STERTOR ET ÉTERNUEMENTS CHEZ UN GOLDEN RETRIEVER - Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023
Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023

MÉDECINE INTERNE

Quel est votre diagnostic ?

Auteur(s) : Pierre Guigo*, Aurore Fouhety**

Fonctions :
*(cert. CEAV-MI)
Clinique TouraineVet
12 rue des Internautes
37210 Rochecorbon

PRÉSENTATION CLINIQUE

Un chien golden retriever mâle entier, âgé de 10 ans, est référé pour l’exploration d’un stertor intermittent et d’épisodes d’éternuements qui évoluent depuis l’ingestion d’un os de bœuf une semaine auparavant. Une antibiothérapie (amoxicilline et acide clavulanique à la dose de 12,5 mg/kg deux fois par jour) n’a pas permis de régression des signes cliniques. L’examen clinique révèle un animal en bon état général avec un indice de condition corporelle estimé à 4 sur 9. Le chien présente un stertor intermittent, plus marqué lors de la fermeture de la gueule. Un discret jetage nasal mucopurulent bilatéral est observé. Le reste de l’examen clinique est normal.

Un examen tomodensitométrique de la tête est réalisé, avant et après l’injection intraveineuse de produit de contraste iodé. Des clichés de la tête en coupe transversale et en reconstruction parasagittale sont effectués (photos 1 et 2).

Qualité et description des images tomodensitométriques

L’animal est bien positionné. Les images sont de bonne qualité.

La lumière du nasopharynx est comblée par la présence d’un élément géométrique d’atténuation osseuse mesurant 1,2 cm de large sur 1,2 cm de haut et 1,5 cm de long. Cet élément se situe en regard de l’épine nasale caudale de l’os palatin et s’étend caudalement et ventralement au sein du nasopharynx, le long de la portion rostrale du voile du palais mou dans lequel il vient largement s’ancrer. Une petite quantité de matériel amorphe est présente au sein du nasopharynx en regard de cet élément, et dans la partie déclive des cavités nasales.

Interprétation des images

L’examen met en évidence la présence d’un corps étranger naso­pharyngé dont l’aspect est compatible avec un fragment d’os. Une rhinoscopie rétrograde est réalisée à l’aide d’un endoscope flexible. La rétrovision du nasopharynx confirme la présence d’un fragment d’os ancré dans la paroi du nasopharynx. Après son retrait vidéo-assisté, d’importantes lésions ulcératives de la paroi du nasopharynx sont mises en évidence.

DISCUSSION

Les affections du nasopharynx sont probablement sous-diagnostiquées en raison de la difficulté à évaluer cliniquement cette région anatomique [3]. Les plus fréquentes d’entre elles sont une sténose ou une obstruction nasopharyngée secondaire à la présence d’une masse inflammatoire ou tumorale, une nasopharyngite, un abcès ou un corps étranger nasopharyngé [2].

La présence de corps étrangers au sein du nasopharynx est une cause rare d’atteinte nasopharyngée chez le chat et le chien [4]. Elle est rapportée dans 6 % des cas d’atteinte nasopharyngée chez le chien [1]. Les corps étrangers peuvent accéder au nasopharynx à la suite de leur inhalation par les narines, à leur pénétration via le palais mou, ou provenir de l’oropharynx, de l’œsophage ou de la trachée [3]. Les signes cliniques d’atteinte nasale et/ou nasopharyngée sont le plus souvent des éternuements, un jetage nasal, un stertor et une dyspnée inspiratoire [4].

L’examen de la cavité buccale, la palpation digitée du palais mou ainsi que l’utilisation de miroirs dentaires sous anesthésie permettent une première évaluation clinique du nasopharynx [2]. La réalisation d’une rhinoscopie rétrograde au moyen d’un endoscope flexible est cependant l’examen de choix pour visualiser et évaluer le nasopharynx [3]. Les examens d’imagerie en coupe (tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique) viennent compléter l’évaluation du nasopharynx en déterminant la localisation précise des lésions et l’éventuelle implication des structures anatomiques adjacentes [3].

Les corps étrangers nasopharyngés peuvent être délogés grâce à l’introduction d’une sonde urinaire dans les narines jusqu’au nasopharynx, éventuellement complétée d’un flush de soluté physiologique sous pression [2]. L’utilisation de pinces forceps se révèle cependant nécessaire lorsque le corps étranger est ancré dans la paroi du nasopharynx. La survenue d’une sténose nasopharyngée résultant de la formation de tissu cicatriciel générée par la présence du corps étranger est une complication possible lors de lésions pariétales nasopharyngées importantes [1].

Références

  • 1. Billen F, Day MJ, Clercx C. Diagnosis of pharyngeal disorders in dogs: a retrospective study of 67 cases. J. Small Anim. Pract. 2006;47 (3):122-129.
  • 2. Duplan F, Gelens H, Amsellem P. Acute respiratory distress associated with a nasopharyngeal foreign body in a seven month-old French bulldog. Vet. Rec. Case Rep. 2017;4 (2):e000374.
  • 3. Hunt GB, Perkins MC, Foster SF et coll. Nasopharyngeal disorders of dogs and cats: a review and retrospective study. Compend. Contin. Educ. Vet. 2002;24:184-200.
  • 4. Kang MH, Lim CY, Park HM. Nasopharyngeal tooth foreign body in a dog. J. Vet. Dent. 2011;28 (1):26-29.

Conflit d’intérêts : Aucun

Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr