RÉGURGITATIONS CHEZ UNE CHIENNE ÉPAGNEUL - Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023
Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023

MÉDECINE INTERNE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, Aurore Fouhety**, Jean-François Boursier***

Fonctions :
*Clinique TouraineVet
12 rue des Internautes
37210 Rochecorbon
**((cert. CEAV-MI))
***(dipECVS, DESV de chirurgie)

PRÉSENTATION CLINIQUE

Une chienne croisée épagneul stérilisée, âgée de 9 ans, est référée pour l’exploration de régurgitations qui évoluent depuis deux semaines. Les vaccinations et les traitements antiparasitaires, externe et interne, sont à jour. Les propriétaires rapportent l’expulsion spontanée par voie orale d’un contenu alimentaire non digéré, sans signe annonciateur ou effort expulsif associé, survenant dans les minutes qui suivent l’ingestion de nourriture de façon presque systématique depuis quinze jours. La prise de boisson est normale et aucun trouble de la déglutition n’est rapporté. Aucun traitement n’a été mis en place avant la consultation en référé.

À l’examen clinique, l’animal apparaît en bon état général avec un indice de condition corporelle évalué à 5 sur 9. Les constantes biologiques sont dans les valeurs usuelles. L’auscultation cardio-respiratoire est normale. Aucune gêne n’est mise en évidence à la palpation de la région cervicale. Le contexte anamnestique et clinique est en faveur d’une atteinte de l’œsophage. Afin d’explorer cet organe, des radiographies thoraciques, en incidence de profil et de face, sont réalisées (photos 1 et 2).

Qualité et description des images radiographiques

L’opacité, le contraste et la netteté des images radiographiques sont corrects. La qualité des clichés est suffisante pour l’interprétation. L’œsophage présente une dilatation aérique sur l’ensemble de son trajet dans la partie cervicale et intrathoracique. Une bande œsophago-trachéale est observée en région cervicale. Une structure ovoïde d’opacité tissulaire est présente dans la partie cranio-ventrale du médiastin, ce qui entraîne un élargissement à ce niveau.

Interprétation et diagnostic

Les images radiographiques révèlent la présence d’un mégaœsophage qui explique les signes cliniques rapportés, associé à une masse médiastinale craniale. Les résultats des cytoponctions échoguidées de la masse sont en faveur d’un thymome.

DISCUSSION

Le thymome est une tumeur décrite chez de nombreuses espèces dont l’humain, le chien, le chat, le furet et le lapin [2]. Bien que rare, il fait partie des tumeurs médiastinales craniales les plus fréquentes [2]. Il se développe généralement chez les chiens de race de grande taille, adultes à âgés [3]. Le labrador et le berger allemand semblent prédisposés [3]. Cette structure est constituée d’une prolifération néoplasique de cellules épithéliales thymiques, parfois infiltrée d’une population non néoplasique de lymphocytes [3]. La croissance du thymome est lente et le plus souvent il n’est pas invasif et métastase rarement [3].

Les signes cliniques observés lors de thymome évoluent en général progressivement. Ils sont non spécifiques et secondaires aux nombreux syndromes paranéoplasiques qui peuvent y être associés. Le plus fréquent d’entre eux est la forme acquise du syndrome myasthénique, ou myasthénie grave, rapportée dans 30 à 50 % des cas de thymome [2]. Celle-ci correspond à une atteinte de la jonction neuromusculaire caractérisée par une fatigabilité musculaire qui s’améliore avec le repos et associée à des signes d’atteinte de la musculature non squelettique. Elle peut prendre des formes localisées (mégaœsophage ou dysfonctionnement des muscles pharyngés, laryngés ou faciaux) ou généralisées, et des formes aiguës ou chroniques. La pathogénie de la myasthénie grave lors de thymome s’expliquerait par une production anormale d’anticorps dirigés contre les cellules myéloïdes thymiques, qui présentent des similitudes antigéniques avec les récepteurs à l’acétylcholine portés par les cellules musculaires de la jonction neuromusculaire. Les autres syndromes paranéoplasiques rapportés lors de thymome sont une hypercalcémie, une lymphocytose sévère, un érythème multiforme et une myocardite à l’origine de blocs atrio-ventriculaires du troisième degré [2].

Le pronostic d’un thymome non résécable associé à un mégaœsophage chez le chien est sombre, avec un risque accru de pneumonie par fausse déglutition. Cependant, une exérèse complète du thymus peut permettre une résolution du mégaœsophage ainsi qu’une diminution du titre en anticorps anti-récepteurs à l’acétylcholine [1].

L’examen tomodensitométrique du thorax est l’examen complémentaire à privilégier pour l’exploration des masses médiastinales. Il permet d’évaluer précisément la localisation de la tumeur, sa taille et son degré d’infiltration des structures anatomiques adjacentes, ce qui influe ensuite sur le choix des modalités thérapeutiques (thymectomie, chimiothérapie, radiothérapie) [3].

Références

  • 1. Mace S, Shelton GD, Eddlestone S. Megaesophagus. Compend. Contin. Educ. Vet. 2012;34 (2):E1.
  • 2. Perillo R, Menchetti M, Giannuzzi PA et coll. Acquired myasthenia gravis with concurrent polymyositis and myocarditis secondary to a thymoma in a dog. Open Vet. J. 2021;11 (3):436-440.
  • 3. Robat CS, Cesario L, Gaeta R et coll. Clinical features, treatment options, and outcome in dogs with thymoma: 116 cases (1999-2010). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2013;243 (10):1448-1454.

Conflit d’intérêts : Aucun

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