LES MALADIES DE L’APPAREIL REPRODUCTEUR CHEZ LA POULE - Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023
Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023

MÉDECINE DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Graham Zoller

Fonctions : (dipECZM avian, Ipsav médecine zoologique,
DE pathologie aviaire)
Unité des nouveaux animaux de compagnie
Centre hospitalier vétérinaire OnlyVet
7 rue Jean Zay
6800 Saint-Priest

La production d’œufs par la poule semble aisée et régie par un cycle saisonnier imperturbable. Pourtant, les maladies liées à la reproduction sont très fréquentes chez les poules de compagnie qui vieillissent assez paisiblement dans nos jardins.

Les troubles de la reproduction sont un motif fréquent de consultation chez la poule. La sélection génétique a permis le développement de races produisant une quantité importante d’œufs, mais s’est également accompagnée d’une augmentation du risque de développement de maladies du tractus reproducteur. Ainsi, selon une étude américaine, les affections liées à la reproduction représentent 13 % des motifs de consultation en urgence chez la poule de compagnie [9].

1. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

Le tractus reproducteur de la poule est constitué de l’ovaire et de l’oviducte gauche qui sont situés dans la cavité cœlomique. Une poule sexuellement active présente un élargissement de la symphyse pubienne, une crête et des barbillons rouge vif bien développés, ainsi que des lèvres cloacales gonflées. La cavité cœlomique d’une poule en activité reproductrice est normalement distendue, avec une consistance de “pâte à pain”. Les affections du système reproducteur se manifestent par une diminution ou un arrêt de la ponte, la présence d’écoulements cloacaux, ou encore via des modifications de l’apparence des œufs. Toutefois, une diminution ou un arrêt de la ponte peuvent être physiologiques en période de mue ou lorsque la photopériode est courte. Ces maladies peuvent également se traduire par des signes généraux, des difficultés respiratoires et des troubles gastro-intestinaux tels qu’une stase du jabot ou une diarrhée.

2. CAUSES FRÉQUENTES

Les troubles de la reproduction sont particulièrement fréquents chez les poules de compagnie qui sont généralement issues de races pondeuses et qui vivent plus longtemps que leurs congénères d’élevage [4]. La dystocie et les rétentions d’œuf sont rares chez les volailles, mais peuvent survenir occasionnellement chez les poules naines [8]. Les poules “réformées” d’élevage sont également sujettes aux maladies du tractus reproducteur.

Impaction de l’oviducte

Étiologie

Une impaction de l’oviducte correspond à l’accumulation de matériel caséeux dans l’oviducte. Les impactions de l’oviducte apparaissent le plus souvent comme des complications d’une salpingite infectieuse. Les causes bactériennes non spécifiques (Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Klebsiella pneumoniae et Salmonella spp.) sont plus fréquentes, notamment chez les poules pondeuses âgées et prolifiques [4, 8].

D’autres infections bactériennes (mycoplasmose) ou virales (bronchite infectieuse) peuvent également prédisposer au développement d’une impaction. De plus, un défaut de minéralisation de la coquille d’œuf associé à des carences nutritionnelles (en calcium et vitamine D), une hyperplasie kystique de l’oviducte ou un processus néoplasique sont parfois à l’origine d’une impaction. Enfin, certains cas d’impaction sont idiopathiques.

Signes cliniques

En cas d’impaction de l’oviducte, les oiseaux arrêtent de pondre et peuvent présenter une faiblesse, une léthargie et une perte de poids. Selon la quantité de matériel caséeux accumulé dans l’oviducte, une démarche anormale peut également être observée [4]. Les débris caséeux, qui transitent entiers s’ils sont suffisamment petits, sont souvent qualifiés de “fibrine” par les propriétaires [8].

Diagnostic et traitement

Le diagnostic repose sur l’identification d’une distension de l’oviducte par la palpation ou via des techniques d’imagerie médicale comme la radiographie, l’échographie ou le scanner [4]. Ces examens mettent alors en évidence un matériel d’échogénicité tissulaire non vascularisé. Un écouvillon vaginal permet de détecter des surinfections bactériennes grâce à une culture et à un antibiogramme, ou des mycoplasmes via un test de réaction en chaîne par polymérase (PCR) (figure). Une prise en charge médicale seule, associée à une stérilisation chimique, se solde généralement par un échec thérapeutique à court ou moyen terme [4]. Néanmoins, une stérilisation chimique, par exemple à l’aide d’un implant dosé à 4,7 mg d’acétate de desloréline, est recommandée avant une intervention chirurgicale pour limiter l’accumulation de matériel caséeux. Deux semaines après l’implantation, une coeliotomie exploratrice peut être réalisée pour procéder à une salpingotomie, ou idéalement une salpingectomie.

Péritonite liée aux œufs

Étiologie

La péritonite liée aux œufs correspond à une inflammation stérile ou septique et aiguë ou chronique de la cavité intestinale péritonéale, associée à la présence ectopique de constituants de l’œuf (par exemple le jaune en cas de péritonite à jaune d’œuf) ou d’un œuf entier [8]. La présence des constituants de l’œuf dans la cavité cœlomique peut être secondaire à une ponte ectopique, à une rupture de la membrane vitelline qui entoure le jaune en cas de traumatisme et qui peut être favorisée par des infections bactériennes ou virales, à un rétro-péristaltisme de l’œuf consécutif à une infection bactérienne de l’oviducte, ou encore à une impaction ou une anomalie fonctionnelle (atonie utérine) ou conformationnelle de l’oviducte (séquelle de bronchite infectieuse, néoplasie ovarienne ou utérine, obésité, etc.) [4, 6, 8].

Signes cliniques

Les poules pondeuses tolèrent mieux la péritonite que les oiseaux de cage et de volière et développent fréquemment des formes subcliniques. Dans certains cas, le vitellus libre engendre une inflammation initialement stérile qui peut se compliquer d’une prolifération bactérienne. Cette infection est le plus souvent ascendante et implique des Escherichia coli cloacaux [4].

En cas de manifestation clinique, les signes incluent une baisse ou un arrêt de la ponte, un abattement, une baisse d’appétit, une perte de poids, voire une boiterie, une posture anormalement érigée (dite en manchot), une fréquence respiratoire augmentée avec des râles audibles dans le tractus respiratoire inférieur, des troubles gastro-intestinaux et une distension cœlomique pâteuse à liquidienne [4].

Diagnostic

Le diagnostic est établi grâce à l’imagerie diagnostique (radiographie, échographie ou scanner) combinée à une ponction et à une analyse cytologique et bactériologique de l’épanchement [4]. La radiographie révèle une perte de contraste cœlomique et l’échographie montre l’accumulation d’un liquide échogène. Le scanner présente l’intérêt d’évaluer de façon plus complète le tractus reproducteur et permet de rechercher une anomalie sous-jacente de l’ovaire ou de l’oviducte. En cas de péritonite à jaune d’œuf, la cytologie met typiquement en évidence des macrophages spumeux, des éléments protéiques, voire des bactéries.

Traitement

Le traitement d’une péritonite à jaune d’œuf peut reposer sur une approche médicale ou chirurgicale. Les péritonites subcliniques se résolvent généralement spontanément tandis que les formes légères et aseptiques pourront être contrôlées à l’aide d’un traitement médical seul dont la durée sera à adapter suivant la réponse clinique. En revanche, les oiseaux plus sévèrement affectés et atteints de péritonite chronique peuvent justifier le recours à une intervention chirurgicale.

Médicalement, le traitement repose sur l’apport de fluides, d’antidouleurs (anti-inflammatoires non stéroïdiens, morphiniques) et d’antibiotiques en cas de péritonite septique [6]. Lors d’épanchement abdominal, une coelomocentèse et l’utilisation de diurétiques sont également à considérer [3]. Chirurgicalement, le retrait des débris d’œuf adhérents aux séreuses viscérales est souvent difficile, long et partiel. D’une manière générale, la chirurgie est indiquée en cas d’œuf minéralisé libre dans la cavité cœlomique. Le pronostic est bon à réservé selon l’importance des signes cliniques. Dans tous les cas, la cause sousjacente doit être identifiée et traitée, le cas échéant.

Prolapsus cloacaux

Les prolapsus de l’oviducte ou du cloaque peuvent affecter les poules pondeuses de tout âge et se manifestent par une éversion des tissus cloacaux ou utérins souvent associée à une souillure de la région péri-cloacale par des fientes et du sang (photo). Occasionnellement, la situation peut être compliquée par des lésions de cannibalisme ou des myiases [4, 6]. Un prolapsus du cloaque se présente comme une structure “en cupule” éversée dont la muqueuse est lisse, tandis qu’un prolapsus de l’oviducte apparaît comme une structure tubulaire avec une lumière latéralisée à gauche et possédant des replis longitudinaux. Les prolapsus du rectum et de l’intestin sont rares et prennent la forme d’une structure tubulaire dépourvue de replis longitudinaux à la localisation centrale. Le prolapsus peut être provoqué par des comportements cannibales surreprésentés chez certaines espèces lors de l’exposition à des lumières de forte intensité, de surpeuplement ou de manque de nichoirs [4]. De plus, le stress, un âge avancé, l’obésité et un mauvais statut nutritionnel (hypocalcémie par exemple) sont considérés comme des facteurs prédisposants [6]. Lorsque la muqueuse est intègre, une réinvagination des structures éversées peut être réalisée, concomitamment à des soins de support, une stérilisation chimique et des points de suture positionnés transversalement au cloaque.

En cas de lésion nécrotique ou de perforation de l’oviducte, une salpingo-hystérectomie est à envisager et consiste en la section de l’oviducte à la hauteur du vagin [6].

Adénocarcinomes ovariens

Les adénocarcinomes de l’ovaire ont une prévalence estimée entre 5 et 35 % chez la poule, selon l’âge, la race, l’historique de l’activité reproductrice et l’alimentation [2]. La fréquence des ovulations serait un facteur expliquant la prévalence élevée des adénocarcinomes chez ces oiseaux. Les poules âgées de plus de 2,5 ans sont considérées comme à risque. Les individus affectés par une tumeur du tractus reproducteur montrent généralement des signes cliniques associés au développement de complications telles qu’une rétention d’œuf, un prolapsus de l’oviducte, la ponte d’œufs anormaux (mous ou sans coquille) ou encore un épanchement cœlomique [5]. Les oiseaux peuvent présenter des troubles digestifs, des difficultés respiratoires, une posture anormalement érigée (“en manchot”), une démarche anormale et un inconfort cœlomique.

3. EXAMENS COMPLÉMENTAIRES

La radiographie révèle une apparence en verre dépoli du cœlome, un effet de masse cœlomique, ou la présence d’œufs minéralisés dont la forme, la taille, la minéralisation ou le nombre sont anormaux. L’échographie offre une appréciation plus précise des épanchements et des remaniements du tractus reproducteur tout en permettant la visualisation des œufs non minéralisés [1]. Il est important de signaler que la présence d’un œuf dans le tractus reproducteur n’est pas nécessairement diagnostique d’une rétention d’œuf ou d’une dystocie chez la poule. Une cœlomocentèse échoguidée peut être réalisée en cas d’épanchement cœlomique [5, 8].

Les examens sanguins ont peu d’intérêt pour le diagnostic des maladies de l’appareil reproducteur. Les oiseaux en activité reproductrice ont normalement un taux augmenté de triglycérides, de cholestérol, de protéines et de calcium. Le dosage du calcium sanguin (total et ionisé) peut mettre en évidence une hypocalcémie ayant pour conséquence des troubles de la calcification des œufs et de la ponte (dystocie, rétention d’œufs).

4. PRÉVENTION DES AFFECTIONS DE L’APPAREIL GÉNITAL

Le maintien d’une hygiène adéquate dans les nichoirs peut limiter la survenue d’une salpingite et d’une impaction de l’oviducte, tandis qu’un espace suffisant, l’apport d’une alimentation adaptée et de bonnes conditions d’éclairage permettent de réduire le cannibalisme et les prolapsus cloacaux [4]. Une manipulation douce des oiseaux peut aussi prévenir le développement d’une péritonite à jaune d’œuf. Les implants de desloréline sont efficaces pour contrôler l’activité reproductrice chez les poules pondeuses [7]. La production d’œufs est inhibée pendant 180 jours en moyenne avec un implant dosé à 4,7 mg, et durant 319 jours en moyenne avec un implant à 9,4 mg [7].

Après la mise en place de l’implant, une phase d’excitation peut être observée, ainsi qu’un abattement, et une mue intense peut parfois se produire. Une régression des caractères sexuels est également attendue : la crête rétrécit et devient rose, la taille des lèvres cloacales diminue.

Références

  • 1. Fitzgerald B. Introduction to pet chickens, diagnostics and therapeutics. In: Atlantic Coast Veterinary Conference, Atlantic City. 2015.
  • 2. Fredrickson TN. Ovarian tumors of the hen. Environ. Health Perspect. 1987;73:35-51.
  • 3. Gebremichael B, Darge G. Egg peritonitis: concepts, prevention and control strategies - A review. J. Vet. Med. Res. 2017;4 (9):1109.
  • 4. Greenacre CB, Morishita TY. Backyard Poultry Medicine and Surgery: A Guide for Veterinary Practitioners, 2nd edition. Wiley Blackwell. 2021:672p.
  • 5. Konicek C, Pees M, Gumpenberger M. Reproductive tract diseases in female backyard chickens (Gallus gallus domesticus): diagnostic imaging and final outcome during a decade. Tierarztl. Prax. Ausg. K Kleintiere Heimtiere. 2020;48 (2):99-110.
  • 6. Meredith A. Chickens as patients. In: Proceedings AAVAC-UPAV, Singapore. 2013:167-173.
  • 7. Noonan B, Johnson P, De Matos R. Evaluation of egg-laying suppression effects of the GnRH agonist deslorelin in domestic chickens. In: Proceedings 33rd annual Association Avian Veterinarians conference and expo, Louisville. 2012.
  • 8. Raftery A, Jones R. Reproductive and laying disorders. In: BSAVA Manual of Backyard Poultry Medicine and Surgery. British Small Animal Veterinary Association. 2019;(Chap 17):205-215.
  • 9. Vaught ME, Gladden JN, Rozanski EA et coll. Reasons for evaluation on an emergency basis of and short-term outcomes for chickens from backyard flocks: 78 cases (2014-2017). 2019;254 (10):1196-1203.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

La compréhension de l’anatomie reproductrice et de la physiologie de la ponte est cruciale pour une prise en charge adéquate des affections du système reproducteur de la poule. La gestion médicale peut être adéquate dans les cas d’impaction de l’oviducte débutants et de péritonite à jaune d’œuf, mais une intervention chirurgicale est nécessaire dans la plupart des cas pour traiter les maladies liées à la reproduction.

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