TOUX CHEZ LE CHAT : DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE - Le Point Vétérinaire n° 443 du 01/07/2023
Le Point Vétérinaire n° 443 du 01/07/2023

MÉDECINE INTERNE

Dossier

Auteur(s) : Morgane Canonne-Guibert

Fonctions : (PhD, dipEcvim-CA)
Service de médecine interne
École nationale vétérinaire d’Alfort
7 avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Lors de toux chez le chat, la démarche diagnostique s’articule autour d’examens complémentaires adaptés, notamment sanguins et coproscopiques, mais aussi de radiographies thoraciques et parfois d’autres modalités d’exploration dont les risques doivent être pris en compte (scanner, trachéo-bronchoscopie).

Face à une toux chez un chat, la localisation de l’atteinte est déterminante pour élaborer des hypothèses diagnostiques, mais surtout parce que l’exploration clinique se révèle très différente selon les sites anatomiques. Toutefois, dans le cas d’hypothèses diagnostiques limitées, de non-consentement du propriétaire, d’indisponibilité ou de risque lié à certains examens complémentaires, l’exploration peut par exemple se borner, dans un premier temps, à tenter un diagnostic thérapeutique.

1. ESSAI THÉRAPEUTIQUE

Dans un contexte de toux aiguë, sans répercussion sur l’état général ni d’anomalie particulière à l’examen clinique, une prise en charge thérapeutique probabiliste est acceptable. Celle-ci peut inclure une antibiothérapie ciblée avec de la doxycycline, dont le spectre comprend les mycoplasmes (à la dose de 10 mg/kg per os toutes les 24 heures, au moment du repas, pendant dix jours) associée à une vermifugation à base, selon le mode de vie de l’animal, de fenbendazole (à raison de 50 mg/kg per os toutes les 24 heures pendant trois à cinq jours, à diluer dans de l’eau) ou de moxidectine (spot-on de 2,5 mg/kg en une application) [5-6, 11-13].

De même, dans un contexte de toux chronique, sans atteinte de l’état général et pour laquelle une origine bronchique est suspectée, la prescription à l’aveugle d’une corticothérapie inhalée peut être envisagée, compte tenu de la haute fréquence des broncho­pneumopathies inflammatoires chez le chat. Elle peut ainsi être entreprise après le premier échec de l’antibiothérapie et de la vermifugation, en cas de frein financier et après le consentement éclairé du propriétaire [5, 6, 9, 11-13].

2. EXAMENS COMPLÉMENTAIRES

La réalisation d’examens complémentaires est indiquée dans tous les autres contextes : atteinte supérieure obstructive, répercussions systémiques, anomalie clinique importante (difficultés respiratoires, hyperthermie, etc.). Il en est de même lors d’échec des traitements probabilistes [5, 6, 9, 11-13]. En outre, dans le cas d’une toux très épisodique (par exemple une fois par semaine ou moins), une bronchopneumopathie inflammatoire chronique est à rechercher. Les examens d’orientation diagnostique sont à discuter avec le propriétaire. Après le recueil de son consentement éclairé, une surveillance de l’animal, sous un traitement de première intention ou non, peut être recommandée. Ainsi, une augmentation de la fréquence de la toux et/ou l’apparition d’autres signes respiratoires motiveront alors la mise en place d’un traitement plus adapté.

3. APPROCHE DIAGNOSTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE D’UNE ATTEINTE RESPIRATOIRE SUPÉRIEURE

Pour une affection nasopharyngée ou laryngée, quelle qu’en soit l’évolution, l’endoscopie reste l’examen de choix (photos 1 et 2). Pour une atteinte trachéale, une première radiographie de profil centrée sur la trachée cervicale ou une radiographie thoracique de profil peuvent orienter le diagnostic, car l’air luminal apporte le contraste suffisant pour souligner une lésion pariétale ou luminale [7, 10]. L’endoscopie (pour une lésion à composante intraluminale) ou l’imagerie en coupe (pour une lésion pariétale ou paratrachéale) sont alors pertinentes pour confirmer ultérieurement l’atteinte trachéale et procéder si besoin à des prélèvements (photos 3 à 6). Une fois le diagnostic établi, un traitement spécifique est entrepris (retrait du corps étranger, chimiothérapie lors de lymphome trachéal ou laryngé, etc.).

4. APPROCHE DIAGNOSTIQUE D’UNE ATTEINTE INTRATHORACIQUE

Pour les atteintes intrathoraciques, une première étape raisonnable, abordable et informative consiste à combiner les examens sanguins et les radiographies thoraciques, toujours avec la prise de trois incidences (deux vues de profil et une vue de face).

Examens sanguins

Hémogramme

Lors de toux, l’examen sanguin est souvent peu informatif. Une bronchite chronique ou un asthme n’occasionnent que rarement des modifications sanguines, même en cas de surinfection bactérienne. La prévalence d’une éosinophilie circulante dans un contexte d’asthme est faible (de 17 à 46 % des cas, et moins de 20 % dans les études plus récentes) et peut aussi être observée en cas de verminose bronchopulmonaire, de dirofilariose ou de toxoplasmose [11, 12]. La probabilité d’une neutrophilie lors de bronchite ou de bronchopneumonie bactérienne est également jugée faible. Concernant le reste de l’hémogramme, il convient de rester attentif à la numération des ­érythrocytes : une anémie, modérée, normochrome, normocytaire et hyporégénérative ou arégénérative oriente vers une atteinte infectieuse, parasitaire ou tumorale. L’observation d’une érythrocytose isolée, en dehors d’un contexte de déshydratation, doit guider le praticien vers une hypoxie chronique, une situation peu courante mais possible en cas d’atteinte pulmonaire grave (notamment fibrose pulmonaire ou tumeur étendue).

L’hémogramme doit être complété d’un examen du frottis sanguin [1, 3, 4, 5, 11-13].

Bilan biochimique

Lors de toux chronique, lorsqu’une atteinte bronchique ou pulmonaire est suspectée, un examen biochimique peut être intéressant. Une hyperglobulinémie polyclonale est possible lors de bronchite chronique ou d’asthme félin, de parasitose ou de forme pulmonaire de la péritonite infectieuse féline (PIF). L’observation d’anomalies enzymatiques hépatiques contribue également à orienter le diagnostic (PIF, toxoplasmose, hypoxie grave). Lors de suspicion d’un syndrome inflammatoire, le dosage de la protéine sérum amyloïde A est de plus en plus utilisé. Toutefois, il existe peu de publications à ce sujet et, en pratique, selon notre expérience et celle de certains experts, ce dosage pourrait se révéler décevant pour détecter les atteintes bactériennes chroniques des voies profondes [1, 3, 4, 5].

Examen fécal

Chez le chat ayant accès à l’extérieur, une copros­copie doit être proposée, sur plusieurs prélèvements consécutifs, par flottaison (recherche d’œufs de Capillaria spp.) et par la méthode de Baermann (Aelurostrongylus, Troglostrongylus), malgré sa faible sensibilité en particulier dans un contexte d’éosinophilie circulante.

Radiographies thoraciques

De manière consensuelle, la réalisation de clichés thoraciques inclut trois incidences, deux vues de profil (décubitus droit et gauche) et une vue de face.

Bronchopneumopathie inflammatoire

Lors de bronchopneumopathie inflammatoire, une opacité bronchique ou broncho-interstitielle prédomine le plus souvent. En cas d’atteinte sévère, une opacité péribronchique peut être observée et parfois confondue avec une atteinte dite miliaire, évocatrice d’une affection métastatique (photos 7a et 7b). Une opacité lobaire peut également être visualisée et correspond le plus souvent à une atélectasie lobaire avec perte du volume du lobe concerné (généralement le lobe moyen droit). Cette anomalie ne doit pas être confondue avec une pneumonie bactérienne (photos 8, 9a et 9b) [1, 3, 4, 5, 9, 11-13].

Une hyperinsufflation (air-trapping) est occasionnellement constatée (photos 10 et 11). Elle se manifeste par une radiotransparence thoracique accrue, une augmentation de la distance cœur-diaphragme et une silhouette diaphragmatique anormalement caudale, horizontalisée et à l’apparence festonnée sur la vue de face. L’hyperinsufflation pulmonaire est à distinguer d’un pneumothorax.

L’asthme est par ailleurs la cause principale de la survenue d’un pneumothorax non traumatique et d’ampleur variable chez le chat. Une bronchiectasie secondaire est aussi parfois détectée. Lors de difficultés respiratoires chroniques ou récidivantes, d’anciennes fractures de côtes ou une hernie hiatale sont alors identifiées (photos 12 et 13).

Des broncholithiases sont rarement observées, mais cette complication relativement exceptionnelle peut être la source d’une abcédation et d’un pyothorax (photo 14). En outre, un cliché normal ne permet en aucun cas d’exclure un asthme ou une bronchite chronique [5, 9, 11-13].

Tumeurs pulmonaires primaires

Les tumeurs pulmonaires primaires prennent le plus souvent l’aspect d’une masse, parfois hétérogène (opacité mixte aérique-tissulaire, parfois même minéralisée), située dans les champs caudo-dorsaux. Elles peuvent être accompagnées d’un épanchement pleural ou, plus rarement, d’une adénomégalie thoracique. Le lymphome pulmonaire revêt plusieurs aspects (opacité interstitielle non structurée, opacités alvéolaires multifocales, aspect miliaire, etc.).

Corps étrangers

Dans le cas de corps étrangers minéraux (cailloux), ceux-ci sont aisément détectés sur les clichés radiographiques et en position variable (trachée, bronches souches). En revanche, les autres types de corps étrangers (croquettes, épillets) peuvent provoquer des lésions focales comme des foyers alvéolaires ou des nodules hétérogènes, et sont mieux appréciés par l’examen scanner.

Fibrose pulmonaire et parasites

Lors de fibrose pulmonaire, une affection rare chez le chat, l’examen radiographique est peu sensible et peu spécifique : une opacité interstitielle non structurée et marquée peut être présente et l’observation de lésions cavitaires à contenu aérique (bulles) est décrite(1). Des atteintes parasitaires, telles que l’aerulostrongylose(2), sont également possibles.

Scanner thoracique

Le scanner est indispensable dans plusieurs cas :

– lors de la suspicion d’une pneumopathie plus atypique : maladie interstitielle comme la fibrose, affections des bronchioles, infections rares telles que la toxoplasmose, etc. (photos 15a et 15b) ;

– lors de lésion focale à l’examen radiographique (possible corps étranger bronchique) pour orienter davantage l’exploration endoscopique (sélection de la bronche à explorer pour une endoscopie plus rapide et efficace) et permettre ainsi de choisir la meilleure approche (retrait du corps étranger par endoscopie versus chirurgie) ;

– lors de lésion de type nodule ou masse pour en apprécier plus exactement la taille, le nombre, etc.

Dans le cas des bronchopneumopathies inflammatoires, avant d’entreprendre une trachéo-bronchoscopie, le vétérinaire profite de l’anesthésie nécessaire pour réaliser un scanner thoracique. Cet examen est en effet très utile pour détailler l’anatomie bronchique complète, puisqu’une bronchoscopie chez le chat ne permet qu’une exploration limitée. Le scanner peut parfois suffire à établir le diagnostic, sans recourir à une endoscopie ultérieure : c’est le cas lors de fibrose pulmonaire, une affection pour laquelle les lésions tomodensitométriques sont désormais bien décrites. Le diagnostic de certitude passe néanmoins par l’histologie. En cas de découverte d’une adénomégalie ou d’une lésion focale organisée comme une masse, le scanner permet de préciser l’envahissement local et d’effectuer un bilan d’extension, ainsi que de déterminer la pertinence d’une cytoponction guidée par l’échographie. Dans cette situation, la cytoponction échoguidée semble être davantage adaptée qu’un examen du lavage bronchoalvéolaire.

Le scanner est aujourd’hui de plus en plus disponible, mais il reste plus coûteux que la radiographie. La nécessité d’une anesthésie générale peut être contournée en utilisant une boîte de contention cyclindrique prévue à cet effet (VetMouse Trap®), qui ne nécessite qu’une sédation.

Trachéo-bronchoscopie

Indications

Face à une bronchopathie ou à une pneumopathie chronique chez le chat, une trachéo-bronchoscopie n’est pas un acte anodin, d’autant que, pour sa réalisation, l’animal n’est généralement pas intubé compte tenu de la taille des bronchoscopes disponibles. L’oxygène peut alors être apporté par le canal opérateur ou une sonde urinaire placée dans la trachée, à côté de l’endoscope. Un diagnostic thérapeutique est une solution alternative acceptable et pratiquée quotidiennement chez cette espèce. Une trachéo-bronchoscopie est rarement pratiquée seule, à l’exception des cas de corps étranger : elle est suivie, si la stabilité anesthésique de l’animal le permet, d’un lavage bronchoalvéolaire. Ces procédures sont réalisées dans deux contextes [2, 5, 9, 11-13] :

– lors de la suspicion d’une atteinte infectieuse malgré un échec de l’antibiothérapie probabiliste (selon des avis d’experts) ;

– lors de la suspicion d’une bronchite chronique ou d’un asthme, malgré l’absence d’amélioration après une corticothérapie orale adaptée. À ce titre, le bronchoscope utilisé doit donc avoir subi un protocole de désinfection pour permettre de réaliser des analyses microbiologiques sur le liquide de lavage collecté.

Les précautions préanesthésiques et peranesthésiques sont nombreuses (encadré) [2, 5, 11-13]. Lors de bronchopneumopathie inflammatoire, une congestion, une irrégularité et une hyperhémie de la paroi bronchique sont le plus souvent notées, accompagnées de sécrétions muqueuses ou mucopurulentes (photo 16) [2, 5, , 11-13]. La réalisation d’un lavage à l’aveugle, à l’aide d’une sonde urinaire passée à l’intérieur d’une sonde endotrachéale, est de moins en moins pertinente, en raison de la disponibilité accrue de l’endoscopie et du manque de sensibilité de cette approche, plutôt à réserver à une atteinte diffuse (photo 17). Cette pratique requiert les mêmes précautions que celles détaillées précédemment et semble plus adaptée à des lésions diffuses qu’à une atteinte focale.

Analyses requises

A minima, les analyses à effectuer sur le lavage broncho­alvéolaire sont une quantification de la cellularité totale, un décompte des contingents inflammatoires, une culture bactériologique et des tests de réaction de polymérisation en chaîne (PCR), la méthode reconnue comme la plus sensible, pour deux agents pathogènes du chat : Bordetella bron­chiseptica et Mycoplasma felis (photo 18) [1-6, 11-13]. Une inflammation dominée par des neutrophiles non dégénérés, en cas de résultats bactériologiques et PCR négatifs, permet de confirmer la présence d’une bronchite chronique. Au contraire, une inflammation à dominante éosinophilique (plus de 25 % de cellules nucléées observées) est attendue en cas d’asthme, après l’exclusion d’une verminose comme précisé plus haut [5, , 11-13]. Par ailleurs, des inflammations mixtes sont évidemment possibles, en cas d’asthme surinfecté par exemple.

5. APPROCHE THÉRAPEUTIQUE SPÉCIFIQUE LORS DE BRONCHOPNEUMOPATHIE INFLAMMATOIRE

Seule l’approche thérapeutique d’une bronchite chronique et d’un asthme est détaillée dans cet article [5, 11-14].

Objectifs thérapeutiques

Une bronchopneumopathie inflammatoire, qui se manifeste par une toux fréquente, doit être prise en charge car, sans traitement, au-delà des éventuelles surinfections bactériennes, des lésions secondaires potentiellement graves et irréversibles peuvent survenir, telles qu’une bronchiectasie, une sténose des conduits bronchiques ou une fibrose de la paroi bronchique et du parenchyme pulmonaire. Il s’agit néanmoins de maladies chroniques et le traitement est rarement curatif. Il est donc important d’établir avec le propriétaire des objectifs thérapeutiques réalistes : disparition des difficultés respiratoires, nette diminution de la fréquence et de l’intensité de la toux, voire résolution définitive de celle-ci, qualité de vie rétablie, peu ou pas de d’administration de traitements et absence d’effets indésirables. Ces objectifs sont individualisés : par exemple, passer d’une toux initialement de fréquence quotidienne à un épisode une fois par semaine est considéré comme une évolution très favorable. En revanche, l’absence de difficultés respiratoires est toujours recherchée (dyspnée). Les suivis réguliers peuvent être programmés et une fois l’objectif thérapeutique atteint, il est possible d’effectuer le suivi à distance, par courriel [11-13].

Gestion de l’environnement et conseils hygiéniques

Il convient d’identifier, d’après l’anamnèse, tout stimulus reconnu comme un facteur aggravant et de réduire son impact (bougies parfumées, encens, parfum d’intérieur, fumée de cigarette, environnement poussiéreux, etc.). Le surpoids aggrave les signes respiratoires (toux et difficultés respiratoires) et la perte de poids peut être bénéfique dans ce contexte, en particulier si l’administration de corticoïdes oraux se révèle nécessaire à long terme. Par ailleurs, la santé bucco-dentaire est importante pour éviter autant que possible une aérosolisation des germes buccaux vers les voies respiratoires profondes. Si besoin, des soins dentaires spécifiques sont recommandés.

Glucocorticorticothérapie orale

Les glucocorticoïdes systémiques ont montré leur utilité pour le traitement des bronchopneumopathies inflammatoires du chat, bien qu’il n’existe actuellement aucun consensus sur un protocole précis à adopter, qui dépend souvent de l’animal et de son environnement. Compte tenu des nombreux effets indésirables, l’objectif est d’améliorer la qualité de vie du chat, d’éviter la progression de la maladie et l’apparition de lésions secondaires, tout en limitant autant que possible la dose et la durée d’utilisation [5, 11-13]. En pratique, il est possible de distinguer trois cas de figure :

– utilisation dans le cadre du diagnostic thérapeutique : lorsque la suspicion clinique est forte et que les radiographies thoraciques sont évocatrices d’une bronchopneumopathie inflammatoire non infectieuse, l’usage oral des corticoïdes peut, en cas de réponse clinique totale, contribuer au diagnostic thérapeutique. Le protocole utilisé comprend, par exemple, de la prednisolone à la posologie de 1 mg/kg per os une fois par jour, car des doses plus importantes restent exceptionnelles chez un chat n’ayant jamais reçu de corticothérapie, d’autant plus si un point est fait avec le propriétaire sur les conditions environnementales. La suite de la prise en charge veille à réduire progressivement le dosage par paliers de 25 % tous les dix à quinze jours, jusqu’à trouver la dose minimale efficace (pouvant aller jusqu’à deux fois par semaine) ou assurer la transition vers une corticothérapie inhalée ;

– utilisation momentanée une fois les résultats cytologiques du lavage bronchoalvéolaire obtenus, dans le cas d’une atteinte clinique sévère, le temps que la corticothérapie inhalée soit efficace (dix à quinze jours) ;

– utilisation au long cours une fois les résultats cytologiques du lavage bronchoalvéolaire obtenus, lorsque la compliance du chat n’est pas optimale pour permettre l’administration de la forme inhalée, ou lorsque celle-ci se révèle insuffisante cliniquement. Dans tous les cas, la dose d’attaque se situe à 1 mg/kg de prednisolone, sachant qu’un dosage supérieur est très exceptionnellement nécessaire chez le chat dans ce contexte.

Glucocorticorticothérapie inhalée

Le proprionate de fluticasone (Flixotide®(3)) est le glucocorticoïde inhalé le plus utilisé en médecine vétérinaire. Aucune comparaison d’efficacité n’a cependant été réalisée entre les différentes molécules disponibles (ciclésonide, budésonide). Il n’existe pas de protocole précis, mais il est usuel de débuter à raison d’une pulvérisation de 250 µg matin et soir. Ultérieurement, en cas de bonne réponse, une unique administration quotidienne peut suffire. selon les estimations, environ un tiers des propriétaires rencontrent des difficultés d’administration [8]. L’inhalation complète de la dose requiert sept à huit inspirations de l’animal, soit une durée de 20 à 30 secondes. L’emploi d’une chambre adaptée au chat est recommandé (AeroKat®). Cependant, pour des raisons économiques, une chambre dédiée au nourrisson pourra être proposée, du moins au début du traitement pour tester l’acceptation du masque facial par le chat (AeroChamber®(3), Respironics®(3), Visiomed®(3)) [5, 11-13]. Ce traitement peut être commencé seul chez les chats dont la toux n’est pas quotidienne, bien qu’il soit le plus souvent instauré en même temps qu’un traitement oral. Les inhalations seules sont parfois suffisantes pour contrôler les signes cliniques au long cours, sans effets indésirables significatifs. Une publication permet de conclure à l’efficacité clinique similaire du traitement oral ou inhalé [14].

Face à un chat présentant également un diabète sucré ou une cardiopathie avancée, l’utilisation orale de glucocorticoïdes étant contre-indiquée, une monothérapie inhalée est le seul levier thérapeutique qui peut être proposé dans l’immédiat. À terme, selon l’évolution clinique, le recours à la ciclosporine est ponctuellement décrit, à la posologie habituelle dans ce type de cas, mais l’efficacité à long terme n’a pas été étudiée sur une large échelle.

Bronchodilatateurs

Lors de crise d’asthme aiguë, l’usage de terbutaline injectable (à la dose de 0,015 mg/kg par voie intramusculaire ou intraveineuse, répétable une fois après 20 à 30 minutes) est possible, en complément de l’oxygénothérapie, d’une sédation légère (butorphanol, à raison de 0,3 mg/kg par voie intramusculaire ou intraveineuse) et d’une corticothérapie à action rapide (dexaméthasone, à la posologie de 0,2 mg/kg par voie intramusculaire ou intraveineuse). En cas de crise ponctuelle au domicile, un bronchodilatateur bêta-agoniste d’action rapide et de courte durée, comme le salbutamol par voie inhalée (Ventoline®(3)), doit toujours être disponible. Cet agent n’est en revanche pas recommandé en monothérapie chronique, ni en utilisation quotidienne chez un chat traité par ailleurs avec un corticoïde, car il possède des effets pro-inflammatoires lors d’accumulation chronique dans les voies respiratoires profondes, ainsi qu’une action hypokaliémiante. À terme, une perte d’efficacité est en théorie possible (désensibilisation des récepteurs bêta).

En cas de difficultés expiratoires récurrentes ou permanentes, la prescription de terbutaline orale ou l’utilisation d’un flacon pulvérisateur combinant un corticoïde et un bronchodilatateur bêta-agoniste de longue durée (Seretide®(3), Innovair®(3), Symbicort®(3), Flutiform®(3), Formodual®(3)) sont les deux options envisageables [5, 9, 11-13].

  • (1) Voir l’article sur la fibrose pulmonaire chez le chat dans ce dossier.

  • (2) Voir l’article sur l’aelurostrongylose du chat dans ce dossier.

  • (3) Dispositif ou médicament à usage humain.

Références

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  • 3. Dear JD, Vernau W, Johnson EG et coll. Clinicopathologic and radiographic features in 33 cats with aspiration and 26 cats with bronchopneumonia (2007-2017). J. Vet. Intern. Med. 2021;35 (1):480-489.
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Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré : PRÉCAUTIONS ANESTHÉSIQUES LORS DE BRONCHOSCOPIE CHEZ LE CHAT

– Préoxygénation dans le calme.

– Sédation comprenant du butorphanol et du midazolam.

– Injection préventive de terbutaline (bêta-agoniste), à la dose de 0,01 mg/kg par voie intraveineuse, bien que les preuves concernant son bénéfice manquent encore actuellement.

– Perfusion continue de propofol.

– Oxygénation de l’animal par le canal endoscopique ou via une sonde urinaire placée dans la trachée à côté de l’endoscope.

– Suivi précis de l’électrocardiogramme et de la saturation en oxygène.

– Réalisation du lavage uniquement lorsque la saturation partielle est supérieure à 96 %.

– Arrêt de la procédure et intubation si la saturation partielle est inférieure à 90 %.

CONCLUSION

Lors de toux chez le chat, après avoir correctement localisé l’atteinte sur l’arbre respiratoire et formulé les hypothèses correspondantes, la démarche diagnostique s’articule autour d’examens complémentaires appropriés. Dans le cas d’une bronchite chronique ou d’un asthme, la démarche peut s’arrêter à la combinaison d’un examen sanguin, voire coproscopique, et de clichés radiographiques. Dans ce contexte, un diagnostic thérapeutique est tout à fait acceptable. Les indications et les risques d’un scanner et d’une trachéo-bronchoscopie sont à maîtriser. Lors de bronchite chronique ou d’asthme, la présentation clinique peut fortement varier en matière de gravité. Il s’agit d’affections chroniques qui requièrent un traitement au long cours sans interruption et spécifiquement adapté à l’animal et à son propriétaire.

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