BÉNÉFICES/RISQUES DE LA MIRTAZAPINE TRANSDERMIQUE CHEZ LE CHAT DYSOREXIQUE - Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023
Le Point Vétérinaire n° 445 du 01/09/2023

PHARMACOLOGIE

Thérapeutique

Auteur(s) : Vanessa Louzier*, Yassine Mallem**

Fonctions :
*Unité de physiologie,
pharmacodynamie
et thérapeutique
VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
1 avenue Bourgelat
69280 Marcy-l’Étoile
**Unité de pharmacologie
et toxicologie d’Oniris
101 route de Gachet
44300 Nantes

La mirtazapine bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché vétérinaire pour une forme transcutanée chez le chat. Elle est efficace pour traiter l’anorexie et la perte de poids.

Chez le chat, la stimulation pharmacologique de l’appétit permet de prévenir les graves complications liées à la perte de poids et à la dysorexie chronique telles que la lipidose hépatique, l’altération de la fonction immunitaire, le retard de cicatrisation et la réduction du temps de survie. Maintenir le poids corporel de l’animal améliore sa capacité à se rétablir de la maladie sousjacente. L’appétit est également, pour les propriétaires, un aspect important de la qualité de vie.

INTÉRÊTS DE LA MIRTAZAPINE

Initialement développée comme antidépresseur chez l’humain, la mirtazapine est un antagoniste des récepteurs 5HT de la sérotonine et H1 de l’histamine qui stimule efficacement l’appétit chez le chat. Cette molécule entraîne une prise de poids et diminue les vomissements chez les chats atteints d’insuffisance rénale chronique. Auparavant administrée par voie orale (per os), une formulation transdermique de mirtazapine a été développée pour faciliter son administration. Seule cette forme, qui dispose d’une autorisation de mise sur le marché vétérinaire, doit être utilisée dans le cadre de la cascade thérapeutique. L’administration transdermique de médicaments permet d’améliorer l’observance qui passe à 100 % par cette voie, versus 65 % par voie orale. Selon la littérature récente, l’application de 2 mg par chat d’une pommade transdermique à base de mirtazapine vétérinaire (Mirataz® 20 mg/g) semble être efficace et bien tolérée.

DES RÉACTIONS LOCALES ET SYSTÉMIQUES FRÉQUENTES MAIS TOLÉRÉES

Selon une étude de toxicité de la mirtazapine évaluée chez 84 chats, les effets indésirables les plus courants, à la suite de l’administration per os, sont des vocalisations (56 %), une agitation (31 %), des vomissements (26,2 %), une démarche anormale ou une ataxie (16,7 %), une nervosité (14,3 %), des tremblements (14,3 %), une hypersalivation (13 %), une tachypnée (11,9 %), une tachycardie (10,7 %) et une léthargie (10,7 %). Dans la plupart des cas (70,2 %), l’ingestion était considérée comme accidentelle et la dose moyenne administrée à ces chats était supérieure à 2,4 mg/kg de mirtazapine, donc au-delà de la dose standard [2]. Chez ceux ayant reçu de la mirtazapine transdermique, à raison de 2 mg par chat, les vomissements (effets indésirables les plus fréquents après l’administration de mirtazapine per os) ne sont pas survenus plus fréquemment que chez les chats recevant le placebo [1, 5]. L’érythème au niveau du site d’application est l’effet indésirable le plus fréquent, suivi par les vocalisations [5]. Lors de vocalisations excessives, il est conseillé de diminuer la dose bien qu’aucun lien entre celleci et cet effet indésirable soit démontré dans le cas de la forme transdermique [2, 6]. Une augmentation des taux plasmatiques de l’urée et du phosphore (mais pas de la créatinine ni du potassium) est également rapportée [5, 6]. Elle pourrait s’expliquer par l’augmentation de la prise alimentaire, notamment source de protéines et de phosphore.

UNE EFFICACITÉ CLINIQUE DÉMONTRÉE

Un effet orexigène et une prise de poids ont été montrés chez le chat sain. Dans une étude randomisée, multicentrique et en double aveugle menée chez des chats de plus de 1 an atteints d’une maladie ayant entraîné un amaigrissement supérieur ou égal à 5 %, une prise de poids significative de 3,9 % (écart type de 5,4 %) est observée chez ceux traités pendant quatorze jours avec la mirtazapine transdermique, contrairement au groupe placebo (gain de 0,41 %, écart type de 3,33 %) [4].

Chez des chats atteints d’insuffisance rénale chronique de stade 2 ou 3 selon la classification de l’International Renal Interest Society (Iris) et dont l’état général était stable, 90 % de ceux traités par la mirtazapine transdermique (à raison de 1,88 mg tous les deux jours pendant trois semaines) ont pris du poids grâce à l’augmentation de la prise de nourriture, alors que 70 % des chats ayant reçu un placebo ont perdu du poids [6]. Enfin, une étude multicentrique menée chez 20 chats atteints de lymphome, ayant reçu une dose de 2 mg par jour durant quatorze jours, montre une hausse du poids corporel (60 % des chats, 12 sur 20) et une amélioration du score d’état corporel (30 % des chats, 6 sur 20) et du score d’état musculaire (10 % des chats, 2 sur 20) [3]. L’étude souligne l’intérêt d’utiliser la mirtazapine transdermique afin d’éviter la perte de poids et la cachexie associées au processus néoplasique et de limiter les effets indésirables de la chimiothérapie comme les vomissements [3].

Des essais cliniques complémentaires randomisés et contrôlés, sont nécessaires pour mieux évaluer l’efficacité et la sécurité de la mirtazapine transdermique en cas d’insuffisance rénale chronique grave et/ou de néoplasie.

UTILISATION PRATIQUE

Le site d’application cutanée préférentiel est le pavillon de l’oreille. Glabre et très vascularisé, il permet une bonne absorption de la mirtazapine transdermique. De plus, la surface interne du pavillon ne peut pas être léchée directement pendant le toilettage, ce qui rend l’ingestion orale de la totalité de la dose improbable. Les caresses doivent être évitées pendant les deux heures qui suivent l’application [5]. Il est conseillé de porter des gants lors de l’administration pour éviter tout risque de somnolence (photo).

Les caractéristiques pharmacocinétiques de la mirtazapine transdermique peuvent différer d’une formulation à l’autre, ainsi qu’avec la forme per os. Mirataz® affiche une biodisponibilité relative d’environ 65 % par rapport à la forme orale [1]. Ce médicament est rapidement absorbé après l’application transdermique et présente une demi-vie d’élimination plus longue par rapport à la formulation per os. La pharmacocinétique de la mirtazapine transdermique n’a pas été étudiée chez les chats âgés ni chez ceux atteints d’insuffisance rénale chronique. Dans ces deux cas, comme la molécule est éliminée par le rein, il est possible que la demi-vie d’élimination soit augmentée et qu’il faille adapter la posologie en espaçant les prises.

AUTRES ESPÈCES CIBLES

L’administration de mirtazapine transdermique pourrait avoir un intérêt chez d’autres espèces comme les petits mammifères domestiques (lapins notamment) ou les primates chez lesquels une hyporexie entraîne également de graves conséquences. En 2021, une étude a montré que la prise de mirtazapine transdermique pendant quinze jours permet de limiter l’hyporexie idiopathique chez des macaques rhésus jusqu’à six mois [4].

Références

  • 1. Buhles W, Quimby JM, Labelle D et coll. Single and multiple dose pharmacokinetics of a novel mirtazapine transdermal ointment in cats. J. Vet. Pharmacol. Ther. 2018;41 (5):644-651.
  • 2. Ferguson LE, McLean MK, Bates JA et coll. Mirtazapine toxicity in cats: retrospective study of 84 cases (2006-2011). J. Feline Med. Surg. 2016;18 (11):868-874.
  • 3. Ferro L, Ciccarelli S, Stanzani G et coll. Appetite stimulant and anti-emetic effect of mirtazapine transdermal ointment in cats affected by lymphoma following chemotherapy administration: a multi-centre retrospective study. Animals (Basel). 2022;12 (2):155.
  • 4. Mendoza KA, Stockinger DE, Cukrov MJ et coll. Effects of transdermal mirtazapine on hyporexic rhesus and cynomolgus macaques (Macaca mulatta and Macaca fascicularis). J. Med. Primatol. 2021;50 (2):128-133.
  • 5. Poole M, Quimby JM, Hu T et coll. A double-blind, placebo-controlled, randomized study to evaluate the weight gain drug, mirtazapine transdermal ointment, in cats with unintended weight loss. J. Vet. Pharmacol. Ther. 2019;42 (2):179-188.
  • 6. Quimby JM, Benson KK, Summers SC et coll. Assessment of compounded transdermal mirtazapine as an appetite stimulant in cats with chronic kidney disease. J. Feline Med. Surg. 2020;22 (4):376-383.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

L’administration transcutanée de mirtazapine offre une solution alternative pratique lorsque l’administration per os se révèle difficile. Même si la biodisponibilité est moins bonne par voie transdermique que par voie orale, les dernières études suggèrent qu’elle est une option thérapeutique efficace pour traiter l’anorexie et la perte de poids chez le chat. Elle semble en outre entraîner moins d’effets indésirables que la forme per os.

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