TÉLÉMÉDECINE VÉTÉRINAIRE ET PARTAGE DE DONNÉES : L’OPINION DES ÉLEVEURS BOVINS FRANÇAIS - Le Point Vétérinaire n° 440 du 01/04/2023
Le Point Vétérinaire n° 440 du 01/04/2023

TÉLÉCONSULTATION

Enquête

Auteur(s) : Sylvie Chastant*, Grégory Santaner**, Olivier Roger***, Olivier Mathiaud****, Annick Valentin-Smith*****, Raphaël Guatteo******

Fonctions :
*Vet In Tech
14 rue Louis Hervé, 78000 Versailles
et NeoCare, service de reproduction
ENV de Toulouse
23 chemin des Capelles
31300 Toulouse
**Vet In Tech, VetoNetwork,
Anicoon vétérinaires et Dr Patounes
***Vet In Tech
et Horlogerie du Web
1 rue des Charrières
03420 Arpheuilles-Saint-Priest
****Vet In Tech
et Groupe de santé animale du Blavet
2 rue Pierre Guillemot
56500 Locminé
*****Vet In Tech et AVS Health Factory
******Vet In Tech
et Oniris, Inrae, Bioepar
101 route de Gachet
44300 Nantes

Une enquête en ligne montre qu’il existe une demande de télémédecine de la part des éleveurs de bovins français bien supérieure à l’offre des vétérinaires. Cela ouvre des perspectives pour la profession.

Le ministère de l’Agriculture avait autorisé la télémédecine vétérinaire en France, pour une expérimentation de dix-huit mois, par le décret n° 2020-526 du 5 mai 2020 [12]. Étaient ainsi officiellement autorisées la téléconsultation, la télésurveillance, ainsi que la téléexpertise, la téléassistance et la régulation médicale vétérinaires (encadré 1) [1, 13]. Comme il s’agissait d’une expérimentation en vue de l’éventuelle autorisation définitive légalisant ce mode d’exercice, les opinions des deux parties concernées que sont les vétérinaires, régulant l’offre, et les clients, générant la demande, sont importantes à connaître. L’Ordre national des vétérinaires a donc diligenté, en juin 2021, une enquête auprès des 19 530 praticiens inscrits au tableau ordinal (encadré 2). Cependant, à l’heure actuelle, la demande des clients propriétaires d’animaux n’a pas été évaluée en France, alors qu’elle est l’autre pendant d’une éventuelle future décision législative. Quelques enquêtes ont été menées dans le monde auprès des propriétaires d’animaux de compagnie, mais les attentes et les craintes dans le domaine des productions animales n’ont encore jamais été étudiées. Simultanément à l’enquête menée auprès des vétérinaires, Vet In Tech, une association impliquée dans l’innovation en santé animale, a donc décidé de réaliser une enquête pour cerner la demande des éleveurs bovins en matière de télémédecine.

MATÉRIELS ET MÉTHODES

Un questionnaire réalisé par Vet In Tech a été diffusé par l’institut BVA par Internet, du 31 mai au 14 juin 2021, auprès de 880 éleveurs français de bovins (de plus de 20 animaux). Ces éleveurs ont été sélectionnés de façon aléatoire par BVA parmi les abonnés de la revue La France agricole possédant une adresse électronique. L’échantillon final était constitué de 341 éleveurs laitiers, 426 éleveurs de bovins viande (vaches allaitantes et/ou veaux de boucherie et/ou taurillons) et 113 éleveurs mixtes. Après une première partie visant à connaître le profil des exploitants, leurs équipements dits d’élevage de précision (encadrés 3 et 4), le questionnaire a tout d’abord exploré le contexte vétérinaire dans lequel se trouvaient les éleveurs. Le cœur du questionnaire avait pour objectif de déterminer le degré de connaissance de la téléconsultation et de ses usages. Les réponses des éleveurs ayant déjà eu recours à la téléconsultation (ou en ayant l’intention) ont été analysées séparément de celles des éleveurs n’y ayant pas eu recours (et n’en ayant pas l’intention) afin de connaître leurs attentes, leurs craintes et les freins face à ce nouveau type de service.

RÉSULTATS

Les modalités pratiques de la téléconsultation, telles que la durée, le coût et les solutions techniques utilisées, ont été établies (encadré 5). Pour situer la téléconsultation dans la démarche de soins et de conseils adoptée par les éleveurs, il convenait tout d’abord de déterminer le contexte vétérinaire dans lequel évoluaient les éleveurs interrogés.

1. Accompagnement vétérinaire des troupeaux

La quasi-totalité des éleveurs bovins (98 %) ne font appel qu’à un seul cabinet. Les visites vétérinaires sont assez peu fréquentes : moins d’une fois par mois pour 65 % des élevages, d’une à trois fois par mois pour 31 %. Le cabinet principal de leur vétérinaire est situé à moins de 10 km pour 44 % et à plus de 30 km pour 7 % des élevages. Les soins sont très majoritairement facturés à la visite (cas de 93 % des élevages) au contraire d’un forfait annuel, en conventionnement.

Les éleveurs sont en très large majorité satisfaits ou très satisfaits de la disponibilité de leur vétérinaire, aussi bien pendant les heures ouvrables (96 %) que lors des périodes de garde (95 %). Un peu plus de la moitié des éleveurs possèdent le numéro de téléphone portable de leur vétérinaire, et plus fréquemment en production viande pure ou mixte qu’en élevage laitier (respectivement 48 % en lait, 58 % en viande et 65 % en mixte). Les éleveurs utilisent ce numéro dans 61 % des cas pour obtenir des conseils par téléphone pendant les heures ouvrables, et dans 38 % des cas pour des conseils par SMS toujours pendant les heures ouvrables. Durant les heures de garde, 36 % des éleveurs déclarent l’utiliser pour obtenir des conseils par téléphone et 24 % par SMS.

2. Partage de données entre élevage et vétérinaire

Toujours pour décrire la relation numérique entre les éleveurs et leur vétérinaire, ceux-ci ont été interrogés sur leur attitude en matière de partage de données. Même s’il est significativement plus fréquent chez les éleveurs laitiers (purs ou mixtes) que chez les allaitants (13 % des éleveurs mixtes, 8 % des éleveurs laitiers et 2 % des éleveurs viande), le partage de données numériques entre élevage et vétérinaire reste très peu répandu. Seulement 6 % des éleveurs partagent des données au moins une fois par mois. Les réticences au partage tiennent à des inquiétudes quant à l’utilisation de leurs données ou à des problèmes techniques. Néanmoins, 63 % des éleveurs expriment le souhait de partager davantage de données de santé avec leur vétérinaire, pour améliorer la prévention et le suivi (tableau).

3. Attente des éleveurs bovins en matière de télémédecine

À la période de l’enquête (juin 2021), plus de 8 éleveurs sur 10 n’avaient pas entendu parler de la télémédecine vétérinaire (83 %). Ainsi, 64 % des éleveurs disaient ignorer si leur cabinet vétérinaire proposait une offre de télémédecine et 34 % étaient certains qu’il n’en proposait pas. Au moment de l’enquête, 91 % des élevages n’avaient pas bénéficié d’une téléconsultation. Seuls 7 % des éleveurs laitiers, 10 % des éleveurs allaitants et 14 % des éleveurs mixtes y avaient eu recours. Pourtant, l’attente en matière de téléconsultation vétérinaire est forte chez les éleveurs bovins (figure 3) : parmi ceux n’ayant pas encore eu recours à ce service (n = 799), 51 % déclarent qu’ils l’utiliseraient (9 % certainement, 42 % probablement) si leur vétérinaire le proposait. Seulement 13 % ont exprimé un refus net.

4. Motivations et retours des éleveurs avec une expérience de la téléconsultation

Motivations du recours à la téléconsultation

La principale raison pour recourir à la téléconsultation est le gain de temps, via la réduction du délai d’intervention du vétérinaire (pour 51 % des éleveurs) ou celle de la durée de l’intervention ellemême (20 %), ou encore grâce à la possibilité d’obtenir une ordonnance à distance (16 %). Trois autres raisons du recours à la téléconsultation sont la possibilité de consulter un vétérinaire situé à une longue distance, une réduction du stress de l’éleveur ou des animaux, et un avantage financier (figure 4). Effectivement, dans 95 % des cas, la téléconsultation était gratuite et dans seulement 1 % des cas, elle a été facturée plus cher qu’une consultation classique en présentiel. Mais si 22 % des éleveurs déclarent avoir eu recours à la téléconsultation pour obtenir une consultation avec un vétérinaire éloigné, la plupart des téléconsultations ont été effectuées par le praticien habituel (68 % des éleveurs) ou par un confrère exerçant dans la même clinique (31 % des éleveurs). Elles n’ont été assurées par un praticien d’une autre structure locale que pour 5 % des éleveurs et par un vétérinaire expert d’une autre région pour 6 % seulement.

Motifs de la consultation

Les demandes de téléconsultation correspondaient essentiellement à des suivis d’animaux déjà vus, soignés ou opérés précédemment, donc à des motifs de médecine individuelle. Le recours à la téléconsultation pour une première consultation ou pour une problématique de troupeau est finalement resté minoritaire (figure 5). Il est intéressant de constater que les éleveurs ayant eu recours à la téléconsultation disent avoir très largement confiance dans le diagnostic à distance, autant que dans celui établi en présentiel (pour 83 % d’entre eux), et seul un éleveur (1 %) a déclaré ne pas avoir du tout confiance dans le diagnostic ainsi établi. Au total, 99 % des éleveurs ayant déjà utilisé la télémédecine vétérinaire ont déclaré être plutôt ou tout à fait satisfaits de leur expérience (47 % totalement satisfaits).

5. Retours des éleveurs n’ayant pas utilisé la téléconsultation

Éleveurs non réticents au recours à la téléconsultation

Les motivations et les usages prévus par les éleveurs qui n’ont pas encore utilisé ce service, mais ayant l’intention de le faire, sont identiques à ceux exprimés par les éleveurs ayant déjà eu recours à la téléconsultation. Leur taux de confiance a priori dans le diagnostic établi est plutôt élevé : 40 % auraient autant confiance dans un diagnostic à distance qu’en un diagnostic établi en présentiel, mais 58 % auraient moins confiance.

Éleveurs réticents

Les éleveurs qui n’ont pas utilisé un service de téléconsultation et n’ont pas l’intention de le faire expriment des réticences quant à la qualité du diagnostic et des soins en premier lieu, et aux difficultés techniques de la téléconsultation par elle-même en second lieu (figure 6). Le manque de confiance dans les diagnostics établis à distance est majeur : 32 % des éleveurs n’ayant pas l’intention de recourir à la télémédecine déclarent ne pas avoir du tout confiance dans un diagnostic ainsi établi et seulement 5 % auraient autant confiance.

DISCUSSION

En médecine des animaux d’élevage, la télémédecine sous certaines formes (échanges de photos, SMS, appels pour conseils) est déjà pratiquée par les vétérinaires avec leurs éleveurs, le plus souvent sans aucune facturation. Le développement de l’accès à Internet, des professionnels comme de la population générale, et la large démocratisation des smartphones ont ouvert de nouvelles possibilités techniques de communication. La crise liée à la Covid-19 est venue renforcer la recherche de solutions distancielles. Mais la technologie a précédé, comme souvent, la réglementation : en droite ligne de l’expérimentation encadrée par le décret de mai 2020, la profession vétérinaire pourrait maintenant bénéficier d’un cadre réglementaire pour développer les actes de télémédecine.

1. Réticence des vétérinaires versus demande des clients

Dans une enquête menée par la Federation of Veterinarians of Europe (FVE) en 2018 auprès des vétérinaires de 30 pays européens (1 323 répondants pour la France), à la question « la télémédecine va-t-elle faciliter la fourniture et l’accès aux services d’un vétérinaire » (note entre 0 et 10, 10 correspondant à « extrêmement confiant »), la médiane des notes des 30 pays est de 5. La France est le 12e pays le moins confiant (note de 4,8), avec pour extrêmes la Suède (6,6) et l’Estonie (4,1) [8]. L’enquête réalisée en France par l’Ordre des vétérinaires montre clairement la réticence de la profession à proposer des services de télémédecine, qui est contradictoire avec d’une part le retour d’expérience des vétérinaires qui avaient testé le service (62 % avaient déclaré vouloir continuer à la proposer à leurs clients) et d’autre part avec la demande de la clientèle, comme le montre cette enquête [5]. Une autre enquête de janvier 2021 révèle que 52 % des propriétaires de chiens et de chats auraient recours à la télémédecine si leur vétérinaire proposait ce service (Vet In Tech, données non publiées). Notons cependant que l’enquête présentée ici a été menée auprès d’éleveurs abonnés à une revue agricole, avec sans doute une appétence pour la nouveauté supérieure à la moyenne et, de façon certaine, gérant des troupeaux de taille supérieure à la moyenne française.

Outre le côté conservateur de notre profession, le contexte de la Covid-19 au moment de la parution du décret (et qui a en été le déclencheur) n’était sans doute pas favorable à la mise en place de la télémédecine pour beaucoup de cabinets, les vétérinaires ayant dû faire face à une augmentation de leur activité à cette période avec des équipes réduites. Le retour à une situation sanitaire normale, les premiers essais réalisés lors de cette période d’expérimentation, ainsi que la prise de conscience de l’appétence de leur clientèle pour ce type de services devraient contribuer à convaincre les vétérinaires de proposer une solution de télémédecine. En outre, cette enquête ainsi que celle menée par l’Ordre montrent que la télémédecine est très généralement réalisée sans solution numérique spécifique (donc sans investissement technique ou financier), et plus particulièrement en médecine bovine où aucune application dédiée n’est encore développée en France. Néanmoins, rappelons que la téléconsultation ne peut reposer uniquement sur de l’écrit et nécessite une vidéo, avec sons et images en temps réel pour des échanges synchrones.

2. Dans le cadre du contrat de soins

La FVE « recommande d’autoriser l’usage de la télémédecine dans le contexte de la relation entre le vétérinaire, son patient et son client » [9]. Les recommandations d’organisations professionnelles (telles que l’Académie vétérinaire de France, la Canadian Veterinary Medical Association au Canada ou l’American Veterinary Medical Association aux États-Unis) ou les obligations légales (y compris dans le décret de 2020) prévoient dans tous les cas que la télémédecine doit être réalisée dans le cadre d’une relation vétérinaire-animal-client déjà établie [4, 7]. Ainsi, un contrat de soins doit exister (animal vu au moins une fois par le même vétérinaire ou un vétérinaire du même domicile professionnel d’exercice depuis moins de douze mois, visite du troupeau depuis moins de six mois) et la permanence et la continuité des soins sont obligatoires.

Une prochaine évolution du décret pourrait autoriser la téléconsultation référée, mais là encore, la consultation du spécialiste se ferait sur prescription du vétérinaire traitant [6].

4. Un outil supplémentaire

La télémédecine devrait être considérée comme un outil supplémentaire, qui vient compléter les actes de médecine vétérinaire réalisés classiquement en présentiel. Elle ne peut pas être un substitut à long terme ou permanent à la médecine vétérinaire exercée au sein de l’élevage. Toutefois, elle permet d’accroître la capacité du vétérinaire à prodiguer des soins aux animaux. Globalement, en facilitant l’accès du client à son vétérinaire et en améliorant l’échange de données et d’informations, cette solution devrait permettre une amélioration de la qualité des soins, sous réserve d’être correctement mise en œuvre. En plus d’un encadrement réglementaire adapté, la rédaction d’un guide de bonnes pratiques, comme dans d’autres pays ou en France comme celui publié par la Haute autorité de santé pour encadrer la télémédecine humaine, devrait permettre un usage à bon escient [10]. N’étant qu’un outil complémentaire destiné à faire partie de l’attirail classique d’un vétérinaire, il n’est sans doute pas nécessaire d’imposer une inscription particulière à l’Ordre pour pouvoir proposer ce service, comme le suggère l’Ordre lui-même [6]. Cette simplification administrative serait sans doute de nature à achever de convaincre certains praticiens.

Références

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré 1 : LES CINQ PILIERS DE LA TÉLÉMÉDECINE VÉTÉRINAIRE

La télémédecine vétérinaire est une forme de pratique médicale à distance qui utilise les technologies de l’information et de la communication. Elle met en rapport un ou plusieurs acteurs, entre eux ou avec l’animal ou le troupeau, parmi lesquels figure nécessairement un vétérinaire.

• La téléconsultation vétérinaire a pour objet de permettre à un praticien de réaliser une consultation à distance pour un animal ou plusieurs animaux.

• La téléexpertise vétérinaire a pour objet de permettre à un praticien de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs confrères en raison de leur formation ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge de l’animal ou des animaux.

• La télésurveillance médicale vétérinaire a pour objet de permettre à un praticien d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un animal ou au suivi sanitaire d’une population et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ces derniers.

• La téléassistance médicale vétérinaire a pour objet de permettre à un praticien d’assister à distance un confrère au cours de la réalisation d’un acte.

• La régulation médicale vétérinaire consiste en des actes vétérinaires dont l’objet est de fournir au demandeur, en situation présumée d’urgence, la réponse la mieux adaptée à l’animal. Elle doit être différenciée de la téléconsultation, car elle se décline en plusieurs prestations vétérinaires, dont la gestion des urgences et certains aspects du téléconseil vétérinaire personnalisé.

D’après [1, 13].

Encadré 2 : RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE MENÉE PAR L’ORDRE EN 2021 AUPRÈS DES 19 530 PRATICIENS

Parmi les 905 vétérinaires qui ont répondu à l’enquête (soit un taux de réponse de 4,6 %, tous secteurs d’exercice confondus), seuls 15 % avaient mis en place une solution de télémédecine dans le cadre de l’autorisation provisoire du décret. Ceux qui ne proposaient pas ce service considéraient qu’ils n’en avaient pas besoin (39 %) et/ou étaient contre (36 %) et/ou avaient peur des dérives (36 %) tandis que 29 % invoquaient un manque de temps et de disponibilité ; rappelons que la phase d’expérimentation a eu lieu durant la pandémie de Covid-19. Au total, 43 % des répondants souhaitaient que la télémédecine vétérinaire ne soit finalement pas autorisée et 8 % estimaient que leurs clients n’étaient pas intéressés par cette pratique [5].

Points clés

• 63 % des éleveurs bovins expriment le souhait de partager davantage de données de santé avec leur vétérinaire, pour améliorer la prévention et le suivi.

• Si leur vétérinaire proposait ce service, 51 % des éleveurs bovins déclarent vouloir recourir à la télémédecine.

• 83 % des éleveurs ayant déjà eu recours à la téléconsultation déclarent avoir autant confiance dans le diagnostic à distance qu’en celui établi en présentiel.

• Il existe un contraste fort entre l’intérêt des éleveurs bovins et la réticence de la profession vétérinaire en matière de télémédecine.

Encadré 3 : PROFIL DES ÉLEVEURS DE L’ENQUÊTE ET DE LEURS ÉLEVAGES

Les éleveurs interrogés étaient majoritairement des hommes (71 %), âgés de 50 ans ou plus pour 51 % d’entre eux. Par comparaison, en 2021 en France, 76 % des exploitants d’élevages bovins étaient des hommes et 48 % des éleveurs avaient plus de 50 ans [2, 11]. La taille des élevages étudiés était en moyenne de 174 animaux (147 pour les élevages laitiers, 177 pour les élevages viande, 242 pour les élevages mixtes, figure 1). À l’époque en France, la taille moyenne d’un troupeau bovin était de 118 vaches avec 13 % des troupeaux au-delà de 100 (versus 68 % dans notre population) [3]. Le pourcentage de grands troupeaux (plus de 200 bovins) était de 24 % pour les élevages laitiers, 34 % pour les allaitants et 60 % pour les mixtes. Les troupeaux des éleveurs mixtes interrogés étaient constitués en moyenne de 71 % de vaches laitières et 29 % de vaches allaitantes.

Encadré 4 : DEGRÉ D’ÉQUIPEMENT NUMÉRIQUE DES ÉLEVEURS

La couverture réseau est qualifiée de bonne ou très bonne pour 68 % des élevages, et de très mauvaise pour 5 % d’entre eux. Les éleveurs laitiers interrogés utilisent plus fréquemment des applications sur leur smartphone que les éleveurs allaitants (56 % au moins une fois par semaine versus 42 %). Le taux d’équipement en systèmes connectés varie selon le type d’élevage (figure 2) : les élevages laitiers (purs ou mixtes) sont plus fréquemment équipés de systèmes pour la détection des chaleurs, du vêlage ou des maladies (29 % chez les éleveurs laitiers purs, 40 % pour les éleveurs mixtes, versus 17 % pour les éleveurs allaitants uniquement). Inversement, la présence d’une production allaitante s’accompagne d’un taux d’équipement en vidéosurveillance supérieur (30 % en bovins viande, 29 % en mixte versus 18 % en élevage laitier). Seuls 18 % des élevages laitiers sont équipés d’un robot de traite.

Encadré 5 : LA TÉLÉCONSULTATION VÉTÉRINAIRE EN PRATIQUE

Pour les 81 éleveurs interrogés ayant bénéficié de téléconsultations, elles ont pour la plupart été réalisées par téléphone (96 %) et seulement 4 % à l’aide d’une application généraliste de type Zoom, WhatsApp ou FaceTime, et 2 % avec une application vidéo spécialisée vétérinaire utilisant un lien. Quant à la durée, 93 % des éleveurs estiment qu’une consultation à distance doit durer au maximum 30 minutes pour un cas individuel, alors que pour une consultation de troupeau, 47 % souhaitent une durée maximale de 30 minutes tandis que 17 % sont prêts à y consacrer une heure ou plus. Sur le plan financier, seuls 26 % des éleveurs estiment que la téléconsultation doit être gratuite, et 68 % qu’elle devrait être facturée à un prix inférieur à celui d’une consultation classique. Rappelons que 20 % des éleveurs ayant eu recours à la téléconsultation et 57 % de ceux qui déclarent avoir l’intention d’utiliser ce service ont cité le coût réduit de la consultation parmi leurs motivations. Près de 60 % des éleveurs seraient intéressés par une offre de téléconsultation forfaitisée si elle était gratuite, et 18 % seulement pour une version payante. Sur les 147 intéressés par cette version payante, 40 % l’envisagent seule, 37 % préfèrent qu’elle soit incluse dans le forfait de suivi lorsque celui-ci est déjà en place et 23 % accepteraient qu’elle soit proposée en supplément à ce forfait de suivi. Les éleveurs sont prêts à débourser en moyenne 54 € par mois pour avoir accès à une solution de téléconsultation (figure 7). Rappelons que 95 % des téléconsultations réalisées au moment de l’enquête (juin 2021) l’avaient été gratuitement.

CONCLUSION

L’offre de télémédecine en exercice rural apparaît bien en deçà de la demande. L’évolution de la démographie, tant des vétérinaires que des éleveurs, devrait accroître l’appétence des clients pour ce type de service, mais également la volonté des vétérinaires de le développer. Un encadrement réglementaire clair permettrait d’encadrer des pratiques existantes tout en offrant au praticien la possibilité légale de prescrire et de délivrer les médicaments, mais aussi une protection en cas de litige, et peut-être davantage de facilité à facturer ce service. En permettant la régulation des cas (une visite est-elle nécessaire ?) et la délivrance de conseils pour des animaux ne nécessitant pas de déplacement, la télémédecine pourrait contribuer à alléger l’emploi du temps des vétérinaires. Elle faciliterait sans aucun doute l’accès aux soins dans les déserts vétérinaires. Dans tous les cas, il s’agit d’un outil supplémentaire, non obligatoire, mis à la disposition des vétérinaires et de leurs éleveurs.

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