LA REPRODUCTION DU COCHON D’INDE : BASES ANATOMIQUES, PHYSIOLOGIQUES ET COMPORTEMENTALES - Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022
Le Point Vétérinaire n° 436 du 01/12/2022

REPRODUCTION DES NAC

Dossier

Auteur(s) : Lucas Flenghi*, Céline Levrier**

Fonctions :
*Exotic Clinic
38 rue d’Arqueil
77176 Nandy

Comme pour tout animal de compagnie grégaire et prolifique, la gestion de la reproduction du cochon d’Inde est essentielle à une bonne cohabitation avec ses propriétaires, mais aussi à son bien-être. La connaissance des différents paramètres impliqués est la première étape de sa mise en œuvre.

Les cochons d’Inde sont des rongeurs caviomorphes (ou hystrichomorphes) originaires d’Amérique du Sud [15]. Dans les foyers français, cet animal est probablement devenu le deuxième petit mammifère de compagnie après le lapin. Ils sont couramment présentés en consultation et les demandes des propriétaires en lien avec la reproduction sont en augmentation. De plus, les maladies associées au système reproducteur constituent le troisième motif de consultation [9]. La bonne compréhension de la reproduction chez cette espèce (tableau) repose sur des connaissances relatives à l’anatomie, à la physiologie, au mode de vie, au comportement et aux maladies qui surviennent durant cette période.

1. PARTICULARITÉS ANATOMIQUES DE L’APPAREIL REPRODUCTEUR

L’appareil reproducteur mâle

Le pénis du cochon d’Inde, en forme de S, est en position ventrale par rapport à la symphyse pubienne et les glandes sébacées sont situées de part et d’autre (figure 1). La partie proximale du pénis est rattachée à l’arcade ischiatique par le muscle ischio-caverneux, tandis que sa partie distale est maintenue au repos dans un fourreau [16]. Il est doté d’un os pénien de 1 cm de long, situé dorsalement à l’urètre et visible à la radiographie. Le pénis est divisé en deux parties : le corps, à la base duquel sont rattachés les muscles bulbo-caverneux, et le gland, de même diamètre que le corps et qui possède, sur sa longueur, de petites écailles blanches en dents de scie (ou éperons) organisées en lignes parallèles et spécifiques des caviomorphes [3, 16]. De plus, il possède une poche sur sa face ventrale, appelée sac intromittent. Ce sac est une autre spécificité des caviomorphes. Lors de l’érection, ce sac s’éverse, projetant vers l’extérieur deux stylets cornés de 3 à 5 mm de long [3, 5]. Les éperons du pénis ainsi que ces stylets cornés participent à retenir le gland du pénis dans le vagin de la femelle et à stimuler l’ovulation chez cette dernière [16].

Les testicules, qui mesurent en moyenne 2,5 cm de long par 1,5 cm de large, descendent dans le scrotum, situé de part et d’autre du pénis, une à deux semaines après la naissance. Le scrotum du cochon d’Inde présente un repli contenant de nombreuses glandes, à l’origine de l’odeur spécifique du mâle.

Chez cette espèce dont le canal inguinal reste ouvert, le muscle crémaster est fonctionnel : les testicules peuvent donc migrer en position intra-abdominale [1, 5, 8, 9, 11, 14, 17]. La graisse épididymaire, qui recouvre la tête de l’épididyme, est très développée et s’étend de chaque côté dans la cavité abdominale. Elle jouerait un rôle dans la prévention des hernies inguinales et doit être laissée en place lors de la castration [16, 17]. Les glandes accessoires comprennent deux vésicules séminales, une prostate divisée en un lobe ventral et un lobe dorsal, deux glandes coagulantes et deux glandes bulbo-urétrales ou glandes de Cowper. Chez cette espèce, les vésicules séminales, très développées, prennent la forme de longs sacs blanchâtres à circonvolution qui s’étendent ventralement aux uretères et dorsalement à la vessie, sur une dizaine de centimètres, dans la cavité abdominale. Elles débouchent dans l’urètre, à côté des canaux déférents, et ne doivent pas être confondues avec l’utérus lors d’une laparotomie ou d’une autopsie (photo 1) [1, 5, 8, 9, 11, 14, 16, 17]. Le sperme est composé du liquide séminal qu’elles produisent à hauteur d’environ 50 %, et leurs sécrétions contribuent aussi à la formation du bouchon copulatoire qui peut être observé après l’accouplement [16].

Les spermatozoïdes s’agglomèrent en rouleaux dans l’épididyme avant l’éjaculation. Contrairement aux autres espèces chez lesquelles les rouleaux se dissocient dans les voies génitales mâles, chez le cochon d’Inde ils ne se dissocient qu’après l’accouplement, dans les voies génitales de la femelle [5]. Le cochon d’Inde mâle possède par ailleurs une unique paire de glandes mammaires inguinales à vascularisation indépendante [1, 5, 8, 9, 11, 14, 15].

L’appareil reproducteur femelle

Le cochon d’Inde femelle possède deux ovaires d’environ 6 mm de long sur 4 mm de large, situés caudo-latéralement aux reins, en profondeur dans la cavité abdominale (figure 2). L’utérus, bifide, est composé d’un corps court (12 mm de long environ) et de deux cornes utérines, avec un col unique qui s’abouche dans le vagin. Les oviductes entourent les ovaires dans leur partie dorsale avant de rejoindre les cornes utérines [1, 5, 8, 9, 11, 14, 17]. L’artère et la veine ovariques sont des branches des vaisseaux rénaux et elles se divisent en une branche utérine et une branche ovarique unique, qui courent médialement à l’ovaire et à la corne utérine [17]. Contrairement à la lapine qui possède un seul orifice uro-génital (l’urètre s’abouchant dans le vagin chez cette espèce), le cochon d’Inde femelle possède, comme tous les caviomorphes, un orifice urinaire et un orifice génital bien distincts. En effet, l’urètre s’abouche en dehors du vagin, au niveau de la papille urinaire localisée cranialement à l’orifice vaginal. Comme chez le cochon d’Inde mâle, il existe chez la femelle une paire de glandes mammaires inguinales dont la vascularisation est indépendante [1, 5, 8, 9, 11, 14, 17].

La durée du cycle œstral de la femelle cochon d’Inde varie de quinze à dix-sept jours (quatorze à dix-neuf jours selon certains auteurs). Il est long en comparaison de celui des rongeurs myomorphes [2, 14]. Le proœstrus se caractérise par un gonflement vulvaire ainsi qu’une rupture de la membrane vaginale. L’ouverture de la membrane vaginale précède l’œstrus et dure deux à trois jours chez les femelles matures et jusqu’à onze chez les jeunes femelles pubères [2]. Elle s’ouvre également lors de la mise bas et, chez de nombreux individus, au 26e jour de gestation [5]. L’œstrus, qui dure huit à onze heures, a souvent lieu durant la nuit et se caractérise par un gonflement du vagin associé à une congestion et à une sécrétion de mucus [5]. L’ovulation est spontanée et a lieu tardivement lors de l’œstrus (autour de dix heures). En moyenne, entre trois et quatre follicules atteignent la maturité et ovulent pour les deux ovaires. La progestérone plasmatique augmente rapidement après l’ovulation et l’embryon s’implante dans l’utérus au bout de six jours [5].

Le sexage

Le sexage des jeunes cochons d’Inde est une demande fréquente de la part des propriétaires. Il est aisé et s’effectue dès le plus jeune âge. Contrairement à ce qui est observé chez de nombreux rongeurs, l’évaluation de la distance anogénitale n’est pas une méthode fiable de sexage.

Les mâles présentent un orifice préputial rond et le pénis peut être extériorisé par une pression douce sur le prépuce (photo 2). Contrairement aux animaux entiers adultes, chez lesquels les testicules sont bien palpables, il peut être difficile de sexer les jeunes en s’appuyant sur l’observation des testicules. Chez les femelles, la région anogénitale prend la forme d’un Y, dont les branches sont formées par l’ouverture vaginale (photo 3).

2. LA PUBERTÉ

Chez la femelle

La puberté survient en moyenne entre la 6e et la 8e semaine d’âge [2, 4, 8, 9, 10, 11, 14]. Mais le poids corporel de la femelle semble être un paramètre plus fiable, ce qui est confirmé par l’expérience des éleveurs : les femelles sont pubères lorsqu’elles atteignent le poids moyen de 200 g, ce qui ne veut pas dire qu’il est souhaitable de les faire reproduire à ce moment-là [2]. Chez cette espèce polyœstrienne à ovulation spontanée, les femelles sont capables de se reproduire tout au long de l’année. Le pic de la période de reproduction se situe entre 3 ou 4 mois et 20 mois d’âge. Les femelles entrent en œstrus pendant environ huit heures tous les quinze à dix-sept jours et produisent jusqu’à quatre portées par an. Les cochons d’Inde de compagnie peuvent se reproduire jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans [4, 8, 9, 10, 11, 14].

Chez le mâle

Le mâle montre une activité sexuelle précoce. Même s’il n’est pas encore fertile, il peut manifester un comportement sexuel d’excitation dès l’âge de 15 jours, lié au développement de ses hormones : dandinement du postérieur, roucoulements, et tentatives de copulation. Mais il ne parvient à la maturité sexuelle que plus tard et les accouplements ne sont généralement pas fertiles avant l’âge de 8 à 10 semaines [2].

Contrairement aux femelles, le début de la puberté chez les mâles est lié à la photopériode. Ainsi, les cochons d’Inde mâles élevés avec une photopériode longue (dix-huit heures de lumière, six heures d’obscurité) atteignent un poids pubertaire et des hauts niveaux de testostérone plasmatique plus tôt que ceux élevés avec une photopériode courte (six heures de lumière, dix-huit heures d’obscurité) [10]. Certains auteurs ont tendance à considérer aujourd’hui que la puberté est avant tout liée au développement pondéral du corps, comme chez la femelle, et le seuil est fixé à environ 400 g [2].

3. LE COMPORTEMENT DE REPRODUCTION

La femelle

Le comportement seul permet d’identifier les trois stades distincts du cycle : proœstrus, œstrus et diœstrus.

Lorsqu’une femelle entre en proœstrus, jusqu’à deux jours avant l’œstrus, elle devient plus active et commence à adopter de nombreux comportements associés au comportement sexuel des mâles, y compris la “rumba” où elle balance son arrière-train et émet un son guttural distinct. Elle peut également chevaucher ses congénères et diriger ces comportements sans distinction vers n’importe lequel d’entre eux. Durant cette période, elle montrera une agressivité défensive envers tout mâle qui lui fera la cour [4, 10].

Le début de l’œstrus peut être marqué par un pic soudain du comportement de chevauchement envers ses congénères, suivi d’une quiescence caractérisée par l’absence totale d’agression défensive. À ce stade, une femelle en œstrus adoptera volontiers une position de lordose en réponse à toute stimulation tactile de son dos ou de son arrière-train. Ce réflexe copulatoire consiste à cambrer et à redresser le dos, avec une élévation de la croupe et une dilatation de la vulve. Au fur et à mesure que l’œstrus progresse, il devient de plus en plus difficile de déclencher la lordose. La femelle ne cède aux avances du mâle que durant ce stade où elle est également plus encline à explorer, vocaliser, rechercher des congénères et à marquer son territoire par ses urines qu’avant ou après l’œstrus. L’œstrus est immédiatement interrompu par le coït via l’exposition vaginale aux hormones contenues dans l’éjaculat du mâle [2, 4, 11, 14]. Avec le début du diœstrus, la femelle reprend immédiatement son agressivité défensive envers les mâles qui la courtisent [4, 10].

L’étude cytologique des sécrétions vaginales permet aussi de distinguer les différents stades du cycle. Lors du proœstrus, il est possible d’observer des cellules épithéliales, des cellules kératinisées et des leucocytes. Au début de l’œstrus, les leucocytes diminuent et des cellules kératinisées apparaissent, aux contours légèrement colorés. Finalement, les leucocytes réapparaissent à la fin de l’œstrus [2].

Le mâle

Le schéma du comportement sexuel du cochon d’Inde mâle commence généralement par une inspection au cours de laquelle il renifle, lèche et se frotte contre la région périnéale de la femelle. Il suit ensuite la femelle, son nez touchant sa croupe, puis effectue une “rumba” en s’approchant lentement, la tête baissée, en balançant sa croupe d’un côté à l’autre tout en émettant des vocalises. Les mâles peuvent également pratiquer le rumping, c’est-à-dire tenter de lever une ou deux pattes arrière sur la croupe ou le dos de la femelle. Souvent, le mâle urine pendant ce comportement. Enfin, si la femelle est en lordose, le mâle la monte, la serre avec ses membres antérieurs et effectue des poussées pelviennes rapides pour parvenir à l’intromission et finalement à l’éjaculation (photo 4). La copulation chez les cochons d’Inde peut être confirmée par la découverte du bouchon vaginal (copulatoire), une masse solide d’éjaculat coagulé bordée par une couche externe de cellules épithéliales qui proviennent de la paroi vaginale. Le bouchon tombe du vagin plusieurs heures après l’accouplement. Il est généralement dur et de consistance caoutchouteuse ou cireuse et est le produit des sécrétions des vésicules séminales et des glandes coagulantes du mâle. Dans la plupart des cas, les mâles sont assouvis après une seule éjaculation, mais cet état peut facilement être inversé en présentant le mâle à une nouvelle femelle [2, 4, 10].

4. LA GESTATION

Elle dure en moyenne 68 jours (entre 59 et 72 jours). Durant cette période, la femelle gestante s’arrondit progressivement, et ses tétines vont s’allonger, surtout après un mois de gestation. Elle prend beaucoup de poids et son abdomen devient extrêmement volumineux au cours des derniers jours (photo 5) [1, 4, 8, 9, 10, 11, 14]. L’imminence de la parturition est signalée par l’écartement de la symphyse pubienne. Un espace de 15 mm est palpable environ deux jours avant et augmente en largeur (jusqu’à 25 mm ou plus) au moment de la mise bas [14].

L’alopécie de gestation est rapportée chez le cochon d’Inde et peut résulter d’une hypovitaminose C ou d’un déséquilibre hormonal [6]. La pseudo-gestation est rare et entraîne des lactations durant quinze à dix-sept jours [6]. Un avortement peut être observé en cas de dystocie, mais aussi lorsque l’environnement est inadapté (stress, carences nutritionnelles, mauvaise hygiène de la cage, etc.) [9]. Les bactéries Salmonella spp, Bordetella bronchiseptica et Streptococcus zooepidemicus peuvent également provoquer un avortement via une infection fœto-placentaire [6, 9]. La résorption fœtale (désintégration et assimilation du fœtus mort dans l’utérus) existe chez le cochon d’Inde et peut résulter d’une mauvaise nutrition ou d’une sévère infestation parasitaire (acariose) [6].

5. LA PARTURITION

La mise bas est généralement rapide, avec seulement quelques minutes entre chaque nouveau-né (photos 6a à 6c et vidéo en ligne). Elle n’est pas précédée de la construction d’un nid, contrairement à la plupart des rongeurs. Le processus ne doit pas durer plus de quinze à quarante minutes. La parturition est suivie d’un œstrus post-partum fertile de trois heures et demie à quinze heures après la fin de celle-ci. Il est donc conseillé de séparer le mâle lorsque la mise bas approche afin d’éviter une gestation non désirée, mais aussi d’affaiblir la femelle qui de surcroît doit allaiter ses petits. La taille moyenne des portées varie selon la race du cochon d’Inde et la gestion de la reproduction, mais elle est généralement de deux à quatre avec une fourchette d’un à treize petits. Le poids à la naissance est variable (de 45 à 150 g) et inversement proportionnel à la taille de la portée. Les jeunes doivent peser au minimum 50 g pour être viables et ceux qui atteignent 100 à 120 g affichent un meilleur taux de croissance et de survie [1, 2, 4, 8, 9, 10, 11, 14].

Les dystocies sont plus fréquemment rencontrées chez le cochon d’Inde que chez les autres rongeurs ou le lapin. Les causes sont multiples et principalement liées à la taille trop importante des petits, à l’étroitesse du canal pelvien de la femelle ou à l’écartement inadéquat de la symphyse pubienne lors de la parturition [1, 6, 9, 11, 12, 13, 18]. Cette séparation peut être insuffisante chez les femelles qui se sont accouplées pour la première fois après l’âge de 7 ou 8 mois, et une dystocie peut en résulter [15]. Cependant, même si la plupart des publications indiquent que pour le premier accouplement, la femelle doit être âgée de 4 à 8 mois au maximum, car au-delà de cet âge l’accouplement serait à risque en raison de la soudure du bassin qui ne permet plus le passage des nouveau-nés, une étude réalisée dans le cadre d’une thèse vétérinaire invalide cette information, pourtant largement diffusée depuis longtemps [7]. Pour réaliser cette étude, l’évolution du tissu fibro-cartilagineux de la symphyse pubienne a été suivie par tomodensitométrie, chez des femelles primipares ou non reproductrices au cours de la première année de vie. D’après les conclusions, la symphyse ne s’ossifie pas avec le temps chez les femelles, même en l’absence de gestation précoce. Elle reste fibro-cartilagineuse et permet donc une première mise bas à l’âge adulte. Il existe cependant une différence significative au niveau de l’écartement de la symphyse entre les femelles reproductrices et non reproductrices, mais aussi avant et après la première mise bas. Cela prouve donc que la symphyse pubienne ne retrouve pas sa position anatomique initiale après la parturition [7]. Le cartilage de la symphyse est progressivement lysé pendant la gestation sous l’influence de la relaxine, une hormone polypeptidique sécrétée par l’endomètre durant cette période [2].

D’autres causes de dystocie sont rapportées, telles qu’une torsion de l’utérus, une infection utérine, l’obésité, des carences nutritionnelles, une toxémie de gestation, etc. En cas de dépassement du terme, d’abattement, de contractions improductives, de saignements, de parésie ou paralysie du train arrière (à cause de la pression exercée par l’utérus gravide), une consultation en urgence est requise afin de déclencher la mise bas par un traitement médical ou de prendre une décision chirurgicale (césarienne ou ovariohystérectomie) [1, 6, 7, 11, 12, 13, 18].

6. LA NÉONATALOGIE

Les nouveau-nés sont nidifuges, extrêmement précoces et présentent à la naissance un pelage complet et des yeux ouverts ; c’est déjà le cas quinze jours avant la mise bas (photos 7 et 8, vidéo en ligne). Ils possèdent leur dentition définitive et sont capables de se déplacer en quelques heures. Bien qu’ils puissent consommer de la nourriture solide dans les heures qui suivent la naissance, le sevrage intervient habituellement lorsque les petits ont 21 jours. Idéalement, les jeunes doivent recevoir du lait maternel pendant au moins quinze jours. Ils ne survivent généralement pas s’ils ne sont pas allaités pendant les trois ou quatre premiers jours de vie [4, 8, 9, 10, 14].

Le comportement maternel des femelles est peu développé. Elles permettent aux petits de téter sans pour autant aller les chercher pour les inciter à se nourrir. Elles allaitent plus souvent le jour que la nuit (photo 9). La relation entre la mère et ses petits est favorisée par les vocalises, les odeurs corporelles et d’urine. Comme la miction volontaire ne se produit pas avant la deuxième semaine de vie, la femelle doit lécher la région anogénitale du petit pour stimuler la miction et la défécation [4, 10, 14]. Il est parfois nécessaire de remplacer la mère si elle rejette ses petits, notamment en cas de stress ou lorsqu’elle n’a pas assez de lait, par exemple pour une portée trop importante. De leur côté, les orphelins doivent être confiés à une femelle en lactation si cela est possible. Lors des deux premières semaines, il faut reproduire le comportement naturel de la mère en frottant la zone anogénitale des petits avec une compresse humide afin de déclencher la miction et la défécation. S’il n’y a pas de mère de substitution appropriée, les petits peuvent être nourris à l’aide d’une seringue ou d’un biberon dès douze à vingt-quatre heures après la naissance (photo 10 et vidéo en ligne). Le lait doit être à 38 °C, ce qui correspond à la température de la mère. Les volumes administrés sont généralement de 1 ou 2 ml toutes les deux ou trois heures jusqu’à l’âge de 5 jours. Les volumes et l’intervalle entre les repas augmentent avec le temps. La composition doit se rapprocher du lait spécifique de la mère, qui contient 4 % de matières grasses, 8 % de protéines et 3 % de lactose. Il est possible d’utiliser du lait pour chaton, en respectant les indications précises données par le fabricant pour obtenir la bonne dilution, ou encore du lait concentré mélangé à une quantité égale d’eau. Une supplémentation en vitamine C est de rigueur à raison de 6 mg pour 100 g de poids et par jour. Les probiotiques ne sont pas systématiquement conseillés, mais peuvent être utiles chez des jeunes de petit gabarit (50 à 80 g) pour stimuler la croissance. Les nouveau-nés commencent à grignoter de la nourriture solide dès l’âge de 2 jours. Des granulés pour cochons d’Inde humidifiés avec de l’eau ou du lait maternisé peuvent être proposés à ce moment-là [2, 4, 14].

7. LES MALADIES DE LA PÉRIODE POST-PARTUM

Les maladies de la femelle

La toxémie de gestation est une maladie fréquemment observée chez les femelles gestantes, de deux semaines avant la mise bas à deux semaines après. Elle peut être causée par un bilan énergétique négatif qui résulte de la forte demande des fœtus en développement. Les facteurs prédisposants sont l’obésité, le manque d’exercice, une charge fœtale importante, un changement de régime et/ou d’environnement, un stress thermique et la primiparité. Cette maladie métabolique peut également se développer lorsque l’utérus gravide comprime son propre apport vasculaire, ou celui des reins ou du tube digestif, ce qui entraîne une ischémie tissulaire, une hypertension et, dans certains cas, une coagulation intravasculaire disséminée. Les signes cliniques sont alors une anorexie, une léthargie, une incoordination motrice, une dyspnée pouvant évoluer vers des spasmes musculaires, une paralysie, potentiellement fatals. Une prise en charge doit avoir lieu en urgence, mais la prévention reste essentielle, car le traitement de la toxémie de gestation échoue le plus souvent [1, 6, 9, 11, 12, 13, 14]. La phytothérapie peut donner des résultats intéressants lors de formes débutantes, avant le développement d’une acido-cétose irréversible (desmodium, chardon-marie, piloselle, pissenlit, orthosiphon en extraits fluides de plantes fraîches standardisés) [2].

Un ictère post-partum peut aussi se développer trois à sept jours après la mise bas. Différent de la toxémie de gestation et associé à un pronostic moins catastrophique, cet ictère serait posthépatique, provoqué par le non-positionnement normal de l’estomac après la mise bas : celui-ci resterait au centre de la cavité abdominale et serait responsable de l’obstruction des canaux biliaires [2].

D’autres maladies beaucoup plus rares incluent les mammites, les vaginites, les endométrites et les pyomètres. Une portée importante, un sevrage précoce, un traumatisme avec les jeunes (morsure durant l’allaitement) et une mauvaise hygiène dans l’environnement sont des facteurs qui prédisposent aux mammites bactériennes (Escherichia coli, Pasteurella, Klebsiella, Staphylococcus, Streptococcus ou Pseudomonas sp) dont le développement intervient généralement au début de la lactation [6, 9, 11, 12].

Les pyomètres sont rares et apparaissent en général quelques semaines après l’œstrus ou la mise bas. Les infections utérines peuvent être dues à Salmonella enterica et de rares cas d’infections causées par Listeria monocytogenes sont décrits [6, 9, 11]. Un prolapsus vaginal ou utérin peut aussi être observé après le part. Ces affections sont rares et le pronostic est généralement réservé, voire sombre [6, 9, 11].

Les maladies des nouveau-nés

Il s’agit essentiellement de diarrhées au sevrage et d’infections bactériennes transmises par un adulte porteur de germes (Salmonella sp, Proteus sp). Des maladies parasitaires digestives (Eimeria caviae, Giardia sp.) et cutanées sont également rencontrées, notamment les dermatophytoses [14].

Par ailleurs, des maladies génétiques existent chez le cochon d’Inde. Certains individus, porteurs d’un gène létal, sont génétiquement compromis et ne vivent pas aussi longtemps et en bonne santé que les autres. Ils sont le résultat d’un gène récessif présent chez les individus de couleur rouan ou dalmatien. En cas d’accouplement entre eux, un fœtus a 25 % de risque d’avoir le gène létal et d’être affecté par la maladie. Les autres petits de la portée peuvent ne pas être touchés [18]. Ces animaux n’ont pas de pigmentation et sont toujours blancs avec des yeux roses. Ils sont généralement beaucoup plus petits que ceux de la fratrie et presque toujours aveugles et sourds. Leur espérance de vie varie de quelques mois à quelques années [18].

Plusieurs autres tares sont observées, comme une microphtalmie et une cécité, une surdité partielle ou totale, une malocclusion dentaire (y compris les incisives qui sont généralement absentes), un retard de croissance, des signes neurologiques, des troubles gastro-intestinaux, des déformations physiques et un déficit immunitaire (photo 11) [18].

Chez la race satin, de nombreux cas d’ostéodystrophie fibreuse sont décrits, ce qui suggère l’intervention d’un facteur génétique. Jusqu’à 30 % des individus peuvent être atteints, avec des signes cliniques qui apparaissent généralement à l’âge de 1 an (amaigrissement, dysorexie ou anorexie, ptyalisme, élargissement palpable des mandibules, léthargie, difficulté à marcher, refus de bouger et douleur à la palpation des os et des articulations). Cette maladie, à ne pas confondre avec une hypovitaminose C, est due à une hyperparathyroïdie primaire ou secondaire, et se traduit par une augmentation de la résorption ostéoclastique de l’os et de son remplacement par du tissu fibreux. Le pronostic est réservé à sombre [14].

Références

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Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Le cochon d’Inde est une espèce polyœstrienne à ovulation spontanée. La gestation est longue et les nouveau-nés nidifuges sont très précoces et sevrés au 21e jour. Les dystocies sont plus fréquentes que chez les autres rongeurs ou le lapin, mais contrairement à ce qui est largement diffusé dans les publications, ce n’est pas lié à une ossification prématurée de la symphyse pubienne puisqu’elle ne s’ossifie pas avec le temps, même en l’absence de gestation précoce. La compréhension du cycle de reproduction du cochon d’Inde est essentielle pour le praticien qui est de plus en plus confronté à cet animal et à des questions sur sa reproduction, car les troubles associés sont fréquents et constituent le troisième motif de consultation chez cette espèce.

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