LYMPHOME PÉRICARDIQUE CHEZ UN CHAT DE 9 ANS - Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022
Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022

CARDIOLOGIE

Cardiologie

Auteur(s) : François Serres

Fonctions : (DESV médecine interne, option cardiologie)
Oncovet
Avenue Paul Langevin
59650 Villeneuve d’Ascq

L’examen échographique doit si possible compléter l’identification d’une cardiomégalie radiographique et/ou d’un épanchement pleural. Fréquemment, un épanchement péricardique peut être observé. Dans ce cas, son origine est le plus souvent cardiogénique, même si d’autres causes sont possibles.

Un chat européen castré, âgé de 9 ans, est présenté en consultation pour l’exploration d’une polypnée et d’un abattement apparus récemment. Un examen radiographique du thorax réalisé par le vétérinaire traitant a montré la présence d’un épanchement pleural peu abondant associé à une nette augmentation de taille de la silhouette cardiaque.

PRÉSENTATION DU CAS

1. Examens général et complémentaires

L’état général de l’animal est satisfaisant, mais une polypnée modérée est cependant observée. L’auscultation cardiaque et pulmonaire ne montre pas d’anomalies majeures, en dehors d’un léger assourdissement des bruits cardiaques. Un examen échographique thoracique est réalisé, qui confirme la présence d’un épanchement pleural minime. Il met également en évidence un épaississement péricardique, ainsi qu’un épanchement péricardique abondant associé à des signes de tamponnade intermittente (photo 1). La morphologie et la cinétique du cœur ne sont pas modifiées. Aucune masse médiastinale n’est identifiée.

Un examen échographique abdominal rapide est effectué et aucun épanchement péritonéal n’est visualisé. L’épanchement péricardique est ponctionné sous contrôle échographique. L’analyse cytologique du liquide prélevé montre qu’il est riche en cellules lymphocytaires de grande taille très atypiques, présentant une anisocytose et une anisocaryose majeures, avec de fréquentes images de mitoses. Ce résultat est très évocateur d’une infiltration cardiaque, ou plus probablement péricardique lymphomateuse (photo 2). L’examen permet ainsi d’identifier l’évolution d’un lymphome à grandes cellules et à haut grade de malignité, avec une localisation péricardique et potentiellement médiastinale. Le pronostic est réservé et dépend principalement de la réponse au traitement.

2. Traitement

Un traitement à base de polychimiothérapie est proposé, lequel doit idéalement être mis en place après la réalisation d’un bilan sanguin complet afin de préciser la gravité de l’affection et ses répercussions (analyse biochimique, numération formule sanguine, mesure de la calcémie ionisée et vérification du statut FIV/FeLV), ainsi que d’un bilan d’extension par imagerie (un scanner ou a minima une échographie abdominale complète). Cette prise en charge coûteuse est déclinée par le propriétaire, à qui il est donc proposé un traitement alternatif palliatif, avec l’administration d’un corticoïde (prednisolone à la dose de 1 mg/kg par jour per os). Cette seconde option est choisie par le propriétaire, bien que le pronostic soit le plus souvent défavorable (survie de quelques semaines ou mois).

DISCUSSION

L’identification d’un épanchement péricardique chez le chat, relativement fréquente, est décrite dans diverses études rétrospectives regroupant plusieurs centaines de cas [2, 3].

1. Insuffisance cardiaque congestive

Dans ces études, la principale cause d’épanchement péricardique est l’insuffisance cardiaque congestive (dans 40 à 75 % des cas), le plus souvent consécutive à l’évolution d’une cardiomyopathie hypertrophique. L’épanchement péricardique observé est régulièrement peu abondant et subclinique lorsqu’il est secondaire à une insuffisance cardiaque congestive, et la réalisation d’une péricardiocentèse est rarement nécessaire dans ce type de cas [3]. Le pronostic associé à un épanchement péricardique d’origine congestive est souvent défavorable, avec une médiane de survie rapportée de 41 jours [3].

2. Affections tumorales

Les affections tumorales sont responsables de 5,4 à 9,6 % des cas d’épanchement péricardique. Les lymphomes représentent la majorité de ces cas et des carcinomes, souvent métastatiques, sont également décrits [2, 3]. L’épanchement concomitant est généralement abondant et symptomatique (dyspnée ou ascite secondaire), comme chez le chat de notre cas. Sa ponction est à la fois diagnostique et thérapeutique à court terme. Les lymphomes péricardiques, couramment associés à un épanchement pleural comme dans le cas présenté, sont d’immunotype variable, B et T étant équivalents en fréquence dans la principale étude publiée [1]. Le pronostic est défavorable à court terme en l’absence de traitement, mais une rémission de plusieurs années a été observée à la suite d’un protocole de polychimiothérapie [1].

3. Autres causes

D’autres causes d’épanchement péricardique sont rapportées, mais elles restent minoritaires : il s’agit de péricardites infectieuses bactériennes, idiopathiques ou liées au développement d’une péritonite infectieuse féline, habituellement associées à un épanchement abondant et diagnostiquées grâce à l’analyse de l’épanchement. Les épanchements péricardiques chez le chat, le plus souvent consécutifs à une affection cardiaque primitive, sont dans ce cas peu abondants et sans signe de tamponnade secondaire. Lorsqu’un épanchement abondant est identifié et/ou qu’aucune affection cardiaque sous-jacente n’est constatée, la réalisation d’une ponction puis d’une analyse du liquide prélevé est fortement recommandée.

Références

  • 1. Amati M, Venco L, Roccabianca P et coll. Pericardial lymphoma in seven cats. J. Feline Med. Surg. 2014;16(6):507-512.
  • 2. Davidson BJ, Paling AC, Lahmers SL et coll. Disease association and clinical assessment of feline pericardial effusion. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2008;44(1):5-9.
  • 3. Hall DJ, Shofer F, Meier CK et coll. Pericardial effusion in cats: a retrospective study of clinical findings and outcome in 146 cats. J. Vet. Intern. Med. 2007;21(5):1002-1007.

Conflit d’intérêts : Aucun

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