SOUFFLE BASAL CHEZ UN COCKER - Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023
Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023

CARDIOLOGIE

Gastro-entérologie

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : (DESV de médecine interne, option cardiologie)
Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

L’identification d’un souffle chez un chien asymptomatique est souvent un motif d’inquiétude pour le propriétaire. Celui-ci ne correspond pourtant pas toujours à une affection cardiaque, notamment lorsqu’il est de faible intensité.

Une chienne de race cocker, stérilisée et âgée de 4 ans, est présentée en consultation pour l’exploration d’un souffle mis en évidence initialement il y a un an et de nouveau détecté récemment à l’auscultation lors du bilan annuel de santé. Aucun antécédent cardio-vasculaire n’est rapporté, notamment aucun souffle cardiaque n’a été entendu au cours des premières visites. Actuellement, l’animal ne reçoit pas de traitement à visée cardiologique.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Auscultation et bilan sanguin

L’examen cardio-vasculaire révèle une fréquence cardiaque dans les normes (80 à 115 battements par minute) associée à un rythme légèrement irrégulier (arythmie sinusale respiratoire) et à un pouls frappé synchrone. Lors de l’auscultation, les bruits cardiaques sont d’intensité normale, et un souffle systolique basal gauche de faible intensité (2 sur 6) est identifié. Un bilan sanguin comprenant une mesure de la numération et formule sanguine ne décèle pas d’anomalie, notamment aucune anémie.

2. Échocardiographie

Un examen échocardiographique est donc décidé afin d’explorer l’origine de ce souffle. Il ne montre pas de modification de la morphologie ou de la cinétique ventriculaire gauche. Aucune dilatation atriale associée n’est observée. L’examen en mode Doppler couleur, pulsé et continu affiche un flux aortique de vélocité légèrement augmentée, avec un pic de vitesse trans­valvulaire (Vmax) mesuré à 2,2 mètres par seconde (m/s) en mode Doppler continu (photo 1).

L’examen en mode Doppler couleur de la chambre de chasse du ventricule gauche ne détecte aucun signe d’obstruction, mais des turbulences apparaissent au niveau de l’anneau aortique (photo 2). Cette légère accélération du flux aortique, sans rétrécissement sténotique associé, explique le souffle systolique visualisé. Ce souffle, considéré comme physiologique, ne donne lieu à aucun traitement. Un suivi échocardiographique n’est préconisé qu’en cas d’augmentation de l’intensité du souffle à l’auscultation, qui pourrait faire suspecter l’existence d’une autre cardiopathie.

DISCUSSION

La découverte d’un souffle “d’apparition récente” chez un jeune chien asymptomatique peut correspondre à plusieurs situations qui ont été progressivement envisagées dans ce cas. L’exploration repose sur la recherche du site d’accélération du flux sanguin par un examen Doppler (le souffle correspond en général à un flux sanguin approchant ou dépassant la vitesse de 2 m/s), la recherche de lésions cardiaques associées, et éventuellement la réalisation d’examens complémentaires. Deux entités de souffle sont à envisager : pathologiques et physiologiques.

1. Souffles pathologiques

La découverte d’une malformation congénitale non détectée lors des précédentes visites doit être considérée en priorité. Dans la plupart des cas, les malformations cardiaques sont présentes à la naissance et ne varient pas au cours de la croissance. En revanche, les sténoses sous-aortiques sont des défauts qui peuvent s’aggraver au cours du développement de l’animal, avec une majoration progressive de l’obstruction au flux. Cette affection a donc été envisagée dans notre cas, car elle a potentiellement des implications cliniques, suivant la gravité de cette sténose. D’après le seul consensus diagnostique publié à ce jour, la présence d’une sténose sous-aortique est à considérer lorsque trois critères sont associés :

– une accélération du flux dépassant 2,25 m/s, en comparant idéalement une voie apicale gauche et une voie sous-costale, cette dernière voie pouvant identifier un flux de plus haute vélocité ;

– un flux turbulent débutant dans la chambre de chasse du ventricule gauche ;

– des malformations anatomiques dans cette zone [1].

Le cas décrit ne présentant aucune de ces caractéristiques, une malformation congénitale a pu être exclue.

2. Souffles physiologiques

Alternativement, un souffle “physiologique”, c’est-à-dire observé en l’absence de modification structurelle du cœur et des grands vaisseaux, peut être rencontré chez un jeune chien asymptomatique. Cette catégorie comprend les souffles fonctionnels et innocents.

Fonctionnels et innocents

Les souffles fonctionnels, qui correspondent à la présence d’une affection extracardiaque pathologique perturbant l’hémodynamique cardiaque (principalement une anémie ou une hyperthermie), ont été exclus dans le cas présenté. Les souffles innocents équivalent à l’absence de modification cardiaque ou extracardiaque pathologique expliquant le souffle. Un souffle juvénile innocent, qui correspond à la croissance asymétrique du cœur et des vaisseaux, est normalement exclu chez un animal âgé de plus de 6 mois.

Autres souffles

Des souffles physiologiques qui ne relèvent d’aucune de ces catégories, appelés souffles innocents de l’adulte, sont rapportés chez les races dites “sportives” et le boxer, avec une prévalence de souffles basaux de 56 à 77 % dans cette population [3].

Une étude récente menée chez une centaine de jeunes chiens sains de toutes races montre l’existence d’un souffle de faible intensité (de 1 à 3 sur 6) chez 23 % de ces animaux. Ces souffles discrets ne sont pas mis en évidence par tous les observateurs : dans la moitié des cas, le souffle est uniquement détecté par un vétérinaire spécialisé en cardiologie [2]. Un souffle physiologique, qui correspond à une accélération aortique inférieure au seuil pathologique ou à un reflux tricuspidien légèrement accéléré, a été confirmé chez la moitié de ces animaux, sans influence du morphotype sur cette découverte.

Une telle situation, qui s’applique au cas décrit, doit être envisagée chez tout jeune chien pré­sentant un souffle de faible intensité (grade 1 à 3 sur 6).

Références

  • 1. Bussadori C, Amberger C, Le Bobinnec G et coll. Guidelines for the echocardiographic studies of suspected subaortic and pulmonic stenosis. J. Vet. Cardiol. 2000;2 (2):15-22.
  • 2. Drut A, Ribas T, Floch F et coll. Prevalence of physiological heart murmurs in a population of 95 healthy young adult dogs. J. Small Anim. Pract. 2015;56 (2):112-118.
  • 3. Heiene R, Indrebo A, Kvart C et coll. Prevalence of murmurs consistent with aortic stenosis among boxer dogs in Norway and Sweden. Vet. Rec. 2000;147 (6):152-156.

Conflit d’intérêts : Aucun

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