ÉRADICATION DE LA BVD EN FRANCE : POINTS DE SITUATION ET PERSPECTIVES DU DISPOSITIF DE SURVEILLANCE - Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023
Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023

MÉDECINE BOVINE

Article de synthèse

Auteur(s) : Carole Sala*, Paul Perié**

Fonctions :
*Vétérinaire conseil
GDS France
37 rue de Lyon
75012 Paris
**Président de la commission
épidémiologie de la SNGTV
Clinique de la Risle
27500 Pont-Audemer

Le plan de lutte contre la BVD porte ses fruits en France. Néanmoins, les mesures de restriction et de contôle sont à renforcer pour répondre aux exigences européennes de la loi Santé animale.

En France, le dispositif de lutte et de surveillance de la diarrhée virale bovine (BVD) a été étendu à tout le territoire continental en juillet 2020. Ce plan national et ses résultats sont présentés à la lumière des spécificités épidémiologiques et de gestion de la maladie. Ces aspects permettent de comprendre les difficultés actuelles de la lutte et d’appréhender les perspectives d’évolution du programme d’éradication à court et moyen termes.

LE DISPOSITIF DE LUTTE ET DE SURVEILLANCE EN FRANCE

L’arrêté ministériel modifié du 31 juillet 2019 fixe les mesures de surveillance et de lutte contre la BVD [1]. L’instruction technique DGAL/SDSPA/2020-112 du 17 février 2020 et son cahier des charges précisent les modalités de mise en œuvre [2]. Les mesures s’appliquent en France continentale.

1. Une réglementation récente, mais une lutte ancienne

La plupart des départements disposaient déjà de programmes de lutte collectifs contre la BVD au moment de sa généralisation à tous les troupeaux bovins de France continentale (figure 1). La situation épidémiologique était ainsi très hétérogène au moment du déploiement du plan national. Dans ce contexte, la réglementation laisse la possibilité à l’organisme à vocation sanitaire, en charge de la gestion de la maladie, de choisir la modalité de surveillance la plus adaptée à la situation locale et à celle de chaque troupeau. Les modalités du dépistage de la BVD sont ainsi variables entre les départements ou les régions selon leur stade d’avancée dans l’éradication, avec très peu d’évolution entre les deux dernières campagnes de prophylaxie (figure 2). Le dépistage virologique est majoritaire, avec trente départements qui l’utilisent comme modalité exclusive de dépistage en troupeaux allaitants et laitiers, la plupart ayant débuté la surveillance “tardivement”. Seuls quatorze départements ont exclusivement recours au dépistage sérologique, en dehors de l’assainissement (tableau 1). Le double dépistage (sérologique mais aussi virologique à la naissance) est utilisé en période de transition de la virologie vers la sérologie, ou pour évaluer la faisabilité de cette transition. Il permet de disposer d’un historique de résultats sérologiques avant l’arrêt de la virologie.

2. Un dispositif fondé sur l’appellation “bovin non IPI”

La réglementation actuelle correspond à la première phase de lutte. Elle repose ainsi sur l’identification des animaux infectés permanents immunotolérants (IPI), leur élimination, et l’attribution de l’appellation “bovins non IPI” sur la base de critères décrits de manière détaillée dans l’instruction technique. Seule la définition d’un bovin reconnu IPI existe dans l’arrêté ministériel. D’autre part, contrairement aux bovins des troupeaux sous surveillance sérologique sur le lait ou dépistage virologique, ceux des troupeaux soumis à une surveillance sérologique sur sérum ne peuvent pas bénéficier du statut “bovin non IPI” du simple fait des résultats favorables de la prophylaxie. En outre, le statut de troupeau “indemne de BVD” n’est actuellement pas inscrit dans la réglementation. Un statut de gestion “à résultats favorables” (ou “présumé indemne”) permet aux organismes à vocation sanitaire d’assurer le suivi des cheptels.

3. Un plan sans mesure de restriction des mouvements

L’arrêté BVD en vigueur ne prévoit plus de restriction aux mouvements d’animaux. Le texte a été modifié en février 2020, avec pour conséquence le retrait des contraintes aux mouvements pour les troupeaux non conformes, suspects et infectés. Seul a été maintenu l’envoi obligatoire des bovins IPI à l’équarrissage ou à l’abattoir par un moyen de transport direct au cours des quinze jours suivant la confirmation. Dans la plupart des départements, le contrôle des mouvements est ainsi réalisé sur une base volontaire.

Des accords locaux permettent d’imposer, dans certains départements, des dépistages à l’introduction de tout ou partie des animaux. Le dépistage préalable au départ reste encore exceptionnel en France.

ÉTAT DES LIEUX

En raison du report autorisé de l’obligation de surveillance jusqu’au 31 juillet 2020, la France n’en est qu’à sa troisième campagne d’éradication généralisée de la BVD. Les résultats suivants sont issus des données collectées auprès des Groupements de défense sanitaire (GDS) à la fin de chacune des deux dernières campagnes (période du 1er juillet de l’année N au 30 juin de l’année N + 1). Si les données ne sont pas exhaustives, elles permettent néanmoins une bonne évaluation de la situation et de son évolution.

1. Un assainissement rapide

Le nombre de nouveaux foyers détectés au cours de la campagne 2021-2022 était de 2 723 (versus 5 953 pour la campagne 2020-2021), avec un nombre médian de 17 par département : la moitié des départements avaient moins de 17 nouveaux foyers et l’autre moitié plus de 17. Le taux d’incidence pour la campagne 2021-2022 est ainsi de 1,8 %, avec un maximum de 9,6 %. En comparaison, le taux d’incidence était de 4,3 % pour la campagne 2020-2021. Cela correspond à une diminution de plus de 50 % du nombre de nouveaux foyers et de près de 60 % de l’incidence entre les deux campagnes (tableau 2). Le nombre d’animaux reconnus IPI (confirmés ou viropositifs non recontrôlés) identifiés dans les foyers était de 7 563 (0,4 %) pour la campagne 2021-2022, et de 11 315 pour la campagne 2020-2021 (pourcentage non disponible). Le nombre d’IPI a ainsi diminué de 33 % entre les deux campagnes. Cependant, le nombre moyen de bovins IPI par foyer a augmenté entre les deux campagnes, passant de 1,1 à 1,2, en lien avec l’augmentation du nombre d’animaux et de troupeaux naïfs. Malgré l’absence de contrôles obligatoires des mouvements à l’échelle nationale, 378 204 bovins ont été dépistés à cette occasion dans 66 départements, et 781 d’entre eux (0,2 %) étaient viropositifs. Ce chiffre souligne l’importance des contrôles et des mesures de biosécurité lors de l’introduction d’animaux. En fin de campagne 2021-2022, 70 % des troupeaux disposaient du statut de gestion “à résultats favorables” et près de 4 % (5 893) du statut infecté (tableau 3). Par comparaison, en fin de campagne 2020-2021, 10 109 troupeaux (7,1 %) étaient considérés comme infectés. Les chiffres étant plus complets pour la campagne 2021-2022, une diminution de moitié de la prévalence entre les deux dernières campagnes peut être observée.

Le bilan fait apparaître une proportion importante de troupeaux sans statut. Cette situation est due aux difficultés à établir une modalité de surveillance adaptée pour certains cheptels (troupeaux très petits, sans naissances) et au fait qu’en l’absence de contraintes au niveau des mouvements d’animaux, l’attribution de certains statuts à l’échelle du troupeau n’apporte pas de réelle plus-value en matière de gestion de la maladie.

2. Un bilan contrasté et des difficultés

L’évolution des chiffres nationaux des deux dernières campagnes indique une rapide progression de l’éradication de la BVD. Cependant, la synthèse nationale masque des disparités entre les départements. La progression est très rapide dans ceux sous dépistage virologique à la naissance qui ont déployé “récemment” les mesures de lutte vis-à-vis de la BVD. Cette situation est cohérente avec ce qui est habituellement observé en début de plan. La progression est d’autant plus rapide que ces départements bénéficient de l’avancée de ceux qui ont engagé l’éradication depuis plus longtemps (moins de risque de recontamination). Les progrès sont plus limités dans les départements dans lesquels le programme de lutte est plus ancien. Là encore, cette situation est cohérente avec ce qui est généralement observé. Cependant, un certain nombre de départements sont déjà en fin d’éradication et des recontaminations sont notées, en partie liées à l’absence de contraintes aux mouvements, notamment des bovins issus de troupeaux infectés et de troupeaux non conformes. Enfin, une dégradation apparente de la situation est constatée dans certains départements en suivi sérologique exclusif ou majoritaire. Dans ces derniers, la proportion de troupeaux considérés comme infectés est plus élevée que la moyenne nationale. Cette situation est en grande partie due aux difficultés de gestion actuelles du suivi sérologique, dans un contexte où de nombreux bovins séropositifs (ancienne circulation ou vaccination) sont encore présents dans les cheptels et où il n’existe pas d’outils de partage du statut sérologique des bovins (enregistrement des séropositifs) vraiment opérationnels. Des progrès dans l’enregistrement des bovins vaccinés devraient contribuer à améliorer les résultats dans ces départements.

Références

  • 1. Arrêté du 31 juillet 2019 fixant des mesures de surveillance et de lutte contre la maladie des muqueuses/diarrhée virale bovine (BVD). Jorf n° 0177 du 1er août 2019.
  • 2. Instruction technique DGAL/SDSPA/2020-112 du 17/02/2020.

Conflit d’intérêts : Aucun

Remerciements

Les auteurs remercient l’ensemble des GDS pour leur contribution à l’acquisition des données, les membres des groupes de travail de GDS France et de la SNGTV, ainsi que Sophie Memeteau et David Ngwa-Mbot de GDS France pour leur appui technique.

CONCLUSION

Le maintien du rythme d’assainissement vis-à-vis de la BVD en France est à présent conditionné au passage du plan de lutte à une nouvelle étape. Il est en effet devenu nécessaire d’introduire rapidement dans le dispositif national à la fois des contraintes aux mouvements et un statut de troupeau “indemne de BVD”. La création de ce statut permettra d’une part de gérer les introductions d’animaux au-delà de la seule appellation “bovins non IPI” et d’autre part d’améliorer l’acceptabilité du déploiement d’un contrôle des mouvements pour les troupeaux en suivi sérologique sur sérum. Ces deux évolutions permettront également de mettre en conformité le programme français d’éradication de la BVD avec la réglementation européenne dans la perspective de sa reconnaissance.

Points clés

• En France, le dispositif de lutte contre la diarrhée virale bovine a été généralisé en juillet 2020, mais une lutte collective était déjà en place dans la plupart des départements.

• Le bilan des deux dernières campagnes de prophylaxie montre une avancée rapide de l’éradication de la BVD, avec une baisse de 60 % de l’incidence troupeau en deux campagnes.

• Une évolution du programme de lutte est nécessaire pour maintenir la pression d’éradication, avec l’intégration de contraintes aux mouvements d’animaux et la création d’un statut de troupeau “indemne de BVD”.

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