SOINS AUX CAVIOMORPHES DANS LE CADRE D’UNE HOSPITALISATION - Le Point Vétérinaire n° 440 du 01/04/2023
Le Point Vétérinaire n° 440 du 01/04/2023

HOSPITALISATION DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Audrey Palmero

Fonctions : (DE nouveaux animaux de compagnie)
Clinique Anidoc’
7 allée de la Dame Blanche
76550 Hautot-sur-Mer

Connaître la façon de réaliser les soins chez les caviomorphes durant leur hospitalisation (contention, protocole à suivre, injections, etc.) permet d’agir efficacement et de limiter leur stress.

Hospitaliser les caviomorphes (cochon d’Inde, chinchilla et octodon) dans de bonnes conditions passe par le respect des conditions environnementales, qui dépendent de leurs particularités comportementales(1). Ces dernières déterminent également la façon dont les soins doivent se dérouler lorsqu’une hospitalisation se révèle indispensable. En effet, étant donné le stress généré chez l’animal hospitalisé, s’il ne nécessite pas de soins intensifs et si son traitement est uniquement à administrer par voie orale, il est parfois préférable d’écourter l’hospitalisation et de continuer les soins au domicile du propriétaire. La balance coût-bénéfice d’une hospitalisation doit toujours être raisonnée pour ces espèces.

1. COCHON D’INDE

Le cochon d’Inde est abordé et manipulé en douceur, et les soins sont effectués dans le calme [2, 3, 4, 12, 13, 14, 17]. Si plusieurs cobayes sont hospitalisés dans la même pièce, il est primordial de commencer par celui dont l’état est préoccupant pour le soulager médicalement au plus vite. Avant de le manipuler, il est important de l’observer, d’évaluer la prise alimentaire, le transit, la diurèse, et de détecter d’éventuels signes de douleur. Le matériel pour les soins et les médicaments sont préparés au préalable et disposés sur la table d’examen. Tout doit être prêt pour éviter des manipulations répétées et limiter le stress 2, 3, 4, 12, 13, 14-17]. Il est important de réduire au minimum les examens diagnostiques et les manipulations des cochons d’Inde très affaiblis, tout en assurant les soins de soutien nécessaires [2, 3, 4, 12, 14-17].

Pour bien porter le cochon d’Inde, son arrière-train doit reposer dans une main tandis que l’autre est placée sous les membres antérieurs (photo 1). Avant la réalisation des soins, il est préférable de prendre la température de l’animal, un paramètre important qui marque le début d’une décompensation clinique, et de le peser, le poids étant le reflet de la prise alimentaire. Ensuite, l’animal est placé sur une serviette propre ou une alèse pour être soigné (photo 2). Des cobayes habituellement passifs peuvent mordre lorsqu’ils ont peur, ou couiner et se débattre pour s’échapper [2, 3, 4, 17]. Ils ont aussi tendance à paniquer et, en cas de stress important assimilable à de la terreur, ils restent figés, la tête légèrement relevée et les yeux exorbités, ou se plaquent contre un objet pour se sentir plus en sécurité avec les pattes rétractées [2, 3, 4]. Ils adoptent une immobilité tonique lorsqu’ils sont confrontés à un prédateur (le vétérinaire) : la peur innée, celle des proies en milieu naturel, engendre un état temporaire d’inhibition motrice profonde mais réversible [2, 3, 4]. Il est préférable de commencer par les traitements injectables (avec l’aide d’un assistant) et analgésiques.

Durant les soins, le cochon d’Inde apprécie que le vétérinaire le caresse et lui parle doucement. Il est d’ailleurs intéressant de reproduire ces interactions positives à d’autres moments, indépendamment des soins [1]. Il est utile de le rassurer. Les traitements par voie orale peuvent être administrés à l’animal préalablement enveloppé dans une serviette, selon son degré de nervosité. Le fait d’être immobilisé peut provoquer un stress, mais cette méthode est plus sécurisante sur les animaux très nerveux.

2. CHINCHILLA ET OCTODON

La contention et les soins aux chinchillas et octodons sont effectués de la même façon que pour le cochon d’Inde. Néanmoins, une attention particulière doit être portée au pelage du chinchilla [6-9, 11]. En effet, s’il est attrapé par sa fourrure, il pratique le fur slip : les poils restent dans les mains du manipulateur [6-9, 11]. Il s’agit d’une méthode de défense pour échapper aux prédateurs. Il est donc très important de le maintenir avec délicatesse, une main sous les pattes avant, autour du thorax, et une main sous l’arrière-train en maintenant la queue à sa base tout en soutenant le corps [8, 10, 17]. Ces animaux sont rapides et peuvent essayer de sauter des mains, ils doivent donc être correctement maintenus. Lorsque le praticien cherche à attraper un chinchilla dans son territoire, l’animal peut, s’il est assez vigoureux, se dresser sur ses membres postérieurs en poussant de petits cris pour l’effrayer et vouloir le mordre [6-9]. Si les chinchillas en bonne santé se déplacent très rapidement, ceux qui sont malades sont moins actifs et émettent moins de cris [6-10]. L’octodon est, quant à lui, plus mordeur et peut être plus difficile à saisir, car plus rapide.

L’emploi d’une serviette pour immobiliser plus facilement son corps en tenant la tête entre le pouce et l’index sécurise sa contention. Concernant les injections, comme ils peuvent bouger rapidement et tenter de s’échapper, il est préférable d’être deux pour les réaliser : une personne maintient l’animal sur la serviette posée sur la table de soins et l’autre effectue l’injection avec douceur, car la peau de ces animaux est très fine. Les traitements per os nécessitent d’envelopper l’animal dans une serviette pour l’empêcher de s’échapper et de sauter de la table [5].

3. PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR

Quelle que soit l’espèce, il est important de reconnaître rapidement les signes de douleur, car elle peut engendrer des modifications physiologiques secondaires (baisse de la circulation périphérique ou de la température corporelle, stase digestive, choc, etc.) potentiellement mortelles (photo 3). Le traitement de la douleur est devenu une priorité en médecine vétérinaire. Chez les caviomorphes qui succombent facilement au stress associé à la douleur, il est indispensable d’utiliser une analgésie adaptée à chaque cas. Par ailleurs, ils récupèrent plus rapidement des traumatismes et des interventions chirurgicales si la douleur est traitée : ils ont tendance à se réalimenter plus rapidement et à être moins sujets à la stase digestive, potentiellement fatale.

Actuellement, il n’existe aucune grille d’évaluation de la douleur validée pour le cochon d’Inde, le chinchilla et l’octodon. L’utilisation d’échelles de grimaces a gagné en popularité, mais elles n’ont pas encore été évaluées de manière adéquate chez les caviomorphes [15]. Les signes de douleur chez le cochon d’Inde peuvent entraîner des modifications comportementales subtiles ou évidentes, et sont plus faciles à reconnaître lorsque le praticien sait comment se comporte un cobaye qui ne souffre pas dans les mêmes circonstances (encadré). Néanmoins, la réponse à la douleur est variable d’un individu à l’autre [15]. Les chinchillas et les octodons qui souffrent ont tendance à se pelotonner dans un coin et à refuser de manger [6-10, 17]. Un bruxisme peut être observé et lorsqu’ils arrêtent de se toiletter, leur pelage prend vite un aspect négligé [6-10, 17]. Ils adoptent généralement une position avec le dos rond, les quatre membres ramenés sous le corps [6, 7, 8]. D’autres comportements sont plus variables, comme les vocalisations, les contractions abdominales et le déplacement du poids du corps [15]. Il est souvent difficile de repérer les signes de douleur chez ces animaux, car ils sont en général non spécifiques (prostration, yeux mi-clos, position en boule, absence de déplacement, grincement de dents, vibrisses et oreilles en arrière). Ces espèces cachent également leur inconfort en modifiant leur attitude, lors de douleurs légères, lorsqu’ils sont observés. L’utilisation de l’évaluation vidéo à distance permet d’obtenir des informations plus fiables sur les comportements douloureux [15]. Cependant, quand la douleur devient sévère, ils ne peuvent plus la masquer et leur comportement change.

  • (1) Voir l’article « Conditions d’hospitalisation des caviomorphes » dans ce dossier.

Références

  • 1. Bament W, Goodman G. General nursing care and hospital management. In: BSAVA Manual of Rabbit Medicine. British Small Animal Veterinary Association. 2014:108-115.
  • 2. Boussarie D, Rival F. Comportements. Médecine et chirurgie du cochon d’Inde. Vetnac. 2017:107-118.
  • 3. Boussarie D, Rival F. Hospitalisation et techniques de soins. Médecine et chirurgie du cochon d’Inde. Vetnac. 2017:376.
  • 4. Bradley TA. Normal behavior and the clinical implications of abnormal behavior in guinea pigs. Vet. Clin. North Am. Exot. Anim. Pract. 2001;4 (3):681-696.
  • 5. Brandao J. Basic approach to veterinary care of rabbits, enteral feeding support. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier Saunders. 2020:158-159.
  • 6. Heffner RS, Heffner HE. Behavioral hearing range of the chinchilla. Hear. Res. 1991;52 (1):13-16.
  • 7. Hoefer HL, Crossley DA. Chinchillas. In: BSAVA Manual of Exotic Pets. British Small Animal Veterinary Association, 4th edition. 2001:65.
  • 8. Jekl V. Degus. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier Saunders. 2020:323.
  • 9. Johnson D. Miscellaneous small mammal behaviour. In: Exotic Pet Behaviour. Elsevier Saunders. 2006:263-279.
  • 10. Johnson-Delaney CA. Other small mammals. In: BSAVA Manual of Exotic Pets. British Small Animal Veterinary Association, 5th edition. 2010.
  • 11. Mans C, Donnelly TM. Chinchillas. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier Saunders. 2020:299-303.
  • 12. Pignon C, Mayer J. Guinea pigs. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier Saunders. 2020:271-275.
  • 13. Proença LM, Mayer J. Prescription diets for rabbits. Vet. Clin. North Am. Exot. Anim. Pract. 2014:17 (3):485-502.
  • 14. Quinton JF. Les caviomorphes (cobaye, chinchilla, octodon), gavage. Atlas des nouveaux animaux de compagnie : petits mammifères, 1re édition. Elsevier Masson. 2009:144.
  • 15. Sadar MJ, Mans C. Hystriocomorph rodent analgesia. Vet. Clin. North Am. Exot. Anim. Pract. 2023;26 (1):175-186.
  • 16. Susan S. Gastrointestinal physiology and nutrition of rabbits. In: Ferrets, Rabbits and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th edition. Elsevier Saunders. 2020:162-173.
  • 17. Tamura Y. Current approach to rodents as patients. J. Exot. Pet Med. 2010;19 (1):36-55.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré : SIGNES DE DOULEUR CHEZ LE COCHON D’INDE

Lors de l’hospitalisation d’un caviomorphe, le vétérinaire doit reconnaître les éventuels signes de douleur chez l’animal.

• Anorexie, adipsie.

• Baisse de la quantité ou de la taille des crottes, voire absence de crottes.

• Oreilles et membres froids au toucher.

• Refus ou résistance à la palpation de la zone affectée.

• Respiration rapide superficielle.

• Mordillement de la zone atteinte.

• Expression faciale crispée, yeux exorbités.

• Changement de posture de la position debout à la position couchée avec les membres pelviens repliés sous le corps, positionnés sur le côté ou étendus vers l’arrière.

• Yeux dans le vide, ternes ou paupières mi-closes, regard fixe.

• Tête tenue en extension.

• Couinements pendant la manipulation ou au toucher de la zone douloureuse.

• Agressivité chez un cobaye habituellement sociable.

• Immobilisme.

• Léthargie et absence de résistance aux examens et aux manipulations.

• Pâleur des muqueuses.

D’après [1, 15].

CONCLUSION

En soins intensifs, les caviomorphes ont besoin d’un environnement sécurisé et de soins rapides afin de limiter le stress généré par leur hospitalisation. Il est donc primordial de connaître la conduite à tenir pour administrer les traitements, assurer une bonne contention, ou encore effectuer les injections. Le praticien doit également être attentif aux signes de douleur. Des études sont encore nécessaires concernant l’évaluation de son intensité chez ces petits mammifères.

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