OBSTRUCTION URÉTRALE CHEZLE CHAT : DIAGNOSTIC, ÉTIOLOGIE ET LUTTE CONTRE LES RÉCIDIVES - Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023
Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023

UROLOGIE FÉLINE

Dossier

Auteur(s) : Lorris Lecot*, Christelle Maurey**

Fonctions :
*(dipEcvim-CA, DU lithiase urinaire)
Service de médecine interne
Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort (Chuva)
ENV d’Alfort 7
avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort

L’arrêt prolongé de la miction chez le chat doit être considéré comme une urgence extrême. Pour éviter qu’elle devienne absolue, sa prise en charge doit être la plus rapide possible et concomitante à une recherche étiologique.

Le terme de maladies du bas appareil urinaire félin regroupe un spectre d’affections vésicales et urétrales incluant la cystite idio­pathique, le bouchon muqueux, la lithiase du bas appareil urinaire, la cystite bactérienne, les néoplasies et les anomalies anatomiques du bas appareil urinaire [19]. La présence ou l’absence d’une obstruction à l’émission de l’urine permet de caractériser l’affection, respectivement en maladie obstructive ou non obstructive du bas appareil urinaire [19]. La fréquence élevée (5 à 8 %) des consultations relatives à la prise en charge de ces affections rend la connaissance de leur prise en charge incontournable [11, 15, 25]. Les données publiées sont unanimes quant aux facteurs de risque de développement de cette maladie. En effet, les chats mâles castrés d’âge moyen, vivant en intérieur strict dans un environnement stressant, en surpoids et nourris avec une alimentation sèche exclusive présentent un risque augmenté de développer une maladie du bas appareil urinaire [2, 11, 14, 19, 21]. Dans l’espèce féline, l’obstruction urétrale est un motif fréquent de consultation en urgence puisqu’elle survient dans près de 30 % des cas de maladie du bas appareil urinaire [7, 33].

Les principales causes d’obstruction incluent l’obstruction idiopathique (54 %), les bouchons muqueux (20 %), l’urolithiase (20 %) et plus rarement une obstruction mécanique telle qu’une tumeur ou une anomalie de conformation des voies urinaires basses (moins de 5 % des cas) [7, 24]. La fréquence variable des différentes causes d’obstruction selon les études semble être le reflet de la difficulté à établir un diagnostic étiologique précis (tableau 1) [1, 16, 22].

1. RECHERCHE DE L’ORIGINE DE L’OBSTRUCTION URÉTRALE

La recherche étiologique de l’obstruction urétrale est indispensable afin d’adapter la prise en charge thérapeutique.

Étiologie de l’obstruction urétrale

L’urolithiase

La formation d’urolithes est consécutive à l’augmentation de la concentration urinaire de cristalloïdes. La formation des calculs dépend de nombreux facteurs comme l’excrétion rénale de minéraux, le pH des urines, l’existence de facteurs favorisants (infection bactérienne concomitante notamment), l’absence de facteurs inhibiteurs, et parfois la présence d’une inflammation sous-jacente des voies urinaires [19]. Dans l’espèce féline, les calculs du bas appareil urinaire sont principalement constitués de minéraux de phosphates ammoniaco-magnésiens (struvites) et d’oxalates de calcium avec une tendance, ces dernières années, à l’augmentation des calculs oxalo-calciques [30]. En revanche, les cristaux de struvites sont très fréquemment retrouvés dans les bouchons muqueux. À notre connaissance, la seule publication qui s’intéresse spécifiquement à la nature minérale constituant les calculs urétraux porte sur une cohorte de 32 chats. Cette étude montre la présence d’urates d’ammonium radiotransparents dans près de 30 % des cas, versus 70 % de calculs radio-opaques (dont 50 % de struvites et 20 % d’oxalates de calcium) [13].

Le bouchon muqueux

Le bouchon muqueux est constitué d’un mélange d’hématies, de cellules inflammatoires, d’une matrice protéique de l’immunité locale (glycopro­téine de Thamm-Horsfall ou uromoduline) et de cristaux de struvites (dans plus de 95 % des cas) [19]. Actuellement, la pathogénie de formation des bouchons muqueux n’est pas encore totalement élucidée. Selon l’une des hypothèses avancées, une infection du tractus urinaire ou une inflammation associée à une cristallurie importante entraînerait un agrégat de protéines, d’hématies et de leucocytes à l’origine de la formation du bouchon. Une autre hypothèse s’appuie sur la perte d’intégrité vasculaire de la vessie, secondaire à une inflammation vésicale chronique [19]. En effet, la perte d’intégrité vasculaire provoquerait une augmentation de la protéinurie postrénale à l’origine d’un pH urinaire alcalin, favorisant la cristallurie à struvites et menant, à terme, à la formation d’un bouchon [19]. Une étude sur les cystites idiopathiques au sens large démontre également que la composition des urines des chats présentant une obstruction urétrale est plus concentrée en hématies, en leucocytes, en protéines et en cristaux de struvites par rapport aux chats sans obstruction [8]. Autrement dit, dans ce contexte de cystite idiopathique, tous les constituants d’un bouchon muqueux sont en proportion plus importante dans les urines des chats obstrués par rapport à ceux qui ne l’étaient pas [8]. À ce titre, il est possible qu’il existe un continuum entre la cystite idiopathique et la formation d’un bouchon muqueux.

La cystite et l’obstruction idiopathiques

La cystite idiopathique féline (parfois et anciennement appelée syndrome de la vessie douloureuse) est un diagnostic d’exclusion face à un syndrome incluant des modifications de l’urothélium vésical, mais aussi des anomalies complexes d’interactions entre différents systèmes, en particulier le système nerveux central et l’axe corticotrope [2, 4, 19]. En effet, en réponse à des modifications environnementales, des altérations de l’axe neuroendocrinien telles qu’une stimulation du système orthosympathique et une suppression des réponses surrénaliennes, associées à une diminution de la concentration des glycosaminoglycanes (GAG) urothéliaux de surface, seraient à l’origine d’une augmentation de la perméabilité de la paroi vésicale et de la concentration en cytokines inflammatoires, provoquant une stimulation sensitive accrue de la vessie [2, 3, 14]. L’obstruction urétrale est dite idiopathique lorsque aucun obstacle physique à l’éjection de l’urine n’est identifié. Dans ce cas, une obstruction fonctionnelle, combinée à un spasme urétral et à un œdème, est envisagée [2]. La cystite idiopathique semble avoir un impact primordial dans le développement de l’obstruction idiopathique, comme en témoigne une étude qui rapporte de grandes similarités entre les facteurs de risque de développement d’une cystite idiopathique et d’une obstruction urétrale idiopathique [34].

Démarche diagnostique

La démarche diagnostique repose sur l’analyse précise des éléments épidémiologiques et cliniques, ainsi que sur la réalisation d’une analyse urinaire et d’examens d’imagerie après la stabilisation de l’animal.

L’épidémiologie

L’âge du chat peut orienter la suspicion diagnostique. Un premier épisode d’affection idiopathique apparaît peu commun chez les animaux de plus de 10 ans [19]. À l’inverse, une infection du tractus urinaire concomitante est rencontrée chez plus de la moitié des chats de plus de 10 ans présentant des signes de maladie du bas appareil urinaire [19].

La prise en compte des antécédents est un élément clef de la démarche. En effet, un historique de cathétérisme urétral ancien ou récent associé à une récidive d’obstruction amène à suspecter une infection, une sténose ou une rupture urétrale. En particulier, l’obstruction secondaire à une rupture urétrale distale (à l’origine d’une inflammation accrue et progressive) peut s’installer plusieurs semaines après le cathétérisme. La nature récidivante de l’urolithiase, associée à un contexte épidémiologique favorable tel qu’une alimentation inadaptée, une hypercalcémie ou une prédisposition raciale aux calculs d’oxalates de calcium (persan, siamois, ragdoll, birman notamment), constitue également un paramètre d’orientation.

Le tableau clinique

La prise en compte des éléments cliniques repose sur la description précise des mictions, afin de caractériser une obstruction totale ou partielle, et sur l’examen externe attentif du pénis, à la recherche d’une éventuelle sténose du fourreau. Concernant les difficultés rencontrées lors de la réalisation du sondage urinaire, aucune donnée ne permet d’attester que la durée et les sensations au passage de la sonde, notamment le crissement, sont évocatrices d’un bouchon muqueux ou d’une urolithiase, mais le temps passé à cet acte et les obstacles rencontrés sont importants à préciser, tout particulièrement lors de récidive, pour étayer l’hypothèse d’une rupture ou d’une sténose [19].

L’analyse d’urine

L’analyse d’urine est incontournable dans la démarche diagnostique. Son interprétation dépend du moment du prélèvement. En effet, les urines de stase présentent des modifications physico-chimiques à l’origine de la présence de cristaux de struvites, d’une glycosurie et d’une cétonémie. La distension vésicale peut également engendrer une hématurie et une leucocyturie massive, sachant que cette dernière ne peut être interprétée sur la base des résultats fournis par une bandelette urinaire. Idéalement, celle-ci devra être répétée après le retrait de la sonde urinaire, quelques jours après l’épisode obstructif [19].

Concernant la cristallurie, la visualisation de cristaux de struvite et d’oxalate de calcium est physiologique dès lors que leur quantité ne dépasse pas zéro à cinq cristaux par champ à faible grossissement (photos 1a et 1b) [19]. Cependant, la visualisation de cristaux d’urate ou de cystine (anecdotique) est toujours pathologique (photos 1c et 1d) [19]. De la même manière, des urines stockées ou réfrigérées pendant plusieurs heures contiennent souvent de nombreux cristaux à l’analyse du sédiment, un phénomène exagéré lorsque les urines sont fortement concentrées [19, 35]. Des auteurs se sont intéressés à la présence ou non d’une cristallurie sur une cohorte de 111 chats atteints d’une affection du bas appareil urinaire [26]. Les résultats révèlent qu’une cristal­lurie n’était mise en évidence que dans 31 % des cas d’urolithiase, versus 58 % des cas de cystite idio­pathique (tableau 2) [26]. Il convient donc de ne pas surinterpréter l’analyse d’urine et notamment la présence de cristaux. L’examen du culot urinaire est ainsi un examen nécessaire, mais non suffisant, pour préciser l’origine de l’obstruction urinaire.

En revanche, l’uroculture, rarement positive au moment du sondage de l’animal, n’est pas recommandée lors d’un premier épisode d’obstruction. En cas de récidive ou de forte suspicion d’infection du tractus urinaire, il est préférable de réaliser l’uroculture après le retrait de la sonde urinaire, compte tenu du risque d’infection nosocomiale associé [19].

Les examens d’imagerie

Les différentes modalités d’examen d’imagerie incluent la radiographie abdominale (clichés de face et de profil), l’échographie urogénitale et la radiographie de contraste. Dans un contexte d’obstruction urétrale, la radiographie abdominale est fortement conseillée, en particulier parce qu’elle permet, au contraire de l’échographie abdominale, de visualiser les calculs présents dans l’urètre distal.

La radiographie

La radiographie abdominale peut se révéler très informative lors d’urolithiase et permet d’identifier des calculs de plus de 2 mm. Son intérêt réside également dans l’exploration de calculs localisés dans l’urètre pénien. La radio-opacité des calculs peut notamment fournir des informations sur la nature minérale (photo 2). En effet, une radio-opacité importante peut indiquer la présence de cristaux de struvite ou d’oxalate de calcium, alors qu’une ­urolithiase du haut appareil urinaire (pyélique ou urétérale) concomitante signale vraisemblablement une lithiase à oxalate de calcium (photo 3). Dans le contexte de calculs radiotransparents ou peu radio-opaques, comme les urates d’ammonium ou de cystine essentiellement, la radiographie abdominale affiche certaines limites (photos 4a et 4b) [2, 11, 19].

L’échographie

L’échographie abdominale offre une exploration plus approfondie de la vessie et de l’urètre [2, 11, 19]. Mais cet examen ne permet pas d’explorer l’urètre distal, siège fréquent de l’obstruction. L’échographie contribue à évaluer l’épaisseur de la paroi vésicale et à révéler la présence de calculs, de masses urétrales (tumorales ou non) proximales ou vésicales. Elle est également utile pour l’investigation des répercussions rénales de l’obstruction en révélant une éventuelle pyélectasie (photo 5) [2, 11, 19]. En revanche, la détection d’une sablose vésicale, notamment compatible avec une cristallurie, une pyurie ou une lipidurie, ne sera que très peu informative. Lors d’obstruction urétrale, les modifications échographiques sont très communes et peu spécifiques. Dans une étude menée chez 87 chats présentant cette atteinte, l’échographie abdominale rapporte communément un contenu vésical échogène avec un sédiment hyperéchogène, un épaississement pariétal, un épanchement périvésical et des graisses hyperéchogènes ainsi qu’une pyélectasie [27]. De plus, la capacité de cet examen à prédire une éventuelle réobstruction urétrale apparaît dérisoire [27].

L’endoscopie urinaire

Les examens d’imagerie conventionnels présentent parfois des limites, notamment pour la distinction entre calculs et sédiments. Dans de rares cas, l’endoscopie urinaire, réalisable chez la femelle ou lorsque l’animal a subi une urétrostomie, apporte des précisions nécessaires au diagnostic. Cet examen permet aussi de réaliser des biopsies en vue d’un examen histopathologique (photos 6a à 6c) [19].

Les limites de ces examens

Malgré la réalisation des différentes étapes proposées dans cette démarche, il est fréquent de ne pas pouvoir conclure sur l’origine de l’obstruction.

2. PRÉVENTION DES RÉCIDIVES À COURT ET MOYEN TERMES

Les chats hospitalisés pour la prise en charge d’une obstruction urétrale bénéficient d’une survie excellente (91 à 94 %) [16, 23, 34]. Le taux de récidive est variable selon les études. Des données récentes rapportent des fréquences de réobstruction de l’ordre de 20 %, alors que certaines publications décrivent des récidives dans près de 58 % des cas au cours des deux ans qui suivent le premier épisode [12, 16, 18, 34, 36]. En revanche, la survie à plus long terme dépend de multiples facteurs tels que l’implication du propriétaire dans la prise en charge thérapeutique proposée, le risque de réobstruction et les complications associées à la maladie [7]. Une étude s’intéressant au suivi après l’hospitalisation de 39 chats atteints d’obstruction urétrale rapporte une récurrence des signes cliniques dans 51 % des cas et une fréquence de réobstruction de 36 % malgré une survie en hospitalisation de 91 % [16]. Parmi les chats présentant une réobstruction, 21 % ont été euthanasiés [16].

Prise en charge médicale

La prise en charge du chat qui présente une obstruction urétrale après une stabilisation hémodynamique et un sondage urinaire repose sur le maintien de l’animal dans un environnement calme et l’instauration d’un traitement antalgique, myorelaxant et sédatif (photo 7 et tableau 3). À la sortie d’hospitalisation, la poursuite du traitement myorelaxant pendant cinq à dix jours s’accompagne de recommandations alimentaires et environnementales.

L’enrichissement environnemental

L’enrichissement environnemental consiste à mettre en place un cadre riche, stable, confortable et apaisant. Le recours à un vétérinaire comportementaliste est souhaitable pour identifier plus précisément les points d’amélioration à envisager [2, 11, 19].

Les recommandations alimentaires

Les recommandations alimentaires consistent en l’utilisation d’une nourriture spécifique à teneur réduite en cristalloïdes urinaires, plutôt humide, avec pour objectif une diminution de la densité urinaire en dessous du seuil de 1.040 [11, 19].

Le traitement anti-infectieux

Bien que la fréquence d’une infection du tractus urinaire après 48 heures de sondage soit élevée (près de 30 %), la systématisation d’un traitement antibiotique pendant le sondage urinaire est déconseillée puisqu’elle favorise l’antibiorésistance et ne permet pas de diminuer le risque de réobstruction [18, 20]. Néanmoins, la réalisation d’une uroculture sur des urines prélevées par cystocentèse, après le retrait de la sonde urinaire, est recommandée. En l’absence d’uroculture, l’instauration d’une antibiothérapie devra a minima être motivée par un examen du sédiment urinaire en faveur d’une bactériurie associée à des images de phagocytose.

Les traitements systémiques

Les myorelaxants

La myorelaxation de la musculature urétrale striée (majoritaire chez le chat) et lisse, constituant essentiellement le col vésical, est un axe thérapeutique souvent proposé [6, 17, 32]. Dans près de 40 % des cas, la partie proximale de l’urètre est constituée de muscles lisses sous l’influence d’une activité alpha-1 adrénergique, tandis que la partie distale est cons­tituée de muscles striés squelettiques soumis à un mécanisme de contrôle différent [6, 32]. L’obstruction de la partie proximale de l’urètre peut se produire à la suite d’une irritation, d’une inflammation ou d’un spasme urétral après un cathétérisme [6]. Ainsi, les spasmes de l’urètre proximal pourraient contribuer à la récidive de l’obstruction urétrale indépendamment de la cause initiale, ce qui justifierait l’utilisation d’antagonistes des récepteurs alpha-1 adrénergiques [32]. Même si le recours à ces molécules demeure controversé, ces principes actifs sont couramment utilisés chez les carnivores domestiques [6, 32]. La prazosine et l’alfuzosine, des antagonistes sélectifs alpha-1 adrénergiques, ont supplanté la phénoxybenzamine, un antagoniste non sélectif alpha-1 et alpha-2 adrénergique, comme médicaments de choix pour traiter l’obstruction urétrale féline en raison d’un délai d’action vraisemblablement plus court et d’une activité ciblée [6, 18]. Des résultats contradictoires sont publiés au sujet de l’usage de la prazosine dans le cadre de la prise en charge de l’obstruction urétrale féline. Une première étude rétrospective portant sur 192 chats a démontré la supériorité de la prazosine sur le phénoxybenzamine pour limiter le risque de récidive d’une obstruction urétrale [18]. En revanche, une étude prospective randomisée en double aveugle sur une cohorte de 47 chats traités par la prazosine (27 chats) versus un placebo (20 chats) n’a pas montré de différence significative sur la prévention d’une réobstruction [32]. Dans ce contexte, des données supplémentaires sont nécessaires afin de statuer sur l’efficacité des antagonistes alpha-1 adrénergiques.

Les anti-inflammatoires

Concernant les anti-inflammatoires, une étude prospective randomisée n’a pas démontré l’effet bénéfique de l’utilisation de la prednisolone dans la prise en charge des cystites idiopathiques [29]. En revanche, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont fréquemment utilisés pour le traitement des maladies du bas appareil urinaire félin [7]. Parallèlement, une étude rétrospective n’a pas mis en évidence de bénéfice à l’utilisation du méloxicam pour la prévention des récidives d’une obstruction urétrale [18]. L’utilisation de cette molécule a également été évaluée dans une étude prospective, randomisée en double aveugle en 2016 sur une cohorte de 37 chats [10]. Dans cette étude, le méloxicam est administré oralement au cours des cinq jours suivant la sortie d’hospitalisation pour la prise en charge d’une obstruction urétrale [10]. La fréquence de réobstruction pour le groupe de chats recevant ce traitement est de 22 %, versus 26 % pour les chats traités par un placebo [10]. Aucune différence significative entre les deux groupes n’a été observée.

Les traitements intravésicaux

L’urothélium est recouvert d’une couche de glycosaminoglycanes et de glycoprotéines [14]. Des rapports glycosaminoglycanes/créatinine urinaires significativement diminués sont rapportés chez des chats atteints de cystite idiopathique par rapport à des chats sains, suggérant ainsi un défaut de la couche de glycosaminoglycanes de l’urothélium [14, 31]. Plusieurs études n’ont pas réussi à établir l’effet bénéfique de la supplémentation intravésicale en glycosamino­glycanes chez les chats atteints de cystite idiopathique non obstructive [14]. Concernant les obstructions urétrales idiopathiques, deux études prospectives randomisées en double aveugle n’ont également pas démontré de différence significative sur le risque de réobstruction entre les groupes de chats traités par des glycosaminoglycanes administrés par voie orale ou par un placebo [5, 9].

En médecine humaine, une étude clinique préliminaire portant sur l’utilisation de lidocaïne alcalinisée intravésicale pour le traitement de la cystite idiopathique rapporte une amélioration clinique dans le groupe traité par rapport au groupe recevant un placebo [28]. Ce traitement a fait l’objet d’une recommandation d’utilisation consensuelle pour la prise en charge des douleurs associées à la cystite idiopathique humaine [28]. Le mécanisme d’action suspecté de la lidocaïne serait le contrôle de la douleur neuropathique et de l’inflammation. L’alcalinisation par le bicarbonate de sodium convertit la lidocaïne, une base faible, de sa forme ionisée hydrosoluble en une forme non ionisée liposoluble capable de pénétrer la muqueuse vésicale [28, 36]. En médecine vétérinaire, un essai clinique prospectif randomisé a été mené afin d’étudier l’efficacité potentielle de la lidocaïne alcalinisée intravésicale par rapport à un placebo dans le traitement des obstructions urétrales félines [36]. Les critères principaux d’évaluation de l’étude étaient la détermination du taux de récidives d’obstruction et l’intensité des signes cliniques ressentie par les propriétaires, pour lesquels aucune différence significative entre les deux groupes n’a été observée. En l’absence de preuve scientifique patente, l’efficacité incertaine des traitements intravésicaux ne permet pas de recommander leur utilisation systématique.

Probablement que l’effet modeste attendu de ces différentes thérapeutiques nécessite des explorations prospectives de plus grande envergure sur des effectifs beaucoup plus importants, afin d’augmenter la puissance statistique des études évaluant leur efficacité.

Fréquence et facteurs de risque de réobstruction

La variabilité des fréquences de réobstruction est importante. En effet, des études anglo-saxonnes rapportent 7 à 14 % de réobstruction dans les vingt-quatre heures suivant la sortie d’hospitalisation, 36 % dans les quinze jours, 14 à 18 % dans les trente jours et 22 à 24 % entre six mois et deux ans [16, 18, 34]. Les facteurs de risque de réobstruction identifiés sont encore sujets à débat, mais une durée de sondage urinaire inférieure à vingt-quatre heures et l’utilisation d’une sonde de trop petit diamètre peuvent exposer à une récidive plus fréquente [16, 18, 34]. En revanche, les animaux jeunes seraient moins à risque de réobstruction [16, 18, 34].

Prise en charge de la persistance des troubles mictionnels

Dans plus de 70 % des cas, les chats hospitalisés pour une obstruction urétrale présentent des signes d’atteinte du bas appareil urinaire au cours des sept jours qui suivent la sortie d’hospitalisation [18].

En cas de persistance de troubles mictionnels après le retrait de la sonde urinaire, il convient d’identifier si l’animal présente une dysurie, en faveur d’une probable récidive de (sub) obstruction urétrale, ou si au contraire il présente une pollakiurie associée à un faible volume vésical résiduel. La récidive d’une obstruction urétrale peut être consécutive à une récidive du processus initial ou au développement de complications associés à d’autres affections. Ces complications incluent des affections traumatiques (rupture urétrale notamment), une sténose, des causes inflammatoires représentées par un spasme, un caillot sanguin urétral ou une infection du tractus urinaire. Dans de très rares cas, la distension musculaire vésicale excessive peut conduire à une hypotonie, voire à une atonie du muscle détrusor qui s’exprime par une symptomatologie différente de celle observée lors de (sub) obstruction urétrale. En effet, ces chats n’expriment pas de troubles mictionnels typiques d’une maladie du bas appareil urinaire tels que la pollakiurie ou la strangurie.

Dans ces situations cliniques exceptionnelles, l’utilisation de cholinergiques tels que le béthanéchol (Urécholine®(1)) doit être considérée chez le chat à la dose de 5 mg deux à trois fois par jour.

L’évaluation de la cause de réobstruction urétrale

L’urétrographie est à envisager lors d’une récidive de l’obstruction urétrale, notamment lorsque le sondage est jugé long, difficile ou qu’une rupture urétrale est suspectée. Cet examen permet notamment de mettre en évidence une rupture urétrale ou une sténose (non distale) malgré des difficultés de réalisation technique (cathétérisme du pénis) et d’interprétation (photo 8).

Dans le cadre de la suspicion d’une obstruction distale, la réalisation d’une urétrographie permictionnelle permet de visualiser l’ensemble du trajet urétral (photos 9a et 9b). Pour cela, la vessie doit être remplie de produit de contraste puis, après le retrait de la sonde urinaire, les clichés radiographiques sont enregistrés pendant qu’une légère pression constante est appliquée sur la vessie.

La réalisation d’une endoscopie des voies urinaires basses, chez la femelle ou l’animal ayant subi une urétrostomie, peut également être considérée dans certains cas (suspicion de masse, de sténose urétrale ou d’urolithiase notamment).

Selon les résultats de ces examens et des complications associées au sondage, la réalisation d’une urétrostomie est éventuellement envisageable, en particulier lors de phénomènes obstructifs récidivants, de rupture ou sténose urétrale, de masse urétrale ou pénienne, ainsi qu’en cas d’impossibilité de sondage (calculs urétraux enchâssés dans la muqueuse urétrale par exemple).

  • (1) Médicament à usage humain.

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Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Lors d’obstruction urétrale, une démarche rigoureuse prenant en compte les éléments épidémiologiques, cliniques et paracliniques permet d’établir, dans la plupart des cas, un diagnostic causal afin de proposer une prise en charge thérapeutique adaptée. Les traitements médicaux utilisés en routine bénéficient d’un faible niveau de preuve, des études complémentaires sont donc nécessaires pour l’évaluation de leur efficacité. Cependant, il est incontournable d’axer la prise en charge de ces animaux après l’hospitalisation autour de l’alimentation et d’une modification multimodale du cadre environnemental. Lors de taux élevés de récidive, une prise en charge chirurgicale par urétrostomie est à considérer (voir l’article suivant de ce dossier).

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