BILAN DE SANTÉ DU CHIEN ET DU CHAT ÂGÉS : INTÉRÊTS ET LIMITES DES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES DE DÉPISTAGE - Le Point Vétérinaire n° 446 du 01/10/2023
Le Point Vétérinaire n° 446 du 01/10/2023

GÉRIATRIE

Gériatrie

Auteur(s) : Lorris Lecot*, Émilie Krafft**

Fonctions :
*Département des animaux de compagnie, de loisir et de sport
VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile
**(dipEcvim-CA internal medicine, PhD)

Le bilan de santé de l’animal âgé est plus pertinent lorsqu’il est intégré à une consultation complète. Il permet l’exploration et la prise en charge précoces de certaines affections, en prévenant le risque d’un diagnostic par excès.

Un animal est considéré comme âgé lorsqu’il entre dans le dernier quart de son espérance de vie [4, 16, 18]. Chez les carnivores domestiques comme chez les humains, l’incidence de nombreuses maladies et le risque de comorbidités augmentent avec l’âge [2, 4, 16, 18]. La réalisation de consultations dédiées à l’animal vieillissant facilite la prévention et la détection précoce de ces affections, permettant ainsi d’optimiser leur prise en charge. Dans cet article, les bilans de santé de l’animal âgé sont définis comme l’ensemble des examens complémentaires proposés en routine ou lors d’une consultation spécifique dédiée aux animaux âgés.

INTÉRÊTS DU BILAN DE SANTÉ CHEZ L’ANIMAL ÂGÉ

Les examens sanguins, urinaires, et la mesure de la pression artérielle sont considérés par les publications scientifiques ou les laboratoires d’analyse comme faisant partie du bilan de santé à conseiller aux propriétaires d’animaux vieillissants [4, 15, 18]. Pour que cette liste soit pertinente, elle doit permettre la détection ou la suspicion de maladies d’intérêt, c’estàdire des affections fréquentes, associées à un impact sur la qualité et l’espérance de vie de l’animal et entraînant des changements détectables aux examens proposés. Le bénéfice est d’autant plus important qu’une prise en charge thérapeutique existe.

1. Dépistage précoce de maladies d’intérêt

De nombreuses affections rencontrées chez l’animal âgé répondent aux critères évoqués (tableau 1). Par exemple, la prévalence des maladies rénales chroniques (tous types de néphropathie confondus, car ces études n’incluent pas d’analyse histopathologique permettant de caractériser la lésion rénale) est de 42 % chez les chats âgés de 10 à 15 ans, 81 % après 15 ans, et 45 % chez les chiens de plus de 10 ans [3, 10, 15]. L’hyperthyroïdie touche quant à elle environ 10 % des chats âgés de plus de 10 ans [6, 18]. Une augmentation du risque d’hypertension artérielle avec l’âge est aussi suspectée [4, 11, 18, 19].

Elle peut être primaire ou idiopathique, mais est souvent le signe d’une maladie sous-jacente à rechercher (néphropathie, certaines dysendocrinies, etc.) [4]. Par ailleurs, beaucoup de ces affections connaissent une phase initiale peu ou non symptomatique, comme l’hypertension artérielle systémique, ou dont les signes n’amèneront pas le propriétaire à consulter spontanément, par exemple la polyphagie et l’hyperactivité lors d’hyperthyroïdie, considérées comme un marqueur de bonne santé. D’autres signes sont imputés au vieillissement normal, comme une léthargie lors d’hypercorticisme ou de douleur arthrosique, alors qu’une maladie existe bien et peut être prise en charge efficacement. La réalisation d’examens complémentaires peut ainsi révéler la phase subclinique d’une affection débutante et compenser l’absence de détection par le propriétaire de signes cliniques préexistants [4, 16, 18]. Ces examens viennent également appuyer une suspicion diagnostique lorsque le tableau clinique est fruste et permettent de révéler une affection intercurrente (par exemple, une néphropathie chronique lors d’hyperthyroïdie) [18].

2. Détermination de valeurs de référence individuelles

Quand aucune anomalie n’est observée, le dépistage fournit des valeurs de référence individuelles plus pertinentes pour les suivis ultérieurs que celles données par le laboratoire [4, 16, 18].

La mesure routinière de la pression artérielle systémique permet également d’habituer l’animal et de limiter les hypertensions situationnelles (l’effet “blouse blanche”).

Ces investigations peuvent aboutir à un diagnostic et à une intervention précoces et retarder ainsi l’apparition des signes cliniques, soulager la douleur, voire prolonger l’espérance de vie. Toutefois, ces bilans ne doivent pas nuire à l’animal, ni à la relation entre l’animal et son propriétaire ou à celle entre le propriétaire et le vétérinaire [4, 16, 18].

LIMITES DU BILAN DE SANTÉ DE L’ANIMAL ÂGÉ

La réalisation d’examens complémentaire de dépistage présente néanmoins certaines limites, principalement liées à la fiabilité des tests diagnostiques et à leurs valeurs usuelles. Ces examens peuvent même se révéler préjudiciables à l’animal comme au propriétaire, notamment lorsqu’ils conduisent à un diagnostic erroné (tableau 2).

1. Fiabilité d’un test diagnostique

Aucun test n’est parfait et le choix du seuil diagnostique est toujours un compromis entre la sensibilité et la spécificité (encadré 1). Pour répondre au principe du dépistage (détecter tous les animaux atteints), la sensibilité est privilégiée dans cette indication au détriment de la spécificité. Le corollaire est un taux élevé de faux positifs. Au sein d’une population animale a priori saine (absence d’anomalie selon l’anamnèse et l’examen clinique), la prévalence de maladies est faible, donc la valeur prédictive positive également. Quel que soit le test utilisé, le risque de faux positifs est donc plus élevé lors d’un bilan de santé que lorsqu’il est utilisé dans le cadre d’une démarche diagnostique visant à expliquer des signes cliniques. Afin de compenser ce manque de spécificité, une confirmation de l’existence d’une maladie, à l’aide d’autres tests ou en répétant le même, est nécessaire avant de conclure.

En souhaitant confirmer ou infirmer une suspicion diagnostique, la réalisation d’examens complémentaires invasifs peut en outre avoir des conséquences néfastes pour l’animal et entraîner un impact psychologique et financier supplémentaire pour le propriétaire.

2. Pertinence des valeurs usuelles

Les valeurs usuelles sont établies à partir d’individus de référence en bonne santé, représentatifs de la population concernée. L’intervalle de référence déterminé statistiquement inclut 95 % des résultats obtenus chez les individus échantillonnés, donc 2,5 % des animaux sains présenteront un résultat en deçà et 2,5 % au-delà de l’intervalle (soit un animal sur vingt). Cette probabilité se cumule pour chaque paramètre ou test effectué. Ainsi, lors d’un bilan biochimique incluant vingt paramètres, la probabilité d’obtenir au moins un résultat en dehors de l’intervalle de référence s’élève à 64 % [20]. Comme un intervalle de référence est aussi lié à une méthode de mesure, il n’est pas transposable d’un appareil à un autre. De plus, lors de la réalisation d’un bilan biologique chez l’animal âgé, l’effet de l’âge n’est souvent pas pris en compte dans l’interprétation des résultats. Le panel utilisé pour l’établissement des valeurs de référence est généralement constitué de jeunes adultes, alors que les modifications physiologiques liées à l’âge entraînent des changements de certains paramètres biologiques [9, 13]. Il serait donc pertinent de s’appuyer sur des intervalles de référence spécifiques des catégories d’âge. Cependant, les informations relatives à ces variations biologiques sont limitées [8, 13, 17].

3. Spectre diagnostique

Pour de nombreuses maladies rencontrées chez l’animal âgé, la suspicion repose sur l’interrogatoire du propriétaire ou l’examen clinique, et non sur des examens biologiques (encadré 2). Par exemple, le dépistage des dysfonctionnements cognitifs, fréquents chez le chien ou le chat âgés et importante cause d’abandon et d’euthanasie, nécessite l’intégration d’une évaluation comportementale [4, 7, 12].

Afin d’éviter les démarches diagnostiques inutiles et limiter le risque de diagnostic erroné, il convient d’inclure le contexte épidémiologique et clinique lors de l’interprétation d’éventuelles anomalies, de les monitorer et de ne pas surinterpréter une déviation minime. La pertinence d’une anomalie augmente lorsqu’elle est marquée, persistante ou s’intensifie avec le temps, ou quand elle s’accompagne d’autres anomalies biologiques ou d’un tableau clinique compatible. Il est donc important de prévenir les propriétaires que le bilan de santé de l’animal âgé ne constitue souvent que le point de départ de la démarche diagnostique.

IMPACT DU BILAN DE SANTÉ DE L’ANIMAL ÂGÉ

Les preuves scientifiques appuyant les recommandations d’examens complémentaires de dépistage et leur fréquence de réalisation chez l’animal âgé sont limitées. Quelques études ont toutefois évalué l’impact réel de ces bilans et méritent de s’y attarder [5, 8, 13, 22].

1. Bilan préanesthésique

La réalisation systématique d’un bilan préanesthésique est controversée à tout âge. Par exemple, une étude incluant plus de 1 500 chiens n’a pas démontré un apport significatif du bilan en l’absence d’anomalie relevée au moment du recueil de l’anamnèse ou lors de l’examen clinique [1]. Une étude s’est intéressée à l’impact du bilan préanesthésique sur l’annulation des anesthésies et le diagnostic de nouvelles maladies spécifiquement chez le chien âgé [8]. Sur une cohorte de 101 chiens de plus de 7 ans, la réalisation d’un bilan préanesthésique (biochimie sanguine et analyse d’urine) a permis de diagnostiquer ou de suspecter trente nouvelles maladies et d’annuler treize anesthésies. Les affections les plus souvent dia gnostiquées étaient les néoplasies, les néphropathies chroniques et l’hypercorticisme. La réalisation d’examens complémentaires chez l’animal âgé semble donc intéressante pour optimiser le temps anesthésique. Par la détection de nouvelles affections, elle peut également conduire à réévaluer le pronostic et l’ensemble de la prise en charge.

2. Bilan de santé intégré au sein d’une consultation

Plusieurs études sont consacrées aux résultats de consultations de dépistage incluant différents examens complémentaires chez l’animal âgé [5, 6, 13, 22]. Ces consultations ont très fréquemment révélé des anomalies (jusqu’à plus 80 % des cas) pour lesquelles les propriétaires n’auraient pas forcément consulté. Les affections les plus fréquentes ont toutefois été mises en évidence lors de l’examen clinique (gingivite, surpoids, atteinte orthopédique, sclérose cristallinienne, etc.). Bien que des anomalies aient été fréquemment détectées lors des examens complémentaires de base, ceux-ci n’ont permis un diagnostic direct que dans moins de 10 % des cas. Ces anomalies étaient en effet souvent isolées et non persistantes ou non suivies [13].

3. Intégration d’examens d’imagerie

En raison de la prévalence élevée des processus tumoraux chez l’animal âgé, le praticien pourrait envisager l’intégration d’examens d’imagerie au bilan de santé. Une étude rapporte effectivement une fréquence importante (64 %) d’anomalies à l’échographie abdominale dans une cohorte de 53 golden retrievers de plus de 6 ans [21]. Il convient toutefois de rester extrêmement prudent quant au crédit à accorder à ces anomalies échographiques et à la prise en charge des “fortuitomes”. Aucune des quatre suspicions d’hémangiosarcome splénique n’a notamment été confirmée, alors que trois chiens ont subi une splénectomie. L’utilité de l’échographie abdominale en tant qu’outil de dépistage chez les chiens âgés cliniquement sains reste donc à établir. En l’absence d’indication, cet examen n’apparaît pas essentiel pour le suivi de l’animal âgé.

Références

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CONCLUSION

L’objectif de l’accompagnement des animaux vieillissants est l’augmentation de leur qualité et de leur espérance de vie. L’intérêt des bilans de santé chez l’animal âgé est de permettre le diagnostic et une prise en charge précoces de certaines affections. Les risques sont principalement ceux du diagnostic par excès. Par ailleurs, les maladies les plus fréquentes et qui ont un impact sur la qualité ou l’espérance de vie de l’animal ne sont pas forcément détectées par des examens biologiques. Ainsi, le bilan de santé de l’animal âgé semble plus pertinent s’il est intégré à une véritable consultation (encadré 3). En effet, le recueil des commémoratifs et de l’anamnèse et la réalisation d’un examen clinique complet sont incontournables afin d’orienter le choix des examens complémentaires et permettre leur interprétation

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• Certaines affections fréquentes chez les carnivores domestiques âgés peuvent être explorées via la réalisation d’examens complémentaires (bilan sanguin, analyse d’urine, pression artérielle).

• La connaissance des limites des tests diagnostiques est primordiale pour éviter les erreurs de diagnostic. Les intervalles de référence usuellement utilisés sont, pour la plupart, constitués à partir d’échantillons d’animaux jeunes à adultes.

• Chez un animal âgé, les résultats des examens complémentaires de dépistage doivent être interprétés à la lumière des commémoratifs, de l’anamnèse et d’un examen clinique complet.

Encadré 1 : FIABILITÉ D’UN TEST DIAGNOSTIQUE

Aucun test n’est parfait et le choix du seuil diagnostique est toujours un compromis entre la sensibilité et la spécificité.

• Performances intrinsèques

Les performances intrinsèques d’un test sont usuellement déterminées en comparant ses résultats à des valeurs de référence (tableau 3).

La sensibilité (Se) est la probabilité qu’un test soit positif si l’animal est atteint [valeur prédictive (VP), faux négatifs (FN) ou positifs (FP)] : Se = VP / (VP + FN). La spécificité (Sp) représente la probabilité qu’un test soit négatif chez un animal non atteint : Sp = VN / (VN + FP).

Ces performances varient selon le seuil choisi pour distinguer un test positif d’un test négatif (figure).

• Performances en situation réelle

Le degré de confiance qui peut être accordé à un test utilisé en pratique dépend aussi de la prévalence (Pr) de la maladie.

La valeur prédictive positive (VPP) correspond au pourcentage d’animaux positifs au test qui sont effectivement atteints et la valeur prédictive négative (VPN) au pourcentage d’animaux négatifs qui sont bien indemnes. La VPP se calcule selon la formule : VPP = (Se × Pr) / (Se × Pr + (1 - Sp) × (1 - Pr)). Plus la Pr est élevée, plus la VPP augmente. Lors de la mesure de la T4 totale sérique (Se de 95,2 %, Sp de 98,5 % pour un seuil de 51 pmol/l) au cours du bilan de santé chez des chats de plus 10 ans (Pr d’environ 10 %), la valeur prédictive positive obtenue est de 87,5 % [14]. Ainsi, plus d’un chat sur dix avec une T4 totale augmentée sera un faux positif [14].

En revanche, si l’animal présente des signes cliniques ou biologiques compatibles avec une hyperthyroïdie, il appartient à une souspopulation dans laquelle la Pr de l’hyperthyroïdie est nettement supérieure à 10 %, donc la VPP correspondante sera bien plus élevée.

Encadré 2 : EXEMPLE DE BILAN DE SANTÉ POUR UN CHAT EUROPÉEN MÂLE CASTRÉ DE 17 ANS

La consultation est motivée par l’observation chez ce chat, depuis plusieurs mois, de difficultés locomotrices au niveau des membres pelviens.

L’examen clinique met en évidence un nodule sous-cutané dans la région cervicale ventrale, une amyotrophie plus marquée sur les membres pelviens et une douleur à la manipulation des hanches (photo 1). Le score d’état corporel est normal, mais le chat a perdu 20 % de son poids en un an. L’appétit est rapporté comme bon et les propriétaires ont attribué la perte de poids au vieillissement.

La mesure de la pression artérielle et le bilan biochimique de base sont sans anomalie. La densité urinaire est mesurée à 1,026, la thyroxinémie à 126 nmol/l (intervalle de référence de 15 à 65 nmol/l). Des lésions d’arthrose marquée sont visualisées à la radiographie des hanches (photo 2).

Ce cas illustre la pertinence de chaque élément ayant permis un double diagnostic : prise en compte du motif de consultation pour ne pas négliger l’atteinte orthopédique, évaluation de l’appétit, suivi du poids et détection d’un nodule thyroïdien pour appuyer la suspicion d’hyperthyroïdie suggérée par les résultats des examens complémentaires.

Encadré 3 : CONDUITE À TENIR POUR BIEN MENER UNE CONSULTATION CHEZ L’ANIMAL ÂGÉ

Il est recommandé d’effectuer un bilan de santé une fois par an, si possible deux fois chez l’animal ayant dépassé l’espérance de vie de l’espèce.

1. Recueil des commémoratifs :

- alimentation ;

- protocoles de vaccination et de vermifugation ;

- antécédents ;

- traitement en cours.

2. Anamnèse :

- évolution du poids, de l’appétit, de la prise de boisson et de l’état d’activité par rapport aux mois ou années précédents ;

- privilégier les questions ouvertes.

3. Examen clinique complet :

- pesée, score corporel, masse musculaire ;

- toucher rectal (chien mâle) ;

- recherche de nodule thyroïdien (chat) ;

- examen oculaire et du système nerveux ;

- examen orthopédique ;

- évaluation comportementale.

4. Examens complémentaires :

- analyse d’urine (densité, bandelette et examen du culot) ;

- mesure de la pression artérielle systémique ;

- hématocrite, voire hémogramme ;

- examen biochimique :

• glycémie, urée, créatinine, phosphatases alcalines, alanine aminotransférase, protéines totales, albumine ;

• triglycérides et cholestérol chez l’animal en surpoids.

• diméthylarginine symétrique (SDMA) à considérer selon la masse musculaire ;

• thyroxinémie totale et gamma-glutamyltransférase chez le chat.

- Ionogramme simple, complété du calcium ionisé en cas de doute sur une polyuropolydipsie :

Ces recommandations doivent être complétées par d’autres examens complémentaires si des anomalies cliniques ou biologiques sont détectées.

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