ÉVALUATION DU VACCIN VIMCO® POUR LA PRÉVENTION DES MAMMITES STAPHYLOCOCCIQUES EN ÉLEVAGE CAPRIN - Le Point Vétérinaire n° 441 du 01/05/2023
Le Point Vétérinaire n° 441 du 01/05/2023

VACCINATION DES PETITS RUMINANTS

Étude

Auteur(s) : Bernard Poutrel*, Vincent Lictevout**, Sylvie Blain***

Fonctions :
*Directeur de recherches
honoraire à l’Inrae
37540 Saint Cyr-sur-Loire
**Touraine conseil élevage
Chambre d’agriculture
37170 Chambray
***Commission caprine de la SNGTV
37226 Sainte-Maure-de-Touraine

Une étude réalisée dans quatre élevages caprins ne permet pas de démontrer l’efficacité du vaccin Vimco® (Hipra) pour la prévention des mammites staphylococciques.

De nombreux élevages caprins affichent des concentrations cellulaires du lait de tank supérieures à 1 500 000 cellules/ml qui sont dues aux infections mammaires. Elles ont pour conséquence des baisses de production laitière et une moindre valorisation du lait. La prévalence de ces mammites cliniques et subcliniques à Staphylococcus aureus et à différentes espèces de staphylocoques à coagulase négative est élevée dans ces élevages [2, 4]. Dans la mesure où les moyens de prévention (hygiène de traite, trempage des trayons, traitement au tarissement) sont mal ou peu appliqués, car parfois considérés comme contraignants, la prévention vaccinale présente un intérêt évident. L’objet de cet essai de terrain est d’évaluer l’efficacité du vaccin Vimco®(1) (Hipra) destiné à la prévention des mammites staphylococciques, dans des conditions qui devraient permettre d’extrapoler les résultats et les conclusions à une plus large échelle.

PROTOCOLE EXPÉRIMENTAL

1. Élevages et animaux

Sur la base des comptages de concentrations cellulaires, quatre élevages dépassant régulièrement 1 500 000 cellules/ml ont été sélectionnés, trois de race alpine en Indre-et-Loire et un de race saanen dans le Loir-et-Cher. Ces élevages sont adhérents au contrôle laitier, avec la détermination mensuelle des concentrations cellulaires individuelles. Au total, l’essai inclut 284 chèvres primipares.

2. Protocole vaccinal

Dans chaque élevage, les chèvres primipares sont réparties en deux groupes d’effectif égal, un lot vacciné et un lot témoin. Le vaccin Vimco® est administré par voie intramusculaire selon le protocole défini par le fabricant, avec une première injection cinq semaines avant la date prévue de la mise bas et un rappel trois semaines après la première injection.

3. Critères d’évaluation de l’efficacité

Les concentrations cellulaires individuelles et la prévalence des infections staphylococciques sont retenues comme les principaux critères d’efficacité. La production de lait et les taux protéique et butyreux sont considérés comme des critères secondaires de l’appréciation de l’innocuité du vaccin.

4. Analyses bactériologiques

Des prélèvements aseptiques de lait (mélange des deux demi-mamelles) sont réalisés et les échantillons transportés sous couvert du froid jusqu’au laboratoire de Touraine. Pour l’identification des staphylocoques, les procédures mises en œuvre comprennent l’ensemencement de 100 µl de lait sur une gélose sélective (Baird-Parker) et sur une gélose non sélective (Columbia au sang), afin de contrôler la contamination éventuelle du prélèvement (plus de deux types de colonies différentes), puis la réalisation des tests pour l’identification des staphylocoques (tableau 1).

RÉSULTATS

1. Sélection des élevages et répartition en lots

Une présélection des élevages caprins sur la base d’une concentration cellulaire du lait de tank régulièrement supérieure à 1 500 000 cellules/ml a été effectuée avant le changement d’étalon national adopté pour le dénombrement sur les appareils de comptage. Après ce changement, deux élevages sont apparus inférieurs au seuil envisagé, en raison de la modification de l’étalon (tableau 2).

2. Évolution des concentrations cellulaires individuelles

L’évolution au cours de la lactation a été établie sur la base de sept mesures par chèvre (tableau 3 et figure). Dans tous les élevages, qu’il s’agisse des moyennes arithmétiques ou géométriques, les concentrations cellulaires individuelles des laits sont significativement plus élevées dans les lots vaccinés que dans les lots témoins (environ d’un facteur 2). Les moyennes pour l’ensemble des élevages sont significativement différentes (tableau 4).

3. Analyses bactériologiques

Au total, 32 échantillons de lait n’ont pas pu être exploités, principalement en raison de contaminations survenues lors du prélèvement. Le nombre d’infections staphylococciques, aussi bien à S. aureus qu’à des staphylocoques à coagulase négative, apparaît pratiquement identique pour les chèvres vaccinées et non vaccinées. Ces infections affectent environ 25 % des animaux (tableau 5). Notons que la seule mammite gangréneuse a été observée dans le lot des chèvres vaccinées.

4. Production laitière

Les productions laitières ne sont pas significativement différentes entre les lots vaccinés et témoins (tableau 6).

5. Taux butyreux et protéique

Le taux butyreux des laits est quasiment identique pour les lots vaccinés et les lots témoins, tandis que le taux protéique est significativement supérieur dans les lots vaccinés (tableau 7).

DISCUSSION

L’évaluation du vaccin Vimco® a été réalisée dans quatre élevages totalisant 284 chèvres primipares, et cet effectif peut paraître relativement limité. Cependant, des résultats identiques ont été obtenus dans tous les élevages, ce qui conforte les conclusions qui peuvent être tirées de cet essai. Dans tous les cheptels, les concentrations cellulaires du lot vacciné se sont révélées statistiquement supérieures à celles du lot témoin. Ce résultat est inattendu, étant donné que le vaccin revendique la prévention des infections et que l’augmentation des concentrations cellulaires dans le lait de tank est essentiellement liée à la prévalence des infections dans l’élevage [3]. Dans les élevages n° 1 et n° 4, les moyennes des concentrations cellulaires chez les chèvres vaccinées sont supérieures à 1 500 000 cellules/ml. Cela suggère qu’une vaccination systématique de toutes les chèvres d’un troupeau pourrait éventuellement être pénalisante pour l’éleveur, même si elle n’affecte pas la production laitière. Il est difficile de trouver une explication à ce phénomène. En toute hypothèse, il pourrait s’agir d’une hypersensibilité à médiation cellulaire, éventuellement en relation avec la composition du vaccin. Cette hypothèse demande toutefois des études ultérieures pour être confirmée. Le phénomène inflammatoire observé se traduit par une augmentation du taux protéique du lait, liée au passage de protéines solubles dans la mamelle, défavorables pour la transformation. Le nombre d’infections à Staphylococcus aureus et à staphylocoques à coagulase négative se révèle identique dans les deux lots. Ces infections affectent environ 25 % des chèvres, et le seul cas de mammite gangréneuse a été observé dans le lot vacciné. Ces résultats suggèrent que le vaccin, dans les conditions de cet essai, n’a pas d’effet sur la prévention des infections. Un essai de terrain conduit chez des brebis, avec un vaccin similaire comportant un biofilm, signale une très légère différence de prévalence des infections staphylococciques entre les animaux vaccinés (5 %) et non vaccinés (10 %) [6]. L’ensemble de ces résultats interroge sur la pertinence de cette stratégie vaccinale qui consiste à utiliser des bactéries exprimant un biofilm. Chez certains modèles animaux, la combinaison de plusieurs antigènes semble montrer une plus grande efficacité que l’utilisation d’un seul, ce qui suggère qu’une immunité à la fois humorale et à médiation cellulaire est nécessaire pour la protection [1, 6].

  • (1) Ce vaccin, mis sur le marché pour la première fois en 2014, initialement destiné aux brebis puis aux chèvres adultes, contient la souche SP 140 CP8 de S. aureus inactivée exprimant un biofilm.

Références

  • 1. Bagnoli F, Bertholet S, Grandi G. Inferring reasons for the failure of Staphylococcus aureus vaccines in clinical trials. Front. Cell. Infect. Microbiol. 2012;2:16.
  • 2. Bergonnier D, de Crémoux R, Rupp R et coll. Mastitis in dairy small ruminants. Vet. Res. 2003;34(5):689-716.
  • 3. Poutrel B, de Crémoux R, Ducelliez M et coll. Control of intramammary infections in goats: impact on somatic cell counts. J. Anim. Sci. 1997;75(2):566-570.
  • 4. Poutrel B. Udder infection of goats by coagulase negative staphylococci. Vet. Microbiol. 1984;9(2):131-137.
  • 5. Poutrel B. Identification de Staphylococcus aureus. Point Vét. 2008;39 (283):51-52.
  • 6. Vasileiou NGC, Chatzopoulos DC, Cripps PJ et coll. Evaluation of efficacy of a biofilm-embedded bacteria-based vaccine against staphylococcal mastitis in sheep: a randomized placebo-controlled field study. J. Dairy Sci. 2019;102(10):9328-9344.

Conflit d’intérêts : Aucun

Points clés

• Un essai de terrain incluant 284 chèvres primipares a évalué l’efficacité du vaccin Vimco® (Hipra) contre les mammites staphylococciques.

• Les concentrations cellulaires chez les chèvres vaccinées se sont révélées significativement plus élevées que celles des chèvres non vaccinées, tandis que la prévalence des infections staphylococciques était identique.

• L’efficacité du vaccin n’a pas été démontrée dans les conditions de cet essai.

• Ces résultats interrogent sur la pertinence d’une stratégie vaccinale qui consiste à utiliser des bactéries inactivées exprimant un biofilm.

CONCLUSION

Sur la base des résultats obtenus, le vaccin Vimco® utilisé dans les conditions de cette expérimentation ne semble pas présenter d’intérêt pour la prévention des infections staphylococciques et est même susceptible d’affecter la qualité du lait, et par conséquent de pénaliser les éleveurs. D’autres essais devraient permettre de conforter ou d’invalider ces conclusions. Aussi, dans l’immédiat, les mesures classiques de prévention des affections mammaires (hygiène, trempage des trayons, traitement au tarissement) gardent tout leur intérêt pour la prévention des infections staphylococciques.

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