LES MALADIES NERVEUSES ET MYO-ARTHRO-SQUELETTIQUES CHEZ LA POULE - Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023
Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023

MÉDECINE DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Lauriane Devaux

Fonctions : NAC Atlan Vet
Médecine et chirurgie des nouveaux animaux de compagnie
44000 Nantes

La poule est la cible de nombreuses maladies infectieuses virales ou bactériennes à tropisme nerveux ou musculo-squelettique. Les conditions d’entretien des animaux sont déterminantes pour réduire l’incidence de ces affections.

Les maladies du système nerveux et à tropisme myo-arthro-squelettique sont des motifs de consultation courants chez la poule de compagnie. La complexité de la prise en charge réside dans la symptomatologie très proche de ces affections et la pauvreté de l’arsenal thérapeutique disponible pour la poule. Lorsqu’un traitement est possible, notamment chirurgical, l’extrapolation des connaissances et des techniques utilisées chez les autres oiseaux de compagnie s’impose. Il est néanmoins nécessaire de les adapter à cet oiseau principalement marcheur et vivant en extérieur.

1. LES MALADIES NERVEUSES

Anatomie et particularités d’espèce

Le système nerveux de la poule est constitué d’un encéphale de petite taille, comprenant un cortex cérébral peu développé comparé au cervelet et aux lobes optiques. La mœlle épinière s’élargit progressivement jusqu’à la région lombo-sacrée, avant de s’affiner à nouveau jusque dans les dernières vertèbres caudales. Le plexus lombaire est particulièrement développé chez les oiseaux qui courent et, à l’inverse, ceux qui volent possèdent un plexus brachial plus large [7]. Les nerfs périphériques sont blanc nacré et légèrement striés [2].

Causes fréquentes

Chez la poule, les maladies nerveuses ont principalement une origine infectieuse virale et bactérienne, mais des atteintes fongiques, parasitaires, des carences (calcium en période de ponte, vitamines D et B) ou des intoxications sont aussi observées. La symptomatologie de ces affections est souvent proche et le diagnostic ante mortem difficile [2]. Cet article détaille quelques maladies à expression nerveuse primaire (tableau 1).

La maladie de Newcastle vélogène et l’influenza aviaire hautement pathogène

Ces deux infections virales sont principalement à l’origine de difficultés respiratoires. Mais la souche hautement pathogène de la grippe aviaire (IAHP) et la présentation vélogène de la maladie de Newcastle provoquent également des troubles nerveux [2, 5, 7, 8, 9]. L’influenza aviaire hautement pathogène entraîne notamment une ataxie, des tremblements, un opisthotonos et/ou un torticolis [7]. En plus de ces symptômes de l’IAHP, une diarrhée peut également être observée dans la forme neurotrope de la maladie de Newcastle [5]. Le taux de mortalité est très élevé dans les deux cas [2, 5, 7, 9]. Il dépasse 75 % pour l’influenza aviaire hautement pathogène et peut atteindre 100 % dans le cas de la maladie de Newcastle, bien que la forme neurotrope, lorsqu’elle n’est pas associée à une diarrhée, semble avoir un taux de mortalité plus faible [7, 8].

La maladie de Marek

La maladie de Marek est due à un herpèsvirus (Gallid herpesvirus 2) très résistant dans le milieu extérieur [2, 7, 9]. La transmission est uniquement horizontale et par voie respiratoire, par le biais des squames des follicules plumeux [2, 7, 9]. Le virus se déplace dans le corps via les organes lymphoïdes (bourse de Fabricius, rate, thymus) et se réplique dans les lymphocytes B avant d’infecter les lymphocytes T activés, de type CD4 + principalement. Seule une partie de ces lymphocytes semble modifiée et à l’origine du développement de tumeurs lymphoïdes. L’infiltration touche essentiellement les organes viscéraux, la peau, les muscles, ainsi que les nerfs périphériques [3]. L’infection est également responsable d’une immunosuppression transitoire ou permanente [7]. Une étude démontre que le virus de la maladie de Marek détourne la synthèse et le transport du cholestérol dans l’organisme pour faciliter sa propagation d’une cellule à l’autre [1]. Cela a entre autres pour conséquences de diminuer le catabolisme du cholestérol, d’augmenter sa synthèse de novo et de diminuer son excrétion. Cliniquement, cela se traduit par une augmentation des lésions d’athérosclérose (aorte, artères coronaires et segments artériels majeurs) chez les oiseaux atteints par la maladie, qu’ils présentent ou non une hypercholestérolémie [4]. Les jeunes sont les plus sensibles au virus. Macroscopiquement, l’infiltration est blanchâtre à grise et, lorsqu’elle touche les nerfs, un changement de couleur et la perte de leur striation sont observés. Le virus de la maladie de Marek mute au fil du temps et l’apparition progressive de souches de plus en plus virulentes, qui touchent des individus de plus en plus jeunes, est rapportée [2]. Plusieurs formes de la maladie sont donc rencontrées (encadré) [7]. Le diagnostic différentiel doit inclure d’autres maladies tumorales, telles que la leucose aviaire ou la réticulo-endothéliose, et des affections à l’origine de troubles de la démarche ou de la posture, comme l’encéphalomyélite aviaire, les arthrites virales ou les carences minéralo-vitaminiques [2, 7, 9]. Il n’y a pas de traitement efficace contre la maladie de Marek et le pronostic est sombre. Néanmoins, certains oiseaux peuvent récupérer transitoirement lors de forme paralytique, mais cela évolue toujours vers une rechute peu de temps après [7].

La listériose

Des cas sporadiques de listériose sont possibles chez la poule de basse-cour [2, 5]. La maladie est consécutive à l’infection par le bacille Listeria monocytogenes présent dans le sol, l’ensilage et les végétaux en décomposition, mais aussi à la surface de certains points d’eau ou des carcasses de volailles ou d’oiseaux apparemment sains [2]. Les troubles se déclarent surtout chez les jeunes et deux tableaux cliniques sont possibles : la forme septicémique (amaigrissement et diarrhée) et la forme encéphalitique (ataxie, paralysie, torticolis, opisthotonos). Il s’agit d’une zoonose et les voies de contamination chez l’humain sont les fientes et la viande contaminée. La bactérie est assez résistante et continue de se multiplier sur les denrées même à basse température. Le diagnostic est le plus souvent établi en phase post-mortem après une analyse histologique de l’encéphale, de la rate, du foie ou du cœur montrant des foyers inflammatoires ou de nécrose, et/ou une analyse bactériologique [5]. L’antibiothérapie est rarement efficace en raison du développement de nombreuses résistances [5].

Le botulisme

Le botulisme est secondaire à une intoxination par la toxine produite par Clostridium botulinum. Elle engendre une paralysie flasque ascendante touchant les membres pelviens, les ailes, mais aussi les muscles du cou et de la face notamment [2, 5, 7]. La mort fait suite à une défaillance cardio-respiratoire. C. botulinum est une bactérie anaérobie présente dans le tube digestif de nombreuses espèces d’oiseaux. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette intoxination : une toxi-infection correspondant à un passage direct de la toxine préformée dans l’intestin de la poule à travers la barrière intestinale à la suite d’une lésion intestinale, l’ingestion de la toxine formée dans des cadavres d’oiseaux, ou même d’asticots puisqu’ils ont le pouvoir de concentrer la toxine. La consommation de petits crustacés morts dans des conditions d’hypoxie ou d’une végétation en décomposition au bord d’un point d’eau stagnant peut également être une source de toxine [2, 5, 7].

Ces informations sont à mettre en relation avec le régime omnivore de la poule (accès éventuel à des carcasses en décomposition ou à des déchets de cuisine), voire avec l’hygiène du poulailler. Le risque est plus important en cas de météo chaude et humide [2, 7]. L’incubation va de quelques heures à deux jours selon la quantité de toxine absorbée [7]. Le diagnostic est difficile et repose sur la symptomatologie et la présence éventuelle de facteurs de risque (météo, hygiène du poulailler, proximité d’un point d’eau, fréquence de ramassage des cadavres, etc.) [2, 7]. Le diagnostic bactériologique n’est pas pertinent puisque C. botulinum est physiologiquement présent dans le tractus digestif et peut donc être détecté dans l’organisme. De même, la présence post-mortem de la toxine dans l’organisme n’est pas diagnostique puisqu’elle peut provenir du cadavre en décomposition. Ante mortem, la toxine peut être typée dans le sérum, le foie ou dans le bol alimentaire intestinal [2].

Les oiseaux malades reçoivent un antisérum, un laxatif pour évacuer la toxine résiduelle, une antibiothérapie efficace contre les clostridies (à base de streptomycine, tétracycline, pénicilline, tylosine ou lincomycine) et des soins de soutien.

Examens complémentaires

La réalisation d’un examen radiographique permet, en cas de boiterie, de parésie ou de paralysie d’un ou de plusieurs membres, de différencier les atteintes purement ostéo-articulaires des autres. Par ailleurs, l’examen peut détecter la présence éventuelle d’une masse, d’une organomégalie (néphromégalie entre autres) ou d’un œuf à proximité de la filière pelvienne susceptible d’entraîner un pincement ou un écrasement des nerfs spinaux qui sortent au niveau du synsacrum, donc un trouble de la démarche. Ce type de lésion est caractéristique des oiseaux et doit nécessairement faire partie du diagnostic différentiel des troubles de la démarche et de l’équilibre.

Les examens bactériologiques ante mortem et post-mortem ainsi que l’observation macroscopique et/ou microscopique des lésions post-mortem ne sont pas systématiquement diagnostiques, mais peuvent avoir un intérêt épidémiologique en cas de suspicion de zoonose et/ou pour protéger le reste du poulailler. Un test de réaction en chaîne par polymérase (PCR) est à envisager lors de suspicion d’une infection par le virus de la maladie de Marek (sur sang frais ou sur un organe affecté), par une souche du virus de la grippe aviaire ou de la maladie de Newcastle (écouvillon des voies respiratoires et/ou digestives ou sur des organes affectés) ou pour le typage de la toxine en cas de botulisme par exemple [5, 7].

Traitements et prévention

Les traitements mis en place dans le cadre des maladies à tropisme nerveux sont principalement symptomatiques et rarement efficaces. La prise en charge passe donc par une prévention adaptée et le maintien d’une hygiène adéquate dans le poulailler. Une inspection régulière de l’abri et des aires de promenade est indispensable pour retirer rapidement les éventuels cadavres, interdire l’accès à des points d’eau stagnante et pour maintenir la litière propre [2]. La vaccination contre la maladie de Marek est réalisée in ovo à 18 jours ou sur des poussins de 1 jour au couvoir [2, 7]. Elle est efficace contre l’expression clinique de la maladie (développement de tumeurs), l’immunosuppression et la paralysie. Elle n’empêche toutefois pas la contamination et la transmission, ce qui peut favoriser les mutations du virus vers davantage de virulence [2, 6]. Ainsi, en prévenant leur mortalité, la vaccination des oiseaux exposés a posteriori au virus de la maladie de Marek peut entretenir et faciliter la dissémination des souches très virulentes [6].

2. LES MALADIES MYO-ARTHRO-SQUELETTIQUES

Anatomie et particularités d’espèce

Le squelette des oiseaux est léger, mais robuste. Il s’agit d’une adaptation leur autorisant le vol, grâce à la présence de sacs aériens dans certains os dits pneumatisés, comme l’humérus, les coracoïdes, les os de la ceinture pelvienne, le fémur, le sternum ou certaines vertèbres [7]. Au contraire des mammifères, le cortex osseux est fin et cassant et la cicatrisation est endostée [5]. La colonne vertébrale est composée de quatorze à dix-sept vertèbres cervicales, du notarium (les sept premières vertèbres thoraciques fusionnées), du synsacrum (fusion des dernières vertèbres thoraciques, des vertèbres sacrées et d’une partie des coccygiennes), et de quelques vertèbres coccygiennes libres.

La conséquence d’un squelette axial en partie fusionné est la présence d’une musculature dorsale peu développée, la plus grande partie de la masse musculaire étant donc située ventralement [7]. Les poules sont anisodactyles, c’est-à-dire qu’elles ont trois doigts à l’avant et un à l’arrière, ce qui leur permet de se percher.

Causes fréquentes

Un trouble locomoteur peut être secondaire à une affection primaire de l’appareil musculo-squelettique, à une lésion nerveuse ou à une lésion vasculaire [2]. Il convient de prendre en considération les causes autres que musculo-squelettiques dans le diagnostic différentiel (organomégalie, carences minéralo-vitaminiques, corps étranger digestif). Une anamnèse précise et le choix d’examens complémentaires discriminants permettent d’établir un diagnostic différentiel exhaustif et d’identifier rapidement les affections musculaires et osseuses.

Des renseignements sur un éventuel traumatisme (chute, morsure, membre coincé, etc.), mais aussi sur l’environnement (matériaux constituant le poulailler et les perchoirs, hygiène, aire de promenade, etc.), le statut physiologique de l’animal (poule en période de ponte) et l’alimentation sont en outre indispensables (tableau 2).

La pododermatite

La pododermatite, ou podagre, est une affection de la face plantaire des pattes. Cela peut aller de la dermatite de contact jusqu’à l’abcès. Le risque est particulièrement élevé chez les races à viande, plus lourdes, mais d’autres facteurs de risque entrent également en jeu : l’obésité, l’hygiène de la litière, l’humidité, les perchoirs ou les substrats abrasifs, la sédentarité, etc. [5, 7]. Des carences vitaminiques ou en acides-aminés peuvent aussi augmenter l’incidence de la maladie (biotine, riboflavine, méthionine et cystéine notamment). Les lésions sont unilatérales ou bilatérales et entraînent un gonflement du coussinet central de la patte qui peut même faire saillie entre deux doigts dans certains cas. Il en découle une boiterie pouvant aller jusqu’à la suppression d’appui en raison de la douleur associée [7]. L’affection débute soit par une blessure de la voûte plantaire, soit par une ischémie localisée due à un excès de poids sur l’une des pattes [5]. Les lésions peuvent alors s’infecter superficiellement et s’aggraver progressivement en touchant les tendons ou les os de la patte. Il existe un système de gradation selon l’ampleur de l’atteinte permettant d’évaluer le pronostic et de choisir la prise en charge thérapeutique adaptée (tableau 3, photos 1, 2a et 2b) [7]. Les bactéries du genre Staphylococcus sont souvent responsables de ces infections [7]. Après le traitement chirurgical, un pansement boule est mis en place pour protéger la plaie et faciliter la cicatrisation en limitant la pression sur la voûte plantaire (photos 3a à 3c et 4).

Les fractures

Les fractures osseuses sont fréquentes et peuvent être secondaires à une chute, à l’attaque d’un prédateur, à un accident de contention ou à un autre traumatisme. Des cas de fracture spontanée liée à une ostéoporose sont décrits chez la poule pondeuse, mais aussi dans les races de chair. Ces fractures peuvent être réellement spontanées ou consécutives à une contention ou à un transport. Une croissance trop rapide, une prédisposition génétique, une alimentation de mauvaise qualité, le manque d’exercice sont des facteurs prédisposants [5].

La prise en charge d’une fracture est le plus souvent chirurgicale. Selon les structures atteintes, un traitement conservateur peut également être envisagé (fracture du radius sans atteinte de l’ulna et inversement, par exemple). L’objectif de l’approche chirurgicale est de réduire la rotation et de garantir l’alignement physiologique de l’os pour améliorer le pronostic fonctionnel. Cette prise en charge est donc conseillée dans le cas d’une atteinte du membre pelvien, puisque la poule doit pouvoir réutiliser sa patte très rapidement après l’intervention afin de prévenir le développement d’une pododermatite sur le membre controlatéral dû à un report d’appui. Un traitement conservateur est alors déconseillé et le pronostic plus réservé, notamment chez les oiseaux lourds [5]. L’acte chirurgical doit être le plus précoce possible après une fracture des membres pelviens, car la rétractation des muscles de la patte intervient rapidement après l’accident, ce qui empêche par la suite le réalignement correct de l’os fracturé. Une intervention au cours des trois à cinq jours qui suivent, au maximum, est donc conseillée. Le recours à des fixateurs externes, avec ou sans un montage de type tie-in, est adapté à la plupart des fractures de l’aile et du membre pelvien chez l’oiseau (photos 5 et 6). La cicatrisation osseuse est rapide et prend en moyenne deux à trois semaines [5].

L’arthrite septique

L’arthrite virale de la poule est due à un réovirus dont la transmission peut être horizontale ou verticale. Comme une résistance à la maladie se développe après 2 semaines d’âge, les poussins sont les plus à risque. Elle provoque une boiterie, un retard de croissance et un œdème du jarret, du tendon gastrocnémien et des tendons fléchisseurs des doigts. L’infection peut aussi engendrer la rupture du tendon gastrocnémien [2, 7].

De nombreuses bactéries peuvent également entraîner des infections articulaires et périarticulaires. Certaines sont à l’origine d’une infection spécifique des articulations (staphylocoques, streptocoques, entérocoques, synovite infectieuse à mycoplasmes), d’autres affectent plusieurs organes dont les articulations (colibacillose, salmonellose, pseudomonose, pasteurellose ou choléra aviaire, yersiniose) [2, 7]. Dans le cas de la synovite infectieuse à Mycoplasma synoviae, la contamination se fait par la voie respiratoire avant de gagner les structures articulaires. Un amaigrissement, une faiblesse des postérieurs, une hypertrophie des pattes et un œdème des membranes synoviales et des gaines tendineuses sont classiquement observés [2]. Au contraire, les infections à staphylocoques sont secondaires à l’infection d’une effraction cutanée. L’infection peut alors se propager plus rapidement et provoquer une ostéomyélite (photo 7). S. aureus peut être à l’origine d’une synovite avec un exsudat orangé [2]. Une infection à Streptococcus gallolyticus, à Enterococcus faecalis ou à E. cecorum peut causer une arthrite ou une ostéomyélite, ou encore des tendinites et une nécrose de la tête fémorale dans le dernier cas. Les endocardites sont des lésions fréquemment observées en parallèle [7]. Un traitement antibiotique est fortement recommandé pour la prise en charge des arthrites septiques, qu’elles soient virales ou bactériennes, tout en prenant en compte la réglementation concernant l’usage des médicaments chez les animaux producteurs de denrées (1).

L’utilisation de pénicillines (ou de tétracyclines en cas de suspicion d’une infection à mycoplasmes) est conseillée.

Les carences minéralo-vitaminiques

De nombreuses carences sont possibles chez la poule de basse-cour, l’alimentation n’étant pas toujours variée et équilibrée. Les carences en vitamine E et en sélénium entraînent une dystrophie musculaire à l’origine de troubles de la locomotion. Il existe également une forme nerveuse associée au développement d’une encéphalomalacie [5, 7]. Une chondrodystrophie est possible chez les jeunes oiseaux, en cas de carence en manganèse, en choline, en zinc, en pyridoxine, en biotine, en acide folique ou en niacine. Il s’agit d’une atteinte des plaques de croissance des os longs qui empêche leur allongement, sans entraver la minéralisation osseuse [2]. La pérose, une maladie observée chez les jeunes en croissance, se traduit par un déplacement du tendon gastrocnémien qui provoque une déviation latérale progressive des membres pelviens (photo 8). Elle est principalement secondaire à une carence en manganèse, mais des carences en biotine, en acide folique, en niacine ou en pyridoxine peuvent aussi être incriminées [5, 7]. Un déséquilibre de la balance phospho-calcique, donc une carence en vitamine D3, est à l’origine de rachitisme chez les jeunes oiseaux, d’ostéomalacie et d’ostéoporose chez la poule pondeuse.

Le traitement de ces maladies est le plus souvent symptomatique et vise à complémenter la ration alimentaire pour lutter contre les carences. Des montages permettant de redresser les membres pelviens, lorsque cela est justifié, peuvent aider l’animal à se déplacer à nouveau et à améliorer le port des pattes, mais ils ne sont pas toujours efficaces. Le plus souvent, les lésions ostéo-articulaires observées sont irréversibles [2, 7].

Examens complémentaires

L’examen complémentaire de choix est la radiographie, voire un examen tomodensitométrique en cas de suspicion d’une atteinte du squelette axial, de la ceinture scapulaire, voire pelvienne. Chez la poule en période de ponte, il n’est pas anormal de noter une augmentation de la densité osseuse au niveau des fémurs et des humérus, ce qui correspond à une mobilisation des réserves calciques en vue de la production de coquille d’œuf. Ce phénomène est appelé hyperostose. Lors de la prise en charge chirurgicale d’une fracture, un examen radiographique est conseillé avant et après l’intervention pour évaluer l’alignement et la rotation de l’os [5]. Dans le cas des arthrites septiques, une bactériologie avec antibiogramme et/ou un examen PCR pour rechercher le germe responsable sont conseillés.

Traitement et prévention

La prévention de la plupart des affections du système musculo-squelettique passe par une amélioration du milieu de vie et de l’entretien quotidien de l’animal et de son milieu. Ainsi, une alimentation équilibrée, une aire de promenade de taille adaptée et sécurisée, une litière propre et sèche, un sol et des perchoirs non abrasifs et des manipulations réduites au strict minimum sont des facteurs à prendre en compte pour limiter les risques de carences, de traumatismes, de surpoids ou d’infections favorisant le développement de maladies [2]. Une intervention chirurgicale précoce est conseillée lors d’une fracture déplacée du tibiotarse ou d’une luxation du tendon gastrocnémien. En effet, après deux ou trois jours, le tendon commence à se rétracter, ce qui ne permet plus une réduction physiologique des lésions.

  • (1) Voir la réglementation sur l’utilisation des médicaments vétérinaires chez la poule dans l’article « Détention de poules domestiques : les prérequis », Point Vét. n° 428, pp 20-22.

Références

  • 1. Boodhoo N, Kamble N, Behboudi S. De novo cholesterol biosynthesis and its trafficking in LAMP-1-positive vesicles are involved in replication and spread of Marek’s disease virus. J. Virol. 2020;94 (24):e01001-e01020.
  • 2. Brugère-Picoux J. Mes poules en bonne santé : comment reconnaître, prévenir et traiter leurs maladies. Association française pour l’avancement des sciences (Afas). 2016:255p.
  • 3. Couteaudier M, Denesvre C. Marek’s disease virus and skin interraction. Vet. Res. 2014;45 (1):36.
  • 4. Fabricant CG, Fabricant J. Atherosclerosis induced by infection with Marek’s disease herpesvirus in chickens. Am. Heart J. 1999;138 (5 Pt 2):S465-S468.
  • 5. Greenacre CB, Morishita TY. Backyard Poultry Medicine and Surgery: A Guide for Veterinary Practitioners, 1st edition. Wiley Blackwell. 2014:344p.
  • 6. Nair V. Spotlight on avian pathology: Marek’s disease. Avian Pathol. 2018;47 (5):440-442.
  • 7. Poland G, Raftery A. BSAVA manual of Backyard Poultry Medicine and Surgery, 1st edition. 2019:368p.
  • 8. Swayne DE, Suarez DL. Highly pathogenic avian influenza. Rev. Sci. Tech. 2000;19 (2):463-482.
  • 9. Wakenell P. Management and medicine of backyard poultry. In: Current Therapy in Avian Medicine and Surgery. Elsevier. 2016;(Chap 15):550-565.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Bien que considérée comme un animal rustique, la poule est pourtant sujette à de nombreuses maladies infectieuses, virales ou bactériennes, à tropisme nerveux ou musculo-squelettique. La prévention de ces affections, majoritairement associées à un pronostic sombre, passe notamment par une gestion correcte de l’hygiène du milieu de vie, des facteurs d’ambiance du poulailler et une nutrition complète et équilibrée. La vaccination est un outil de prévention discutable selon le contexte épidémiologique et la maladie concernée. Bien que de plus en plus prisée, la poule reste un animal avec lequel les propriétaires gardent une certaine distance et il est parfois difficile de les impliquer dans le traitement médical ou chirurgical. En plus de cette contrainte, la prise en charge doit également prendre en compte la réglementation concernant l’utilisation des médicaments chez cet animal de production. Le praticien doit donc souvent faire preuve d’adaptation pour respecter le bien-être et le confort de l’oiseau tout en répondant aux demandes du propriétaire dans le respect de la législation.

Encadré : LES DIFFÉRENTES PRÉSENTATIONS DE LA MALADIE DE MAREK

Forme classique : les signes cliniques associent une paralysie asymétrique des membres postérieurs et le développement de tumeurs viscérales conduisant à terme à des troubles plus généraux (anorexie, perte de poids, pâleur des muqueuses, diarrhée, abattement, etc.) et à la mort de l’animal.

Forme aiguë : elle conduit à la mort après une dégradation de l’état général en 24 à 72 heures.

Forme chronique : elle entraîne une baisse d’immunité chronique secondaire à l’envahissement des tissus lymphoïdes (bourse de Fabricius, rate, thymus) pouvant favoriser le développement ou l’aggravation de maladies concomitantes.

Lymphomatose oculaire : une infiltration grise et irrégulière est observée au niveau de l’iris et déforme la pupille. À terme, cette lésion peut être à l’origine d’une cécité chez l’oiseau atteint.

Atteinte tégumentaire avec des lésions cutanées tumeurs-like : elle se traduit par une hypertrophie des follicules plumeux et un agrégat compact de cellules lymphoïdes dans le derme [3].

Paralysie transitoire : cette présentation n’est pas secondaire à une infiltration tumorale nerveuse mais à un œdème cérébral d’origine vasculaire transitoire. Une paralysie flasque des membres pelviens et/ou du cou est notée pendant un à deux jours. Les animaux atteints peuvent récupérer et éventuellement garder des séquelles (torticolis), mais ils meurent la plupart du temps des suites des autres atteintes tumorales.

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