présentent une consistance molle et sont non douloureuses. Elles peuvent même passer longtemps inaperçues, mais l’engagement d’organes abdominaux dans le sac herniaire est courant. Dans cette situation, la hernie devient dure et la palpation abdominale douloureuse, tandis que des vomissements et un abattement marqué sont observés [5]. En cas de hernie scrotale avec engagement d’organes abdominaux, un “effet de masse” en forme de cordon apparaît depuis le canal inguinal jusqu’à la partie caudale du scrotum. Lors de l’exploration chirurgicale, la viabilité tissulaire des organes herniés doit être évaluée avec précaution, des lésions de nécrose ischémique étant possibles lors d’étranglement au niveau de l’anneau herniaire. Une fois l’étranglement tissulaire levé grâce à l’élargissement de l’anneau herniaire, et en cas d’absence d’amélioration des lésions ischémiques, l’exérèse des organes affectés peut se révéler nécessaire (castration, entérectomie, etc.). Dans de rares cas, la hernie est réductible et, à la palpation, l’anneau inguinal apparaît élargi.

3. Diagnostic différentiel et examens complémentaires

Le diagnostic différentiel de la hernie scrotale inclut les abcès testiculaires ou scrotaux, les processus néoplasiques sous-cutanés ou testiculaires, les torsions testiculaires, les cryptorchidies ou les hydrocèles. L’échographie permet à la fois d’étayer l’hypothèse de hernie scrotale et d’obtenir certaines informations sur la viabilité tissulaire des organes herniés via le suivi du flux sanguin en mode Doppler.

4. Prise en charge

Les hernies scrotales avec engagement d’organes abdominaux sont une urgence chirurgicale en cas d’étranglement des organes herniés. De même, en raison de l’engagement très fréquent d’anses intestinales et du risque important d’isché mie testiculaire, comme dans le cas présenté, les hernies scrotales, même réductibles, doivent être prises en charge sans tarder. La correction chirurgicale consiste en l’ouverture du sac her niaire suivie de la réintroduction des organes abdominaux herniés (des anses intestinales dans la majorité des cas), si la viabilité tissulaire permet leur conservation. En cas de lésions ischémiques persistantes malgré la levée de l’étranglement au niveau de l’anneau inguinal, une entérectomie peut être pratiquée.

Quand le testicule du côté de la hernie scrotale est retiré dans le même temps chirurgical, le sac herniaire peut être réséqué après la mise en place d’une ligature transfixante à sa base (figure 2). Lorsque le testicule est conservé, l’incision réalisée sur le sac herniaire pour permettre la réintroduction des organes herniés est suturée, puis la taille de l’anneau inguinal est réduite à l’aide de plusieurs points simples afin de limiter le risque de récidive de hernie scrotale tout en laissant un passage libre pour le cordon spermatique (figure 3).

5. Pronostic

Le pronostic est excellent, mais il dépend des dommages induits sur les organes herniés, notamment sur les anses intestinales. Les complications sont l’apparition de séromes ou d’hématomes.

Références

  • 1. Bellenger CR. Inguinal and scrotal herniation in 61 dogs. Aust. Vet. Pract. 1996;26:58-59.
  • 2. Fossum TW. Small Animal Surgery, 5th edition. Elsevier Mosby. 2018:1584p.
  • 3. Johnston SA, Tobias KM. Veterinary Surgery: Small Animal Expert Consult, 2nd edition. Elsevier Saunders. 2017:1564-1591.
  • 4. Johnston SD, Root Kustritz MV, Olson PS. Canine and Feline Theriogenology. Elsevier Saunders. 2001:608p.
  • 5. Itoh T, Kojimoto A, Kojima K et coll. Retrospective study on clinical features and treatment outcomes of nontraumatic inguinal hernias in 41 dogs. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2020;56 (6):301.
  • 6. Waters DJ, Roy RG, Stone EA. A retrospective study of inguinal hernia in 35 dogs. Vet. Surg. 1993;22 (1):44-49.

CONCLUSION

La hernie scrotale est une affection congénitale ou acquise relativement rare. La sévérité des signes cliniques dépend des organes abdominaux engagés et de leur niveau de nécrose. Le traitement est chirurgical et consiste en la reconstruction du canal inguinal, la castration et la prise en charge des organes herniés si cela est nécessaire. Le pronostic est bon si le traitement est mis en place précocement.

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• La hernie scrotale est une affection qui peut être congénitale ou acquise.

• Les races chondrodystrophiques et le sharpeï sont prédisposés.

• La hernie se traduit par un effet de masse le long du pénis.

• Après le traitement chirurgical, le pronostic est bon mais dépend de l’état de souffrance des organes herniés.

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