PROSTATECTOMIE TOTALE CHEZ UN CHAT - Le Point Vétérinaire n° 441 du 01/05/2023
Le Point Vétérinaire n° 441 du 01/05/2023

CHIRURGIE

Chirurgie

Auteur(s) : Mélissa Pottier*, Kévin Minier**

Fonctions :
*(dipECVS)
Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve-d’Ascq

Les tumeurs prostatiques sont rares chez le chien et le chat. Elles entraînent une dysurie qui peut aller jusqu’à l’obstruction urinaire. Ces lésions sont souvent agressives et leur prise en charge est multimodale.

Un chat européen mâle castré, âgé de 10 ans, est référé pour une dysurie qui évolue depuis plusieurs semaines, sans amélioration malgré le traitement médical mis en place (anti-inflammatoires non stéroïdiens et antibiothérapie). Une obstruction urinaire est constatée depuis 24 heures.

PRÉSENTATION DU CAS

Examen clinique et démarche diagnostique

À l’admission, le chat présente un abattement important et une douleur abdominale majeure. Un globe vésical est palpable. Le bilan sanguin révèle une leucocytose neutrophilique modérée et une insuffisance rénale mineure (créatininémie à 26 mg/l, urémie à 0,930 g/l). L’examen échographique de l’abdomen permet de visualiser une lésion prostatique tissulaire pariétale volumineuse (30 mm de diamètre) associée à un globe vésical. Des lithiases pyéliques et vésicales sont également mises en évidence. Le sondage urétral confirme une obstruction par des urolithiases urétrales. Le bilan d’extension local et à distance, réalisé via un examen scanner thoracique et abdominal, ne montre pas de métastase. Des cytoponctions prostatiques tomoguidées sont pratiquées et l’examen cytologique est en faveur d’une tumeur carcinomateuse.

Traitement

Une prostatectomie totale, avec la réalisation d’une urétrostomie antépubienne, est décidée. Une laparotomie caudale est pratiquée puis la graisse prostatique est disséquée et réclinée afin d’obtenir une libération totale de la prostate et des parties craniale et caudale de l’urètre (photo 1). L’hémostase est assurée par une électrocoagulation. Un abord complémentaire périnéal permet de libérer l’urètre pénien qui est ensuite récupéré dans l’abdomen. L’urètre est sectionné cranialement à la prostate avec des marges de 2 cm (photo 2). La prostate et l’urètre caudal sont retirés et envoyés pour une analyse histopathologique. La partie craniale de l’urètre est tunnellisée à travers la paroi abdominale et une urétrostomie antépubienne est pratiquée. L’animal est hospitalisé pendant 48 heures pour la prise en charge de la douleur et le suivi des mictions. Les valeurs rénales sanguines se normalisent au bout de 24 heures.

Suivi

Deux semaines après l’intervention chirurgicale, une continence urinaire est notée, avec des mictions volontaires mais quelques pertes d’urine, notamment dans la zone de couchage. L’analyse histopathologique confirme le diagnostic de carcinome prostatique bien encapsulé, avec des marges d’exérèse urétrale supérieures à 2 cm. Un protocole de chimiothérapie est conseillé, mais décliné par les propriétaires. Un suivi régulier est recommandé via des examens échographiques de l’abdomen et des clichés radiographiques du thorax tous les trois mois. Néanmoins, les propriétaires ne donnent aucune nouvelle du chat et demeurent injoignables.

DISCUSSION

Épidémiologie

Les tumeurs prostatiques sont rares chez le chien et le chat [1]. La plus fréquente est l’adénocarcinome, mais les carcinomes à cellules squameuses ou à cellules transitionnelles sont également rapportés. Les tumeurs mésenchymateuses ou de type lymphome sont plus rarement décrites [2]. L’âge moyen d’apparition de ce type tumoral est de 10 ans chez le chien et n’est pas documenté chez le chat. Ces tumeurs ne sont généralement pas sécrétrices d’hormones. Ainsi, la castration, même précoce, ne semble pas empêcher le développement tumoral prostatique. Une étude montre même une incidence supérieure des tumeurs et des métastases pulmonaires chez le chien castré [1]. Le carcinome prostatique est une tumeur agressive qui génère rapidement des métastases pulmonaires, lymphatiques et/ou osseuses. Chez le chien, les métastases au niveau du squelette appendiculaire sont rapportées dans 20 % des cas, avec une prévalence plus élevée chez le jeune [1].

Signes cliniques et diagnostic

Les signes cliniques prépondérants sont une dysurie, une hématurie et une rétention urinaire allant parfois jusqu’à une hydronéphrose avec une insuffisance rénale postrénale [1]. Un ténesme peut être dû à la compression du rectum par la masse prostatique et/ou des nœuds lymphatiques métastatiques [1]. Des anomalies orthopédiques ou neurologiques sont parfois visualisées au niveau des membres pelviens lorsque des métastases osseuses sont présentes.

Contrairement à la médecine humaine, il n’existe pas de marqueur sanguin permettant un diagnostic précoce du cancer prostatique chez le chien et le chat [1]. Le diagnostic d’anomalie prostatique est établi par l’échographie abdominale, l’examen scanner ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Des minéralisations intraprostatiques sont quelquefois visibles à l’examen radiographique abdominal [1]. L’examen cytologique nécessite la réalisation de cytoponctions échoguidées de la lésion, l’aspiration par sondage urétral étant souvent non diagnostique. Des biopsies chirurgicales ne sont envisagées que lorsque l’examen cytologique n’est pas concluant [1].

Pronostic et traitement

Le diagnostic des tumeurs prostatiques est généralement tardif et des métastases sont souvent déjà présentes, ce qui assombrit fortement le pronostic. Le recours aux anti-inflammatoires anti-COX 2 rallonge les médianes de survie chez le chien atteint de carcinome prostatique [1].

Les bisphosphonates sont couramment utilisés pour la prise en charge de la douleur associée aux métastases osseuses [1]. Une dérivation urinaire, via la mise en place d’une sonde de cystotomie ou d’un stent urinaire, peut améliorer le confort de l’animal dans un contexte de soins palliatifs [1].

Une prostatectomie totale permet la résolution rapide des signes cliniques secondaires à la tumeur prostatique (douleur, obstruction urinaire), mais nécessite une dérivation des voies urinaires. Cette intervention est souvent proposée dans le cadre d’une maladie débutante non métastatique.

La symphysiotomie pubienne, quant à elle, peut améliorer l’accès à la prostate [1]. Chez le chien, une anastomose termino-terminale de l’urètre proximal et distal à la prostate est aussi envisageable après le passage d’une sonde urétrale au travers des deux portions. L’anastomose est réalisée à l’aide de points simples résorbables. La sonde urétrale est laissée en place entre cinq et sept jours afin d’optimiser la cicatrisation urétrale. Une dérivation par cystostomie est également possible afin d’éviter tout passage d’urine par l’urètre pendant le temps nécessaire à sa cicatrisation [1]. La prostatectomie totale est néanmoins associée à un taux de complications important. Une incontinence urinaire est rapportée chez le chien dans 30 à 100 % des cas selon les études [2].

Chez le chat, les données sont rares et la prostatectomie est pratiquée en parallèle d’une urétrostomie antépubienne [1]. La prostatectomie peut être combinée à une irradiation si l’analyse histopathologique révèle une tumeur infiltrante localement, et à un protocole de chimiothérapie afin de ralentir l’évolution à distance [1]. L’irradiation de la tumeur primaire non retirée permet une prise en charge locale plus temporaire [1].

Références

  • 1. Johnston SA, Tobias KM. Prostate. In: Veterinary Surgery: Small Animal, 2nd edition. Elsevier Saunders. 2018:2168-2184.
  • 2. Stans J. Prostatectomy as a treatment for canine prostate cancer: a literature review. Open Vet. J. 2020;10(3):317-322.
    Abonné au Point Vétérinaire, retrouvez votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr