L’AELUROSTRONGYLOSE CHEZ LE CHAT - Le Point Vétérinaire n° 443 du 01/07/2023
Le Point Vétérinaire n° 443 du 01/07/2023

PARASITOLOGIE

Dossier

Auteur(s) : Morgane Canonne-Guibert

Fonctions : (PhD, dipEcvim-CA)
Service de médecine interne
École nationale vétérinaire d’Alfort
7 avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Les helminthoses bronchopulmonaires sont peu fréquentes chez le chat domestique, mais elles font partie du diagnostic différentiel lors de toux, surtout si elle concerne un jeune animal ayant accès à l’extérieur.

Les signes cliniques de l’aelurostrongylose féline sont variables et peuvent aller d’une infestation subclinique à une toux ou à une tachypnée, voire à de profondes difficultés respiratoires. Le mode de vie du chat et les lésions observées à la radiographie permettent parfois d’aider à diagnostiquer cette affection. Le diagnostic de certitude repose sur une analyse de fèces permettant la diagnose précise du parasite responsable et/ou sur un traitement antiparasitaire adapté, à l’origine d’une évolution favorable [3, 6, 7, 9].

1. CONTAMINATION

Cycle évolutif

Aelurostrongylus abstrusus est le principal helminthe infestant l’arbre respiratoire chez le chat et il est présent sur tous les continents. Son cycle évolutif présente quelques points communs avec celui d’Angio­strongylus vasorum (figure). Les vers adultes colonisent les espaces alvéolaires et les bronchioles terminales. Les femelles pondent leurs œufs qui éclosent dans les voies respiratoires. Les larves L1 remontent le tractus respiratoire avant d’être dégluties et de se retrouver dans les fèces. Les gastéro­podes terrestres, escargots et limaces principalement, sont les hôtes intermédiaires obligatoires, à l’intérieur desquels les larves L1 muent successivement jusqu’au stade de la larve L3, infestante pour le chat. Après l’ingestion, les larves L3 traversent la paroi intestinale et rejoignent le cœur droit via les vaisseaux lymphatiques.

La période prépatente est comprise entre un et deux mois. L’excrétion maximale semble atteinte dès dix à quatorze semaines après l’infestation et peut s’étendre dans certains cas à plusieurs mois, voire plus d’un an [3, 6, 7, 9]. Plusieurs espèces animales sont connues aujourd’hui pour jouer le rôle d’hôte paraténique (grenouilles et crapauds, lézards et serpents, rongeurs, différents types d’oiseaux).

Prévalence

Selon des études de prévalence menées en Europe, l’infestation concerne préférentiellement les chats adultes (et non les très jeunes) exposés au milieu extérieur. En France, aucun article concernant l’épidémiologie de cette infestation n’est publié. Cependant, l’étude des données du laboratoire de parasitologie de l’école vétérinaire de Toulouse, entre 2015 et 2017, a permis de mettre en évidence cinq cas d’infestation à Aelurostrongylus abstrusus parmi les 498 chats ayant fait l’objet d’une analyse fécale, soit une prévalence de 1 %, confirmée par une seconde étude multicentrique comprenant des prélèvements issus des quatre écoles vétérinaires [1, 4]. Ce faible taux d’infestation peut être expliqué par un accès à l’extérieur peu fréquent ou inexistant chez les chats recrutés, et par une vermifugation préventive correctement conduite. Si la maladie est donc présente en France, elle est probablement sous-estimée (pas de recherche du parasite en pratique, vermifugation probabiliste sans confirmation d’une atteinte parasitaire, absence d’études de dépistage chez les chats errants, etc.) [3, 6, 7, 9].

2. SIGNES CLINIQUES ET DIAGNOSTIC

Tableau clinique

Les signes généraux varient d’un animal à l’autre et vont d’une infestation subclinique ou asympto­matique à une détresse respiratoire grave. Le signe clinique le plus fréquent reste une toux chronique, accompagnée de difficultés respiratoires à l’intensité variable. Dans les cas d’infestation grave, une hypertension artérielle pulmonaire est parfois décrite, qui occasionne alors un souffle de régurgitation tricuspidienne (systolique apical droit) et potentiellement la survenue d’une ascite [3, 6, 7, 9, 10].

Signes radiographiques

Les lésions observées à la radiographie peuvent être caractéristiques, avec la visualisation de foyers alvéolo-interstitiels multifocaux. Toutefois, dans la plupart des cas, les atteintes sont peu spécifiques et correspondent à une opacité broncho-interstitielle diffuse. Les lésions pulmonaires peuvent parfois s’accompagner de signes indirects évoquant l’existence d’une hypertension artérielle pulmonaire (bombement de l’artère pulmonaire, cardiomégalie droite) [10]. La gravité des signes radiographiques semble dépendre de la charge parasitaire et de la chronicité de l’infestation [3, 6, 7, 9].

Diagnostic de certitude

Le diagnostic repose sur la réalisation d’un examen de fèces par la méthode de Baermann (photo). Compte tenu de l’excrétion intermittente, la récolte de matières fécales sur trois jours consécutifs est conseillée. Une endoscopie et un lavage broncho­alvéolaire sont rarement indiqués et comportent un risque non négligeable chez cette espèce(1). Dans un contexte épidémiologique compatible (chat ayant accès à l’extérieur) et face à la visualisation de lésions évocatrices, la prescription probabiliste d’un vermifuge adapté est recommandée si l’examen de fèces n’est pas réalisable ou négatif [3, 6, 7, 9].

3. TRAITEMENT ET PRÉVENTION

Le vermifuge le plus évalué chez des chats naturellement ou expérimentalement infestés est le fenbendazole (Panacur®, à la dose de 50 mg/kg per os), utilisable hors autorisation de mise sur le marché (AMM), avec une durée de traitement variable selon les publications (de cinq à quatorze jours). D’autres antiparasitaires, dont l’efficacité thérapeutique a été confirmée chez des chats infestés, peuvent aussi être employés avec ou sans AMM (tableau) [2].

Concernant la prévention, chez des chats ayant accès à l’extérieur et à risque d’infestation, les deux spécialités antiparasitaires qui ont fait l’objet d’une étude sont Advocate® (imidaclopride et moxidectine) en application mensuelle ou Bravecto® Plus (fluralaner et moxidectine) en application trimestrielle [5, 8].

4. PRONOSTIC

Un suivi radiographique et coproscopique de l’animal doit être mis en place. La résolution clinique complète est attendue environ un mois après le début du traitement. Les lésions visualisées à la radiographie sont en partie réversibles. Quant à l’hypertension artérielle pulmonaire secondaire, les données échocardiographiques suggèrent qu’elle disparaît avec le traitement antiparasitaire.

  • (1) Voir l’article « Toux chez le chat : démarche diagnostique et thérapeutique » dans ce dossier.

Références

  • 1. Bourgoin G, Callait-Cardinal MP, Bouhsira E et coll. Prevalence of major digestive and respiratory helminths in dogs and cats in France: results of a multicenter study. Parasit. Vectors. 2022;15 (1):314.
  • 2. Crisi PE, Di Cesare A, Traversa D et coll. Controlled field study evaluating the clinical efficacy of a topical formulation containing emodepside and praziquantel in the treatment of natural cat aelurostrongylosis. Vet. Rec. 2020;187 (5):e34.
  • 3. Elsheikha HM, Schnyder M, Traversa D et coll. Updates on feline aelurostrongylosis and research priorities for the next decade. Parasit. Vectors. 2016;9 (1):389.
  • 4. Henry P, Huck-Gendre C, Franc M et coll. Epidemiological survey on gastrointestinal and pulmonary parasites in cats around Toulouse (France). Helminthologia. 2022;59 (4):385-397.
  • 5. Heuer L, Petry G, Pollmeier M et coll. Efficacy of imidacloprid 10%/moxidectin 1% spot-on formulation (Advocate®) in the prevention and treatment of feline aelurostrongylosis. Parasit. Vectors. 2020;13 (1):65.
  • 6. Morelli S, Diakou A, Colombo M et coll. Cat respiratory nematodes: current knowledge, novel data and warranted studies on clinical features, treatment and control. Pathogens. 2021;10 (4):454.
  • 7. Moskvina TV. Current knowledge about Aelurostrongylus abstrusus biology and diagnostic. Ann. Parasitol. 2018;64 (1):3-11.
  • 8. Raue K, Rohdich N, Hauck D et coll. Efficacy of Bravecto® Plus spot-on solution for cats (280 mg/ml fluralaner and 14 mg/ml moxidectin) for the prevention of aelurostrongylosis in experimentally infected cats. Parasit. Vectors. 2021;14 (1):110.
  • 9. Traversa D, Di Cesare A. Diagnosis and management of lungworm infections in cats: cornerstones, dilemmas and new avenues. J. Feline Med. Surg. 2016;18 (1):7-20.
  • 10. Vezzosi T, Perrucci S, Parisi F et coll. Fatal pulmonary hypertension and right-sided congestive heart failure in a kitten infected with Aelurostrongylus abstrusus. Animals (Basel). 2020;10 (12):2263.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

L’aelurostrongylose féline est une cause peu fréquente de toux, mais la prévalence exacte de cette infestation reste incertaine en France. L’accès à l’extérieur constitue le principal facteur de risque. La gravité des signes cliniques est variable. Les lésions observées à la radiographie sont souvent très évocatrices. Si l’analyse de fèces par la technique de Baermann n’est pas réalisable ou négative, la combinaison d’une épidémiologie compatible et de lésions évocatrices conduit à la prescription de vermifuges adaptés, dont certains disposent désormais d’une AMM pour cette indication.

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